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    Bitcoin Cède 32 % Un An Après Son Plus Haut Historique

    Steven SoarezDe Steven Soarez08/10/2026Aucun commentaire38 Mins de Lecture
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    Un an pile après avoir touché 126 000 dollars, le bitcoin ne vaut plus qu’environ 85 000 dollars. La chute fait mal au portefeuille, et pourtant elle ressemble presque à une égratignure dès qu’on la pose à côté des trois grands hivers précédents. Le 6 octobre 2025, le marché fêtait un sommet. Le 6 octobre 2026, CoinDesk situait le cours à 85 453 dollars, soit 32 % sous ce record. Quelques heures plus tard, le prix glissait encore, sous 84 000 dollars, autour de 83 900 dollars en milieu de matinée à Paris selon SpendNode. Graduellement, puis d’un coup : la formule tient, mais la violence habituelle n’est pas au rendez-vous.

    Cette retenue change la lecture du cycle. Un an après le pic de 2013, le bitcoin avait déjà perdu 69,7 %. Un an après décembre 2017, la perte atteignait 82,3 %. Un an après novembre 2021, elle était de 74,6 %. Cette fois, le point le plus bas est tombé le 30 juin 2026, près de 58 900 dollars, soit un recul maximal d’environ 53 %. Les cycles anciens avaient enfoncé 77 % à 85 %. Le creux est aussi arrivé plus tôt : neuf mois après le sommet, contre un an ou davantage auparavant. Galaxy Research l’avait déjà noté le 9 juin : 51 % de baisse en huit mois, là où les deux cycles précédents mettaient environ douze mois à toucher le fond.

    La question qui agite les salles de marché n’est donc plus seulement « jusqu’où ». Elle est devenue « est-ce déjà fini, ou le calme prépare-t-il une seconde jambe ». Depuis des mois, les analystes se disputent la date de fin de ce mini-marché baissier. Les ETF rachètent une partie des creux. Le levier des particuliers a été essoré tôt. La volatilité annualisée a été coupée en deux. Rien de tout cela n’efface le décor macro : le rendement de l’obligation américaine à 30 ans a touché 5,7 %, un niveau d’avril 2002. Un actif qui ne verse aucun coupon devient plus cher à détenir quand l’argent sans risque rapporte autant.

    Un an après le record, la baisse reste inhabituellement contenue

    Le chiffre de 32 % structure toute la comparaison. Il ne dit pas que le bitcoin va bien. Il dit que le marché n’a pas rejoué le scénario classique de capitulation tardive. Entre le sommet d’octobre 2025 et la séance du 6 octobre 2026, la moitié environ de la richesse nominale du pic a été préservée. Dans les trois cycles cités, il n’en restait parfois qu’un cinquième. Cette différence n’est pas un détail de présentation. Elle change le comportement des vendeurs forcés, le moral des trésoreries d’entreprise et la capacité des fonds à rester dans leur mandat.

    Le chemin compte autant que le point d’arrivée. Le pire n’est pas tombé à l’anniversaire du sommet. Il est tombé fin juin, autour de 58 900 dollars. Depuis ce plancher, le rebond vers 80 000 dollars puis la redescente vers 84 000 dollars dessinent une convalescence heurtée, pas une chute libre. Neuf mois pour atteindre le fond, contre douze mois ou plus dans les souvenirs de 2014, 2018 et 2022 : le temps passé dans la douleur a été compressé. Tim Sun, chercheur senior chez HashKey Group, retient surtout cette durée nettement raccourcie et le temps réduit passé au fond.

    Ce que les anniversaires de sommet racontent vraiment

    • 2013 : environ 69,7 % de perte un an après le pic.
    • 2017 : environ 82,3 % de perte un an après décembre.
    • 2021 : environ 74,6 % de perte un an après novembre.
    • 2025-2026 : environ 32 % un an après, et 53 % au pire du 30 juin.

    Ces pourcentages ne sont pas des trophées. Ils mesurent la distance entre l’euphorie et le portefeuille réel. Un investisseur entré au sommet de 2021 a dû encaisser une année où les trois quarts de la mise avaient disparu. Celui entré au sommet de 2025 regarde, douze mois plus tard, une moins-value d’un tiers. Psychologiquement, ce n’est pas la même décision. Le premier se demande s’il doit tout vendre pour dormir. Le second se demande s’il doit renforcer, attendre, ou simplement réduire la taille. Le marché baissier n’a pas disparu. Il a changé de texture.

    Pourquoi 53 % au pire ne ressemble pas à 80 %

    Un drawdown de 53 % reste sévère. Personne ne devrait le présenter comme une promenade. De 126 000 à 58 900 dollars, le capital nominal est presque divisé par deux. Pour une trésorerie qui a acheté tard, ou pour un épargnant qui a suivi le titre des journaux en octobre 2025, la douleur est concrète. La comparaison avec 77 % à 85 % sert seulement à situer l’ampleur relative. Elle ne console pas le compte. Elle éclaire la mécanique.

    Dans les hivers anciens, la seconde moitié de la baisse venait souvent des liquidations en cascade, des fonds qui fermaient, des mineurs qui vendaient pour payer l’électricité, et des narratifs qui s’effondraient en même temps que le prix. Cette fois, une partie de cette seconde jambe n’a pas eu lieu, ou elle a été avancée et absorbée. Le 10 octobre 2025, plus de 19 milliards de dollars de positions ont été liquidés sur les marchés dérivés, rappelle CoinDesk. Le levier n’est jamais vraiment revenu. Sans lui, la baisse a mis neuf mois à s’installer, au lieu de s’emballer en quelques semaines de panique.

