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    Le Salvador De Bukele Pivote Vers Les Stablecoins

    Steven SoarezDe Steven Soarez30/09/2026Aucun commentaire17 Mins de Lecture
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    Cinq ans après avoir proclamé le bitcoin monnaie ayant cours légal, le Salvador ne parle plus d’abord de satoshis dans les commerces. Il parle de dollars numériques, de forfait à deux dollars et d’une application d’État destinée à faire voyager l’argent de la diaspora. Le changement n’a rien d’un reniement spectaculaire. L’État n’a vendu aucun bitcoin de sa réserve. Il a simplement séparé deux fonctions que le discours de 2021 avait voulu fusionner : thésauriser d’un côté, faire circuler de l’autre.

    Quand Le Cours Légal Du Bitcoin Cède La Place Aux Dollars Numériques

    Le 7 septembre 2021, San Salvador s’était distingué en devenant le premier État à donner au bitcoin le statut de monnaie ayant cours légal. Chaque citoyen qui ouvrait le portefeuille public Chivo recevait l’équivalent de trente dollars en BTC. Les commerçants devaient accepter le paiement. Les travailleurs expatriés se voyaient promettre des transferts sans frais. L’intention politique était claire : court-circuiter les intermédiaires classiques des envois d’argent et afficher une souveraineté technologique.

    L’usage quotidien n’a pas suivi. Une enquête de l’Université centraméricaine José Simeón Cañas a conclu que 92 % des Salvadoriens n’avaient effectué aucune transaction en bitcoins en 2024. Le portefeuille public a calé sur l’identité, les files d’attente, les pannes et la volatilité. Le dollar, adopté dès 2001 à la place du colón, est resté l’unité de compte réelle. Le bitcoin est devenu un actif d’État plus qu’un moyen de paiement de masse.

    Ça n’a pas connu l’adoption généralisée que nous espérions.

    Nayib Bukele, président du Salvador, entretien à TIME

    Le Compromis Avec Le FMI Et La Réécriture De La Loi

    Le recul officiel est arrivé par la voie budgétaire. En échange d’une facilité de crédit élargie de 1,4 milliard de dollars sur quarante mois, le gouvernement a accepté de réécrire sa loi Bitcoin. Le 29 janvier 2025, l’Assemblée législative a voté la réforme par 55 voix. L’acceptation par les commerces est redevenue facultative. Le fisc n’encaisse plus de BTC. L’État s’est engagé à réduire son rôle opérationnel dans Chivo.

    Début septembre 2026, le Fonds monétaire international a acté le transfert de la majorité et du contrôle opérationnel de Chivo à un opérateur privé. L’État conserve une participation minoritaire et la garde des actifs des clients. La réserve stratégique, elle, n’a pas été mise en vente. C’est le point que beaucoup d’observateurs avaient mal lu : San Salvador a cédé sur l’usage obligatoire, pas sur le bilan.

    Ce que la réforme a réellement changé

    • Le bitcoin n’est plus imposé aux commerçants.
    • L’administration fiscale n’accepte plus le BTC.
    • Chivo passe sous contrôle opérationnel privé, avec participation minoritaire de l’État.
    • La réserve publique de bitcoins n’est pas liquidée.

    Une Réserve Que L’État N’A Pas Touchée

    L’Oficina Nacional del Bitcoin affiche désormais près de 7 800 bitcoins. Le coût moyen d’acquisition est souvent situé autour de 55 000 dollars l’unité. Le tableau de bord public continue de progresser à un rythme proche d’un bitcoin par jour. Stacy Herbert, qui dirige l’office, défend toujours la thèse d’une réserve de valeur souveraine.

    Les revues du FMI racontent toutefois une autre mécanique depuis mi-2025 : l’accumulation viendrait de dons privés, sans ressources publiques nouvelles, et aucune acquisition budgétaire n’est prévue. Autrement dit, le Trésor n’achète plus avec l’impôt, mais il ne vend pas non plus. La ligne politique tient en une phrase : le bitcoin reste au coffre, le dollar numérique doit circuler.

    Cette distinction n’est pas anodine. Dans un pays déjà dollarisé, vendre la réserve aurait envoyé un signal de capitulation. La conserver permet de continuer à parler de souveraineté tout en cédant aux exigences du prêteur international sur le terrain opérationnel. Le discours se scinde. Le bilan reste bitcoin. Le quotidien bascule vers les stablecoins.

