Imaginez des panneaux publicitaires géants illuminant la façade d’une tour emblématique du quartier financier le plus prestigieux de Shanghai. Des messages vantant un réseau blockchain rapide et performant. Quelques jours plus tard, la Banque populaire de Chine annonce officiellement l’ouverture d’une enquête. Les événements prévus sont purement et simplement annulés. Cette séquence, survenue début novembre 2026, rappelle une nouvelle fois à quel point la Chine continentale reste inflexible face à toute forme de promotion des cryptomonnaies.
Une campagne trop visible qui a tout déclenché
Tout a commencé par une opération de communication particulièrement ambitieuse. Des publicités pour Solana ont été installées en grand format sur la façade de la Citigroup Tower, au cœur de Lujiazui. Ce quartier, symbole de la puissance financière chinoise, accueille habituellement les grandes institutions bancaires et les sièges de multinationales. Y afficher des messages liés à une blockchain publique a immédiatement attiré l’attention des autorités.
Selon un responsable de la Banque populaire de Chine cité par le quotidien Financial News le 6 novembre 2026, cette campagne a été orchestrée via des structures implantées en Chine. Pour les autorités, il ne s’agissait pas d’une simple opération de marque, mais bien d’une promotion déguisée de cryptomonnaies. Or, depuis plusieurs années, Pékin interdit toute activité financière liée aux actifs numériques sur le continent.
La réaction n’a pas tardé. La banque centrale a coordonné son action avec les régulateurs financiers locaux, la police et l’administration chargée de la supervision des marchés. Des investigations ont été ouvertes contre les entités et les personnes impliquées. À ce stade, les sanctions éventuelles n’ont pas été précisées, mais le message est clair : la promotion de Solana est considérée comme une infraction.
L’annulation des événements Solana Accelerate China
Parallèlement à la campagne publicitaire, un événement baptisé Solana Accelerate China 2026 devait se tenir à Shanghai. Dès le 16 octobre, plusieurs médias, dont le South China Morning Post, rapportaient son annulation à la dernière minute. Des policiers avaient été aperçus sur place. Un message officiel adressé aux participants évoquait alors un simple report pour raisons logistiques.
La nouveauté, début novembre, réside dans la confirmation officielle de l’intervention des autorités. La Banque populaire de Chine a reconnu avoir fait arrêter les événements associés avant leur ouverture. Ce n’était donc pas un problème d’organisation, mais bien une décision administrative motivée par le respect des restrictions en vigueur.
Promouvoir Solana constitue une infraction aux règles en vigueur sur le continent chinois.
Responsable de la Banque populaire de Chine, cité par Financial News
Cette déclaration résume parfaitement la position des autorités. Pour elles, SOL est une cryptomonnaie. Le réseau fournit également des services techniques permettant l’émission et l’échange d’autres tokens, dont l’USDT. Toute communication publique autour de ce sujet est donc assimilée à une activité interdite.
Le cadre réglementaire renforcé en février 2026
Pour justifier son intervention, la Banque populaire de Chine s’appuie sur un texte publié le 6 février 2026 par huit administrations chinoises. Ce document maintient l’interdiction des activités financières liées aux cryptomonnaies sur le continent et prévoit explicitement un contrôle des publicités associées. Il remplace et abroge la circulaire de 2021 qui servait jusqu’alors de référence.
Ce nouveau dispositif montre que Pékin n’a pas assoupli sa position. Au contraire, les autorités ont renforcé leur arsenal juridique pour cibler non seulement les transactions, mais aussi la communication et les acteurs locaux qui participent à la promotion des actifs numériques. Les structures chinoises liées à des plateformes étrangères sont particulièrement surveillées.
Ce que les autorités chinoises visent prioritairement :
- Les campagnes publicitaires visibles dans l’espace public
- Les événements physiques organisés sur le continent
- Les entreprises locales servant d’intermédiaires à des projets crypto étrangers
- Toute communication assimilée à une promotion de services d’émission ou d’échange de tokens
La distinction entre le continent et Hong Kong reste cependant très marquée. À Hong Kong, un régime spécifique applicable aux émetteurs de stablecoins adossés à des monnaies officielles est entré en vigueur le 1er août 2025. Ce cadre impose une licence pour les activités concernées. Cette ouverture contrôlée ne donne toutefois aucun droit de promouvoir ces services en Chine continentale.
Pourquoi Solana concentre-t-elle l’attention ?
Solana n’est pas le premier projet blockchain à essayer de se faire connaître en Chine. Mais la visibilité de cette campagne à Lujiazui a sans doute joué un rôle déterminant. Le réseau se démarque par sa vitesse de transaction et ses frais réduits. Il attire de nombreux développeurs et projets DeFi. Ces caractéristiques techniques le rendent particulièrement attractif, y compris pour des acteurs chinois intéressés par l’innovation.
