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    Washington Transfère 770 Millions De Bitcoin Chez Coinbase

    Steven SoarezDe Steven Soarez08/10/2026Aucun commentaire19 Mins de Lecture
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    Quand une adresse liée à l’État fédéral américain expédie en deux jours l’équivalent de 770 millions de dollars en bitcoins vers une plateforme de marché, le réflexe est immédiat : quelqu’un vend. Le 6 et le 7 octobre 2026, des portefeuilles associés aux saisies américaines ont pourtant envoyé environ 9 261 BTC vers Coinbase Prime, sans qu’aucune note officielle ne confirme une liquidation. Entre les pièces récupérées après le piratage de Bitfinex, des lots déjà rattachés à des dossiers Binance et 2 456 bitcoins jamais étiquetés comme biens publics, le mouvement mélange des statuts juridiques très différents. Lire ce flux comme une simple vente de réserve, c’est confondre un coffre, un tribunal et un carnet d’ordres.

    Ce que ces 9 261 bitcoins disent vraiment

    Galaxy Research a publié le 8 octobre une lecture on-chain de ce double transfert. Le cabinet décrit d’abord un envoi d’environ 834 BTC la veille, puis un mouvement bien plus lourd le jour suivant, portant le total à près de 9 261 bitcoins. Au cours du moment, la valeur tournait autour de 770 millions de dollars. Ce n’est pas un bloc unique arraché à un seul dossier. C’est un convoi. Plusieurs origines, une même adresse de dépôt institutionnelle, et une question qui revient à chaque fois que le Trésor ou les marshals bougent des pièces : conservation, restitution, ou cession.

    Presque la moitié du volume, selon Galaxy, provient de fonds récupérés après le piratage de Bitfinex en 2016. Une autre part est rattachée à des saisies déjà connues, liées à des comptes Binance. Le reste, 2 456 BTC, n’apparaissait pas dans les étiquettes gouvernementales antérieures du cabinet. Le fait qu’ils aient suivi le même chemin vers l’adresse Coinbase Prime utilisée pour des actifs fédéraux suffit, pour les analystes, à les classer comme saisies probables. Aucun communiqué du département de la Justice ni du service des marshals, au moment de ces constats, n’a confirmé une nouvelle saisie de ce montant précis.

    Ce que l’on sait, et ce que l’on ne sait pas, sur ce convoi.

    • Environ 834 BTC le 6 octobre, puis un envoi beaucoup plus large le 7 octobre, pour un total proche de 9 261 BTC.
    • Valeur indicative d’environ 770 millions de dollars au moment du suivi.
    • Près de la moitié rattachée aux récupérations du piratage Bitfinex, selon Galaxy.
    • Une part issue de saisies déjà identifiées côté Binance.
    • 2 456 BTC sans étiquette gouvernementale antérieure, peut-être de nouvelles saisies.
    • Aucune preuve publique, à ce stade, d’une vente effective sur le marché.

    Pourquoi le marché entend « vente » dès qu’il voit Coinbase

    Coinbase Prime n’est pas un simple coffre. La plateforme institutionnelle réunit garde, négociation, financement et règlement. Un dépôt peut donc précéder un ordre. Il peut aussi ne jamais en produire. Cette ambiguïté explique la nervosité. Les opérateurs qui scrutent les flux d’adresses étiquetées ont appris, parfois à leurs dépens, que les gros lots publics finissent parfois sur le carnet. Ils ont aussi appris que beaucoup de transferts ne sont que des changements de dépositaire.

    En 2024, le service des marshals des États-Unis a retenu Coinbase Prime, après un appel d’offres, pour la garde et les services de négociation avancés des grands actifs numériques gérés dans le dispositif fédéral de confiscation. Depuis, un envoi vers cette adresse ressemble à une étape administrative autant qu’à un signal de marché. Les deux lectures coexistent. Seule une trace ultérieure, un avis de cession ou un mouvement interne rendu visible, permet de trancher.

