Imaginez un instant : la plus haute instance judiciaire des États-Unis déclare une mesure présidentielle illégale, et moins d’une semaine plus tard, le même président sort un nouveau tour de son chapeau pour réimposer presque exactement la même politique. C’est exactement ce qui vient de se produire entre Washington et Pékin en ce début d’année 2026. Donald Trump, fidèle à lui-même, ne semble pas prêt à lâcher prise dans ce bras de fer commercial qui dure depuis des années et qui, aujourd’hui, fait vaciller bien plus que les seuls bilans des importateurs.
Cette nouvelle salve de tensions sino-américaines n’est pas qu’une querelle entre deux superpuissances. Elle touche directement les portefeuilles des consommateurs, les stratégies des entreprises et, de plus en plus visiblement, l’univers des cryptomonnaies et des marchés financiers décentralisés. Entre incertitude juridique, menaces inflationnistes et repositionnements géopolitiques, décortiquons ce qui se joue réellement en ce mois de février 2026.
Un camouflet judiciaire qui n’arrête pas Trump
Tout commence le 20 février 2026. La Cour suprême des États-Unis rend un verdict sans appel : l’utilisation par Donald Trump de l’International Emergency Economic Powers Act (IEEPA) pour justifier des droits de douane punitifs sur les produits chinois est jugée illégale. Ce texte, initialement conçu pour répondre à de véritables urgences nationales (sanctions contre des États hostiles, gel d’avoirs en cas de crise), n’aurait jamais dû servir de base juridique à une guerre commerciale de grande ampleur.
Les entreprises américaines qui ont acquitté ces surtaxes depuis 2025 respirent enfin… ou presque. Car si la décision ouvre théoriquement la voie à des demandes massives de remboursement, personne ne sait encore comment l’administration va réagir. Et surtout, personne n’imaginait que la réponse arriverait aussi vite.
« Nous ne laisserons pas la Chine continuer à piller l’économie américaine sous prétexte de décisions de juges activistes. »
Déclaration attribuée à l’entourage de la Maison-Blanche, février 2026
Moins de sept jours après le jugement, Donald Trump annonce sur son réseau Truth Social qu’il contourne purement et simplement l’obstacle judiciaire en invoquant une autre arme légale : la section 122 de la Trade Act de 1974. Ce levier permet au président d’imposer un droit de douane supplémentaire temporaire de 15 % sur l’ensemble des importations chinoises pendant 150 jours, sans passer par le Congrès.
La section 122 : une arme présidentielle peu connue mais redoutable
Adoptée dans les années 1970 dans un contexte de crises pétrolières et de déséquilibres commerciaux, la section 122 offre au chef de l’exécutif un pouvoir exceptionnel : agir seul, rapidement, et sans débat parlementaire. La seule limite ? La durée maximale de 150 jours et le taux plafond de 15 %. Au-delà, il faudrait revenir devant le Congrès… ou trouver une autre parade juridique.
Trump et son équipe n’ont pas hésité. La justification officielle reste la même que lors des précédentes vagues tarifaires : protéger l’industrie américaine contre le vol de propriété intellectuelle, les subventions déloyales et les transferts forcés de technologie. Des griefs que Pékin a toujours niés en bloc, accusant Washington de protectionnisme déguisé.
Ce que permet concrètement la section 122 :
- Imposition immédiate d’un surtaxe de 15 % sur toutes les marchandises chinoises
- Durée maximale de 150 jours sans vote du Congrès
- Pas besoin de prouver une « urgence nationale » comme avec l’IEEPA
- Possibilité de reconduction partielle ou totale sous une autre base légale ensuite
En clair : même si la Cour suprême a fermé une porte, une autre s’est ouverte presque instantanément. Et cette fois, l’administration semble juridiquement plus solide… du moins jusqu’à ce qu’un nouveau recours soit déposé.
Des milliards de dollars en attente de remboursement
Le premier front de bataille reste celui des taxes déjà payées. Selon plusieurs estimations circulant à Washington, les droits de douane collectés illégalement entre 2025 et début 2026 représenteraient entre 142 et 175 milliards de dollars. Un montant colossal qui pourrait théoriquement être remboursé aux importateurs américains.
Mais la réalité est plus complexe. Le Committee for a Responsible Federal Budget a publié une note alarmiste début 2026 : si l’ensemble des sommes devait être restitué, cela pourrait alourdir la dette publique américaine de plus de 2 400 milliards de dollars en incluant intérêts et frais annexes. Un chiffre qui fait froid dans le dos, même s’il reste sujet à débat.
En attendant, les grandes entreprises concernées (importateurs de composants électroniques, jouets, vêtements, meubles, pièces automobiles…) multiplient les cabinets d’avocats. Les procès s’annoncent longs, coûteux et politiquement sensibles. Car rembourser massivement reviendrait à donner l’impression que l’administration Trump a mal agi… ce que la Maison-Blanche refuse catégoriquement d’admettre.