    Le plancher du 30 juin 2026, autour de 58 900 dollars, devient donc le niveau que les opérateurs surveillent. Non parce qu’il serait magique, mais parce qu’il est le seul creux profond de ce cycle. Tant que le cours reste au-dessus, le récit d’une correction contenue tient. Une cassure franche rouvrirait la comparaison avec les hivers longs. Le marché le sait. C’est pour cela que chaque approche des 60 000 dollars, déjà testée par la plongée sous 66 000 dollars, réveille les flux sortants des ETF.

    Le creux est arrivé plus tôt, et ce décalage change tout

    Galaxy Research avait posé le diagnostic dès le 9 juin : 51 % de baisse en huit mois, quand les deux cycles précédents mettaient environ douze mois à trouver leur fond. Ce décalage n’est pas qu’une curiosité de calendrier. Un creux précoce laisse davantage de temps pour reconstruire des positions, pour que les vendeurs forcés aient déjà vendu, et pour que les nouveaux acheteurs mesurent le risque sur un prix déjà corrigé. Il laisse aussi davantage de temps pour que le doute s’installe si le rebond cale.

    Entre fin juin et début octobre, le bitcoin est remonté vers 80 000 dollars, a titillé les 85 000 à 86 000 dollars, puis est redescendu sous 84 000 dollars. Ce n’est pas un marché qui célèbre. C’est un marché qui digère. Les séances violentes existent encore : le 7 octobre 2026, environ 360 millions de dollars de positions longues ont été balayés avant les minutes de la Réserve fédérale, alors que le cours évoluait sous 84 000 dollars. La purge reste locale. Elle ne ressemble plus à la journée d’octobre 2025, où 19 milliards de dollars ont changé de mains en force.

    La durée nettement raccourcie de la baisse et le temps réduit passé au fond distinguent ce cycle des hivers où le marché restait écrasé pendant des trimestres.

    Tim Sun, chercheur senior, HashKey Group

    Ce temps réduit au fond a un double effet. Il limite les faillites en chaîne, parce que les bilans n’ont pas eu dix-huit mois pour pourrir. Il prive aussi les acheteurs patients du grand soldes psychologique des cycles anciens, quand le bitcoin semblait « mort » dans la presse et que les volumes s’asséchaient. Un marché qui ne meurt pas médiatiquement attire moins les capitulations extrêmes. Il attire en revanche des arbitrages plus froids, ceux des pondérations cibles et des comités d’allocation.

    Ce que 85 453 dollars disent vraiment du sommet

    Le cours de 85 453 dollars au 6 octobre, relevé par CoinDesk, sert de borne anniversaire. Il n’est pas un prix de clôture éternel. Le glissement sous 84 000 dollars, vers 83 900 dollars en début de séance européenne, rappelle que l’anniversaire n’arrête pas la cotation. Pour l’analyse de cycle, la borne importe parce qu’elle permet la comparaison à date fixe. Pour le trader, seule la séance en cours compte. Les deux lectures coexistent, et c’est souvent là que les malentendus naissent.

    Un recul de 32 % sur douze mois, après un sommet à 126 000 dollars, laisse le bitcoin très au-dessus de la plupart des prix d’entrée de 2023 et 2024. Les détenteurs anciens restent largement en gain. Les entrants du pic sont en perte. Cette fracture intérieure explique une partie des flux. Ceux qui ont acheté à 20 000 ou 40 000 dollars peuvent vendre sans drame. Ceux qui ont acheté à 120 000 dollars vendent parfois par fatigue, parfois pas du tout, parce que vendre cristallise la moins-value. Le marché n’a pas un seul vendeur. Il a des cohortes.

    Début juillet, les détenteurs de long terme encaissaient environ 280 millions de dollars de pertes réalisées par jour, un record depuis décembre 2022 selon Glassnode. Le chiffre surprend dans un cycle décrit comme doux. Il dit que même les mains réputées patientes ont dû, à certains moments, sortir à perte. Un marché baissier contenu n’est pas un marché sans capitulation. C’est un marché où la capitulation reste partielle, étalée, et insuffisante pour reproduire les −80 %.

    Les trois hivers comme miroir, pas comme mode d’emploi

    Comparer 2013, 2017, 2021 et 2025 est utile à condition de ne pas en faire une loi. Le bitcoin de 2013 tenait dans quelques places d’échange fragiles. Celui de 2017 portait la fièvre des introductions de jetons. Celui de 2021 mélangeait liquidité mondiale abondante, effet de levier sur les contrats perpétuels et narratif institutionnel encore jeune. Celui de 2025-2026 a des ETF au comptant, des trésoreries d’entreprise cotées, et un taux directeur qui n’est plus nul. Les pourcentages se comparent. Les causes ne se recopient pas.

    Le miroir sert surtout à éviter l’amnésie. Chaque sommet a été suivi d’une année où « cette fois c’est différent » a fini par sonner creux. Cette fois, une partie de la différence est mesurable : profondeur moindre, durée moindre, levier purgé tôt, acheteurs extérieurs au cercle crypto historique. Une autre partie reste une hypothèse : l’idée que la nature du marché aurait changé pour de bon. Griffin Ardern, cofondateur de Primal Fund, accepte la mécanique des ETF, puis rappelle le Nasdaq de 1994 à 1999. Chaque correction y restait peu profonde. L’indice a culminé en mars 2000, puis perdu près de 78 % en deux ans environ. Un an de baisse sage ne garantit pas que le marché ait changé de nature.

    Cette mise en garde est le cœur sobre de l’analyse. Le passé proche plaide pour un hiver plus court. Le passé lointain des actifs à mode rappelle que plusieurs années de corrections molles peuvent précéder une vraie cassure. Les deux phrases peuvent être vraies en même temps. L’investisseur qui n’en retient qu’une se raconte une histoire.