Pourtant, aux yeux des régulateurs, ces qualités techniques ne changent rien. Dès lors qu’un réseau permet l’émission et l’échange de tokens, il entre dans le champ des interdictions. La présence de l’USDT sur Solana a d’ailleurs été explicitement mentionnée par le responsable de la Banque populaire de Chine. Ce point renforce l’idée que le réseau est perçu comme un vecteur d’activités crypto interdites.
Cette affaire s’inscrit dans une longue série d’actions visant à empêcher toute résurgence de l’écosystème crypto sur le continent. Depuis 2021, les autorités ont multiplié les mesures : interdiction des exchanges, restriction de l’accès aux plateformes étrangères, contrôle des publicités et surveillance des acteurs locaux. Le texte de février 2026 confirme que cette ligne dure reste d’actualité.
Les conséquences pour les acteurs locaux
Les entreprises et les personnes impliquées dans la campagne publicitaire et dans l’organisation des événements se retrouvent désormais sous le coup d’une enquête. Même si les sanctions n’ont pas encore été détaillées, le précédent est clair. Participer à la promotion d’un projet crypto sur le continent expose à des risques juridiques et réputationnels importants.
Cette situation crée un climat d’incertitude pour les structures chinoises qui travaillent avec des projets internationaux. Beaucoup préfèrent désormais opérer depuis Hong Kong ou depuis l’étranger afin d’éviter tout contact direct avec les régulateurs continentaux. La frontière entre activité technique légitime et promotion interdite reste parfois floue, ce qui pousse à une extrême prudence.
Les organisateurs d’événements crypto en Chine savent désormais qu’une annulation de dernière minute peut survenir à tout moment. Même lorsqu’un événement est présenté comme purement technique ou éducatif, les autorités peuvent y voir une promotion déguisée. Cette ambiguïté renforce l’autocensure et limite les possibilités de communication autour des technologies blockchain.
Hong Kong, une exception sous surveillance
Alors que le continent reste fermé, Hong Kong continue de développer un cadre réglementaire distinct. L’entrée en vigueur du régime des stablecoins en août 2025 a marqué une étape importante. Les émetteurs de monnaies numériques adossées à des devises officielles doivent désormais obtenir une licence. Cette approche vise à encadrer plutôt qu’à interdire.
Cependant, les autorités de Hong Kong rappellent régulièrement que ce cadre ne s’étend pas à la Chine continentale. Toute communication destinée au public du continent reste soumise aux règles strictes de Pékin. Les projets qui disposent d’une licence à Hong Kong ne peuvent donc pas s’en prévaloir pour mener des campagnes publicitaires à Shanghai ou à Pékin.
Cette dualité crée parfois de la confusion. Certains acteurs pensent à tort qu’une présence légale à Hong Kong ouvre automatiquement des portes sur le continent. L’affaire Solana démontre le contraire. Les autorités chinoises surveillent attentivement les initiatives qui tentent de contourner les interdictions en s’appuyant sur le statut spécial de Hong Kong.
Un signal fort pour l’ensemble de l’industrie
L’enquête ouverte contre les acteurs de la campagne Solana envoie un message clair à l’ensemble de l’écosystème crypto. Même les projets les plus techniques et les plus innovants ne sont pas à l’abri s’ils cherchent à se faire connaître en Chine continentale. La visibilité publique reste un facteur de risque majeur.
Les équipes marketing et les organisateurs d’événements doivent désormais intégrer cette réalité dans leur stratégie. Une campagne trop visible peut se transformer rapidement en problème réglementaire. Les partenariats avec des structures locales doivent être examinés avec une grande attention afin d’éviter toute implication dans des activités considérées comme illégales.
Cette situation renforce également le rôle de Hong Kong et de Singapour comme portes d’entrée privilégiées vers le marché asiatique. Les projets qui souhaitent toucher un public chinois se tournent de plus en plus vers ces places pour organiser leurs événements et développer leurs activités, tout en restant à distance des régulateurs continentaux.
Retour sur le contexte historique des restrictions
Pour bien comprendre la réaction des autorités, il faut replacer cette affaire dans un contexte plus large. Dès 2013, la Chine avait commencé à restreindre l’usage des cryptomonnaies. En 2017, les ICO avaient été purement et simplement interdites. En 2021, les exchanges avaient été contraints de cesser leurs activités sur le continent et le mining avait été sévèrement réprimé.
Le texte de février 2026 s’inscrit dans cette continuité. Il actualise et renforce les interdictions existantes en ciblant explicitement la publicité et les acteurs locaux. L’objectif reste le même : empêcher toute forme de spéculation et de risques financiers liés aux actifs numériques tout en préservant le contrôle de l’État sur le système monétaire.
