Imaginez un transfert qui traverse les océans en moins d’une minute. L’argent numérique arrive, le destinataire reçoit une notification, tout semble parfait. Pourtant, quelques heures plus tard, parfois même le lendemain, la somme n’est toujours pas disponible sur le compte bancaire local. Ce scénario, de plus en plus fréquent dans les économies émergentes, met en lumière une réalité souvent occultée : la vitesse des stablecoins s’arrête net au moment de la conversion en monnaie fiduciaire.
Quand La Vitesse Numérique Se Heurte Au Réel
Les stablecoins ont transformé la manière dont les fonds circulent à l’échelle mondiale. En quelques secondes, un USDT ou un USDC peut quitter un portefeuille à Singapour et apparaître dans un autre à Mexico City. Cette promesse de rapidité a séduit les entreprises de paiement, les fintechs et les institutions qui cherchent à contourner les délais chronophages du système bancaire traditionnel. Pourtant, selon Mārtiņš Beņķītis, co-fondateur et CEO de Gravity Team, le vrai défi ne se situe plus sur la blockchain. Il se trouve dans la dernière étape, celle qui convertit le token en pesos, en roupies ou en reais réellement dépensables.
Lors d’un entretien exclusif, le dirigeant a souligné que les stablecoins remplissent désormais deux fonctions très différentes selon le contexte. D’un côté, les teneurs de marché les utilisent pour cotation, gestion d’inventaire et arbitrage entre dizaines de plateformes. De l’autre, les acteurs du paiement s’en servent comme moyen de financement temporaire avant de libérer de la monnaie locale. Ces deux usages ne se superposent pas facilement, et c’est précisément là que naissent les frictions.
L’infrastructure de paiement en stablecoins est avant tout une histoire de liquidité, parce que les soldes de stablecoins remplissent des rôles très différents.
Mārtiņš Beņķītis, CEO de Gravity Team
Deux Liquidités Qui Ne Se Comportent Pas De La Même Façon
Dans le trading, un stablecoin reste mobilisable. Il circule entre les carnets d’ordres, permet de réagir aux variations de marché et peut être réutilisé immédiatement. Dans le paiement, en revanche, le même token sert de pont. Une fois arrivé, il doit être échangé contre de la monnaie locale. Pour que cette opération se fasse sans délai, l’opérateur doit déjà disposer de liquidités fiat pré-positionnées dans le pays de destination. Sans ce matelas, le processus s’arrête.
Gravity Team a analysé plusieurs corridors de paiement. Les résultats sont parlants. Dans le système de correspondent banking classique, entre 20 % et 40 % des flux mensuels restent immobilisés dans des comptes pré-financés. Ces fonds dorment, attendant d’être mobilisés. Les stablecoins peuvent réduire cette immobilisation, mais uniquement si l’opérateur maintient des livres de monnaie locale suffisamment fournis et une capacité de cotation en continu.
Ce que révèlent les analyses de corridor
- Entre 20 et 40 % des flux mensuels restent bloqués dans des comptes pré-financés en banque correspondante.
- Les stablecoins réduisent ce capital oisif seulement si la liquidité locale est déjà en place.
- Le coût de settlement stablecoin se situe entre 0,1 % et 0,4 % du principal sur les corridors étudiés.
- Le coût du système traditionnel peut atteindre 3 à 11 % une fois spreads, intermédiaires et capital immobilisé inclus.
Le Point De Conversion, Nouveau Champ De Bataille
Un paiement en stablecoin se décompose en au moins deux phases distinctes. La première est purement on-chain : le token voyage. La seconde est off-chain : conversion et versement sur un compte bancaire ou un service de paiement local. C’est cette deuxième étape qui concentre désormais les efforts concurrentiels. Chaque marché monétaire possède ses propres caractéristiques : profondeur de liquidité, horaires bancaires, contrôles de conformité, plafonds de transaction et nombre de contreparties disponibles.
Gravity Team gère actuellement des settlements impliquant le peso philippin, la roupie indonésienne, le peso mexicain, le real brésilien, l’euro, la livre sterling et le dollar américain. L’ajout du dong vietnamien est prévu. Ces corridors ne sont pas choisis au hasard. Ils correspondent à des zones où la demande de paiements transfrontaliers croît rapidement et où les infrastructures traditionnelles montrent leurs limites.
Les données internes de l’entreprise indiquent qu’entre 3 % et 7 % des virements entrants classiques dans les corridors d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine qu’elle sert sont retardés ou retournés dès la première tentative. À l’inverse, les transferts en stablecoins sur ces mêmes marchés aboutissent on-chain dans plus de 99,9 % des cas une fois diffusés. Ce chiffre impressionnant ne doit cependant pas masquer la suite du parcours.