    Le rôle discret du calendrier d’octobre

    Octobre reste, dans la mémoire crypto, un mois à double fond. C’est le mois du sommet de 2025. C’est aussi le mois de la grande liquidation du 10 octobre 2025. Un an plus tard, le même calendrier ramène les comparaisons, les articles d’anniversaire et les comités qui révisent leurs hypothèses de flux. Le cours, lui, ne célèbre rien. Il oscille sous 84 000 dollars pendant que les rendements longs américains occupent les unes.

    Le piège de l’anniversaire est de figer une photo. 32 % est une photo. La semaine d’après peut ajouter ou retirer plusieurs points. L’analyse utile consiste à garder la photo pour la comparaison historique, et à garder le film pour la gestion. Le film, début octobre 2026, montre un bitcoin hésitant, des ETF capables de revenir comme de partir, et une Fed dont les minutes suffisent à balayer des centaines de millions de dollars de levier résiduel.

    Rien dans cette séquence n’oblige à conclure que le cycle haussier est mort, ni qu’il reprend la semaine prochaine. Elle oblige seulement à décrire un régime : corrections moins profondes que les légendes, sommets peut-être moins vertigineux, et une sensibilité nouvelle au prix de l’argent long.

    Comment lire un pourcentage sans se raconter d’histoire

    Un pourcentage de baisse se calcule toujours depuis un sommet local choisi. Changer le sommet change le récit. Depuis 126 000 dollars, 32 % un an après est le bon ordre de grandeur. Depuis le creux de juin, le marché est en rebond, même si ce rebond a rendu une partie de ses gains. Depuis le prix d’il y a trois ans, beaucoup de détenteurs sont encore largement gagnants. Les trois phrases décrivent le même actif. Elles ne décrivent pas le même investisseur.

    C’est pourquoi les débats publics tournent souvent en rond. L’un parle du drawdown depuis le record. L’autre parle de la performance depuis son prix d’entrée. Le troisième parle de la volatilité réalisée sur 90 jours. Aucun n’a tort sur son axe. L’erreur commence quand un axe est présenté comme la vérité unique du cycle. Le cycle 2025-2026 a ceci de particulier qu’il donne des arguments aux trois camps : la baisse anniversaire est douce, le creux de juin a été rude, la volatilité s’est comprimée.

    Pour avancer, il faut tenir les trois chiffres ensemble. 32 % à un an. 53 % au pire. Volatilité annualisée autour de 40 %, parfois mesurée à 42 % sur 2025 par Charles Schwab, contre plus de 80 % sur longue période selon Tim Sun. Cette triade résume mieux le régime que n’importe quel slogan de retournement.

    Le marché a perdu en spectacle, pas en enjeu

    Les cycles violents produisaient des images simples : exchanges en pause, files devant les guichets, tweets de capitulation. Un cycle à −32 % sur un an produit moins d’images et plus de tableaux. Les comités d’allocation, les fourchettes de volatilité, les rachats d’obligations du Trésor, les sondages auprès de quinze institutions : le spectacle a changé de salle. L’enjeu, lui, n’a pas diminué. À 84 000 dollars, chaque point de pourcentage déplace des dizaines de milliards de capitalisation.

    Cette translation du spectacle vers les tableaux explique une partie de l’ennui ressenti par les anciens du marché. L’ennui n’est pas une preuve de maturité définitive. C’est un régime de prix. Il peut durer. Il peut céder si les taux longs enfoncent 5,7 % ou si les sorties d’ETF s’alignent avec une nouvelle purge de levier. En attendant, le travail consiste à lire les flux plutôt que les slogans.

    Le bitcoin à −32 % un an après son record n’est donc ni une victoire des haussiers ni une déroute des baissiers. C’est une anomalie historique partielle, documentée par les anniversaires de 2013, 2017 et 2021, et encore soumise au prix de l’argent. La suite de l’article décortique les rouages qui ont rendu cette anomalie possible, puis ceux qui peuvent la casser.

    ETF et levier purgé, les deux amortisseurs du cycle

    Deux mécanismes reviennent dans toutes les notes de recherche. Le premier est négatif : le levier a été nettoyé tôt, et il n’est pas revenu en force. Le second est positif, ou au moins stabilisateur : une partie des achats vient désormais de l’extérieur du cercle crypto historique. ETF, gestionnaires d’actifs, family offices, entreprises. Tim Sun insiste sur ce déplacement du profil d’acheteur. Ce ne sont plus seulement les mêmes comptes qui se revendent les jetons entre eux à crédit.

    Griffin Ardern décrit la mécanique avec une formule simple. L’argent alloué via les ETF se rééquilibre vers les pondérations cibles et achète la faiblesse par construction. Si un portefeuille modèle doit tenir 2 % de bitcoin et que le prix baisse, le comité qui suit le modèle rachète pour revenir à 2 %. Ce n’est pas de l’enthousiasme. C’est de l’arithmétique de mandat. Elle ne fonctionne que tant que le mandat tient. Elle cesse dès que le comité change le mandat.

    Les chiffres de septembre vont dans ce sens, sans le garantir pour octobre. Bitwise a interrogé quinze grandes institutions : aucune n’a réduit son allocation crypto pendant la baisse, et plusieurs ont renforcé leurs positions en bitcoin. Quinze n’est pas le marché entier. C’est un échantillon de grands comptes, précisément ceux dont le comportement pèse sur les créations de parts. L’échantillon dit qu’au cœur de l’été et de la rentrée, la baisse n’a pas déclenché de retraite générale des mandats déjà ouverts.

    La journée du 10 octobre 2025 a avancé la purge

    Plus de 19 milliards de dollars de positions liquidées en une séquence : le chiffre reste le choc fondateur de ce cycle baissier. Dans les marchés à terme et les perpétuels, une liquidation n’est pas une opinion. C’est une vente forcée quand la marge ne couvre plus la perte. Quand ces ventes s’empilent, elles poussent le prix, lequel déclenche la marge suivante. Le 10 octobre 2025 a joué ce film en accéléré. Ensuite, le film n’a plus eu assez d’acteurs à crédit pour se rejouer à la même échelle.

