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    Trading Crypto Malaisie Atteint Quatre Milliards En 2025

    Steven SoarezDe Steven Soarez17/09/2026Aucun commentaire13 Mins de Lecture
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    Quand une agence de notation mondiale s’arrête sur un marché émergent, ce n’est rarement un hasard. Le 16 septembre 2026, Fitch Ratings a confirmé ce que les régulateurs de Kuala Lumpur murmurent depuis des mois : le trading d’actifs numériques sur les plateformes licenciées de Malaisie a dépassé 4 milliards de dollars en 2025. Derrière ce chiffre, il n’y a pas seulement une poussée de volumes. Il y a une tentative, encore rare dans le monde musulman, d’accorder la finance islamique, le droit des valeurs et les cryptomonnaies sous un même toit.

    Pourquoi La Malaisie Attire Autant L’Attention

    La hausse n’est pas spectaculaire au regard des places mondiales. Elle l’est par ce qu’elle révèle. Les échanges réglementés ont enregistré 17,14 milliards de ringgits de transactions en 2025, contre 13,93 milliards un an plus tôt, soit une progression d’environ 23 %. La Securities Commission Malaysia a publié les mêmes volumes dans sa mise à jour de marché 2026. Fitch n’invente donc rien : l’agence relit un marché déjà documenté par le superviseur local.

    Ce montant représente à peine 2,5 % de la valeur échangée sur le marché actions domestique. Autrement dit, la crypto reste un satellite, pas le soleil. Mais un satellite de plus en plus visible. Le nombre d’investisseurs actifs sur le marché réglementé a augmenté d’environ 29 % en un an. Vingt-trois actifs numériques figuraient sur les listes des plateformes reconnues à la fin de 2025. Des courtiers traditionnels proposent désormais des accès aux contrats à terme, et des gérants intègrent ces expositions dans des stratégies de fonds.

    Le cadre malaisien et le traitement national de la charia offrent aux actifs numériques une voie plus claire vers la finance islamique que dans plusieurs autres juridictions.

    Fitch Ratings, 16 septembre 2026

    Un Marché Petit, Mais Lisibilité Rare

    Beaucoup de pays musulmans observent encore les cryptomonnaies depuis le seuil. La Malaisie a choisi une autre posture : ni interdiction brute, ni laissez-faire. Le régulateur des marchés de capitaux licence les acteurs. Le conseil consultatif de la charia de la même commission décide si un actif peut être considéré comme un bien, un mal, et donc négociable dans un cadre licite. Cette double grille, juridique et religieuse, donne aux institutions un langage commun.

    Fitch a recensé dix opérateurs d’actifs numériques titulaires d’un statut réglementaire à la fin du premier semestre 2026. Ils se répartissent en trois familles : les bourses d’actifs numériques, les plateformes d’offres initiales d’échange et les dépositaires. Le registre officiel de la commission mentionne cinq opérateurs d’échange : HATA Digital, Luno Malaysia, MX Global, SINEGY DAX et Kinetic DAX. Kapital DX et Pitch Platforms apparaissent comme opérateurs d’offres. CoKeeps, Gambit Custody et Jada Platform figurent parmi les dépositaires enregistrés.

    Ce que le registre officiel dit vraiment

    • Cinq bourses d’actifs numériques licenciées.
    • Deux plateformes d’offres initiales d’échange.
    • Trois dépositaires d’actifs numériques.
    • Dix acteurs au total selon le décompte de Fitch à mi-2026.

    La Charia Comme Filtre, Pas Comme Slogan

    En 2020, le Shariah Advisory Council de la commission a posé une pierre fondatrice. Les monnaies numériques réglementées peuvent être assimilées à un bien. Investir et négocier sur des plateformes enregistrées devient alors permissible, sous conditions. Bitcoin, Ether, XRP et Litecoin ont obtenu ce statut dès juillet 2020. Bitcoin Cash a suivi en 2021. D’autres décisions ont ensuite couvert Solana, Cardano, Chainlink, Uniswap, Avalanche, Polkadot et Stellar.

    La liste actuelle identifie Stellar comme conforme après une réunion de décembre 2024. Depuis le 30 mars 2026, une bourse réglementée qui souhaite présenter une autre monnaie comme conforme à la charia doit obtenir l’aval du conseil, selon des règles révisées du marché des capitaux islamiques. Ce n’est plus une simple étiquette marketing. C’est une procédure.

