Imaginez un monde où les bons du Trésor américain, considérés comme l’actif le plus sûr de la planète, ne transitent plus uniquement par les systèmes traditionnels de Wall Street, mais s’inscrivent directement sur une blockchain. Ce scénario, qui relevait encore récemment de la science-fiction pour beaucoup d’investisseurs traditionnels, est en train de devenir réalité. Le 21 janvier 2026, F/m Investments a déposé une demande auprès de la SEC pour tokeniser une partie des parts de son ETF sur bons du Trésor à 3 mois, le célèbre TBIL. Une annonce qui pourrait marquer un tournant décisif dans l’histoire de la finance.
La tokenisation s’invite au cœur de Wall Street
Depuis plusieurs années, le concept de tokenisation des actifs du monde réel (RWA pour Real World Assets) fait vibrer la communauté crypto. Mais jusqu’à présent, les initiatives restaient souvent confinées à des expérimentations ou à des produits destinés à un public averti. Avec cette démarche de F/m Investments, c’est un acteur réglementé, gérant plus de 6 milliards de dollars via son ETF TBIL, qui pousse la porte du régulateur américain pour intégrer officiellement la blockchain dans un véhicule d’investissement traditionnel.
Concrètement, la proposition ne bouleverse pas le fonctionnement quotidien de l’ETF : les parts tokenisées et classiques coexisteraient, avec les mêmes frais, les mêmes droits et les mêmes obligations réglementaires. Seul le registre de propriété changerait : une partie serait inscrite sur une blockchain permissionnée, plus transparente et potentiellement plus efficace pour certains usages.
« La tokenisation arrive sur les marchés de capitaux, que nous déposions cette demande ou non. »
Alexander Morris, CEO de F/m Investments
Cette citation résume parfaitement l’état d’esprit actuel : la finance traditionnelle ne peut plus ignorer la technologie blockchain. Elle préfère la maîtriser de l’intérieur plutôt que de la subir depuis l’extérieur.
TBIL : un choix stratégique pour tester la tokenisation
Pourquoi choisir précisément l’ETF sur bons du Trésor à 3 mois ? La réponse est simple : c’est l’actif le plus liquide, le plus sûr et le plus réglementé qui existe. Avec environ 6,3 milliards de dollars sous gestion en janvier 2026, TBIL est devenu l’un des leaders incontestés des ETF ultra-courts sur dette publique américaine.
Tokeniser des parts de cet ETF permet donc de tester la technologie sans prendre de risques démesurés sur la qualité de l’actif sous-jacent. Si l’expérience réussit, elle pourra ensuite s’étendre à d’autres classes d’actifs plus complexes.
Les atouts majeurs mis en avant par F/m Investments :
- Traçabilité accrue des propriétaires grâce à la blockchain
- Possibilité d’ouverture vers des plateformes natives crypto
- Règlement potentiellement plus rapide pour certains investisseurs
- Coexistence harmonieuse avec les systèmes traditionnels
- Maintien intégral de la conformité réglementaire
Ces arguments montrent que l’objectif n’est pas de remplacer les infrastructures existantes, mais de les compléter intelligemment.
Un mouvement plus large : BlackRock, JPMorgan et les géants suivent
F/m Investments n’est pas un pionnier isolé. Ces derniers mois, plusieurs mastodontes de la finance traditionnelle ont accéléré sur la tokenisation :
- BlackRock a vu son fonds de liquidité numérique sur Ethereum croître très rapidement
- JPMorgan a lancé un fonds monétaire tokenisé destiné aux institutionnels
- Franklin Templeton et Fidelity explorent également des produits similaires
- Le NYSE planche sur une plateforme 24/7 pour titres tokenisés
Ces initiatives prouvent que 2026 marque probablement l’année de l’accélération réelle de la tokenisation dans la finance réglementée. Les montants en jeu sont déjà impressionnants : certains analystes estiment que le marché des RWA pourrait doubler ou tripler d’ici la fin de l’année.
Quels avantages concrets pour les investisseurs ?
Si la SEC donne son feu vert, plusieurs bénéfices pourraient émerger pour les détenteurs de parts de TBIL :
- Accès hybride : possibilité d’acheter/vendre via brokers traditionnels ou wallets crypto
- Règlement atomique : transactions plus rapides dans certains cas
- Transparence accrue : registre immuable et consultable
- Innovation future : ouverture vers des usages DeFi (emprunt collateralisé, etc.)
Bien entendu, tout cela reste conditionné à une approbation réglementaire et à une implémentation technique sans faille.
Les défis et interrogations qui persistent
Malgré l’enthousiasme, plusieurs questions demeurent en suspens :
- Quelle blockchain permissionnée sera retenue ?
- Comment gérer la coexistence des parts tokenisées et classiques ?
- Quel impact sur la fiscalité et la déclaration ?
- La SEC acceptera-t-elle ce précédent pour d’autres ETF ?
La prudence reste de mise : la tokenisation réglementée avance, mais à pas mesurés.
Vers une fusion progressive TradFi et DeFi ?
Ce dépôt de F/m Investments s’inscrit dans une tendance de fond beaucoup plus large : la convergence entre finance traditionnelle et finance décentralisée. Les stablecoins ont déjà prouvé leur utilité pour les paiements. Les fonds tokenisés sur bons du Trésor montrent que même les actifs les plus conservateurs peuvent bénéficier de la technologie blockchain.
En 2026, nous pourrions assister à l’émergence de portefeuilles hybrides où une partie est gérée classiquement et une autre on-chain, avec des avantages cumulés des deux mondes.
Quelques chiffres clés à retenir (janvier 2026) :
- TBIL : ~6,3 milliards $ d’actifs
- Marché RWA tokenisés : estimations entre 18 et 37 milliards $
- Projections 2026 : potentiellement 80 milliards $ ou plus selon les analystes
- Acteurs majeurs déjà engagés : BlackRock, JPMorgan, Franklin Templeton, etc.
Ces données illustrent l’ampleur du phénomène en cours.
Conclusion : un jalon historique pour la finance
Le dépôt de F/m Investments pour tokeniser des parts de TBIL n’est pas une simple expérimentation technique. C’est un signal fort envoyé par Wall Street : la blockchain n’est plus une menace, mais un outil à intégrer. Si la SEC valide cette approche, d’autres suivront rapidement, ouvrant la voie à une transformation profonde des marchés de capitaux.
Reste à savoir à quelle vitesse cette transition se fera. Une chose est sûre : en 2026, les bons du Trésor US pourraient bien devenir l’un des premiers grands actifs traditionnels à vivre pleinement sur la chaîne. Une page de l’histoire financière est en train de s’écrire sous nos yeux.
Et vous, comment voyez-vous l’arrivée de la tokenisation dans les produits d’investissement classiques ? Partagez votre avis en commentaire !