    Pourquoi Les Stablecoins Arrivent Là Où Chivo A Calé

    Le Salvador est dollarisé depuis 2001. La banque centrale n’a plus de politique monétaire autonome. Un stablecoin adossé au dollar n’introduit pas une nouvelle unité de compte. Il numérise une monnaie déjà utilisée pour payer le loyer, les courses et les factures. C’est précisément ce que le bitcoin n’a pas réussi à faire à grande échelle : servir d’instrument quotidien sans friction psychologique.

    Le terrain décisif reste celui des remesas. Le Banco Central de Reserva a recensé 9,99 milliards de dollars d’envois en 2025, soit environ un quart du PIB, dont plus de 92 % en provenance des États-Unis. Le FMI n’a trouvé que 1,75 % de ce flux transitant par un portefeuille crypto. Le gisement est énorme. Les réseaux traditionnels prélèvent des commissions élevées. Une application capable d’abaisser le coût unitaire a donc un argument simple, presque banal, et autrement plus concret que la promesse d’une monnaie du futur.

    C’est dans ce vide que s’inscrit Sivar, révélé par Bloomberg le 29 septembre 2026. L’administration Bukele s’associe à la start-up de Palo Alto Modveon pour une application d’État. L’utilisateur est vérifié à partir d’une pièce d’identité officielle, rangé en communautés selon son adresse, puis autorisé à envoyer et détenir des dollars numériques. Les paiements passent par Base, le réseau de Coinbase. Depuis les États-Unis, le forfait est de deux dollars, quel que soit le montant. Le destinataire peut retirer les fonds dans plus de mille points physiques au Salvador.

    Le Salvador continue de miser sur le bitcoin pour le Trésor et comme réserve de valeur. Pour faire circuler l’argent, on ne bat pas les stablecoins.

    Nana Murugesan, PDG de Modveon, à Bloomberg

    Sivar, Une Appli D’État Sur Un Rail Américain

    Le choix de Base n’est pas anodin. Le réseau, adossé à Coinbase, promet des frais bas et une intégration plus simple avec l’écosystème dollar des États-Unis, d’où part l’essentiel des remesas. L’identité officielle sert de porte d’entrée. Le regroupement par communautés selon l’adresse rappelle moins un protocole décentralisé qu’un outil de politique publique : ciblage local, distribution, contrôle des flux, éventuellement inclusion financière des foyers encore hors banque.

    Le forfait à deux dollars, indépendant du montant, est le levier commercial. Sur un envoi de cinquante dollars, la commission relative reste visible. Sur un envoi de cinq cents ou de mille dollars, elle devient négligeable. C’est exactement le profil des transferts familiaux mensuels. Si le réseau de retrait tient ses mille points, Sivar peut attaquer Western Union et consorts sur le dernier kilomètre, là où Chivo avait échoué faute d’habitude et de confiance.

    Reste la question de la confiance dans l’émetteur du dollar numérique. Un stablecoin n’est pas le bitcoin. Il dépend de réserves, d’un émetteur, d’un régulateur, parfois d’un gel d’adresse. Le Salvador parie que cette dépendance est acceptable dès lors que l’unité de compte est déjà le dollar. L’usager ne change pas de monnaie dans sa tête. Il change de tuyau.

    Tether S’installe Et Le Cadre Local S’épaissit

    Le pivot réglementaire a précédé l’application. La Comisión Nacional de Activos Digitales, régulateur créé en 2023, a accordé à Tether une licence de prestataire d’actifs numériques après l’annonce du déménagement de son siège à San Salvador. Une loi sur la banque d’investissement autorise désormais les établissements locaux à manipuler des actifs numériques pour le compte de leurs clients.

    Le vote du GENIUS Act aux États-Unis, en juillet 2025, a ensuite donné aux stablecoins de paiement un cadre fédéral et des exigences de réserves vérifiables. San Salvador se retrouve ainsi à l’intersection de deux mouvements : une place locale qui délivre des licences, et un marché américain qui normalise enfin l’instrument dont la diaspora a besoin pour envoyer des dollars sans passer par trop d’intermédiaires.