Cette ligne dure contraste avec l’approche adoptée dans d’autres pays asiatiques. Le Japon, la Corée du Sud ou encore Singapour ont choisi de réguler plutôt que d’interdire. La Chine, elle, maintient une position de principe : les cryptomonnaies n’ont pas leur place dans le système financier continental.
Les leçons pour les projets blockchain internationaux
L’affaire Solana offre plusieurs enseignements concrets pour les projets qui envisagent une présence en Asie. Premièrement, la distinction entre le continent et Hong Kong doit être parfaitement maîtrisée. Une licence ou une activité légale à Hong Kong ne donne aucun droit sur le continent.
Deuxièmement, la communication doit être extrêmement prudente. Toute campagne visible dans l’espace public chinois peut être interprétée comme une promotion de cryptomonnaies. Même les messages techniques ou éducatifs risquent d’être assimilés à de la publicité.
Troisièmement, les partenariats locaux doivent être sélectionnés avec soin. Les structures chinoises qui acceptent de travailler sur des projets crypto s’exposent à des risques importants. Beaucoup préfèrent désormais limiter leur implication ou opérer exclusivement depuis l’étranger.
Points de vigilance pour les projets internationaux :
- Ne jamais organiser d’événement physique sur le continent sans validation préalable des autorités
- Éviter toute publicité visible dans l’espace public chinois
- Séparer clairement les activités menées à Hong Kong de celles destinées au continent
- Documenter précisément la nature technique des partenariats locaux
- Anticiper une possible annulation de dernière minute des événements
Une industrie qui s’adapte en permanence
Malgré ces restrictions, l’intérêt des développeurs et des entrepreneurs chinois pour les technologies blockchain reste réel. Beaucoup choisissent simplement de travailler depuis l’étranger ou de se concentrer sur des applications non liées aux cryptomonnaies. La tokenisation d’actifs réels, les solutions de traçabilité ou les infrastructures techniques continuent de susciter de l’attention, à condition de rester à distance des actifs spéculatifs.
Les projets internationaux, de leur côté, multiplient les initiatives à Hong Kong, à Singapour ou à Dubaï. Ces places offrent un cadre réglementaire plus prévisible et permettent de toucher un public asiatique sans entrer directement en conflit avec les autorités chinoises. L’affaire Solana risque de renforcer encore cette tendance.
La banque centrale chinoise a indiqué qu’elle continuerait de cibler les acteurs locaux du trading et les entités chinoises liées aux plateformes étrangères. Cette déclaration laisse peu de place au doute. La surveillance restera élevée et les interventions pourront se produire dès que des activités de promotion seront détectées.
Que retenir de cette séquence ?
La campagne publicitaire Solana à Shanghai et l’annulation des événements associés illustrent parfaitement la rigidité du cadre chinois. Même un projet technique reconnu pour ses performances peut se retrouver dans le viseur des autorités dès lors qu’il cherche à se faire connaître sur le continent.
Les investigations ouvertes contre les structures et les personnes impliquées rappellent que les conséquences ne sont pas uniquement symboliques. Les acteurs locaux s’exposent à des procédures administratives et éventuellement à des sanctions. Cette réalité pousse l’écosystème à une extrême prudence.
Dans le même temps, Hong Kong continue de développer son propre modèle. La coexistence de ces deux approches au sein du même pays crée une situation unique. Les projets doivent apprendre à naviguer entre ces deux univers réglementaires sans jamais confondre les règles applicables à l’un et à l’autre.
Cette affaire confirme également que la Chine n’a pas l’intention d’assouplir sa position à court terme. Le texte de février 2026 et l’intervention rapide des autorités en octobre et novembre 2026 montrent une volonté claire de maintenir le contrôle. Pour l’industrie crypto, le message est limpide : le continent reste une zone à très haut risque pour toute forme de communication publique.
Les prochains mois diront quelles sanctions seront effectivement prononcées contre les acteurs de la campagne Solana. Mais dès à présent, l’impact est réel. Les organisateurs d’événements, les équipes marketing et les partenaires locaux sauront se montrer encore plus prudents. Dans un environnement aussi surveillé, la discrétion devient une condition de survie.
Finalement, cette séquence révèle une tension permanente entre innovation technologique et contrôle réglementaire. Solana incarne une certaine idée de la performance blockchain. La Chine incarne une vision souveraine de la monnaie et de la finance. Lorsque ces deux logiques se rencontrent dans l’espace public de Shanghai, le résultat est sans appel : les autorités reprennent la main et rappellent qui fixe les règles sur le continent.