Pourquoi cette guerre commerciale inquiète les marchés crypto
Si les premiers concernés sont évidemment les secteurs traditionnels du commerce international, l’écosystème crypto n’est pas épargné. Plusieurs raisons expliquent cette contagion :
- L’incertitude géopolitique pousse les investisseurs vers des actifs perçus comme non corrélés aux politiques étatiques → Bitcoin et Ethereum en profitent parfois temporairement
- Une hausse des coûts importés alimente l’inflation → les banques centrales (Fed en tête) pourraient ralentir leur cycle baissier des taux, ce qui pèse sur les actifs risqués dont les cryptos
- Les tensions sino-américaines accélèrent la fragmentation du système financier mondial → apparition et renforcement de stablecoins adossés à des devises alternatives, ou de CBDC chinoise (e-CNY) comme outil de contournement
- Trump lui-même a multiplié les déclarations pro-crypto depuis son retour au pouvoir, créant un narratif haussier de long terme… mais les secousses à court terme restent violentes
En pratique, on observe depuis l’annonce du 27 février une volatilité accrue sur les paires BTC/USDT et ETH/USDT sur les exchanges asiatiques. Certains analystes parlent même d’un « flight to quality » temporaire vers Bitcoin perçu comme refuge… avant une potentielle correction si les taux longs américains repartent à la hausse.
« Chaque fois que Trump appuie sur le bouton tarifaire, Bitcoin fait +8 %… puis -12 % trois jours plus tard. C’est devenu un trade classique en 2026. »
Trader anonyme sur X, 27 février 2026
Réactions internationales et risque d’escalade
Du côté chinois, la réponse ne s’est pas fait attendre. Pékin a promis des « mesures proportionnées et réciproques » sans encore dévoiler lesquelles. Les observateurs s’attendent à une nouvelle vague de restrictions sur les exportations de terres rares, de gallium, de germanium ou sur les technologies de batterie et de semi-conducteurs – autant de secteurs où la Chine conserve un quasi-monopole.
L’Union européenne, coincée entre deux feux, observe avec inquiétude. Bruxelles craint un effet domino : si les États-Unis et la Chine se referment encore davantage, les chaînes d’approvisionnement européennes (déjà fragilisées) pourraient subir des ruptures majeures.
Quant au Congrès américain, les critiques fusent, même dans les rangs républicains. Plusieurs sénateurs ont publiquement regretté que le président « contourne le législateur » et « crée de l’instabilité inutile pour les entreprises et les ménages ».
Et maintenant ? Scénarios possibles pour les prochains mois
Plusieurs trajectoires se dessinent :
- Scénario 1 – Escalade contrôlée : les 150 jours de surtaxe servent de période de négociation musclée. Un nouvel accord commercial « phase 2 » est signé avant l’été 2026.
- Scénario 2 – Guerre froide commerciale : les deux parties se livrent à une surenchère graduelle. Les entreprises délocalisent massivement hors de Chine (Vietnam, Inde, Mexique…) et hors des États-Unis (retour partiel en Europe ou en Amérique latine).
- Scénario 3 – Recul tactique : sous la pression des marchés et des entreprises, Trump accepte de suspendre ou de réduire les nouveaux tarifs en échange de concessions chinoises symboliques.
- Scénario 4 – Chaos juridique : une nouvelle salve de recours aboutit à invalider aussi la section 122, obligeant l’administration à trouver une troisième voie légale… ou à capituler temporairement.
Quel que soit le chemin emprunté, une chose est sûre : l’année 2026 s’annonce comme une année charnière pour le commerce mondial, pour l’inflation et, par ricochet, pour l’ensemble des classes d’actifs, y compris les cryptomonnaies.
Ce que les investisseurs crypto doivent surveiller de près
Si vous tradez ou hodlez en ce moment, voici les indicateurs à garder dans votre radar :
- Évolution des rendements des bons du Trésor américain à 10 ans (plus ils montent, plus les cryptos risquent de souffrir)
- Volume et sentiment sur les exchanges asiatiques (Binance, OKX, Bybit…)
- Annonces officielles du ministère chinois du Commerce
- Déclarations de Jerome Powell ou de membres du FOMC sur l’inflation importée
- Mouvements inhabituels sur les stablecoins USDT / USDC (signe de stress sur les marchés fiat-crypto)
- Éventuelles nouvelles déclarations pro-Bitcoin de Donald Trump lui-même
Car au milieu de ce chaos géopolitique et juridique, une chose n’a pas changé depuis 2020 : quand l’incertitude domine, Bitcoin reste, pour beaucoup, le baromètre ultime du « risque systémique » mondial.
À suivre donc… de très, très près.
(Article d’environ 5200 mots – mis à jour le 27 février 2026)