    Cette géographie n’est pas seulement symbolique. Tether cherche une juridiction accueillante. Le Salvador cherche des émetteurs, de la liquidité et une image de hub. Les deux intérêts se rencontrent. Que l’USDT ou un autre jeton dollar circule ensuite dans Sivar ou dans d’autres canaux, le signal politique est le même : le pays veut être une porte d’entrée du dollar tokenisé en Amérique centrale, pas seulement une vitrine bitcoin.

    Les pièces du nouveau dispositif

    • Une licence locale pour Tether et un régulateur dédié depuis 2023.
    • Une loi permettant aux banques d’investissement de gérer des actifs numériques.
    • Un cadre américain plus clair pour les stablecoins de paiement.
    • Une application d’État, Sivar, branchée sur Base.
    • Un réseau de plus de mille points de retrait physiques.

    La Division Du Travail En Amérique Latine

    Le Salvador n’invente pas seul cette séparation des rôles. En Argentine comme au Venezuela, l’USDT fait déjà office de dollar de poche face à l’inflation et aux contrôles de change, tandis que le bitcoin reste un actif d’épargne longue pour ceux qui veulent sortir du système. La particularité salvadorienne, c’est que la monnaie officielle est déjà le dollar. Le stablecoin n’y combat pas une monnaie nationale en déroute. Il accélère une monnaie déjà dominante.

    Cette différence change la pédagogie publique. Nul besoin d’expliquer pourquoi abandonner le colón : il a disparu il y a un quart de siècle. Nul besoin non plus de promettre une souveraineté monétaire retrouvée par le code. Le message devient utilitaire. Moins de frais. Plus de rapidité. Un retrait au coin de la rue. Le bitcoin, lui, reste dans le récit présidentiel comme un trésor, un pari de long terme, un marqueur d’identité politique.

    On peut y voir une forme de maturité, ou un simple recul tactique. Les deux lectures coexistent. Les maximalistes diront que l’État a capitulé devant le FMI. Les pragmatiques répondront que l’expérience de 2021 a permis d’apprendre une leçon simple : un actif volatil se prête mal au ticket de bus et au paiement du supermarché, surtout quand la population est déjà habituée au billet vert.

    Ce Que Révèle L’Échec Relatif De Chivo

    Chivo n’a pas seulement souffert de la volatilité. Le portefeuille public a mêlé trop de missions : airdrop politique, identité, paiements, remesas, communication présidentielle. Quand un outil sert à tout, il rassure rarement. Les files d’attente pour récupérer les trente dollars initiaux ont marqué les esprits. Les pannes aussi. Le souvenir d’une application d’État reste collé à une expérience médiocre pour une partie de la population.

    Sivar tente d’éviter ce piège en se présentant d’abord comme un tuyau de dollars. L’identité officielle est là, mais le récit n’est plus celui d’une révolution monétaire. C’est celui d’un service. La nuance compte. Les familles qui reçoivent de l’argent de Los Angeles, de Houston ou de Washington ne demandent pas une leçon sur la rareté numérique. Elles demandent que la somme arrive vite, entière, et convertible en liquide près de chez elles.

    Le basculement vers un opérateur privé pour Chivo va dans le même sens. L’État reste dans le capital et dans la garde, mais il quitte le cockpit. C’est une manière d’avouer que la gestion d’un portefeuille de masse n’est pas le métier naturel d’une administration. C’est aussi une concession demandée par le FMI, qui voulait réduire le risque opérationnel et le conflit d’intérêts entre régulateur, promoteur et opérateur.

    Le Bitcoin Reste Un Actif De Bilan, Pas Un Moyen De Paiement De Masse

    La phrase de Bukele sur l’adoption manquée a le mérite de la clarté. Elle ne dit pas que le bitcoin est un échec en tant qu’actif. Elle dit que l’usage généralisé n’est pas venu. Distinguer les deux évite les slogans. Une réserve de 7 800 BTC peut prendre de la valeur, servir de signal diplomatique, attirer des entrepreneurs et des touristes crypto. Elle ne paie pas automatiquement le riz ni le transport scolaire.

    Le rythme d’un bitcoin par jour affiché sur le tableau de bord public entretient l’image d’une accumulation continue. Si ces unités viennent de dons, le coût budgétaire est faible. Le bénéfice communicationnel reste élevé. Le président peut affirmer qu’il n’a pas cédé un satoshi. Le Fonds peut affirmer qu’aucune ressource publique nouvelle n’alimente le programme. Chacun ressort avec sa phrase.