La conversion locale et le versement doivent encore se terminer après l’arrivée du token.
Mārtiņš Beņķītis
Les opérateurs qui disposent de relations bancaires directes contrôlent mieux le financement, les heures de cut-off et la gestion des échecs. Les modèles reposant sur des partenaires permettent d’étendre la couverture géographique, mais introduisent une dépendance supplémentaire : liquidité du partenaire, disponibilité, plafonds et traitement des rejets. Le vrai test commercial, selon le CEO, n’est donc pas la vitesse d’arrivée du token dans un wallet. C’est la fréquence à laquelle le paiement complet atteint le bénéficiaire au prix annoncé et dans le délai promis, y compris lorsque la route principale de payout est indisponible.
Les Géants Des Paiements Renforcent Leurs Positions
Les grands acteurs traditionnels n’ont pas attendu pour s’emparer de cette infrastructure. Stripe a finalisé l’acquisition de Bridge en février 2025. La société fournit aux entreprises les outils nécessaires pour recevoir, stocker, convertir, émettre et dépenser des stablecoins. De son côté, Mastercard a conclu le rachat de BVNK le 3 août. Le réseau de cartes a accepté de verser jusqu’à 1,8 milliard de dollars, dont 300 millions de paiements conditionnels, pour une technologie reliant les rails fiat et stablecoins.
Beņķītis juge ces mouvements logiques. Il rappelle toutefois que les plateformes mondiales devront maintenir une cohérence de prix et de settlement à mesure qu’elles intègrent des devises aux conditions opérationnelles très différentes. Les écarts de liquidité, de régulation et d’horaires bancaires ne disparaissent pas simplement parce que l’on a ajouté une couche stablecoin.
Une note de la Réserve fédérale américaine publiée en mars 2026 a par ailleurs souligné que les chaînes de correspondent banking rendent les paiements transfrontaliers plus lents, plus coûteux et moins transparents. Les intermédiaires multiplient parfois les contrôles de conformité, ce qui complique le suivi de l’endroit exact où un paiement se trouve bloqué.
Gravity Team Lance Son Desk OTC Institutionnel
C’est dans ce contexte que Gravity Team a annoncé le 24 août le lancement de son desk over-the-counter institutionnel. L’objectif est clair : relier la liquidité crypto à la settlement fiat locale de manière plus fluide. Le service agit en tant que contrepartie principale pour les transactions situées dans des limites prédéfinies de taille, de prix et de volatilité. Les clients reçoivent des cotations avec des périodes de validité précises, plutôt que d’exécuter de gros ordres sur les carnets d’ordres publics des exchanges.
Le desk propose un settlement stablecoin en moins de 60 secondes et un settlement fiat en T+0 dans plus de 20 devises, lorsque les conditions bancaires locales le permettent. T+0 signifie que le côté fiat est destiné à se régler le jour même de la transaction, et non après un ou plusieurs jours ouvrés. Gravity Team affirme disposer de relations bancaires directes dans plus de 20 marchés. Le service s’adresse aux prestataires de paiement, aux fintechs, aux courtiers et aux institutions qui font circuler des fonds vers les économies émergentes. Il propose également une exécution en request-for-quote et des lignes de crédit, sous réserve des conditions de contrepartie de la société.
Caractéristiques du nouveau desk OTC
- Settlement stablecoin en moins de 60 secondes
- Settlement fiat en T+0 dans plus de 20 devises
- Relations bancaires directes dans plus de 20 marchés
- Cotations avec période de validité définie
- Exécution request-for-quote et lignes de crédit disponibles
Les Marchés Émergents, Moteurs De La Demande
Le timing de ce lancement n’est pas anodin. Les marchés émergents concentrent une part croissante de l’activité crypto mondiale. Selon les données de Chainalysis, le volume crypto en Asie-Pacifique a progressé de 69 % pour atteindre 2,36 billions de dollars au cours des douze mois se terminant en juin 2025. L’Amérique latine a enregistré une hausse de 63 % sur la même période. Ces chiffres traduisent une adoption réelle, motivée par des besoins concrets de transfert de valeur plutôt que par la pure spéculation.
Pour les entreprises de paiement américaines, la question dépasse le simple envoi de tokens adossés au dollar. Même si le GENIUS Act a créé un cadre fédéral pour les émetteurs de stablecoins de paiement, les règles domestiques ne fournissent pas automatiquement de liquidité en peso, real, roupie ou autre devise locale dans les marchés de destination. Le token peut arriver rapidement. La liquidité fiat, elle, doit être construite localement.
