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    Robinhood Chain Atteint 945 M$ De Volume Dex Quotidien

    Steven SoarezDe Steven Soarez01/09/2026Aucun commentaire20 Mins de Lecture
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    Qui aurait parié, au début de l’été, qu’un réseau de seulement quelques semaines, imaginé par un courtier en ligne plutôt que par un laboratoire crypto, écraserait des blockchains installées depuis des années sur le volume des échanges décentralisés ? Le 25 août 2026, Robinhood Chain a enregistré environ 945 millions de dollars de volume Dex en vingt-quatre heures. Le chiffre a presque doublé le précédent record interne de 563 millions, posé le 8 juillet. Pourtant, sur les fils de discussion habituels, le silence a d’abord été presque total. Ce décalage entre la donnée brute et le bruit médiatique dit déjà quelque chose du moment : la finance tokenisée n’entre plus par la porte des maximalistes, elle arrive par l’application mobile d’un courtier rentable.

    Une couche deux née courtier et déjà dans le top cinq

    Le réseau public a ouvert le 1er juillet 2026, lors d’une keynote londonienne au Old Royal Naval College. En cinquante-six jours, il s’est hissé parmi les cinq premières chaînes mondiales par volume Dex sur trente jours, autour de 15 milliards de dollars. Le cumul depuis le lancement dépasse 47 milliards. Derrière Solana, BNB Chain, Ethereum et Base, une couche deux encore presque adolescente occupe une place que des équipes mettent des années à viser.

    Techniquement, rien n’est magique. Il s’agit d’un Layer 2 Ethereum construit sur Arbitrum Orbit, la pile Nitro, avec règlement direct sur Ethereum et disponibilité des données via les blobs. Le jeton de gaz est l’ether. Les blocs tombent toutes les 100 millisecondes, plus vite qu’Arbitrum One (250 ms) et que Monad (300 ms). La vraie rupture n’est pas le chronomètre. C’est la distribution : des millions de comptes déjà financés, un portefeuille mobile existant, une marque associée au trading de détail, et une capacité à subventionner les frais le temps d’habituer la main.

    La crypto devient l’infrastructure qui alimente les marchés financiers.

    Vlad Tenev

    Comment un rollup a condensé des années en quelques semaines

    Huit jours après le mainnet, le volume d’échanges Uniswap sur la chaîne atteignait déjà 500 millions de dollars. Au 11 juillet, on parlait de 7,6 millions de transactions quotidiennes et de 3,1 milliards de volume Dex pour la première semaine. Fin juillet, le réseau avait dépassé Ethereum en revenu applicatif sur 24 heures. Le 21 juillet, il affichait brièvement 324 000 portefeuilles actifs contre 275 000 pour Base. Tom Lee, président de Bitmine, a qualifié le lancement de l’un des plus grands succès crypto de 2026. La formule est publicitaire. Les compteurs, eux, sont mesurables.

    Pour situer l’écart, le volume Dex à trente jours d’Arbitrum One, sur la même période, représentait environ le quart de celui de Robinhood Chain. Autrement dit, un fork technologique du même monde Orbit a fait quatre fois mieux que la chaîne dont il hérite l’architecture. Ce n’est pas un argument de supériorité technique pure. C’est un argument de distribution captive et de produit déjà compris par le grand public : actions tokenisées, memecoins, produits à effet de levier, le tout dans un environnement où le gaz a d’abord été offert.

    Repères chiffrés après moins de deux mois de mainnet

    • Pic Dex quotidien : environ 945 millions de dollars le 25 août 2026.
    • Précédent record interne : 563 millions le 8 juillet.
    • Volume Dex cumulé : plus de 47 milliards depuis le 1er juillet.
    • Volume Dex sur 30 jours : près de 15 milliards, cinquième rang mondial.
    • Valeur totale verrouillée : d’environ 4 millions en juin à près de 1,4 milliard fin août.
    • Capitalisation stablecoins on-chain : environ 640 millions, largement portée par USDe.

    Ce qui se négociait vraiment le jour du record

    Le 25 août n’a pas été le sacre d’un seul actif. Trois familles d’activité se sont empilées. D’abord la spéculation memecoin. Pons, sorti de l’écosystème de lancement de la chaîne, a représenté près de la moitié du volume au plus fort. CASHCAT, premier memecoin marquant du réseau, avait déjà touché une valorisation de 156 millions avant d’être dépassé fin juillet. Le 30 août, Pons à lui seul pesait 445 millions sur un total quotidien de 874,8 millions. Quand un lieu d’échange fait la moitié du débit d’une chaîne, le thermomètre devient aussi un révélateur de fragilité.

