Imaginez un géant de l’électronique grand public, connu pour ses PlayStation, ses téléviseurs et ses appareils photo, qui décide soudain de plonger plusieurs dizaines de millions de dollars dans l’univers impitoyable de la blockchain. C’est exactement ce que vient de faire Sony. Le 29 janvier 2026, la firme japonaise a officialisé un nouvel investissement de 13 millions de dollars dans Startale Group, l’entité qui porte le projet Soneium. Une annonce qui ne passe pas inaperçue dans l’écosystème crypto.
Pourquoi un acteur industriel aussi massif continue-t-il d’injecter des fonds conséquents dans une infrastructure blockchain encore jeune ? Et surtout, que signifie réellement ce mouvement pour l’avenir du web3 appliqué au divertissement ? Plongeons ensemble dans les détails de cette opération qui pourrait marquer un tournant stratégique majeur.
Sony double la mise sur Soneium et le web3 divertissement
Ce n’est pas la première fois que Sony montre son intérêt pour la blockchain. Mais cette fois, l’engagement financier est clair et massif. Les 13 millions de dollars proviennent du Sony Innovation Fund, le bras venture de la multinationale, et viennent s’ajouter aux investissements précédents réalisés dans Startale Group.
Startale n’est pas une startup lambda. Issue d’une scission avec la Astar Foundation, elle est devenue l’architecte principal et le fournisseur d’infrastructure technique de Soneium, une Layer 2 sur Ethereum développée en partenariat étroit avec Sony Block Solutions Labs.
Quelques chiffres clés sur Soneium à fin janvier 2026 :
- Plus de 500 millions de transactions traitées depuis le lancement du mainnet
- Plus de 250 applications décentralisées actives sur le réseau
- Partenariats stratégiques avec Uniswap, Aave, Plume et même LINE
- Technologie sous-jacente : OP Stack d’Optimism
Ces métriques montrent que Soneium n’est plus un simple projet sur le papier. Le réseau a déjà prouvé sa capacité à attirer des développeurs et à générer du volume réel. L’investissement de Sony arrive donc à un moment où l’infrastructure commence à porter ses fruits.
Retour sur le parcours financier de Startale Group
Avant ce ticket de 13 millions, Startale avait déjà levé plusieurs rounds :
- 2023 : 3,5 millions de dollars en seed, avec Sony Network Communications comme investisseur stratégique
- 2024 : 3,5 millions supplémentaires en extension de seed, menés par UOB Venture Management et Samsung Next
Avec la nouvelle injection, le total des fonds levés officiellement atteint désormais 20 millions de dollars. Un montant respectable pour une entité qui se positionne comme le bras armé technique d’un Layer 2 soutenu par l’un des plus grands conglomérats mondiaux.
« Startale a été un partenaire important pour Sony depuis les tout premiers jours de Soneium. Notre vision est d’amener le monde on-chain, et le soutien continu de Sony renforce notre capacité à fournir l’infrastructure nécessaire pour concrétiser cette vision à l’échelle mondiale. »
Sota Watanabe, CEO de Startale Group
Cette citation illustre parfaitement l’ambition affichée : faire de Soneium une porte d’entrée massive vers le web3, avec un focus très marqué sur les usages grand public et surtout le secteur du divertissement.
Soneium : une Layer 2 pensée pour l’industrie créative
Contrairement à de nombreuses Layer 2 qui se contentent d’optimiser les frais et la vitesse, Soneium a été conçue dès le départ avec une cible sectorielle précise : l’industrie du divertissement. Musique, cinéma, jeux vidéo, NFT utilitaires, expériences immersives… tous ces domaines sont concernés.
Le choix de l’OP Stack n’est pas anodin. Cette stack permet de bénéficier de l’écosystème Ethereum tout en offrant des coûts bien plus bas et une finalité rapide, deux critères indispensables quand on cible un public grand public habitué à la fluidité des applications Web2.
