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    Sec Propose Un Cadre De Garde Crypto Pour Les Conseillers

    Steven SoarezDe Steven Soarez03/10/2026Aucun commentaire15 Mins de Lecture
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    Imaginez un gérant qui repère, le jour même de son lancement, un actif numérique que ses clients réclament déjà. Le marché existe, le carnet d’ordres aussi, mais aucun dépositaire agréé ne sait encore le prendre en charge. Pendant des semaines, parfois des mois, le conseil d’investissement reste coincé entre la demande et une règle écrite pour des titres papier. C’est précisément ce trou que la Securities and Exchange Commission veut combler. Le 1er octobre 2026, l’agence a mis sur la table un cadre de conservation crypto destiné aux conseillers en investissement et aux fonds régulés. Le 3 octobre, le président Paul Atkins en a repris les grandes lignes publiquement. Rien n’est encore définitif. Tout est encore discutable. Et c’est exactement pour cela que le texte mérite d’être lu de près.

    Le projet ne se contente pas d’ajouter le mot crypto à un formulaire existant. Il rouvre deux lois fédérales que le secteur connaît par cœur, l’Investment Advisers Act de 1940 et l’Investment Company Act de 1940, pour dire comment un professionnel peut détenir des actifs numériques pour le compte de clients. L’auto-garde y figure, mais seulement sous conditions. Les sociétés de fiducie d’État y figurent aussi, à condition de passer un filtre annuel. Le délai de commentaires, lui, ne part pas du message public d’Atkins. Il part de la publication au Federal Register. Soixante jours. Pas un de plus, pas un de moins, une fois le texte officiellement imprimé.

    Ce que la SEC met vraiment sur la table

    Le dossier porte le numéro S7-2026-35. Les releases associées sont IA-7023 et IC-36353. Derrière ces codes, un constat simple : les règles de garde actuelles ont été pensées pour des actions, des obligations et des espèces, pas pour une clé privée. Atkins l’a dit sans détour. Une partie du dispositif est antérieure à internet. Elle protège contre la perte, le vol et le détournement, mais elle suppose un dépositaire capable d’accueillir l’actif. Quand ce dépositaire n’existe pas encore, la protection se transforme en blocage.

    Le périmètre annoncé couvre trois familles d’acteurs. D’abord les conseillers en investissement enregistrés. Ensuite les sociétés d’investissement enregistrées. Enfin les business development companies, ces véhicules de capital qui vivent déjà sous le régime des fonds. L’agence explique vouloir lever les obstacles qui empêchent un conseil crypto conforme, et ouvrir aux fonds régulés des stratégies qu’ils ne pouvaient pas monter proprement. Le texte n’adopte rien. Il propose, et il attend les réponses.

    Ce que l’on sait déjà, et ce qui reste ouvert.

    • Le projet date du 1er octobre 2026, repris publiquement le 3 octobre.
    • Il vise conseillers enregistrés, fonds enregistrés et business development companies.
    • L’auto-garde n’est prévue que si aucun dépositaire autorisé n’est disponible.
    • Les fiducies d’État doivent être contrôlées avant nomination, puis chaque année.
    • Les commentaires courent soixante jours après publication au Federal Register.
    • Des ajustements de reporting et de conservation des écritures sont aussi au menu.

    Pourquoi le calendrier compte autant que le fond

    Beaucoup de lecteurs vont dater la réforme du message d’Atkins. Ce serait une erreur de procédure. La commission a publié sa déclaration le 1er octobre, en même temps que les règles proposées. Le post public est venu après. Le chrono des commentaires, lui, ne démarre qu’avec le Federal Register. Un cabinet qui prépare une lettre le week-end du 3 octobre travaille donc sur un texte connu, mais sur une fenêtre qui n’est pas encore officiellement ouverte. Cette nuance change la stratégie des associations, des dépositaires et des fonds qui veulent peser sur la version finale.

    Atkins a relié le projet à une demande client qu’il décrit comme celle d’une classe d’actifs de plusieurs milliers de milliards. Le chiffre sert d’argument politique plus que de mesure comptable. Il dit surtout ceci : ignorer la conservation, c’est laisser les professionnels dans une zone grise alors que les portefeuilles, eux, bougent déjà. La phrase qu’il a placée au centre de son propos reste la plus nette.

    Malheureusement, nos règles et règlements n’ont pas suivi le rythme.