    Ensuite les actions tokenisées, produit phare du lancement. Des représentations ERC-20 d’équités comme Nvidia, Apple, GameStop ou SpaceX circulent vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans plus de 120 pays. Elles donnent une exposition économique au sous-jacent, pas la propriété juridique des titres. Au 21 août, le volume cumulé de ces titres via Uniswap dépassait le milliard de dollars. Un tracker tokenisé du Nasdaq-100, QQQB, a concentré 288 pour cent du volume actions de juillet, ce qui traduit une adoption encore étroite, très indexée, plus qu’un marché actions on-chain mature.

    Enfin les dérivés à effet de levier. Le 25 août, Arcus a lancé des pTokens, enveloppes ERC-20 de comptes perpétuels leveragés, dont pBTC3x et pHOOD3x. La plateforme a aussi commencé à accepter des actions tokenisées en collatéral, avec un ratio prêt-valeur de 50 pour cent. Ce pont entre exposition actions et trading crypto à levier n’a pas d’équivalent aussi net sur les autres réseaux. Il explique une partie du pic : le même jour, le marché macro offrait un vent porteur.

    Le vent macro qui a gonflé le volume

    Depuis le 17 août, bitcoin avait rebondi fort, sur fond d’une vague record de 2,7 milliards de dollars de liquidations de positions courtes, la plus large depuis le début des séries en 2021 selon Bloomberg. Une réunion crypto à la Maison-Blanche et une décision du Trésor américain d’augmenter les rachats d’obligations longues ont ajouté de l’oxygène. Bitcoin s’est approché de 81 500 dollars. Ether a gagné près de 29 pour cent en une semaine. Toutes les chaînes en ont profité. Robinhood Chain en a capté une part disproportionnée, parce que l’absence de frais transformait chaque rotation d’actifs en geste presque irréfléchi.

    Sous le trading, la couche stablecoin raconte une autre histoire. Vers la fin août, la capitalisation des stables sur le réseau atteignait 640 millions de dollars, avec USDe d’Ethena en tête des flux. Robinhood Earn, produit de prêt lancé avec le mainnet, vise environ 7 pour cent de rendement sur USDG, stable développé avec Paxos. Ce rendement sert d’ancre : l’argent n’est pas obligé de quitter la chaîne entre deux séances de spéculation. Les réseaux purement transactionnels manquent souvent de ce levier de rétention.

    L’avantage que le courtier a apporté sur le tapis

    La plupart des couches deux naissent avec une thèse technique, puis passent des mois à chasser l’utilisateur. Ici, la séquence est inversée. L’entreprise arrive avec environ 27 millions de comptes courtage financés, un portefeuille mobile, une infrastructure de conformité construite sur une décennie de rapports avec les régulateurs, et une notoriété que les puristes crypto aiment détester mais que le grand public associe au trading de détail.

    Le modèle de revenus sort aussi du schéma habituel. Dans le programme d’expansion Arbitrum, 8 pour cent des revenus de chaîne vont à une trésorerie contrôlée par les détenteurs du jeton de gouvernance, 2 pour cent alimentent une guilde développeurs. Robinhood conserve le reste. En juillet, le réseau a généré près de 3,6 millions de dollars de frais de transaction, soit environ 38 pour cent des 6,3 millions estimés pour l’ensemble des couches deux Ethereum ce mois-là. Ce n’est plus un laboratoire qui brûle du capital pour exister. C’est une société profitable qui peut traiter la subvention gaz comme une ligne marketing.

    Les résultats du deuxième trimestre 2026, publiés le 29 juillet, montraient 1,31 milliard de dollars de revenus totaux, au-dessus des attentes, et un résultat net en hausse de 48 pour cent sur un an, à 573 millions. L’action se négociait au-dessus de 100 dollars. Quelques millions de dollars de gaz offert pèsent peu face à cette machine. Cette solvabilité change la lecture des métriques : on ne juge pas un rollup affamé, on juge un acteur capable de tenir l’effort plus longtemps que Blast n’a su le faire.

    Robinhood Chain a atteint 100 millions de transactions cumulées plus vite que n’importe quel autre réseau.

    Vlad Tenev, 7 août 2026

    La subvention gaz, variable qui décide de presque tout

    Le paramètre le plus important d’ici la fin septembre n’est ni Pons ni QQQB. C’est la subvention de frais de 90 jours qui couvre les transactions via le portefeuille Robinhood, du 1er juillet jusqu’autour du 29 septembre 2026. Mi-août, le plafond de prise en charge est passé de 5 dollars à 50 cents par transaction, une coupe de 90 pour cent. Le geste ressemble à un atterrissage progressif, pas à une rupture nette. Il avoue aussi que le cadeau coûtait trop cher s’il restait généreux.