Les atouts revendiqués par Soneium pour le divertissement :
- Frais ultra-bas même lors des pics d’activité
- Compatibilité totale avec l’écosystème Ethereum
- Interconnexion native avec des outils de tokenisation d’actifs réels (via Plume)
- Partenariats déjà conclus avec des acteurs majeurs du DeFi
- Projet de super-app (Startale App) en beta
Le partenariat avec Plume est particulièrement intéressant. Il permet de faire circuler des rendements tokenisés issus d’actifs du monde réel directement sur Soneium grâce au moteur d’interopérabilité SkyLink. Un pont entre finance traditionnelle et blockchain appliqué au divertissement pourrait créer des modèles économiques inédits.
Sony et la stratégie stablecoin : le prochain chapitre ?
L’investissement dans Startale n’arrive pas isolément. Il s’inscrit dans une stratégie beaucoup plus large de Sony sur le web3. En décembre 2025, Sony Bank (filiale du groupe financier) a annoncé son intention d’émettre un stablecoin adossé au dollar américain dès l’exercice fiscal 2026, en partenariat avec Bastion Platforms.
Parallèlement, Sony Singapore a commencé à accepter les paiements en USDC via Crypto.com. Ces deux signaux montrent que le groupe ne se contente pas de soutenir des infrastructures Layer 2 : il prépare activement son entrée dans les paiements et la finance décentralisée.
« À travers notre collaboration continue autour de Soneium, nous sommes impatients de continuer à soutenir les défis et les ambitions de Startale à l’avenir. »
Kazuhito Hadano, CEO de Sony Ventures Corporation
Cette déclaration confirme que Sony voit Startale et Soneium comme des pièces maîtresses d’une stratégie de long terme. Le géant japonais ne parie pas seulement sur une technologie : il parie sur une transformation profonde des usages numériques dans le divertissement et au-delà.
Pourquoi cet investissement fait sens en 2026
Le contexte macro de début 2026 est particulier. Bitcoin oscille autour de 88 000 $, Ethereum montre des signes de reprise, les memecoins continuent de faire parler d’eux, mais les capitaux institutionnels et industriels se dirigent de plus en plus vers des projets d’infrastructure sérieuse et des cas d’usage réels.
Sony arrive avec plusieurs avantages compétitifs uniques :
- Une marque mondiale reconnue par des centaines de millions de consommateurs
- Un catalogue immense de contenus (films, séries, musique, jeux)
- Une expertise hardware/software (PlayStation Network, Sony Music, Sony Pictures)
- Des relations établies avec les plus grands studios et labels
Si Sony parvient à tokeniser une partie de ses actifs culturels, à créer des expériences fan-owned authentiques ou à fluidifier les micropaiements dans ses écosystèmes, Soneium pourrait devenir l’une des Layer 2 les plus utilisées au monde dans le domaine grand public.
Les défis qui attendent Soneium et Startale
Malgré ces atouts, plusieurs obstacles se dressent sur la route :
- Concurrence intense entre Layer 2 (Arbitrum, Base, Optimism, zkSync, etc.)
- Nécessité de proposer une UX réellement supérieure à celle des solutions Web2
- Régulations de plus en plus strictes sur les stablecoins et les actifs numériques
- Risque de dilution de l’attention si Sony lance trop de projets web3 simultanément
- Adoption réelle par les artistes et les fans, au-delà des early adopters crypto
Le chemin reste long, mais l’engagement financier renouvelé de Sony envoie un message fort : le groupe n’entend pas abandonner le projet en cours de route.
Quel avenir pour le divertissement on-chain ?
Si Soneium réussit son pari, on pourrait assister à une refonte profonde de plusieurs secteurs :
- Vente directe de billets de concert tokenisés avec revente sécurisée
- Rémunération automatique et transparente des artistes via smart contracts
- Propriété fractionnée d’œuvres culturelles ou de droits d’auteur
- Expériences gaming cross-plateforme avec actifs portables
- Modèles d’abonnement décentralisés pour films et séries
Ces cas d’usage ne sont pas nouveaux sur le papier, mais ils pourraient devenir réalité à grande échelle si un acteur du calibre de Sony décide de les porter massivement auprès du grand public.
En investissant 13 millions supplémentaires dans Startale, Sony ne fait pas qu’apporter du capital. Il affirme sa conviction que le futur du divertissement passera, au moins en partie, par des rails blockchain. Reste à savoir si les consommateurs suivront. Mais une chose est sûre : avec Sony dans le game, le sujet ne peut plus être ignoré.
À suivre de très près dans les mois qui viennent.