Pourquoi Le Bottleneck Persiste Malgré Les Progrès Techniques
Plusieurs facteurs structurels expliquent la persistance de ce goulot d’étranglement. Les horaires bancaires restent un obstacle majeur. Un token peut arriver un vendredi soir à 23 heures, heure locale. La conversion et le crédit sur compte ne pourront souvent intervenir que le lundi suivant. Les contrôles de conformité ajoutent une couche de complexité. Chaque juridiction impose ses propres règles de connaissance client et de lutte contre le blanchiment. Ces vérifications, parfois redondantes le long de la chaîne, ralentissent le processus.
Les plafonds de transaction constituent un autre frein. Dans certains pays, les montants journaliers ou mensuels autorisés pour les conversions crypto-fiat restent limités. Une institution qui souhaite déplacer des volumes importants doit alors fractionner les opérations ou trouver plusieurs contreparties, ce qui augmente les coûts et les délais. Enfin, la profondeur de liquidité varie fortement d’une devise à l’autre. Un corridor dollar-euro dispose d’une profondeur incomparable à celle d’un corridor dollar-dong vietnamien.
Ces réalités expliquent pourquoi les opérateurs qui réussissent à offrir un service fiable sont ceux qui ont investi dans des relations bancaires directes et dans le maintien de stocks de liquidité locale. La technologie blockchain a résolu la partie numérique du problème. La partie réelle, bancaire et réglementaire, demande encore du temps, du capital et des partenariats de terrain.
Les Coûts Comparés : Une Différence Qui Compte
Gravity Team estime que le coût de settlement en stablecoin se situe entre 0,1 % et 0,4 % du principal sur les corridors qu’elle a étudiés. En comparaison, le coût du correspondent banking traditionnel oscille entre 3 % et 11 % une fois pris en compte les spreads de change, les frais d’intermédiaires et le capital immobilisé dans les comptes pré-financés. Ces chiffres proviennent de recherches internes de l’entreprise. Les coûts réels varient bien sûr selon le corridor, la taille du paiement, les exigences de conformité et le nombre d’intermédiaires impliqués.
Même en prenant ces nuances en compte, l’écart reste significatif. Pour une entreprise qui traite des millions de dollars de flux mensuels, la différence se traduit par des économies substantielles et par une meilleure prévisibilité des délais. C’est précisément ce que recherchent les fintechs et les prestataires de paiement qui opèrent dans des environnements où la concurrence sur les prix et la rapidité est intense.
Modèles Directs Versus Modèles Partenaires
Deux approches dominent actuellement le marché. La première consiste à développer des relations bancaires directes dans chaque juridiction ciblée. Cette stratégie offre un contrôle maximal sur le financement, les cut-off times et la gestion des transactions échouées. Elle demande cependant des investissements importants en conformité, en capital et en relations institutionnelles. La seconde approche s’appuie sur des partenaires locaux qui disposent déjà de ces capacités. Elle permet une expansion géographique plus rapide, mais introduit une dépendance et une moindre visibilité sur les processus internes du partenaire.
Gravity Team a clairement choisi de privilégier le modèle direct pour les marchés qu’elle considère stratégiques. Cette orientation explique en partie le lancement du desk OTC institutionnel. En agissant comme contrepartie principale, l’entreprise peut garantir des conditions de prix et de délai plus prévisibles pour ses clients, tout en s’appuyant sur ses propres livres de liquidité.
Ce Que Le GENIUS Act Change… Et Ce Qu’il Ne Change Pas
Aux États-Unis, l’adoption du GENIUS Act a constitué une avancée réglementaire notable pour les émetteurs de stablecoins de paiement. Le texte fournit un cadre fédéral plus clair, ce qui devrait encourager l’entrée de nouveaux acteurs et renforcer la confiance des institutions. Pour autant, ce cadre ne résout pas automatiquement les problèmes de liquidité dans les pays de destination. Un stablecoin émis sous supervision américaine peut circuler librement. Il ne crée pas pour autant de la liquidité en real brésilien ou en peso mexicain.
Les entreprises américaines qui souhaitent proposer des services de paiement vers les marchés émergents doivent donc continuer à construire ou à contracter des capacités de conversion et de payout locales. C’est dans cet interstice que des acteurs spécialisés comme Gravity Team positionnent leur offre. Ils ne concurrent pas les grands réseaux de cartes ou les géants de la fintech sur le terrain de l’émission de tokens. Ils se concentrent sur le chaînon manquant : la transformation efficace du token en monnaie locale utilisable.