    La chaîne montre l’entrée dans une adresse contrôlée par Coinbase. Elle ne montre pas l’ordre passé derrière le mur de la plateforme. Un bitcoin peut rester des mois en garde institutionnelle, servir de collatéral interne, être préparé pour une restitution, ou être vendu par petits lots invisibles depuis l’extérieur. Confondre l’adresse de dépôt et le carnet d’ordres, c’est lire une enveloppe comme si l’on voyait la lettre.

    Un dépôt chez un dépositaire qui sait aussi négocier n’est pas une vente. C’est une pièce déplacée dans une pièce où l’on peut, plus tard, décider de vendre.

    Le précédent de juillet, déjà oublié trop vite

    Ce n’est pas la première fois que des portefeuilles fédéraux alimentent Coinbase Prime sans qu’une liquidation soit prouvée dans la foulée. En juillet, des adresses liées à l’État avaient déplacé près de 297 millions de dollars en bitcoins et en ether. Le lot comprenait environ 3 940 BTC, alors valorisés autour de 244 millions, et près de 30 000 ETH, autour de 53 millions. La blockchain a enregistré le transfert. Elle n’a pas enregistré la vente.

    Ce précédent compte, parce qu’il calme la lecture mécanique. Chaque arrivée sur Prime n’a pas été suivie d’un choc de prix attribuable. Le marché a parfois baissé le jour même pour d’autres raisons, parfois non. Attribuer une variation de 1 % à un dépôt dont on ignore le sort interne, c’est confondre corrélation et causalité. Le 8 octobre, le bitcoin évoluait autour de 82 537 dollars, en repli d’environ 1,2 % sur vingt-quatre heures, dans une fourchette allant de 82 312 à 83 713 dollars, avec un volume proche de 34,1 milliards. Rien, dans les seules données publiques, ne relie ce repli au convoi fédéral.

    Bitfinex, le cœur juridique du dossier

    Le piratage de Bitfinex reste l’une des affaires les plus lourdes de l’histoire du bitcoin. Le département de la Justice a indiqué qu’Ilya Lichtenstein avait dérobé 119 754 BTC à la plateforme en 2016, puis tenté de blanchir une partie des fonds via des plateformes, des mixeurs et d’autres services. En 2022, les agents fédéraux ont saisi plus de 94 000 BTC après avoir obtenu les clés d’un portefeuille qui détenait une fraction du butin. Heather Morgan a été poursuivie aux côtés de Lichtenstein dans le volet blanchiment.

    Ces pièces ne sont pas un trésor libre d’emploi. Une juridiction fédérale a ordonné le retour de plus de 94 000 BTC récupérés à Bitfinex, dans le cadre de la restitution. L’ordonnance visait 94 643 BTC et les actifs issus de forks associés. Autrement dit, une grande partie de ce stock a une destination : la victime identifiée, pas le bilan permanent de l’État. Galaxy précise que l’adresse principale qui contient environ 94 643 BTC n’a pas bougé. Le transfert récent lié à Bitfinex ne vide donc pas l’ensemble récupéré. Il n’en prélève qu’une fraction, dont le motif exact, restitution partielle, préparation logistique ou autre étape procédurale, n’est pas détaillé publiquement.

    Cette distinction change la lecture politique. Un gouvernement qui prépare le retour de bitcoins volés n’enfreint pas une règle qui interdit de vendre la réserve. Il exécute une obligation envers une victime. Le marché, lui, ne fait pas toujours la différence entre un ordre de restitution et un ordre de vente. Les deux peuvent, à un moment, passer par la même infrastructure de garde. Seul le destinataire final, ou l’absence de destinataire marché, tranche.

    Les saisies Binance, un second fil encore flou

    Galaxy rattache une autre portion du convoi à des saisies déjà connues, en lien avec Binance. Le cabinet n’a pas, dans sa note publique, nommé chaque dossier d’exécution derrière chaque pièce. C’est un point important. Un bitcoin saisi dans une affaire de fraude, un bitcoin retenu dans une procédure civile, un bitcoin déjà définitivement confisqué : trois statuts, trois destins possibles. Regrouper ces flux sous l’étiquette « gouvernement » efface des nuances que les tribunaux, eux, ne mélangent pas.