    Un levier purgé tôt explique pourquoi la baisse a été longue plutôt que verticale. Neuf mois pour aller du sommet au creux de juin, c’est une pente. Quelques semaines de cascade, c’est une falaise. Les falaises de 2018 et de 2022 avaient encore du carburant spéculatif. Ici, une grande partie du carburant a brûlé dès la première quinzaine d’octobre 2025. Les 360 millions de dollars de longs balayés début octobre 2026 montrent que le levier n’est pas à zéro. Ils montrent aussi l’ordre de grandeur : des centaines de millions, plus des dizaines de milliards en une journée.

    Cette différence d’échelle protège le cours au comptant. Elle ne protège pas l’opérateur qui remet du levier au mauvais étage. Le marché peut être structurellement moins violent et rester localement brutal. Les deux échelles coexistent. Les confondre, c’est soit sous-estimer le risque d’une séance, soit surestimer le risque d’un trimestre.

    Les amortisseurs, et leurs limites

    • Liquidations massives dès octobre 2025 : le levier extrême a été retiré tôt.
    • Rééquilibrage des ETF : les mandats achètent une partie de la faiblesse.
    • Institutions sondées par Bitwise : pas de coupe d’allocation dans l’échantillon de septembre.
    • Limite claire : les mêmes ETF ont connu des sorties massives sous 66 000 dollars.

    L’argent institutionnel sait partir. La plongée sous 66 000 dollars l’a rappelé par des sorties massives. Acheter la faiblesse par construction n’est pas une promesse éternelle. C’est une règle de portefeuille, valable à l’intérieur d’une bande de risque. Quand la bande casse, la règle change. Citi le formulait autrement à la fin juin : 3,3 milliards de dollars de sorties nettes sur l’année, et une hypothèse de flux sur douze mois ramenée de 10 milliards à zéro. Le robinet n’est pas fermé pour toujours. Il n’est plus modélisé comme un flux structurellement positif.

    Qui achète vraiment quand le prix tombe

    Derrière le mot ETF, il y a des créations et des rachats de parts, pas une foule anonyme. Un afflux net signifie que les teneurs de marché doivent acheter du bitcoin pour livrer les parts. Un reflux net signifie l’inverse. Quand Griffin Ardern parle de rééquilibrage vers les pondérations cibles, il décrit des gestes discrets, souvent mensuels ou trimestriels, pas des ordres au marché criés à l’ouverture. Ces gestes lissent. Ils n’inversent pas une tendance macro si tous les comités décident en même temps de baisser la cible.

    Les family offices et les entreprises ajoutent une autre temporalité. Une entreprise qui a inscrit du bitcoin au bilan ne revend pas parce qu’une bougie rouge paraît le mardi. Elle revend si le conseil change de doctrine, si le besoin de cash apparaît, ou si la décote de l’action force une opération. Robinhood a par exemple inscrit un achat de 25 millions de dollars au bilan début octobre 2026 : un montant modeste à l’échelle du marché, révélateur d’une pratique qui s’étend au-delà des trésoreries pionnières. Strategy, de son côté, continuait d’accumuler jusqu’à un trésor proche de 848 000 bitcoins, tout en rachetant parfois ses actions préférentielles plutôt que d’ajouter du BTC à chaque séance. Le profil d’acheteur s’est élargi. Il n’est pas devenu un seul bloc.

    Cette mosaïque explique le côté « cure douce ». Personne ne rattrape tout le papier vendu par les mains faibles. Plusieurs poches en rattrapent une partie, à des rythmes différents. Le prix descend moins vite. Il ne remonte pas non plus en ligne droite. Le résultat visible est un couloir, pas un V.

    Le levier des particuliers, déjà essoré

    Les particuliers n’ont pas disparu. Ils ont perdu une partie de leur capacité à amplifier les mouvements. Après 19 milliards de dollars liquidés, beaucoup de comptes à marge réduite ont simplement arrêté. Ceux qui restent travaillent avec moins de multiple. Le marché des options le raconte à sa façon : l’indice DVOL reste collé vers 35 points, très loin des explosions de prime vues lors des anciens stress. Quand les options ne prixent plus la catastrophe à court terme, c’est que le souvenir de la catastrophe récente a déjà été payé.

    Un levier essoré a un coût social discret. Les forums sont moins bruyants. Les liquidations spectaculaires se font plus rares. Les nouveaux entrants, ceux qui découvrent le bitcoin à 84 000 dollars, n’ont pas le même réflexe de « tout à crédit » que la cohorte de 2021. Cette accalmie comportementale participe à la volatilité divisée par deux. Elle peut se défaire si une narrative de rebond facile revient et que les courtiers rouvrent les multiples. Rien, en octobre 2026, ne montre ce retour massif.

    Jeff Anderson, responsable États-Unis du teneur de marché STS Digital, tire la conséquence sans romantisme. Une volatilité en baisse signifie des replis moins profonds et des sommets plus bas. Le calme n’est pas un cadeau unilatéral aux haussiers. Il rabote les deux extrémités. Ceux qui attendaient un retour éclair vers 126 000 dollars parce que « le pire est passé » se heurtent à cette arithmétique. Moins de levier, moins d’élan. Moins de panique, moins de soldes.

    Volatilité coupée en deux, le prix du calme

    Tim Sun situe la volatilité annualisée autour de 40 %, contre plus de 80 % sur le long terme. Charles Schwab la mesurait à 42 % sur 2025, moitié moins qu’en 2021, et en dessous de Tesla comme de Nvidia. Le bitcoin, longtemps présenté comme l’actif impossible à mettre dans un portefeuille classique à cause de ses à-coups, se retrouve sous la volatilité de deux méga-capitalisations technologiques. Ce renversement de hiérarchie est récent. Il n’est pas irréversible. Il est déjà assez net pour modifier des comités de risque.