Les Enjeux Pour Les Prestataires De Paiement
Pour les prestataires de paiement, le critère de succès a évolué. Il ne s’agit plus seulement de proposer un transfert on-chain rapide. Il s’agit de garantir que le bénéficiaire final reçoit les fonds dans le délai annoncé, au prix annoncé, et avec un taux d’échec minimal. Cette exigence pousse les opérateurs à revoir leurs architectures. Certains multiplient les routes de payout pour disposer d’alternatives en cas de panne ou de limite atteinte sur la route principale. D’autres investissent dans des systèmes de pré-financement plus sophistiqués, capables d’anticiper les besoins de liquidité par corridor et par période.
La gestion des exceptions devient également critique. Un paiement qui échoue doit pouvoir être réacheminé rapidement, sans intervention manuelle excessive. Les opérateurs qui parviennent à automatiser une grande partie de ces processus gagnent un avantage concurrentiel réel. Ils réduisent les coûts opérationnels et améliorent l’expérience client, deux éléments déterminants dans un marché où les marges sont souvent serrées.
Une Évolution Qui Ne Fait Que Commencer
Le mouvement actuel autour des stablecoins dans les paiements transfrontaliers n’en est qu’à ses débuts. Les acquisitions de Bridge et de BVNK montrent que les acteurs traditionnels prennent le sujet au sérieux. Les lancements de desks OTC spécialisés, comme celui de Gravity Team, indiquent que de nouveaux intermédiaires spécialisés émergent pour combler les manques. Dans le même temps, les volumes dans les marchés émergents continuent de croître, créant une demande structurelle pour des solutions plus efficaces.
Plusieurs questions restent ouvertes. Comment les régulateurs locaux réagiront-ils à l’augmentation des flux de conversion crypto-fiat ? Les banques traditionnelles adapteront-elles leurs offres pour rester compétitives, ou laisseront-elles le terrain aux acteurs plus agiles ? Les stablecoins algorithmiques ou adossés à d’autres actifs que le dollar joueront-ils un rôle dans certains corridors ? Les réponses à ces questions façonneront le paysage des paiements internationaux au cours des prochaines années.
Ce Qu’il Faut Retenir Pour Les Décideurs
Pour les dirigeants de fintechs, de prestataires de paiement ou d’institutions financières qui envisagent d’intégrer les stablecoins dans leurs flux transfrontaliers, plusieurs points méritent une attention particulière. Premièrement, la vitesse on-chain n’est qu’une partie de l’équation. La qualité du service se mesure à la fiabilité de la dernière étape. Deuxièmement, la liquidité locale reste le facteur limitant dans de nombreux corridors. Troisièmement, les modèles basés sur des relations bancaires directes offrent un meilleur contrôle, mais demandent des investissements plus importants. Quatrièmement, les coûts réels du système traditionnel sont souvent sous-estimés lorsqu’on oublie le capital immobilisé et les frais d’intermédiaires.
Enfin, le marché évolue rapidement. Les solutions disponibles aujourd’hui n’existaient pas il y a deux ans. Celles qui apparaîtront dans les douze prochains mois risquent de modifier encore les équilibres. Rester attentif aux innovations et aux partenariats émergents constitue sans doute la meilleure stratégie pour ne pas se laisser distancer.
Perspectives À Moyen Terme
À moyen terme, plusieurs dynamiques devraient se renforcer. La concurrence sur les corridors les plus liquides s’intensifiera, ce qui pourrait faire baisser encore les coûts de conversion. Dans les corridors moins liquides, les acteurs disposant d’une présence locale solide conserveront un avantage. Les régulateurs continueront d’affiner leurs cadres, ce qui pourrait à la fois ouvrir de nouvelles opportunités et imposer de nouvelles contraintes. Les entreprises qui auront su anticiper ces évolutions seront mieux placées pour en tirer parti.
Le desk OTC de Gravity Team s’inscrit dans cette logique d’anticipation. En proposant un settlement T+0 dans un nombre croissant de devises et en s’appuyant sur des relations bancaires directes, l’entreprise tente de répondre à un besoin concret du marché. Que ce modèle se généralise ou reste l’apanage de spécialistes dépendra de la capacité des acteurs plus grands à reproduire ces avantages à grande échelle.
Une chose paraît certaine : les stablecoins ont déjà prouvé leur utilité pour accélérer la partie numérique des transferts internationaux. Leur impact réel sur l’expérience utilisateur dépendra désormais de la qualité des infrastructures de conversion et de payout qui les accompagnent. C’est sur ce terrain que se joue actuellement la prochaine étape de la concurrence.
