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    Schwartz Relie Affaire Glock Et Combat Sec Ripple

    Steven SoarezDe Steven Soarez23/09/2026Aucun commentaire19 Mins de Lecture
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    Quand un ancien architecte d’un grand réseau de paiement numérique se met à parler d’une usine d’armes à feu, on pourrait croire à un dérapage. Ce n’est pas le cas. Le 23 septembre 2026, David Schwartz, désormais CTO émérite de Ripple et co-créateur du XRP Ledger, a lu le récit d’un constructeur qui affirme ne pas savoir si ses pistolets redessinés tombent sous le coup d’une loi pénale qui entre en vigueur le 1er octobre. Il a répondu, en substance, que la scène lui était familière. Trop familière. Derrière la comparaison, il n’y a pas de fusion entre crypto et armes. Il y a une question plus sèche : comment une entreprise peut-elle se conformer à une règle dont le contour reste flou jusqu’au moment où l’on risque déjà la sanction ?

    Une comparaison qui réveille cinq années de contentieux

    L’avocat Kostas Moros a attiré l’attention sur la plainte déposée par Glock. Schwartz a jugé la situation grossièrement injuste. Puis, à qui lui demandait d’où lui venait cette certitude, il a lâché : « Un petit oiseau me l’a dit. » Le clin d’œil vise le dossier historique de la Securities and Exchange Commission contre Ripple Labs, Brad Garlinghouse et Chris Larsen. Ce dossier n’est plus en appel. Il n’en reste pas moins le prisme par lequel Schwartz lit encore les textes mal cadré.

    Il faut le dire clairement. L’affaire du Connecticut n’a rien à voir avec les valeurs mobilières, ni avec un jeton, ni avec un régulateur fédéral des marchés. Aucun tribunal n’a établi que l’État du Connecticut reprendrait la stratégie procédurale de la SEC. Schwartz propose une lecture personnelle. Cette lecture, pourtant, touche un nerf que la communauté crypto n’a jamais vraiment relâché : la clarté réglementaire.

    Ce que Glock a réellement demandé au juge

    Le 21 septembre 2026, Glock, Inc. a assigné Patrick Griffin, procureur en chef de l’État, ainsi que des magistrats chargés d’appliquer la loi. Le dossier porte le nom de Glock, Inc. v. Griffin et al. Il a été ouvert devant le tribunal fédéral du district du Connecticut. La base juridique invoquée est le 42 U.S.C. § 1983. L’objet n’est pas un débat abstrait sur le Second Amendment seul. C’est d’abord une demande de secours d’urgence avant l’entrée en vigueur d’un texte pénal.

    La juge Kari A. Dooley a fixé un calendrier serré. Signification de la plainte et des pièces d’injonction avant midi le 24 septembre. Réponse des défendeurs avant 17 heures le 28 septembre. Audience le 29 septembre à 9 h 30 à Bridgeport. Quatre jours plus tard, le 1er octobre, le Public Act 26-41 commence à produire ses effets.

    Ce que le calendrier impose, sans détour

    • Dépôt de la plainte Glock le 21 septembre 2026.
    • Signification exigée au plus tard le 24 septembre à midi.
    • Mémoires de l’État attendus le 28 septembre à 17 heures.
    • Audience d’injonction préliminaire le 29 septembre à 9 h 30.
    • Entrée en vigueur de la loi le 1er octobre.

    Le Public Act 26-41, issu du projet H.B. 5043 signé en mai par le gouverneur Ned Lamont, érige en crime de classe D le fait d’importer, d’annoncer, de vendre, d’offrir ou d’exposer à la vente certains pistolets « convertibles » nouvellement fabriqués. La définition tourne autour d’armes semi-automatiques munies d’une barre de détente cruciforme, susceptibles d’être transformées rapidement en armes automatiques à l’aide d’un convertisseur. Une condamnation peut valoir jusqu’à cinq ans de prison, 5 000 dollars d’amende, ou les deux.