    Les procédures de confiscation américaine sont longues. La saisie fige l’actif. La forfeiture, la confiscation définitive, transfère le titre. Entre les deux, l’État détient, mais ne possède pas toujours au sens plein. Il peut être dépositaire judiciaire, gardien d’une preuve, ou déjà propriétaire après jugement. Déplacer ces pièces vers un prestataire agréé peut simplement moderniser la garde, réduire un risque opérationnel, ou préparer une répartition prévue par la loi. Aucun de ces motifs n’exige une vente le jour même.

    Les 2 456 bitcoins sans étiquette

    Le fragment le plus intrigant est le lot de 2 456 BTC. Il n’apparaissait pas dans les étiquettes antérieures de Galaxy comme bien gouvernemental. Il a pourtant rejoint la même adresse de dépôt Coinbase Prime que les actifs déjà suivis. Le cabinet en déduit qu’il peut s’agir de nouvelles saisies des forces de l’ordre. C’est une hypothèse de cheminement, pas une confirmation judiciaire. Tant qu’un acte, une plainte ou un communiqué ne nomme pas ces pièces, le marché spécule sur une origine que la chaîne ne raconte qu’à moitié.

    L’adresse de dépôt concernée aurait été activée en décembre 2025. Depuis, elle aurait reçu environ 11 567 BTC. Environ 6 406 seraient venus d’adresses déjà étiquetées comme portefeuilles publics américains. Environ 5 160 seraient arrivés de portefeuilles sans étiquette préalable, dont les 2 456 du dernier mouvement. Galaxy classe ces arrivées non étiquetées comme actifs probablement saisis, précisément parce qu’elles empruntent la voie fédérale vers Prime. La méthode est cohérente. Elle reste indirecte.

    Cette zone grise pèse sur les estimations globales. Si l’on n’étiquette un portefeuille qu’après qu’il a payé une adresse déjà connue, on découvre les saisies avec retard. Les stocks publics sont alors sous-comptés, puis révisés d’un coup. Le chiffre de 319 086 BTC avancé par Galaxy après cette revue illustre exactement ce rattrapage. Il ne faut pas le lire comme un inventaire officiel du Trésor.

    319 086 bitcoins liés, pas 319 086 bitcoins possédés

    Galaxy estime désormais que les adresses rattachées au gouvernement américain détiennent environ 319 086 BTC. Deux masses dominent. Environ 127 271 BTC sont reliés à l’affaire Prince Group et LuBian. Environ 94 643 BTC correspondent à la récupération Bitfinex. Ensemble, ces deux ensembles représenteraient autour de 71 % du stock suivi. Le reste se disperse dans des dossiers plus anciens, des saisies plus petites, et désormais ces arrivées tardivement étiquetées.

    Le chiffre de 127 271 BTC a un ancrage officiel. En octobre 2025, les procureurs ont déposé une action civile visant la confiscation d’environ 127 271 BTC liés à Chen Zhi, fondateur de Prince Group, en indiquant que les actifs étaient déjà sous garde américaine. Une plainte n’est pas un jugement. Le département de la Justice rappelle lui-même qu’une mise en accusation reste une allégation tant qu’elle n’est pas prouvée. La garde et la propriété définitive ne se confondent pas. Une partie de ces pièces peut encore dépendre d’une issue judiciaire, d’un accord, ou d’une restitution.

    Comment lire le stock suivi sans le prendre pour une réserve libre.

    • Environ 127 271 BTC liés au dossier Prince Group et LuBian, objet d’une action civile.
    • Environ 94 643 BTC liés à Bitfinex, avec une ordonnance de restitution à la plateforme.
    • Ces deux ensembles pèsent près de 71 % de l’estimation Galaxy.
    • Le solde inclut des saisies plus anciennes et des lots récemment reclassés.
    • Garde fédérale ne veut pas dire titre définitif au profit de la réserve.