    Un comité qui refusait le bitcoin à 80 % de volatilité peut l’accepter à 40 %, avec une poche plus petite et un stop plus large. C’est exactement le canal par lequel la baisse de volatilité attire des achats, lesquels contribuent à maintenir la volatilité plus basse. La boucle est vertueuse tant que les flux restent. Elle devient vicieuse si une secousse macro réveille les primes d’option et force les mêmes comités à couper. Le DVOL vers 35 points dit que, pour l’instant, le marché d’options ne prixe pas cette secousse comme imminente.

    Le revers, Anderson le nomme : sommets plus bas. Si chaque vague haussière attire moins de levier, elle culmine plus tôt. Le record de 126 000 dollars peut rester longtemps le plafond de référence, non parce qu’une loi l’interdit de tomber, mais parce que le carburant qui l’a produit n’est plus dans le réservoir. Tim Sun n’écarte pas pour autant les envolées. L’offre reste plafonnée à 21 millions de bitcoins, et les détenteurs de long terme en gardent une large part. La rareté ne disparaît pas quand la volatilité se calme. Elle attend un demandeur.

    Des replis moins profonds et des sommets plus bas : voilà ce que signifie, concrètement, une volatilité qui se comprime.

    Jeff Anderson, STS Digital

    Cette phrase devrait être affichée à côté de chaque graphique trop propre. Un marché moins nerveux n’est pas un marché qui ne fait que monter plus doucement. C’est un marché dont les deux queues de distribution se raccourcissent. L’investisseur qui achète le calme doit accepter de peut-être ne pas revoir, de sitôt, l’euphorie qui a fabriqué le record. L’investisseur qui vend le calme doit accepter que la cascade de 2018 ne soit plus le scénario central.

    Ce que les options prixent, et ce qu’elles ignorent

    L’indice DVOL collé vers 35 points est une photographie de la peur à court terme. Il ne dit rien du rendement à 30 ans. Il dit que les acheteurs de protection ne paient plus une prime de crise pour les prochaines semaines. Dans un marché où la mémoire du 10 octobre 2025 reste fraîche, ce chiffre étonne. Il s’explique si l’on admet que la crise de levier a déjà eu lieu, et que le risque résiduel est désormais macro, plus lent, moins optionnel au sens des market makers.

    Les options ignorent mal le risque lent. Une hausse régulière des taux longs ne fait pas exploser le DVOL du jour au lendemain. Elle pèse sur la valorisation relative, séance après séance. C’est pourquoi un DVOL sage et un taux à 30 ans à 5,7 % peuvent coexister. Le premier mesure la nervosité. Le second mesure le coût d’opportunité. Confondre les deux, c’est croire que le marché est « calme » au sens où plus rien ne le menace.

    Charles Schwab, en plaçant la volatilité 2025 du bitcoin sous celle de Tesla et de Nvidia, offre un repère grand public. Le repère a une limite : Tesla et Nvidia ont des bénéfices, des guidances, des jours de publication. Le bitcoin a un flux, une rareté programmée, et un décor de taux. Comparer les volatilités aide à dimensionner une poche. Cela ne transfère pas le modèle de valorisation de l’un vers l’autre.

    Les institutions ne font pas que tenir

    Tenir une allocation n’est pas la même chose qu’ajouter. Le sondage Bitwise de septembre montre l’absence de coupe, et quelques renforcements. Citi, à fin juin, montrait 3,3 milliards de dollars de sorties nettes sur l’année et une hypothèse de flux douze mois ramenée à zéro. Les deux informations ne se contredisent pas si l’on distingue les stocks et les flux. Des mandats déjà ouverts peuvent rester stables pendant que les créations nettes de parts, elles, passent en territoire négatif sur l’année.

    Cette distinction évite le slogan. Non, les institutions n’ont pas « abandonné » le bitcoin en bloc. Non, elles ne « rachètent tout » à chaque creux. Elles arbitrent. Sous 66 000 dollars, une partie est partie. Au-dessus de 80 000 dollars, une partie est revenue, comme le rappelaient les séances où les ETF refaisaient surface pendant que la Fed s’éloignait et que les midterms approchaient. Le prix est le compte rendu de ces allers-retours, pas le reflet d’une conviction unique.

    Les pertes réalisées par les détenteurs de long terme, environ 280 millions de dollars par jour début juillet, ajoutent une couche. Même les cohortes anciennes ont vendu dans la douleur autour du creux. Un record depuis décembre 2022 : la comparaison avec le fond du cycle précédent n’est pas anodine. Elle dit que juin-juillet 2026 a eu un parfum de capitulation, sans en avoir l’ampleur de prix. Capitulation partielle, drawdown partiel. Les deux vont ensemble.

    Taux à 5,7 %, la menace qui peut casser la douceur

    Le décor macro n’a rien de tendre. Le rendement des obligations américaines à 30 ans a touché 5,7 %, un niveau d’avril 2002, avec plus de 80 points de base de hausse en 2026, relève CoinDesk. Un actif qui ne verse aucun intérêt devient plus cher à détenir quand les taux montent. La phrase est ancienne. Elle redevient centrale dès que le coupon sans risque dépasse le rythme auquel le bitcoin peut espérer attirer des flux.

    En août, le Trésor américain a gonflé son programme de rachats d’obligations pour freiner la hausse des rendements. Le bitcoin est passé d’environ 64 000 à près de 80 000 dollars en quelques jours. Les rendements, eux, ont continué de grimper. L’épisode est le meilleur résumé du régime actuel. Une respiration de liquidité ou de communication peut offrir un rebond violent. Elle ne renverse pas, à elle seule, la pente des taux longs. Ardern prévient : si le 30 ans continue de céder, ce cycle pourrait ne pas rester aussi doux.