    Glock affirme que ses Slimline, V Series et Gen 6 redessinés échappent à cette définition, parce qu’ils auraient été conçus pour résister aux dispositifs de conversion illégaux. L’entreprise demande une déclaration judiciaire sur ces produits. À défaut, elle veut une protection contre l’application d’un texte qu’elle juge trop vague. Ce sont des allégations. Rien n’a encore été tranché.

    Pourquoi Schwartz a parlé d’injustice

    Le point qui a accroché Schwartz n’est pas le calibre d’une arme. C’est le silence administratif décrit par le fabricant. Selon la lecture qu’il en fait, les autorités n’auraient pas dit clairement si les pistolets remaniés respectent la future norme. Une entreprise se retrouve donc à devoir décider seule, sous menace pénale, si son catalogue est licite. Schwartz a résumé l’idée : un système où l’on ne peut pas savoir si l’on respecte la loi lui paraît inacceptable. Puis il a relié cette plainte à son propre passé judiciaire.

    Demandez-moi comment je le sais.

    David Schwartz, le 23 septembre 2026

    La formule est courte. Elle est aussi calculée. Pendant des années, Ripple a soutenu que les acteurs du marché n’avaient pas reçu d’avertissement net sur la manière dont le droit fédéral des valeurs mobilières s’appliquait aux actifs numériques. La Commission, de son côté, a poursuivi des offres et des ventes. Les deux récits n’ont jamais coïncidé. C’est précisément ce décalage que Schwartz réactive, en le projetant sur un autre secteur, un autre État, une autre année.

    Le Connecticut ne lâche rien

    Le procureur général William Tong a répondu dès le 21 septembre. Les lois sur les armes de l’État sont, selon lui, légales et sauvent des vies. Son bureau a promis de les défendre avec vigueur. Il n’a pas commenté Schwartz. Il n’a pas commenté Ripple. Il n’avait aucune raison de le faire. Pour Hartford, le débat n’est pas analogique. Il est constitutionnel et de police publique.

    Le même jour, une seconde action fédérale a été déposée : NSSF et al. v. Griffin et al., portée par la National Shooting Sports Foundation, Shadow Systems et Blue Trail Range Corporation. Cette plainte insiste davantage sur le Second Amendment. La NSSF décrit la loi comme une interdiction de pistolets à percuteur largement commercialisés. L’État conteste cette lecture. Les deux dossiers sont inscrits à l’audience du 29 septembre devant la même juge.

    On se retrouve donc avec un fabricant qui plaide l’incertitude de définition, une fédération qui plaide l’inconstitutionnalité, et un État qui affirme détenir un outil de prévention. Trois grilles. Un seul calendrier. Une seule date butoir.

    Le souvenir précis du dossier SEC contre Ripple

    Pour comprendre pourquoi le parallèle a circulé si vite, il faut remonter à décembre 2020. La SEC a alors accusé Ripple Labs, Garlinghouse et Larsen d’avoir mené plus de 1,3 milliard de dollars d’offres de titres non enregistrées liées à l’XRP. Ripple a contesté l’interprétation des transactions. L’entreprise a aussi soutenu que le marché n’avait pas reçu de notice claire.

    En juillet 2023, la juge Analisa Torres a rendu une décision scindée. Les ventes institutionnelles d’XRP, dans les circonstances présentées, ont été analysées comme des contrats d’investissement. Les ventes programmatiques sur les places d’échange, ainsi que certaines autres distributions, n’ont pas satisfait le même test. Cette distinction est devenue le totem de toute une industrie. Schwartz n’a cessé d’y revenir, y compris après avoir quitté le poste de directeur technique à temps plein.

    Un autre différend sémantique a survécu au jugement. Schwartz a souvent rappelé que la plainte initiale de la Commission parlait fréquemment de l’XRP comme s’il était lui-même un titre. D’anciens responsables de l’agence ont répondu que l’affaire concernait des offres et des ventes concrètes, non une classification abstraite du jeton. Les deux lectures coexistent encore dans les débats publics. Elles ne sont pas anodines : elles décident si l’on parle d’un actif ou d’un comportement.