    Paul Atkins, président de la SEC

    Le vide laissé par l’ancien projet de safeguarding

    Ce texte n’arrive pas dans un désert. En juin 2025, la SEC avait retiré sa précédente proposition de safeguarding. Le 25 août, un examen de la Maison Blanche sur la conservation avait suivi l’envoi du dossier à l’Office of Management and Budget. Le 26 août, des comptes rendus décrivaient déjà une règle distincte, après l’abandon du texte précédent. Le projet d’octobre n’est donc pas une surprise de couloir. C’est la suite d’un retrait, puis d’une reprise plus étroite, centrée sur les actifs numériques et sur quelques mises à jour voisines.

    Au-delà du crypto, l’agence indique vouloir actualiser des exigences d’audit des états financiers pour les conseillers enregistrés, et le recours aux services de conservation de courtiers pour les fonds régulés. Le cœur médiatique reste la clé privée. Le cœur technique, lui, mélange garde, écritures, audits et prestataires. Un commentaire qui ne parlerait que de wallets raterait la moitié du dossier.

    L’auto-garde, mot piégé

    Hester Peirce a pris soin de définir le terme. Dans sa déclaration du 1er octobre, elle explique que l’auto-garde désigne ici un conseiller qui détient des actifs pour des clients. Ce n’est pas l’investisseur qui garde ses propres pièces sans intermédiaire. La distinction est décisive. Le débat public mélange souvent les deux. Un particulier qui tient une seed phrase dans un coffre ne relève pas de ce texte. Un gérant qui signe un mandat et conserve les clés du portefeuille, si.

    La condition d’entrée est étroite. Le conseiller doit d’abord établir qu’aucun dépositaire autorisé n’est disponible pour l’actif. Il doit ensuite refaire cette appréciation chaque trimestre. L’idée est de couvrir le délai de plusieurs mois pendant lequel, selon Atkins, les prestataires ne savent pas encore supporter un actif tout juste lancé. Ce n’est pas une autorisation générale de devenir sa propre banque. C’est une soupape, avec une date de péremption à revérifier.

    Sur le papier, la logique est élégante. Dans un comité d’investissement, elle oblige à documenter une absence. Quelle liste de dépositaires a été consultée ? Quelle réponse écrite a été reçue ? Un refus technique vaut-il une indisponibilité ? Un prestataire qui accepte l’actif mais avec un délai de six semaines est-il « disponible » ? Le texte proposé va devoir répondre à ces questions, ou les commentaires le feront à sa place. C’est là que se jouera l’usage réel de la soupape.

    Le filtre des sociétés de fiducie d’État

    L’autre porte d’entrée concerne les state trust companies. Peirce indique que conseillers et fonds doivent évaluer l’autorisation délivrée par l’État et les garanties écrites avant de nommer la société, puis recommencer chaque année. Les garanties doivent couvrir le vol, la perte, l’usage indu et le détournement des actifs crypto et des espèces liées. Le contrôle n’est donc pas un tampon unique le jour de la signature. C’est un rendez-vous annuel, avec un dossier à tenir.

    Cette voie répond à une réalité américaine : la conservation institutionnelle ne passe pas seulement par les grandes banques nationales. Des fiducies d’État ont déjà construit des offres d’actifs numériques, avec des régimes de surveillance très inégaux d’un État à l’autre. Le projet ne dit pas que tous ces acteurs se valent. Il dit qu’un conseiller peut s’en remettre à l’un d’eux s’il a vérifié le mandat et les garde-fous. La charge de la preuve reste chez le professionnel, pas chez le régulateur d’État.

    Pour un fonds, cette vérification annuelle peut devenir un chapitre du rapport de conformité. Qui a relu la licence ? Qui a testé la procédure en cas de perte de clé ? Qui a regardé la ségrégation des espèces associées aux jetons ? Si la réponse tient en une case cochée, le dispositif sera fragile. Si elle tient en un mémo contradictoire, relu par le conseil, elle se rapproche de ce que les lois de 1940 attendent déjà pour les titres classiques.

    Ce que le projet ne tranche pas

    Plusieurs zones restent volontairement floues, parce qu’un proposing release n’est pas une règle finale. Le texte ne dit pas encore comment un examen de la SEC testera, dans trois ans, la qualité d’une auto-garde. Il ne fixe pas non plus une liste fermée de dépositaires autorisés. Il ne transforme pas une fiducie d’État en équivalent automatique d’une banque qualifiée. Et il ne règle pas, à lui seul, la question de savoir quels jetons sont des securities. Cette dernière pièce a déjà été travaillée à part, par une interprétation de la commission sur les actifs qui sont des titres et sur ceux qui peuvent sortir du régime des investment contracts.