    Cette approche tranche avec d’autres lectures religieuses. Fitch rappelle qu’au Pakistan, une fatwa de Darul Ifta à Jamia Darul Uloom Karachi a estimé que les cryptomonnaies ne constituent pas une richesse au sens de la charia. L’absence de doctrine unique explique pourquoi l’agence n’attend pas une adoption uniforme dans le monde islamique. L’AAOIFI et l’IFSB n’ont pas publié de guidance formelle commune. Sans standard partagé, chaque juridiction avance à son rythme.

    Des Règles Qui Se Durcissent Tout En S’Ouvrant

    En mai 2026, la commission a révisé le cadre des bourses d’actifs numériques. Le processus d’introduction de nouveaux produits a été simplifié. En parallèle, les exigences ont été relevées sur la protection des actifs des clients, la gouvernance, les ressources financières, l’actionnariat et les standards de direction. Le régulateur cherche à ouvrir le catalogue sans relâcher la discipline.

    Les opérateurs d’échange doivent devenir membres du service d’ombudsman des marchés financiers malaisiens au cours de 2026. Les investisseurs y gagneront un mécanisme formel de résolution des litiges. La commission a aussi pris des mesures administratives contre quatre plateformes non enregistrées et a travaillé avec des entreprises technologiques, dont Google, pour limiter la promotion d’opérateurs non autorisés. Le message est clair : le marché légal se développe, le marché gris se rétrécit.

    Le rapport annuel 2025 du superviseur attribue une partie de la hausse des volumes à l’adoption institutionnelle via des fonds cotés et à une régulation plus lisible dans les grands marchés internationaux. Ce n’est pas uniquement un phénomène local. Quand New York, Londres ou Dubaï clarifient leurs règles, Kuala Lumpur en capte un écho.

    Hata, Bybit Et La Frontière Entre Investissement Et Licence

    Parmi les acteurs locaux, Hata a retenu l’attention. En avril, Bybit a mené un tour de série A de 8 millions de dollars dans cette bourse réglementée malaisienne. Hata a indiqué avoir traité 1,04 milliard de ringgits de volume en 2025, sous agréments locaux. Bybit a ensuite été retiré de la liste d’alerte aux investisseurs après des échanges avec les autorités. Ce retrait n’a pas transformé Bybit en bourse malaisienne licenciée. L’investissement local passe par Hata, pas par une fusion des statuts.

    Cette nuance compte. Beaucoup d’observateurs confondent présence commerciale, prise de participation et licence. La Malaisie sépare ces trois plans. Une maison étrangère peut financer un opérateur local sans devenir elle-même un intermédiaire agréé. C’est une leçon de lecture réglementaire autant qu’une anecdote de marché.

    Les Banques Restent Sur Le Seuil

    Fitch dresse un constat prudent côté bancaire. La participation des banques malaisiennes au marché crypto reste surtout cantonnée aux services fournis aux opérateurs réglementés. La plupart des banques islamiques examinées par l’agence dans les grands marchés de finance islamique n’ont pas encore généré de revenus matériels via le trading direct, le courtage, la conservation ou le financement de cryptomonnaies.

    Une entrée plus profonde pourrait créer des commissions. Elle exposerait aussi les établissements à des risques opérationnels, de liquidité, de conformité, de réputation et de respect de la charia. Les banques malaisiennes avancent donc par le côté, pas par la grande porte. Elles servent l’écosystème plus qu’elles ne le portent à leur bilan.

    Une participation plus profonde pourrait générer des frais, mais elle exposerait les banques à des risques opérationnels, de liquidité, de conformité, de réputation et de conformité à la charia.

    Lecture de Fitch sur les banques islamiques

    Bank Negara Teste L’Argent Tokenisé, Pas Le Far West

    La banque centrale suit une autre piste. En février, Bank Negara Malaysia a confirmé trois initiatives autour de stablecoins en ringgit et de dépôts tokenisés, via son hub d’innovation sur les actifs numériques. Les projets portent sur les paiements de gros, nationaux et transfrontaliers, y compris le règlement d’actifs tokenisés. Certains tests examinent explicitement les questions de charia.