    Début octobre 2026, les taux américains autour de 5,35 % sur certaines échéances suffisaient déjà à faire décrocher l’or et l’argent, pendant que le bitcoin évoluait sous 84 000 dollars. Le lien n’est pas mécanique tous les jours. Il est suffisamment répété pour que les salles de marché le traitent comme un facteur, plus comme une anecdote. Un bitcoin « actif de réserve » doit accepter d’être comparé au coupon. Il ne peut plus se contenter d’être comparé à lui-même.

    Le précédent du Nasdaq, à manier sans le copier

    Ardern compare le marché actuel au Nasdaq des années 1994 à 1999, quand chaque correction restait peu profonde. L’indice a culminé en mars 2000, puis perdu près de 78 % en deux ans environ. L’analogie ne dit pas que le bitcoin va perdre 78 %. Elle dit qu’une série de corrections sages peut précéder une cassure de régime, si la valorisation relative et le coût du capital finissent par importer plus que le récit. Entre 1994 et 1999, « cette fois les baisses sont différentes » était vrai, jusqu’au jour où ce n’était plus vrai.

    La différence majeure tient à l’offre. Le Nasdaq de 2000 pouvait émettre des actions sans plafond. Le bitcoin ne dépassera pas 21 millions d’unités, et une large part est déjà dans des mains longues. Cette contrainte n’empêche pas un drawdown profond si la demande se retire. Elle empêche en revanche la dilution infinie qui a prolongé certaines baisses d’actions. Tenir les deux idées, c’est éviter à la fois le catastrophisme automatique et l’immunité imaginaire.

    Un an de baisse sage ne garantit pas que le marché ait changé de nature. La phrase mérite d’être relue après chaque rebond vers 85 000 dollars. Le rebond prouve que des acheteurs existent. Il ne prouve pas que le plafond de 126 000 dollars est un plancher futur. Entre les deux, il y a le taux à 30 ans, le solde des ETF, et le souvenir du 30 juin.

    Août, le rebond qui n’a pas vaincu les rendements

    Le passage d’environ 64 000 à près de 80 000 dollars en quelques jours d’août reste l’illustration la plus nette du pouvoir d’une nouvelle de liquidité. Le Trésor gonflait ses rachats d’obligations. Le bitcoin réagissait comme un actif sensible au ton du marché de la dette. Puis les rendements continuaient de monter. Le cours, lui, n’a pas enchaîné vers le record. Il a construit un plateau, plus tard testé autour de 85 000 à 86 000 dollars, avant de refluer.

    Cet épisode devrait calmer deux camps. Le camp qui jurait que plus rien ne pouvait faire remonter le bitcoin a vu 16 000 dollars se reprendre en quelques séances. Le camp qui jurait que le prochain palier serait le sommet a vu les taux garder la main. Un marché capable des deux mouvements est un marché de régime intermédiaire. Ni capitulation finale, ni euphorie. Exactement la texture d’un −32 % anniversaire après un −53 % de creux.

    Les opérateurs qui ont acheté le rebond d’août sans regarder la courbe des taux ont offert de la liquidité à ceux qui vendaient dans la force. Ce n’est pas un jugement moral. C’est la description d’un transfert. Tant que le 30 ans monte, chaque rebond lié à une annonce de rachat ou à une minute de banque centrale reste suspect de n’être qu’un soulagement.

    Sous 66 000 dollars, la preuve que l’institutionnel sait sortir

    Les sorties massives d’ETF lors de la plongée sous 66 000 dollars sont le contre-exemple nécessaire. Sans elles, le récit des « achats automatiques de faiblesse » deviendrait une croyance. Avec elles, il redevient une tendance conditionnelle. Les parts se créent quand le mandat et le sentiment tiennent. Elles se rachètent quand le prix casse une zone que les comités de risque avaient implicitement acceptée.

    66 000 dollars n’est pas un support théorique éternel. C’est une zone où, dans ce cycle, le comportement a changé. Le vrai plancher de référence reste celui du 30 juin 2026, autour de 58 900 dollars. Entre les deux, il y a un no man’s land que le marché a déjà traversé dans les deux sens. Le retraverser vers le bas rouvrirait la question des 53 %. Le tenir au-dessus laisserait intact le récit du cycle plus doux.

    Citi, en ramenant son hypothèse de flux de 10 milliards à zéro, actait déjà cette conditionnalité à la fin juin. Zéro n’est pas une prévision de krach. C’est un refus de modéliser un acheteur structurel. Pour un actif dont une partie du plancher dépendait, dans les narratifs de 2024, de flux éternels, ce recalibrage pèse autant qu’un mauvais chiffre de prix.

    Ce que le cycle doux change pour les trésoreries

    Les entreprises qui mettent du bitcoin au bilan vivent ce cycle autrement que les traders. Un drawdown de 53 % au pire, puis un retour vers 84 000 dollars, ne force pas les mêmes dépréciations qu’un −80 % prolongé. Il force en revanche des explications au conseil, surtout si l’action de l’entreprise décote. Strategy, avec un trésor proche de 848 000 bitcoins, illustre l’échelle. Metaplanet, au Japon, parle de transformer environ 44 000 bitcoins en architecture financière plus large. Ces choix supposent que le régime reste supportable. Un retour sous 58 900 dollars les remettrait sur la table.