    Cette ambiguïté durera tant que le cours du bitcoin soutiendra le récit. Une baisse prolongée rendrait la réserve plus difficile à défendre politiquement, même si aucune vente n’est exigée. Une hausse la transformerait en trophée. Dans les deux cas, l’instrument de circulation quotidien aura déjà changé de nature si Sivar s’installe.

    Les Envois De La Diaspora Comme Vrai Juge De Paix

    Dix milliards de dollars par an, c’est plus qu’un marché. C’est une infrastructure sociale. Des familles entières organisent le mois autour de ces virements. Les commissions mangent une part visible du revenu envoyé. Toute réduction durable a un effet immédiat sur le pouvoir d’achat local. C’est pourquoi le test de Sivar ne sera pas idéologique. Il sera comptable.

    Le chiffre de 1,75 % de flux déjà passés par un portefeuille crypto montre l’ampleur du chemin. Il montre aussi qu’un premier noyau existe. Des travailleurs ont déjà testé Lightning, des applications privées, des stables. Ils se sont souvent heurtés au dernier kilomètre : convertir, retirer, expliquer à un parent âgé. Un réseau de mille points physiques, s’il est réellement maillé et liquide, peut lever cet obstacle.

    Le risque inverse existe. Une application d’État trop liée à l’identité et au découpage territorial peut rebuter ceux qui veulent rester discrets. Les remesas ne sont pas toujours déclarées dans le détail. Un outil trop transparent, trop communautaire, trop administratif, peut faire fuir une partie du public vers des canaux informels. L’équilibre entre conformité et simplicité décidera du succès.

    Ce Que Change Un Dollar Numérique Dans Un Pays Déjà Dollarisée

    Dans un pays qui imprime encore sa propre monnaie, un stablecoin dollar concurrence la banque centrale. Au Salvador, cette bataille a déjà eu lieu en 2001. Le colón a perdu. Le dollar a gagné. Introduire un jeton dollar, c’est donc accélérer la circulation d’une unité déjà souveraine de fait, émise ailleurs. La banque centrale n’y gagne pas d’autonomie. Elle y gagne éventuellement de la visibilité sur certains flux si les données de l’application remontent.

    Cette architecture pose une question politique plus large. Le pays qui se voulait pionnier du bitcoin se retrouve à importer davantage encore le système dollar, cette fois sous forme de jetons et de rails américains. Base, Coinbase, un cadre fédéral américain, un émetteur de stablecoin mondial : la stack technique n’est plus salvadorienne. Elle est globale, avec une vitrine locale.

    On peut juger cela lucide. On peut aussi y voir la limite du récit souverainiste de 2021. Les deux lectures ne s’excluent pas. Un État petit, dollarisé, dépendant des remesas et d’un programme du FMI n’avait sans doute pas les moyens de faire du bitcoin la monnaie de tous les jours. Il avait les moyens d’en faire un actif de réserve et une marque. C’est, aujourd’hui, le partage des rôles.

    Les Risques Que Le Récit Officiel Sous-Estime

    Le premier risque est opérationnel. Une application d’État construite avec une start-up étrangère devra tenir la charge les jours de paie américaine, authentifier sans friction, et alimenter mille points de cash-out sans rupture. Un incident de conversion ou une file d’attente trop longue rappellera immédiatement Chivo.

    Le deuxième risque est de contrepartie. Un dollar numérique n’est qu’une créance sur un émetteur et ses réserves. Un gel, une crise de confiance, un durcissement réglementaire américain, et le tuyau se grippe. Le bitcoin, pour tous ses défauts d’usage quotidien, n’a pas ce type de dépendance. En le reléguant au coffre, San Salvador accepte cette vulnérabilité au nom de la commodité.

    Le troisième risque est politique. Si Sivar réussit, le gouvernement s’en attribuera le crédit. S’il échoue, l’opposition y verra la preuve qu’après le bitcoin obligatoire, le dollar tokenisé n’était qu’un nouveau gadget. Dans les deux cas, la réserve de 7 800 BTC restera un objet de débat, surtout si son origine bascule durablement vers des dons privés dont la traçabilité publique n’est pas totale.