    La banque centrale vise davantage de clarté sur ces instruments d’ici la fin de 2026, après évaluation des expérimentations. Depuis le lancement du hub en juin 2025, plus de trente organisations nationales et internationales, bancaires et non bancaires, ont été associées. Le groupe de travail sur la tokenisation d’actifs compte parmi ses membres pionniers AmBank, CIMB, Hong Leong Bank, Kenanga Investment Bank, Maybank, MIDF Amanah Investment Bank, RHB Investment Bank et Standard Chartered Bank Malaysia. Bank Islam Malaysia et Al Rajhi Bank Malaysia figurent parmi les observateurs.

    Le programme est présenté comme une expérimentation sur la monnaie tokenisée et les services financiers fondés sur la chaîne de blocs. Ce n’est pas une autorisation de trading crypto sans filet pour les banques participantes. Les actifs numériques ne sont pas une monnaie légale en Malaisie. La commission supervise l’émission, la négociation et la conservation dans le cadre des marchés de capitaux. La banque centrale garde le champ monétaire et des paiements. Les deux institutions restent dans leurs sillons.

    Les trois pistes de la banque centrale

    • Stablecoins adossés au ringgit, encore en phase de test.
    • Dépôts tokenisés pour le règlement de gros.
    • Paiements transfrontaliers et règlement d’actifs tokenisés, avec un volet charia.

    Dubaï, Bahreïn, Qatar, Arabie : Quatre Autres Cartes

    Fitch replace la Malaisie dans une carte plus large. Aux Émirats, les entités supervisées par l’autorité des actifs virtuels de Dubaï ont traité près de 680 milliards de dollars de volume en 2025. Les encours sous gestion dépassaient 2,5 milliards de dollars. Plus de 55 prestataires d’actifs virtuels étaient licenciés en septembre 2026. L’autorité supérieure de la charia des Émirats a jugé le traitement du bitcoin permissible en 2025. Quelques banques conventionnelles et islamiques ont ensuite commencé à offrir du courtage et de la conservation. La participation bancaire y est plus directe qu’en Malaisie.

    Bahreïn comptait neuf prestataires d’actifs crypto en septembre 2026. Sa banque centrale a licencié le premier émetteur de stablecoin du pays en juin. Le Qatar mise davantage sur l’infrastructure et les applications de chaîne de blocs liées à la finance adossée à des actifs. L’Arabie saoudite n’avait pas encore adopté de législation spécifique sur les cryptomonnaies au moment du rapport Fitch. Le tableau n’est donc pas une course unique. C’est une mosaïque.

    Dans cette mosaïque, la Malaisie occupe une case particulière : volumes encore modestes, doctrine religieuse écrite, licences publiques, banques prudentes, banque centrale expérimentale. Ce n’est ni Dubaï ni Riyad. C’est un laboratoire de compromis.

    Ce Que Le Chiffre De 4 Milliards Ne Dit Pas

    Un volume annuel de plus de 4 milliards de dollars impressionne un lecteur pressé. Il faut le remettre à l’échelle. Face aux actions malaisiennes, la crypto réglementée reste un coin de table. Face aux 680 milliards cités à Dubaï, elle paraît presque artisanale. Le vrai sujet n’est donc pas la taille. C’est la méthode.

    La méthode malaisienne consiste à traiter l’actif numérique comme un instrument de marché de capitaux, à le filtrer par un conseil de charia, à séparer monnaie et titre, à laisser les banques expérimenter la tokenisation sans ouvrir le trading de détail à tout va. Cette architecture est lente. Elle est aussi lisible. Pour un gérant institutionnel qui doit expliquer un risque à un comité de conformité, la lisibilité vaut parfois plus qu’un carnet d’ordres géant.

    Fitch s’attend à ce que les offres crypto dans la finance islamique se développent graduellement dans certaines juridictions. Le mot importe. Graduellement, pas uniformément. Les lectures religieuses divergent. Les standards internationaux manquent. Les banques pèsent le risque de réputation autant que le potentiel de frais. Dans ce climat, la Malaisie n’annonce pas une révolution. Elle documente une montée en régime.

    Institutions, ETF Et Effet De Contagion

    Le superviseur malaisien lie une partie de la croissance 2025 à l’arrivée d’investisseurs institutionnels et à la banalisation des fonds cotés ailleurs dans le monde. Quand un produit devient familier à New York, il cesse d’être un objet suspect à Kuala Lumpur. Les équipes de conformité copient des grilles. Les comités d’investissement demandent des notes. Les courtiers ajoutent une ligne à leur offre.