    Le cycle doux donne du temps. Le temps permet des rachats d’actions préférentielles, des émissions, des arbitrages entre détenir le jeton et soutenir le cours de bourse. Il ne donne pas une immunité. Si les taux à 5,7 % durent, le coût du capital de ces entreprises monte en même temps que le coût d’opportunité du bitcoin. Les deux pressions peuvent se cumuler sans que le prix du jeton s’effondre d’un coup. C’est une usure, pas une falaise. Les bilans usés finissent parfois par vendre au moment le moins opportun.

    Pour l’épargnant, la leçon est plus simple. Une trésorerie d’entreprise n’est pas un signal d’achat automatique. C’est un acteur avec ses contraintes. Quand elle achète 25 millions de dollars, elle ne « valide » pas 84 000 dollars. Elle exécute un mandat. Quand elle s’abstient, elle ne « invalide » rien non plus. Lire ces annonces comme des oracles, c’est rejouer le réflexe de 2021 avec d’autres logos.

    Mineurs, halving et offre : le fond de décor qui n’a pas disparu

    Début octobre 2026, il restait un peu plus de 80 000 blocs avant le prochain halving. Le rythme d’émission continue de ralentir par paliers. Dans un marché baissier classique, cette rareté programmée ne stoppe pas la baisse : elle réduit juste le flux de nouveaux jetons que les mineurs doivent vendre. Dans un marché déjà moins profond, elle peut contribuer à limiter l’offre marginale. Elle ne crée pas la demande.

    Les détenteurs de long terme gardent une large part de l’offre, rappelle Tim Sun. Cette concentration a deux faces. Elle réduit le flottant et peut amplifier une hausse si la demande revient. Elle concentre aussi le risque de vente si ces mains décident, comme début juillet, d’encaisser des pertes à un rythme record depuis 2022. 280 millions de dollars de pertes réalisées par jour : le flottant « dormant » n’est pas un coffre scellé. C’est un stock qui bouge quand la douleur ou le besoin de liquidité l’exige.

    Le plafond de 21 millions reste l’argument le plus cité, et le plus mal utilisé. Il explique pourquoi une demande stable peut, sur longue période, rencontrer une offre neuve déclinante. Il n’explique pas le prix de la semaine prochaine. Entre octobre 2025 et octobre 2026, le plafond n’a pas bougé, et le prix a perdu 32 %. La rareté est une condition, pas un calendrier.

    Comment les analystes disputent la fin du mini-marché baissier

    Depuis des mois, la question de la fin du mini-marché baissier occupe les notes. Un camp date la fin au 30 juin, parce que le creux est passé et que le rebond vers 80 000 dollars a cassé la séquence de plus bas. Un autre camp refuse la date, parce que le sommet de 126 000 dollars n’a pas été retesté et que les taux longs empirent. Un troisième camp parle de marché de transition, ni haussier ni baissier au sens des manuels, tant que le cours oscille entre 59 000 et 90 000 dollars.

    Les trois camps utilisent les mêmes faits. Ils diffèrent sur le critère. Si le critère est le creux, juin a peut-être clos le chapitre. Si le critère est le retour au sommet, le chapitre est ouvert. Si le critère est le régime de volatilité, le chapitre a déjà changé de titre en 2025, le jour où le levier a été purgé. Nommer le régime compte plus que dater la fin. Un régime de corrections contenues et de sommets rabotés peut durer des trimestres sans offrir le mot « fin » que les titres attendent.

    Les indicateurs techniques qui « relancent les espoirs de hausse », comme ceux commentés le 6 octobre, s’ajoutent à ce bruit. Ils décrivent une compression, des résistances sous pression, un marché qui se tasse. La compression peut se résoudre vers le haut ou vers le bas. Elle n’arbitre pas le taux à 30 ans. S’en servir comme preuve que le mini-bear est terminé, c’est confondre une figure de prix et un changement de flux.

    Ce que l’épargnant peut retenir sans jouer au devin

    Le premier réflexe utile est de situer son prix d’entrée, pas le sommet des autres. À 32 % sous le record, beaucoup de comptes ouverts en 2023 restent gagnants. Beaucoup de comptes ouverts en octobre 2025 ne le sont pas. La décision de renforcer, d’attendre ou de réduire dépend de cet écart, de l’horizon, et de la part du patrimoine déjà exposée. Elle ne dépend pas du slogan du jour.

    Le deuxième réflexe est de traiter le levier comme le vrai risque résiduel de séance. Le marché global est moins cascade qu’en 2022. Une position à crédit peut quand même être balayée, comme les 360 millions de dollars de longs du 7 octobre l’ont montré avant les minutes de la Fed. Le calme du DVOL ne protège pas un multiple trop haut.

    Le troisième réflexe est de surveiller trois bornes, pas cinquante indicateurs. Le creux du 30 juin autour de 58 900 dollars. La zone des 66 000 dollars où les ETF ont déjà fui. Le rendement du 30 ans américain, dont le franchissement durable au-dessus de 5,7 % remettrait en cause la douceur du cycle. Le reste est commentaire.

    Trois bornes, pas une prédiction

    • 58 900 dollars : plancher du 30 juin 2026, référence du drawdown maximal.
    • 66 000 dollars : zone où les sorties d’ETF ont déjà été massives.
    • 5,7 % sur le 30 ans américain : niveau qui renchérit la détention d’un actif sans coupon.

    Aucune de ces bornes n’est une promesse. Chacune est un endroit où le comportement observé a déjà changé. Les utiliser comme cadre évite de réécrire l’histoire à chaque bougie. Le bitcoin peut rester des mois entre 80 000 et 90 000 dollars sans trancher. Il peut aussi reprendre le chemin de juin si les taux et les flux s’alignent dans le mauvais sens. Le cadre sert à reconnaître le changement, pas à l’inventer.