    La réserve stratégique ne couvre pas tout le bitcoin fédéral

    Le 6 mars 2025, un décret du président Donald Trump a créé la réserve stratégique de bitcoin. Le texte indique que le bitcoin versé dans cette réserve ne doit pas être vendu et doit demeurer un actif de réserve des États-Unis. La formule est nette. Elle ne s’applique pas à chaque satoshi qui traverse, un jour, un portefeuille d’agence. Elle vise le bitcoin qualifié, dont la confiscation est achevée, et qui est transféré dans la réserve.

    Le même cadre laisse sortir des actifs numériques fédéraux lorsqu’un tribunal l’ordonne, ou lorsque les autorités estiment qu’ils doivent revenir à des victimes identifiables. Des pièces peuvent aussi servir à des opérations de police, être partagées avec des agences d’États ou locales, ou répondre à des obligations légales de confiscation. Le rapport de la Maison-Blanche sur les actifs numériques, en 2025, a redit la même ligne : le bitcoin de la réserve ne serait en général pas vendu, tandis que les actifs confisqués nécessaires à l’indemnisation des victimes et à d’autres fins prévues par la loi continueraient d’être employés à ces fins.

    Pour les pièces Bitfinex, la procédure de restitution offre donc un motif juridique de mouvement sans violer l’interdiction de vente de la réserve. Rendre un actif volé n’est pas céder un actif de réserve sur le marché. Le public mélange souvent les deux, parce que les deux histoires portent le même mot, bitcoin, et le même acteur apparent, l’État. Le droit, lui, sépare le coffre de la réserve et le casier des preuves.

    La règle qui interdit de vendre la réserve ne gèle pas les bitcoins encore dus à une victime ou encore disputés devant un juge.

    Cette nuance explique pourquoi un transfert vers Coinbase Prime peut être compatible avec un discours de conservation. Si les pièces ne sont pas encore entrées dans la réserve, ou si elles doivent en sortir par ordonnance, le décret ne les retient pas. À l’inverse, présenter chaque mouvement comme la preuve que la réserve est déjà en liquidation revient à ignorer le texte. Les deux excès se nourrissent du même flou : l’absence de détail officiel, pièce par pièce, au moment du transfert.

    Ce que la chaîne peut prouver, et où elle s’arrête

    L’analyse on-chain excelle sur le chemin. Elle date un envoi, mesure un montant, relie une adresse à une autre, reconnaît parfois un service de dépôt. Elle échoue sur l’intention. Un gouvernement peut regrouper des saisies pour les faire garder par un prestataire unique. Il peut préparer une restitution en plusieurs tranches. Il peut aussi, plus tard, vendre. Le premier geste ne contient pas les suivants.

    Les étiquettes elles-mêmes sont des constructions de recherche. Elles s’appuient sur des communiqués, des actes judiciaires, des regroupements d’adresses, des heuristiques. Quand 2 456 BTC sans passé public rejoignent une adresse déjà associée à l’État, l’hypothèse de saisie est raisonnable. Elle n’est pas une preuve au sens d’un tribunal. Un chercheur sérieux le dit. Un titre trop rapide l’oublie.

    Il faut aussi distinguer trois couches. La première est la garde technique : qui contrôle les clés, ou qui les détient via un dépositaire. La deuxième est le statut procédural : saisie, confiscation en cours, titre transféré, restitution ordonnée. La troisième est la politique : réserve stratégique, cession autorisée, partage avec une autorité locale. Un même transfert peut être limpide sur la première couche et opaque sur les deux autres. C’est exactement le cas ici.

    Pourquoi octobre 2026 n’est pas un simple copier-coller de 2024

    Avant le décret de mars 2025, chaque gros mouvement fédéral était lu surtout comme une question de calendrier de vente. Les marshals liquidaient historiquement une partie des actifs confisqués, parfois par enchères, parfois via des intermédiaires. Le marché avait donc un réflexe : gros lot public, offre future. Depuis la réserve stratégique, ce réflexe est devenu trop large. Une partie du stock est politiquement gelée. Une autre reste juridiquement mobile. Le travail consiste à savoir dans quelle corbeille tombe chaque envoi.