    Cette contagion n’efface pas les spécificités locales. Un ETF bitcoin américain ne dit rien, à lui seul, de la licéité d’un jeton au regard de la charia. D’où l’importance de la liste officielle malaisienne. Elle transforme un débat théologique en annexe réglementaire. Pour un intermédiaire, c’est précieux. Pour un investisseur de détail, c’est un signal de confiance, même s’il ne lit jamais le procès-verbal du conseil consultatif.

    Le Risque De L’Écart Entre Licite Et Liquide

    Un actif peut être déclaré conforme et rester peu négocié. Un autre peut attirer des flux tout en restant hors liste. La Malaisie assume cet écart. Elle refuse de laisser le marketing précéder le visa religieux. Depuis mars 2026, l’endossement du conseil est requis pour présenter un nouveau jeton comme conforme. Cette exigence peut freiner l’innovation produit. Elle protège aussi l’étiquette islamique d’un usage opportuniste.

    Les volumes de 2025 montrent que le frein n’a pas arrêté le marché. Ils montrent aussi que le marché n’a pas explosé. Entre ces deux lectures, Fitch choisit la patience. L’agence ne promet pas une vague d’offres islamiques homogènes. Elle décrit un sentier, juridiction par juridiction.

    Ce Que Les Investisseurs Doivent Retenir

    Première leçon : le trading crypto malaisien qui compte, aux yeux des superviseurs, est celui qui transite par des plateformes licenciées. Le reste existe, mais il n’entre pas dans le récit officiel des 17,14 milliards de ringgits. Deuxième leçon : la charia n’est pas un tampon unique pour toute la planète musulmane. Un jeton acceptable à Kuala Lumpur peut être rejeté ailleurs. Troisième leçon : les banques locales ne sont pas devenues des casinos d’actifs numériques. Elles testent la monnaie tokenisée et servent les opérateurs agréés.

    Quatrième leçon : la séparation des rôles entre commission des valeurs et banque centrale n’est pas un détail administratif. Elle évite qu’un jeton soit traité à la fois comme titre, moyen de paiement et monnaie légale. Cette clarté réduit certains risques juridiques. Elle en laisse d’autres intacts, notamment la volatilité et la garde.

    • Volume 2025 : 17,14 milliards de ringgits, plus de 4 milliards de dollars.
    • Croissance : environ 23 % sur un an, investisseurs en hausse d’environ 29 %.
    • Poids relatif : près de 2,5 % du trading actions domestique.
    • Acteurs licenciés : dix à la mi-2026, trois familles d’agrément.
    • Horizon banque centrale : clarté attendue fin 2026 sur stablecoins et dépôts tokenisés.

    Une Actualité Qui Dépasse Le Seul Classement Des Volumes

    La note de Fitch arrive dans un calendrier chargé. Révision des règles d’échange en mai 2026, obligation d’ombudsman la même année, tests de monnaie tokenisée, endossement charia plus strict depuis mars. Le chiffre de 4 milliards n’est que la surface. Dessous, un État à majorité musulmane construit une doctrine opérationnelle sur des actifs que d’autres juridictions islamiques refusent encore de nommer comme patrimoine.

    Cette construction restera inachevée tant que les organes de standardisation de la finance islamique n’auront pas tranché. Elle restera aussi fragile si les volumes hors cadre continuent de vivre dans l’ombre. La commission le sait : elle a déjà sanctionné des plateformes non enregistrées et demandé aux géants du web de couper certaines promotions. Réguler, ici, consiste autant à écrire des listes qu’à les faire respecter.

    Pour le lecteur francophone, le dossier malaisien offre un contrepoint utile aux débats européens et américains. Là-bas, on discute d’ETF, de garde bancaire et de lois-cadres. Ici, on discute aussi de la nature juridique et religieuse de l’objet échangé. Bitcoin n’est pas seulement un code. Il est, ou n’est pas, un bien. Cette question, tranchée dès 2020 à Kuala Lumpur pour les actifs réglementés, continue de diviser d’autres capitales.

    Fitch n’a pas déclaré la Malaisie capitale mondiale de la crypto islamique. L’agence a dit autre chose, plus précis et plus modeste : le pays a ouvert une voie plus claire que plusieurs de ses pairs. Les 17,14 milliards de ringgits de 2025 sont le premier kilomètre de cette voie. Les tests de stablecoins, la prudence des banques et les divergences de fatwas en dessinent les prochains détours. Le marché, lui, a déjà voté avec ses carnets d’ordres, dans un périmètre encore étroit, mais désormais mesurable.

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    Steven Soarez
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