    Ce que le jugement final a laissé derrière lui

    • Les appels ont été abandonnés de part et d’autre le 7 août 2025.
    • Le jugement de première instance est resté en vigueur.
    • Ripple doit une pénalité civile de 125,035 millions de dollars.
    • Une injonction encadre de futures violations des règles d’enregistrement du Securities Act.
    • Les ventes institutionnelles directes restent le point le plus sensible du dispositif.

    La clôture des appels n’a pas « blanchi » le passé. Elle a figé un équilibre. Pour Ripple, cet équilibre sert désormais d’argument politique : l’XRP a une position juridique déjà tranchée sur certains canaux, tandis que le Congrès, selon l’entreprise, tarde encore à écrire des règles générales prévisibles. Après l’échec sénatorial du CLARITY Act le 15 septembre 2026, Ripple a déclaré que le texte aurait pu offrir des « règles de la route claires et prévisibles », sans pour autant modifier la situation juridique déjà acquise de l’XRP.

    Ce que le parallèle vaut, et ce qu’il ne vaut pas

    Comparer un pistolet et un jeton est une opération risquée. Les régimes juridiques n’ont presque rien en commun. L’un relève de la police des armes d’un État. L’autre relève du droit fédéral des marchés financiers. L’un menace une infraction pénale de classe D. L’autre a produit une action civile, une amende et une injonction. Réduire l’un à l’autre serait une faute.

    Le parallèle de Schwartz ne porte donc pas sur l’objet. Il porte sur la méthode de gouvernement. Dans les deux récits, une entreprise dit devoir interpréter seule un texte avant que le juge ne parle. Dans les deux récits, l’autorité publique répond que le texte est suffisamment clair et qu’il protège un intérêt supérieur. Dans les deux récits, le temps presse. C’est cette compression du temps qui rend la comparaison efficace sur les réseaux, même si elle est juridiquement fragile.

    On peut aussi inverser la focale. Les défenseurs de la loi du Connecticut diront que Glock savait depuis des mois ce que le législateur visait : les armes facilement convertibles. Les défenseurs historiques de la SEC diront que Ripple savait, ou aurait dû savoir, que des levées massives auprès d’investisseurs institutionnels pouvaient déclencher Howey. Dans les deux camps, l’argument de la « surprise » est contesté. C’est précisément pour cela que le débat ne se règle jamais par un slogan.

    La notice, ce mot que les juristes aiment trop et que les entreprises redoutent

    En droit américain, l’idée de fair notice n’est pas un accessoire. Une règle trop vague peut échouer le test de clarté. Une règle trop large peut aussi être appliquée de façon sélective. Les entreprises, elles, traduisent cela en question opérationnelle : peut-on expédier un produit, signer un contrat, lister un actif, sans découvrir six mois plus tard que le cadre n’était pas celui que l’on croyait ?

    Dans l’industrie crypto, cette question a structuré une décennie. Elle a nourri des livres blancs, des auditions au Congrès, des communiqués d’associations professionnelles, des menaces de délocalisation. Elle a aussi servi, parfois, d’écran de fumée. Tout le monde n’était pas de bonne foi lorsqu’il invoquait le flou. Certains acteurs ont volontairement joué dans la zone grise. D’autres, plus prudents, ont réellement attendu une boussole qui n’arrivait pas.

    Le cas Ripple a cristallisé les deux lectures. Pour une partie du marché, la Commission a choisi l’exemple après coup. Pour une autre partie, l’agence a simplement appliqué un test ancien à un produit nouveau. La décision Torres a donné raison, en partie, aux deux camps. C’est rare. C’est aussi ce qui explique que le dossier continue d’être cité comme une parabole, y compris hors de son champ.

    Ce que les dirigeants de Ripple ont dit du coût interne

    Brad Garlinghouse a indiqué cette année que l’entreprise avait sérieusement envisagé de tout arrêter après l’assignation de 2020. Schwartz a ajouté qu’à un moment, des avocats extérieurs considéraient l’affaire comme difficilement sauvable. Ces souvenirs appartiennent aux dirigeants. Ils ne prouvent pas l’intention de la SEC. Ils disent toutefois quelque chose de concret : un contentieux de cette ampleur n’est pas seulement un dossier. C’est une organisation qui se met en mode survie.