    Le convoi d’octobre mélange précisément ces corbeilles. Le volet Bitfinex penche vers la restitution. Le volet Binance dépend de dossiers que la note publique ne détaille pas. Le volet non étiqueté pourrait être une saisie fraîche, donc encore loin d’une entrée en réserve. Additionner les trois et conclure à une vente de 770 millions, c’est additionner des pommes, des dossiers et des hypothèses.

    Le calendrier compte aussi. L’adresse de dépôt activée en décembre 2025 a déjà reçu plus de 11 000 BTC. Le flux n’est donc pas un accident isolé. Il ressemble à une tuyauterie. Les agences centralisent. Le prestataire encaisse. Le public ne voit que l’arrivée. Cette industrialisation de la garde rend les gros chiffres plus fréquents, sans les rendre plus vendeurs. Plus le tuyau est gros, plus il faut résister à l’idée que chaque litre qui passe est déjà sur le marché.

    Ce que les investisseurs peuvent surveiller sans se raconter d’histoires

    Le premier signal utile n’est pas le dépôt. C’est la suite. Si les pièces restent sur l’adresse de réception ou dans des portefeuilles de garde associés, le scénario conservation ou préparation domine. Si des fragments partent vers des adresses de chaud identifiées comme carnets d’échange, avec des motifs de distribution typiques d’une vente, l’hypothèse liquidation gagne du terrain. Même alors, la taille des fragments et leur étalement dans le temps importent plus que le choc initial.

    Le deuxième signal est juridique. Une ordonnance de restitution, un avis de forfeiture, un communiqué des marshals, une mise à jour de plainte : ces textes disent le destin mieux que n’importe quel graphe. Pour Bitfinex, l’ordonnance existante oriente déjà la lecture. Pour les 2 456 BTC sans étiquette, l’absence de texte est elle-même une information. On sait le chemin. On ne sait pas le dossier.

    Le troisième signal est politique. Un responsable qui rappelle que la réserve ne se vend pas ne contredit pas un transfert de pièces dues à une victime. Il faut lire la phrase avec son périmètre. À l’inverse, un appel d’offres, une adjudication, ou une déclaration assumée de cession changeraient la donne. Rien de tel n’accompagnait le mouvement des 6 et 7 octobre au moment des analyses publiques.

    Le poids réel de 9 261 BTC sur un marché de dizaines de milliards

    9 261 bitcoins, c’est beaucoup pour un titre de une. C’est peu face au volume quotidien cité autour de 34 milliards de dollars. Même si l’intégralité était vendue en une séance, l’impact dépendrait de la profondeur, du moment, et de la façon dont l’ordre est découpé. Les desks institutionnels ne jettent pas 770 millions au marché au fixing de midi. Ils travaillent par tranches, parfois sur plusieurs jours, parfois en dehors des carnets visibles. L’idée d’un mur de vente instantané est un récit plus qu’une mécanique.

    Il y a aussi l’effet d’anticipation. Le marché baisse parfois avant la vente, sur la rumeur de la vente, puis se stabilise quand la vente, réelle ou non, est absorbée. Octobre 2026 ajoute une couche : une partie des observateurs traite tout flux fédéral comme une menace pour le récit de réserve. Le récit lui-même devient un facteur de prix, indépendamment des pièces réellement cessibles. C’est inconfortable, mais c’est le marché. Les histoires se négocient autant que les ordres.

    Une lecture plus froide consiste à comparer le lot mobile au stock immobile. L’adresse Bitfinex de 94 643 BTC n’a pas bougé. Le gros du dossier Prince Group reste un objet de procédure. Le convoi récent est une fraction du stock suivi, et une fraction encore plus petite du stock dont le titre est clair. Dramatiser 9 261 BTC sans rappeler les 94 643 qui restent en place, c’est zoomer sur le camion et oublier l’entrepôt.