    Le dossier inclut en revanche des changements de reporting et de recordkeeping. C’est le passage que les lecteurs pressés sautent, et que les directeurs juridiques ne sautent jamais. Tenir des clés, c’est aussi tenir des journaux : qui a accès, qui a signé, où sont les sauvegardes, comment une transaction est autorisée, comment une erreur est corrigée. Sans ces écritures, l’auto-garde conditionnelle ne serait qu’une exception de façade.

    Une séquence plus large que la seule garde

    Atkins a replacé le projet dans une suite d’actes. En décembre 2025, le staff a donné une lettre de no-action au Depository Trust Company pour un pilote volontaire de tokenisation de titres. En janvier 2026, un cadre de classification des titres tokenisés a suivi. La commission a ensuite publié une interprétation sur les actifs qui sont des securities et sur le moment où un actif peut cesser d’être soumis à un investment contract. En avril, le staff s’est prononcé sur les conséquences d’enregistrement courtier pour certaines interfaces qui préparent des transactions de titres tokenisés. En août, la commission a proposé Regulation Crypto Assets, présenté comme un cadre d’offre pour certains investment contracts liés à des actifs numériques.

    Le 17 septembre, une Innovation Exemption de cinq ans a visé le trading de jetons d’actions du National Market System. Les comptes rendus du 20 septembre en ont détaillé les conditions. Un jeton qualifié doit porter le même intérêt dans la société, les mêmes dividendes, les mêmes droits de vote et les mêmes droits de liquidation que l’action classique de la même classe. Les produits synthétiques sont exclus. Une place doit arrêter le trading du jeton quand l’action sous-jacente est suspendue sur son marché de cotation principal. Pour un jeton de tiers, la place doit prévenir l’émetteur et attendre au moins trente jours calendaires ; une objection de l’émetteur empêche le démarrage.

    Le pilote DTC, décrit dans un compte rendu du 6 août, couvre des actions du Russell 1000, des ETF suivant de grands indices, et des bons du Trésor, notes et obligations américains. Sous la lettre de trois ans, DTCC prévoyait un lancement de service en octobre 2026, permettant à des participants de créer des représentations tokenisées de titres déjà en conservation chez DTC, de les déplacer vers des wallets approuvés, et de convertir entre registre classique et registre tokenisé. La conservation des fonds, dans ce décor, n’est plus un sujet isolé. Elle devient le chaînon entre un titre déjà déposé et sa copie programmable.

    Le cas concret du jeton trop jeune

    Reprenons la scène du début, avec des contraintes de comité. Un actif sort un mardi. Le prospectus d’un fonds ne le cite pas. Le dépositaire principal répond qu’il lui faut un développement, un audit de contrat et une assurance. Délai annoncé : quatre mois. Le conseiller documente trois refus ou trois impossibilités. Il active l’auto-garde proposée, avec une politique de signatures, une séparation des rôles et un journal. Au trimestre suivant, un dépositaire secondaire annonce qu’il peut prendre l’actif. La soupape doit alors se refermer, ou le conseiller doit expliquer pourquoi elle reste ouverte. C’est tout l’intérêt du contrôle trimestriel : empêcher l’exception de devenir le régime normal.

    Le risque inverse existe aussi. Un dépositaire peut se déclarer disponible sans l’être vraiment, avec des limites de montant, des horaires, ou une impossibilité de traiter un fork. Si la règle finale définit la disponibilité de façon trop formelle, des fonds resteront bloqués. Si elle la définit de façon trop souple, l’auto-garde deviendra un choix de confort. Les commentaires vont probablement se battre sur ce seul adjectif.

    Ce que les clients peuvent attendre, et ce qu’ils ne doivent pas croire

    Un épargnant qui lit le titre peut croire que son fonds va « garder le bitcoin tout seul » dès la semaine prochaine. Ce n’est pas le cas. Le texte est une proposition. Il doit être commenté, éventuellement modifié, puis adopté. Même adopté, il ne s’appliquerait que dans le cadre des lois de 1940, à des professionnels enregistrés, et sous des tests. Il ne crée pas un droit général à l’auto-conservation pour n’importe quel intermédiaire. Il ne dit pas non plus qu’un exchange devient un dépositaire qualifié par simple communiqué.

    En revanche, le signal est net pour les équipes de conformité. La conservation n’est plus un sujet que l’on renvoie au prestataire en espérant que la question disparaisse. Elle devient un choix documenté, avec une revue trimestrielle ou annuelle selon la voie retenue. Les clients institutionnels qui demandent déjà une attestation de garde vont pouvoir poser des questions plus précises : quelle voie, quel contrôle, quelle sortie de l’exception.