    Pourquoi ce cycle fatigue les anciens et rassure les comités

    Les anciens du marché mesurent un cycle à l’intensité des émotions. Un −32 % sur un an, avec un DVOL à 35, ne produit pas l’intensité de 2018. D’où le sentiment d’un marché « faux », trop propre, trop institutionnel. Les comités, à l’inverse, mesurent un cycle à la possibilité de le mettre dans une allocation sans faire sauter les limites de risque. Un bitcoin à 42 % de volatilité sur 2025, sous Tesla et Nvidia, entre dans des grilles qui le refusaient. Les deux regards sont sincères. Ils ne parlent pas du même métier.

    Cette divergence explique les titres contradictoires d’une même semaine. L’un annonce que les ETF reviennent. L’autre que les longs sont balayés. L’un que Strategy rachète ses préférentielles. L’autre que les taux font décrocher l’or et le bitcoin. Rien de tout cela n’est incohérent dans un régime intermédiaire. L’incohérence naît quand chaque titre est lu comme la fin de l’histoire.

    Le travail d’analyse consiste à remettre les titres dans le couloir. Revenir des ETF : compatible avec un rééquilibrage. Longs balayés : compatible avec un levier résiduel faible mais non nul. Rachats d’actions plutôt que de bitcoins : compatible avec une trésorerie qui arbitre son propre cours. Taux qui montent : compatible avec un plafond sur les envolées. Le couloir tient tant que ces faits ne s’alignent pas tous du même côté.

    L’or, l’argent et le bitcoin sous le même coupon

    Début octobre 2026, l’or et l’argent décrochaient en même temps que le bitcoin passait sous 84 000 dollars, sur fond de taux américains autour de 5,35 %. Le parallèle ne fait pas du bitcoin un métal. Il rappelle que les actifs sans coupon partagent un adversaire : le rendement réel et nominal de la dette d’État. Quand cet adversaire monte, la hiérarchie interne entre or et bitcoin passe au second plan. Les deux peuvent baisser ensemble.

    Cette corrélation de circonstance dérange les récits d’abri. Un abri qui tombe le jour où le coupon monte n’abrite pas de ce risque-là. Il peut encore abriter d’un risque de système de paiement, de censure, ou de dévaluation très longue. Ce n’est pas le risque que prixe la séance du 7 octobre. La séance prixe le coût de détention. Le distinguer, c’est éviter de jeter le cadre de long terme à cause d’une semaine de taux, et éviter de nier la semaine de taux au nom du cadre.

    Pour le cycle en cours, la conséquence est directe. Tant que le 30 ans flirte avec des niveaux de 2002, la douceur du marché baissier bitcoin reste sous condition. Elle a tenu un an. Elle a tenu un creux à −53 %. Elle n’a pas encore été testée par une vraie cassure des rendements longs au-delà des pics déjà vus en 2026.

    Ce que « graduellement, puis soudainement » veut dire ici

    La formule ouvre beaucoup de récits de rupture. Ici, elle décrit autre chose. La baisse s’est installée sur neuf mois, graduellement, parce que le levier manquait pour la rendre soudaine. Le soudain a eu lieu avant, le 10 octobre 2025, dans les dérivés. Depuis, le graduel domine. Le risque est que le soudain revienne par un autre canal : non plus la marge des particuliers, mais une vente coordonnée de parts d’ETF plus une détente des détenteurs longs, sur fond de taux.

    Ce second soudain n’est pas le scénario central d’octobre 2026. C’est le scénario que la comparaison avec le Nasdaq de 2000 empêche d’oublier. Les marchés peuvent passer des années en mode graduel, puis perdre en quelques trimestres ce que les corrections molles avaient épargné. Rien, dans les 32 % de cette année, ne prouve que ce second acte est écrit. Rien ne prouve non plus qu’il est barré.

    Tenir cette incertitude est inconfortable, et c’est précisément pour cela que les articles penchent trop vite vers « le pire est derrière » ou vers « tout va rejoindre 2018 ». Les données disponibles ne tranchent pas. Elles décrivent un marché baissier plus doux, arrivé plus tôt à son creux, amorti par des acheteurs de mandat, menacé par le prix de l’argent long.

    Une lecture froide des prochains mois

    Si les rendements longs se stabilisent et que les ETF restent proches de l’équilibre, le couloir entre le creux de juin et les 90 000 dollars peut devenir le régime par défaut. La volatilité autour de 40 % y serait cohérente. Les sommets plus bas qu’attend Anderson aussi. Le record de 126 000 dollars resterait un souvenir de levier, pas une cible automatique.

    Si le 30 ans cède encore et que les sorties d’ETF reprennent le rythme vu sous 66 000 dollars, la douceur cesse d’être le scénario central. Le plancher de 58 900 dollars redevient alors un test, pas une relique. Les détenteurs longs, déjà capables d’encaisser 280 millions de dollars de pertes par jour en juillet, seraient le variable décisif. Leur tenue a limité le drawdown. Leur fatigue pourrait le prolonger.

    Entre ces deux branches, le marché peut encore offrir des rebonds d’août : quelques jours, 15 000 dollars, puis un retour au couloir. Les prendre pour un changement de régime a déjà coûté cher à ceux qui ont confondu soulagement et retournement. Les ignorer a coûté cher à ceux qui avaient juré que 64 000 dollars était un aller simple.

    Un an après 126 000 dollars, le bitcoin à environ 84 000 dollars n’a pas répété 2014, 2018 ou 2022. Il a écrit un chapitre plus court, moins profond, plus institutionnel, et encore ouvert. La cure douce tient tant que le levier reste purgé et que les mandats ne se ferment pas ensemble. Elle ne tient pas par décret. Le taux à 5,7 % est là pour le rappeler, sans drama inutile, avec la précision d’un coupon.

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    Steven Soarez
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    Passionné et dévoué, je navigue sans relâche à travers les nouvelles frontières de la blockchain et des cryptomonnaies. Pour explorer les opportunités de partenariat, contactez-nous.

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