Les Limites Actuelles Et Les Pistes D’Amélioration
Malgré les progrès, plusieurs limites persistent. La couverture géographique reste inégale. Certains pays disposent déjà d’infrastructures relativement matures. D’autres manquent encore de liquidité, de partenaires bancaires ou de clarté réglementaire. Les volumes traités varient également fortement. Un corridor qui fonctionne bien pour des montants modestes peut rencontrer des difficultés lorsque les tickets deviennent plus importants.
Les pistes d’amélioration sont multiples. Le développement de pools de liquidité partagés entre plusieurs opérateurs pourrait réduire le capital immobilisé par chacun. L’automatisation accrue des contrôles de conformité, grâce à des outils d’intelligence artificielle et à des bases de données partagées, pourrait accélérer les traitements sans compromettre la sécurité. Enfin, une meilleure interopérabilité entre les différents rails de paiement, traditionnels et crypto, faciliterait les bascules en cas de problème sur une route donnée.
Ces évolutions ne se produiront pas du jour au lendemain. Elles demanderont des investissements, de la coordination entre acteurs privés et, dans certains cas, des ajustements réglementaires. Mais la direction est claire : le marché se dirige vers une intégration plus poussée des stablecoins dans les flux de paiement réels, et non plus seulement dans les écosystèmes de trading.
Le Rôle Des Institutions Financières Traditionnelles
Les banques et les réseaux de paiement traditionnels ne sont pas absents de cette transformation. Certains ont choisi d’acquérir des technologies prêtes à l’emploi, comme l’illustrent les rachats de Bridge et de BVNK. D’autres développent leurs propres solutions en interne. D’autres encore adoptent une posture d’attente, observant l’évolution des volumes et des cadres réglementaires avant de s’engager pleinement.
Cette diversité d’approches crée un paysage fragmenté, dans lequel coexistent des solutions purement crypto, des solutions hybrides et des offres traditionnelles améliorées. Pour les clients finaux, cette diversité peut être source de confusion. Elle offre aussi des options. Les entreprises qui savent comparer les performances réelles — délais, taux d’échec, coûts totaux, couverture géographique — sont en mesure de choisir les partenaires les plus adaptés à leurs besoins spécifiques.
Une Opportunité Pour Les Acteurs Spécialisés
Dans ce contexte, les acteurs spécialisés disposent d’une fenêtre d’opportunité. En se concentrant sur la liquidité locale et sur les corridors émergents, ils peuvent offrir une valeur que les plateformes globales peinent encore à reproduire à grande échelle. Gravity Team illustre cette stratégie. Son expertise sur les marchés d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine, combinée à des relations bancaires directes et à un desk OTC institutionnel, lui permet de se positionner comme un intermédiaire de confiance pour les flux vers ces régions.
D’autres acteurs poursuivent des approches similaires sur d’autres corridors ou avec d’autres spécialisations. La concurrence entre ces spécialistes, ainsi qu’entre spécialistes et plateformes globales, devrait contribuer à améliorer l’offre globale au profit des utilisateurs finaux. C’est souvent ainsi que les infrastructures financières évoluent : par l’addition successive d’innovations venues de la périphérie, avant que le centre ne les intègre.
Conclusion Provisoire Sur Un Sujet En Mouvement
Les stablecoins ont tenu une partie de leur promesse. Ils ont considérablement accéléré la circulation de la valeur à l’échelle internationale. Mais la promesse n’est complète que lorsque le destinataire peut effectivement utiliser les fonds reçus. Or, cette dernière étape reste, dans de nombreux cas, le maillon le plus fragile de la chaîne. Les efforts déployés par des entreprises comme Gravity Team, ainsi que les investissements des grands acteurs traditionnels, montrent que le marché a pris conscience de ce goulot d’étranglement.
Les mois et années à venir diront si ces initiatives parviennent à transformer durablement l’expérience des paiements transfrontaliers. Pour l’instant, une chose est claire : la vitesse on-chain ne suffit plus. Ce qui compte désormais, c’est la capacité à livrer de la monnaie locale, de manière fiable, prévisible et à un coût compétitif. C’est sur ce critère que les solutions seront jugées, et c’est sur ce terrain que se jouera la prochaine phase de la compétition.
Les décideurs qui intègrent dès aujourd’hui cette réalité dans leurs stratégies de paiement seront mieux armés pour naviguer dans un environnement en mutation rapide. Ceux qui continuent de se focaliser uniquement sur la vitesse de transfert numérique risquent de découvrir, trop tard, que le vrai défi se situait ailleurs.