    Les équipes juridiques gonflent. Les partenaires hésitent. Les banques regardent deux fois. Les recrutements se compliquent. Les communications publiques deviennent un exercice d’équilibriste. Quiconque a observé Ripple entre 2021 et 2023 a vu cette mécanique. Quiconque lit aujourd’hui Glock décrire une fenêtre de dix jours avant une incrimination possible retrouve, à une autre échelle, la même angoisse de calendrier.

    Le CLARITY Act en toile de fond

    Le commentaire de Schwartz n’arrive pas dans le vide. Il arrive huit jours après l’échec du Sénat à faire avancer le CLARITY Act. Ripple a présenté ce texte comme une occasion manquée d’écrire des règles prévisibles pour les actifs numériques. L’entreprise a aussi pris soin de préciser que le vote n’altérait pas la position déjà reconnue de l’XRP sur certains types de transactions.

    Ce double langage est devenu un classique de la communication crypto américaine. D’un côté, on célèbre une victoire judiciaire partielle. De l’autre, on exige encore une loi, parce qu’un jugement ne remplace pas un code. Les deux affirmations peuvent être vraies en même temps. Elles peuvent aussi servir à maintenir la pression politique. Le lecteur a intérêt à les tenir séparées.

    La clarté législative que Ripple réclame n’est pas seulement un slogan de relations publiques. Elle concerne la frontière entre Commodity Futures Trading Commission et SEC, le statut des ventes secondaires, le traitement des intermédiaires, la tokenisation d’actifs traditionnels, et la capacité d’une entreprise américaine à savoir, à l’avance, quel régulateur frappera à sa porte. Le parallèle avec Glock fonctionne ici comme un accélérateur émotionnel, pas comme une démonstration juridique.

    Une industrie qui a appris à vivre avec le demi-droit

    Depuis 2023, beaucoup d’acteurs crypto ont bâti leur conformité autour de distinctions microscopiques : vente institutionnelle contre vente programmatique, offre primaire contre marché secondaire, utility apparent contre promesse de rendement. Ces distinctions ne sont pas naturelles. Elles sont le produit d’un contentieux. Elles forcent les équipes produit à penser comme des avocats. Elles forcent les avocats à penser comme des chefs de produit.

    On peut y voir une maturité. On peut y voir une pathologie. Dans les deux cas, le résultat est le même : l’incertitude n’a pas disparu, elle s’est déplacée. Elle n’est plus « l’XRP est-il un titre ? » en tant que slogan. Elle est devenue « cette transaction-ci, dans ce canal-là, avec ce discours marketing-ci, déclenche-t-elle Howey ? ». C’est plus fin. Ce n’est pas plus reposant.

    Glock, dans un autre univers, raconte une bascule semblable. L’entreprise ne discute pas seulement d’un droit de vendre des armes. Elle discute d’une définition technique : barre de détente cruciforme, convertibilité, génération de produit, date de fabrication. Le droit pénal moderne aime ces critères. Les industriels les redoutent dès qu’ils restent ouverts à interprétation.

    Ce que l’audience du 29 septembre peut changer

    Une injonction préliminaire n’est pas un jugement au fond. Elle mesure l’urgence, le risque de préjudice irréparable, les chances de succès, et l’intérêt public. Si la juge Dooley accorde un sursis, Glock gagne du temps et, politiquement, une première reconnaissance de son argument de flou. Si elle le refuse, l’entreprise devra décider, en quarante-huit heures, si elle interrompt certaines lignes, si elle prend le risque commercial, ou si elle poursuit par d’autres voies.

    Le dossier NSSF, entendu le même matin, peut produire un récit parallèle. Deux théories, une salle, une magistrate. Le Connecticut, lui, arrivera avec le discours de Tong : une loi votée, signée, défendue comme un outil de santé publique. Les observateurs crypto qui suivront l’audience par analogie commettront une erreur s’ils y cherchent un « Torres 2 ». Ils y trouveront plutôt un laboratoire américain de la régulation par calendrier.