    Les pièces voisines que le marché mélange déjà

    Le même automne voit d’autres dossiers avancer en parallèle, et le public les empile. Des plateformes de tokens d’actions approchent des plafonds liés à des exemptions, un sujet revenu dans l’actualité récente autour de volumes proches des caps. Ce n’est pas le même texte que la conservation des fonds. Le confondre serait commode, et faux. L’exemption sur les jetons d’actions parle de droits d’actionnaire et de haltes de marché. Le projet de garde parle de qui tient l’actif, et sous quelle preuve. Les deux se croisent seulement quand un fonds veut détenir un titre tokenisé : il lui faut alors à la fois un actif qualifié et un régime de conservation qualifié.

    Ailleurs, des banques hors des États-Unis ouvrent des services de conservation de bitcoin. Le geste rappelle que la demande institutionnelle ne s’arrête pas à Washington. Il ne crée pas pour autant un précédent opposable à la SEC. Un conseiller américain ne peut pas s’abriter derrière une offre étrangère pour contourner les lois de 1940. Il peut, en revanche, citer ces offres dans un commentaire, pour montrer que le marché de la garde existe, et que le retard américain est organisationnel autant que technique.

    Comment lire la déclaration de Peirce sans la surinterpréter

    Peirce sépare l’auto-garde professionnelle de la détention directe par l’investisseur. Elle pose le test d’indisponibilité, la revue trimestrielle, puis le filtre des fiducies d’État et la revue annuelle. Elle ne dit pas que l’auto-garde est supérieure. Elle dit qu’elle peut être nécessaire. Cette nuance évite le slogan. Un fonds qui choisirait l’auto-garde par idéologie, alors qu’un dépositaire sérieux est disponible, sortirait du cadre décrit. Un fonds qui la refuserait par principe, alors qu’aucun dépositaire ne peut prendre un actif exigé par son mandat, sortirait aussi de la réalité que la commission dit vouloir traiter.

    La phrase utile, pour une note interne, tient en une ligne : l’auto-garde proposée est une détention pour autrui, justifiée par une absence prouvée, et réexaminée tous les trimestres. Tout le reste est commentaire, politique ou marketing.

    Ce que change la publication au registre

    Tant que le proposing release n’est pas au Federal Register, la date de clôture reste mobile. Les équipes qui veulent déposer un commentaire solide ont donc deux travaux en parallèle. D’abord, lire le texte déjà rendu public et préparer les objections de fond. Ensuite, surveiller la publication officielle pour caler le dépôt. Un jour de retard après l’ouverture officielle n’est pas dramatique. Un dépôt avant l’ouverture, s’il n’est pas repris dans le bon canal, peut en revanche manquer le dossier. Le détail est administratif. Il décide parfois de qui est cité dans l’adopting release.

    Atkins a lié la réforme à l’incertitude des professionnels sur les arrangements licites. Lever l’incertitude ne veut pas dire choisir un camp entre banques, fiducies et gérants. Cela veut dire écrire une carte. La carte proposée a trois chemins : dépositaire autorisé, fiducie d’État vérifiée, auto-garde conditionnelle. Le chemin par défaut reste le premier. Les deux autres sont des routes de délestage, avec des péages documentaires.

    Une grille pour les comités des prochaines semaines

    Avant même la règle finale, un comité peut déjà classer ses actifs. Ceux qu’un dépositaire actuel sait prendre. Ceux qu’une fiducie d’État saurait prendre si le filtre annuel était satisfait. Ceux qu’aucun prestataire ne sait prendre, et qui justifieraient une exception. Ce classement ne vaut pas conformité. Il vaut préparation. Il évite la scène classique où un lancement de jeton force une décision le vendredi soir, sans mémo, sans liste de refus, sans plan de sortie.

    La même grille sert aux clients. Demander « gardez-vous les clés » est trop vague. Demander « sur quelle voie, avec quelle revue, et avec quelle sortie » colle au texte. C’est aussi une question que les administrateurs de fonds peuvent poser sans attendre l’adopting release. Le projet d’octobre ne les oblige à rien aujourd’hui. Il leur montre déjà le type de preuve que la commission est en train de normaliser.

    Le reste dépendra des lettres. Une industrie qui ne commente que le slogan de l’auto-garde laissera le staff écrire seul les définitions de disponibilité, de garantie écrite et de journal. Une industrie qui commente ces trois mots a une chance de rendre la soupape utilisable sans la transformer en passe-droit. C’est, au fond, le seul choix ouvert entre le 1er octobre et la fin de la fenêtre de soixante jours.

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