    Restitution, partage, opérations : trois portes de sortie légales

    La première porte est la victime. Quand un tribunal identifie un ayant droit, l’actif doit pouvoir quitter la sphère fédérale. Bitfinex entre dans cette logique pour l’essentiel du stock récupéré. Le chemin peut être long, technique, découpé. Il n’est pas une politique de vente.

    La deuxième porte est le partage. Le droit américain de la confiscation prévoit des mécanismes avec les autorités locales et fédérales qui ont contribué à l’affaire. Une pièce peut changer de tutelle sans être vendue tout de suite. Elle peut aussi être monétisée plus tard par une autre entité. Là encore, le premier transfert ne dit pas le dernier.

    La troisième porte est opérationnelle. Des actifs peuvent servir à des besoins d’enquête, dans un cadre étroit. Ce motif est souvent invoqué à tort pour expliquer n’importe quel mouvement. Il existe. Il ne couvre pas, à lui seul, des milliers de bitcoins envoyés vers un dépositaire de marché. Pour un lot de cette taille, la garde institutionnelle ou la préparation d’une issue judiciaire reste l’explication la plus sobre.

    Ce que ce transfert change pour le récit de réserve

    Le récit de réserve stratégique a besoin de stocks lisibles. Or les stocks lisibles n’existent pas encore sous une forme unique, auditée, pièce par pièce, avec un statut juridique collé à chaque adresse. Les estimations privées comblent le vide. Elles sont utiles. Elles sont aussi révisables, comme le montre l’ajout de milliers de bitcoins auparavant non étiquetés. Un récit politique construit sur un chiffre privé vacille à chaque révision.

    Le transfert d’octobre ne prouve pas que la réserve est entamée. Il prouve que la tuyauterie des saisies continue, et qu’elle passe par un acteur de marché. Pour les soutiens du décret, c’est gênant optiquement, pas forcément contradictoire juridiquement. Pour les sceptiques, c’est la preuve que l’État ne peut pas tenir un bitcoin sans que le marché imagine la vente. Les deux camps ont un morceau de vérité. Aucun n’a, sur ce seul flux, la preuve entière.

    Une communication plus fine réduirait le malentendu. Dire quelles adresses sont dans la réserve, lesquelles attendent un jugement, lesquelles sont dues à des victimes, changerait la qualité du débat. En l’absence de cette carte, chaque transaction devient un test de confiance. Le 7 octobre a été un de ces tests. Il n’a pas été tranché par un communiqué.

    Les leçons d’un chiffre trop rond

    770 millions, c’est un titre. 9 261 bitcoins, c’est une somme de chemins. Le premier chiffre voyage. Le second se décompose. Dès que l’on sépare le lot Bitfinex, le lot Binance et le lot inconnu, le sensationnel recule. Il reste un fait solide : l’État fédéral, au sens large des adresses qui lui sont rattachées, continue de concentrer des saisies chez un dépositaire capable de négocier. Ce fait mérite un suivi. Il ne mérite pas, seul, une conclusion de braderie.

    Les prochains jours diront si ces pièces bougent encore. S’ils ne bougent pas, le dossier rejoindra la liste des transferts de garde qui ont affolé une séance et rien prouvé. S’ils se fragmentent vers des adresses de distribution, la lecture changera, et il faudra alors demander à quel titre juridique la cession intervient. Dans les deux cas, la méthode reste la même. Dater. Relier. Séparer les statuts. Attendre le texte quand la chaîne se tait.

    Le bitcoin à un peu plus de 82 000 dollars n’a pas besoin d’un coupable unique pour expliquer un repli d’un peu plus d’un pour cent. Il a besoin, sur ce dossier, d’observateurs capables de tenir deux idées ensemble. Oui, 9 261 BTC viennent d’entrer dans l’orbite de Coinbase Prime. Non, cette entrée n’est pas, à elle seule, la preuve que Washington vend sa réserve. Entre les deux, il y a un tribunal, une victime, un décret, et 2 456 bitcoins dont on ne connaît pas encore le nom du dossier.

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