    Pourquoi le marché XRP s’en empare quand même

    Parce que Schwartz reste une voix. Parce que la formule « un petit oiseau me l’a dit » est faite pour circuler. Parce que la communauté a appris à lire chaque intervention de l’ancien CTO comme un rappel que le combat pour des règles lisibles n’est pas terminé. Le cours d’un actif n’a pas besoin d’un lien causal pour réagir à un récit. Il lui suffit d’un signal émotionnel.

    Il serait toutefois malhonnête de transformer ce commentaire en catalyseur de marché. Rien dans le dossier Glock ne modifie le jugement Torres. Rien n’annule la pénalité. Rien n’autorise de nouvelles ventes institutionnelles autrement que dans le cadre déjà fixé. Le parallèle est culturel. Il n’est pas patrimonial.

    Cette distinction compte. Trop souvent, dans l’écosystème, une phrase d’ancien dirigeant est convertie en thèse d’investissement. Ici, la phrase dit autre chose : la mémoire du contentieux reste vive, et elle colore la lecture de n’importe quel affrontement entre une entreprise et un régulateur, même lointain.

    Réguler par l’exemple, réguler par le texte

    Les États-Unis connaissent les deux méthodes. La régulation par l’exemple consiste à choisir un dossier visible, à le pousser jusqu’au tribunal, puis à laisser le marché déduire la norme. La régulation par le texte consiste à écrire d’abord, sanctionner ensuite. Chaque camp a ses vertus déclarées. La première serait plus souple face à l’innovation. La seconde serait plus prévisible pour l’investissement de long terme.

    Ripple a vécu la première. Glock dit vivre une variante de la seconde, mais trop tardive et trop floue à son goût. Le législateur du Connecticut, lui, dirait qu’il a précisément choisi le texte, voté au printemps, applicable à l’automne. Le désaccord ne porte alors plus sur l’existence d’une loi. Il porte sur la qualité de sa définition et sur le droit d’un fabricant à obtenir une réponse avant le jour J.

    Un système où l’on ne peut pas savoir si l’on respecte la loi n’est pas seulement inconfortable. Il devient un piège pour quiconque fabrique, vend ou distribue.

    Lecture condensée de l’argument Schwartz

    Cette phrase, une fois dépouillée de son contexte crypto, pourrait être signée par n’importe quel directeur juridique d’industrie réglementée. Banques, laboratoires, constructeurs automobiles, plateformes numériques : tous connaissent le moment où le texte existe, mais la circulaire d’application tarde, et le risque pénal ou administratif, lui, n’attend pas.

    Ce que Schwartz ne dit pas

    Il ne dit pas que la loi du Connecticut est illégitime. Il ne dit pas que Glock a raison sur le fond technique de la convertibilité. Il ne dit pas que la SEC a perdu. Il ne propose pas de doctrine constitutionnelle. Il pose une intuition d’ancien justiciable. C’est à la fois moins et plus qu’une analyse juridique. Moins, parce que les régimes sont hétérogènes. Plus, parce que l’intuition circule plus vite qu’un mémoire de 80 pages.

    Il faut aussi rappeler le statut actuel de l’homme. Ripple le présente comme CTO émérite et co-créateur du registre. Il n’est plus le directeur technique opérationnel au quotidien. Sa parole n’engage pas un communiqué officiel de l’entreprise sur les armes à feu. Elle engage une voix historique du dossier XRP. Confondre les deux serait une erreur de lecture.

    Une leçon plus large pour les actifs numériques

    Si l’on retire les armes du tableau, il reste une grammaire utile. Premier principe : une victoire partielle au tribunal n’épuise pas le besoin de loi. Deuxième principe : le calendrier est une arme. Troisième principe : les définitions techniques, qu’il s’agisse d’un contrat d’investissement ou d’un mécanisme de détente, décident du sort commercial d’un produit. Quatrième principe : les dirigeants qui ont vécu un long procès deviennent des narrateurs durables, parfois plus influents que les communiqués officiels.

    Ces quatre principes éclairent 2026 autant que 2020. Les débats sur la tokenisation d’actions, les comptes de confiance nationaux, le rôle de la CFTC, les ETF, les kiosques, la fiscalité IRS, tout cela tourne autour de la même exigence : savoir à l’avance ce qui est permis. Le marché n’attend pas la perfection philosophique d’un texte. Il attend une carte assez nette pour investir sans trembler à chaque trimestre.