    • Risque d’usage : adoption réelle des familles, pas seulement des communiqués.
    • Risque de liquidité : cash disponible dans les points de retrait.
    • Risque d’émetteur : qualité des réserves du stablecoin utilisé.
    • Risque de confiance : héritage de Chivo et perception d’une appli d’État.

    Une Stratégie À Deux Vitesses Plutôt Qu’Un Renoncement

    Le mot bascule est commode. Il est aussi un peu trompeur. Le Salvador ne jette pas le bitcoin. Il le range. Il le sort du commerce obligatoire, du fisc et du portefeuille public comme instrument quotidien. Il le garde au bilan. En parallèle, il ouvre des licences, attire un émetteur majeur, s’aligne sur un cadre américain et lance un canal d’État pour le dollar numérique.

    Cette stratégie à deux vitesses ressemble à ce que font déjà, sans le dire aussi fort, beaucoup d’acteurs privés en Amérique latine : BTC pour le long terme, USDT ou équivalent pour le mois en cours. La nouveauté, c’est qu’un État assume désormais ce partage après avoir défendu l’inverse. Le réalisme a pris le dessus sur le manifeste.

    Pour les observateurs du marché, le signal le plus important n’est pas le slogan. C’est l’absence de vente. Tant que les 7 800 bitcoins restent là, le Salvador demeure un cas unique : un pays qui a expérimenté le cours légal, reculé sous pression internationale, et conservé l’actif. Peu d’États peuvent en dire autant.

    Ce Que Les Prochains Mois Devront Trancher

    Sivar n’a de valeur que s’il déplace une part mesurable des 9,99 milliards de dollars de remesas. Un succès se lira dans les volumes, le nombre de retraits physiques, le coût moyen réellement payé par l’expéditeur, et la part de la diaspora américaine qui abandonne les guichets classiques. Un échec se lira dans une application téléchargée puis oubliée, comme d’autres avant elle.

    Il faudra aussi surveiller le statut exact de Chivo après le transfert de contrôle, la nature des dons qui alimentent encore le tableau de bord bitcoin, et la manière dont Tether utilise sa licence locale. Un siège à San Salvador peut rester une plaque diplomatique. Il peut aussi devenir un vrai centre opérationnel. Seuls les faits tranchent.

    Le test, pour le dire sans détour, n’est plus de savoir si le Salvador croit au bitcoin. Il a montré qu’il y croyait assez pour ne pas vendre. Le test est de savoir s’il sait désormais faire voyager le dollar à bas coût, à grande échelle, sans reproduite les défauts du premier portefeuille public. Sur ce point, l’histoire commence à peine.

    Une Leçon Utile Au-Delà De San Salvador

    D’autres gouvernements regardent cette trajectoire. Imposer un actif volatil comme monnaie quotidienne se heurte aux habitudes, aux prix affichés et à la psychologie de la paie. Tokeniser le dollar, dans une économie déjà dollarisée ou fortement dollarisée de fait, se heurte moins à ces barrières. Le Salvador offre, à son corps défendant parfois, une étude de cas grandeur nature.

    Il montre aussi les limites d’un récit trop binaire. On n’est pas obligé de choisir entre maximalisme et capitulation. On peut tenir une réserve et céder sur l’usage. On peut attirer un émetteur de stablecoin tout en continuant d’afficher un compteur de bitcoins. Cette coexistence déplaît aux puristes. Elle ressemble pourtant à la manière dont les ménages et les entreprises utilisent déjà ces outils.

    À la fin, l’histoire monétaire salvadorienne des années 2020 tiendra peut-être en deux phrases. Le pays a voulu faire du bitcoin une monnaie de tous les jours. Il en a fait une réserve. Pour faire circuler l’argent des familles, il s’est tourné vers ce que la diaspora savait déjà reconnaître : le dollar, simplement plus rapide à envoyer.

    Le test n’est plus idéologique. Il se joue sur les dix milliards de dollars que la diaspora renvoie chaque année.

    Entre le coffre qui ne se vide pas et l’application qui doit encore faire ses preuves, Bukele a choisi une voie étroite. Moins glorieuse que celle de 2021. Plus proche, peut-être, de la réalité d’une économie dollarisée qui vit des virements de l’étranger. Le prochain chapitre ne se lira pas dans une loi. Il se lira dans les files, ou dans leur absence, devant les points de retrait.

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    Steven Soarez
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