    Le piège de l’analogie facile

    On le répète, car le réseau social aime les raccourcis. Glock n’est pas Ripple. Tong n’est pas un président de la SEC. Un pistolet convertible n’est pas un jeton. Une felony de classe D n’est pas une injonction civile. Traiter ces dossiers comme des jumeaux, c’est inventer une unité qui n’existe pas. Traiter le commentaire de Schwartz comme une simple boutade, c’est ignorer pourquoi il résonne.

    La bonne distance consiste à garder l’analogie pour ce qu’elle est : un révélateur de sensibilité. Après cinq ans de procédure, une amende à neuf chiffres et une injonction, un dirigeant crypto entend « nous n’avons pas obtenu de réponse claire » et reconnaît la musique. Il la chante. Le public la reprend. Le droit, lui, continue son chemin dans une autre salle, avec d’autres pièces, d’autres standards de preuve.

    Ce qu’il faudra regarder après le 1er octobre

    Trois scénarios se dessinent, sans magie. Soit l’injonction suspend tout ou partie de l’application aux modèles visés, et le débat de fond s’ouvre. Soit l’injonction est refusée, et Glock doit arbitrer entre retrait commercial et contentieux au long cours. Soit un compromis procédural apparaît, rare mais possible, sous forme de précisions d’application. Dans tous les cas, le commentaire de Schwartz aura déjà fait son travail : réintroduire la mémoire du dossier SEC dans une actualité qui ne le concernait pas.

    Pour Ripple, l’intérêt n’est pas le pistolet. C’est le maintien d’un récit national sur la prévisibilité. Tant que Washington discute encore de lois-cadres, chaque exemple d’entreprise coincée entre un texte et son interprétation nourrit ce récit. Qu’il vienne d’un constructeur d’armes ou d’une fintech de paiement, le mécanisme rhétorique est le même.

    Une mémoire judiciaire qui ne s’éteint pas

    Les contentieux longs fabriquent des langages. Chez Ripple, ce langage comprend Howey, ventes institutionnelles, ventes programmatiques, notice, injunction, civil penalty. Chez Glock, il comprendra bientôt convertible pistol, cruciform trigger bar, Class D felony, preliminary injunction. Deux lexiques. Une même plainte humaine : ne pas découvrir la règle le jour où elle devient une sanction.

    On peut juger cette plainte sincère. On peut la juger stratégique. Les deux lectures sont compatibles. Une entreprise peut à la fois redouter réellement l’incertitude et l’utiliser pour obtenir un délai. Un régulateur peut à la fois viser un objectif public et sous-estimer le coût d’une définition mal taillée. Le juge, lui, n’a pas à choisir une morale. Il a à appliquer des tests.

    C’est peut-être la seule leçon vraiment transposable. Ni Schwartz, ni Tong, ni Glock, ni la SEC d’hier n’ont le dernier mot sur la clarté. Le dernier mot appartient à des calendriers d’audience, à des définitions statutaires, à des précédents, et parfois à un Congrès qui, pour l’instant, n’a pas fait aboutir le texte que l’industrie crypto appelait de ses vœux à la mi-septembre.

    Ce que retenir sans se laisser emporter

    David Schwartz a comparé deux situations d’incertitude. L’une est un procès d’armes au Connecticut, avec audience le 29 septembre et loi au 1er octobre. L’autre est un contentieux fédéral de cinq ans, clos en appel en août 2025, mais encore vivant dans les têtes. La comparaison n’est pas une équivalence. Elle est un symptôme. Le symptôme d’un pays où l’innovation, l’industrie lourde et la finance numérique se heurtent souvent au même mur : savoir, à temps, ce qui est permis.

    Les prochains jours diront si Glock obtient un souffle judiciaire. Ils ne diront pas si l’XRP change de statut. Ils diront, en revanche, si le récit de la clarté réglementaire continue d’être le fil rouge des prises de parole de l’ancien CTO. À en juger par la formule de l’oiseau, ce fil n’est pas près d’être coupé.

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