    Quand une transaction ne coûte rien, la frontière entre navigation et ordre réel s’efface. Les 16 000 nouveaux jetons créés chaque jour au pic memecoin de juillet n’auraient pas vu le jour aussi facilement avec un gaz même modeste. Les 5,5 millions de transactions du 25 août incluent une activité qui disparaîtrait dès le premier centime frictionnel. C’est le cœur du débat : la subvention a-t-elle seulement accéléré une demande déjà là, ou a-t-elle fabriqué une demande qui ne survivra pas à la facture ?

    Les précédents sont contradictoires. Base a lancé avec un gaz très aidé et a conservé une activité solide une fois les coûts normalisés, en partie grâce au tuyau Coinbase. Blast, à l’inverse, a vu l’activité s’effondrer après la fin des incitations. Entre ces deux destins, une voie médiane est possible. Même une baisse de 60 pour cent depuis 945 millions laisserait environ 380 millions de volume quotidien, encore largement au-dessus de la plupart des couches deux. La question n’est donc pas de savoir si le volume reculera. Il reculera. La question est de savoir si le plancher reste assez haut pour financer l’écosystème.

    Ce que la fin de promo peut concrètement changer

    • Moins de créations de jetons « parce que c’est gratuit ».
    • Un volume memecoin plus sélectif, donc plus volatil d’un jour à l’autre.
    • Un avantage relatif pour les produits à ticket plus élevé, actions tokenisées et levier.
    • Une pression sur le séquenceur si l’activité réelle ne remplace pas l’activité subventionnée.
    • Un test de fidélité pour les 27 millions de comptes, dont une partie n’a jamais payé de gaz.

    La ruée des chaînes d’entreprise

    Robinhood Chain n’est pas apparue dans un désert. Coinbase a Base. Stripe a racheté Bridge et pousse une infrastructure de paiements. Circle avance un standard d’interopérabilité pour stables. Le motif est lisible : les fintechs grand public estiment qu’posséder la couche d’exécution vaut mieux que louer un emplacement sur la chaîne d’un autre. L’opérateur capte le revenu du séquenceur, fixe la grille tarifaire, subventionne ce qu’il veut pousser. Le locataire paie le prix du marché et n’a aucune prise sur l’expérience au niveau infrastructure.

    La comparaison avec Base reste la plus utile. Base a ouvert en août 2023. Fin août 2026, sa valeur verrouillée tournait autour de 5,47 milliards, contre 1,4 milliard pour Robinhood Chain. Base traite en moyenne plus de transactions par jour et dispose de trois années d’outillage, de liquidité et de protocoles. Pourtant, en quelques semaines, le nouveau venu a rattrapé plusieurs métriques, dépassé brièvement Base en utilisateurs actifs quotidiens et resté dans la zone de volume Dex. D’un côté, la maturité. De l’autre, l’élan et un produit que personne d’autre n’offre à la même échelle : les Stock Tokens.

    Quand un courtier centralisé nourrit la DeFi

    Le pic de volume s’inscrit dans un basculement plus large. En juillet 2026, les Dex ont traité un volume spot égal à 24,14 pour cent de celui des plateformes centralisées, le ratio le plus élevé depuis que The Block suit la série, en 2019. En moins de trois ans, le rapport a à peu près triplé, parti de moins de 10 pour cent pendant une grande partie de 2024. L’ironie est cruelle pour les récits binaires : ce sont souvent des entreprises centralisées qui poussent le volume décentralisé. Robinhood route vers Uniswap. Coinbase route vers Base. La frontière Cex-Dex se brouille.

    Pour le courtier, la chaîne crée un volant que l’application régulée ne peut pas reproduire. Les Stock Tokens échangés sur Uniswap génèrent des frais qui reviennent à l’écosystème. L’utilisateur qui commence par une action tokenisée découvre le memecoin, le prêt, le levier. La chaîne devient une surface d’expérimentation que le courtage principal n’a pas le droit d’offrir dans la même interface. Ce n’est pas un gadget de communication. C’est une manière de vendre des services interdits dans le tuyau régulé tout en gardant une part de la valeur.

    Les failles que les records de volume masquent

    Le 30 août, un seul protocole, Pons, générait 51 pour cent des 874,8 millions de volume quotidien. Si cette place s’essouffle, la moitié du débit peut s’évaporer sans qu’aucune brique technique n’ait changé. Le marché des actions tokenisées reste lui aussi concentré. QQQB a porté l’essentiel du volume de juillet. Une douzaine de titres dépassent 500 000 dollars de volume journalier, mais l’éventail demeure étroit face au marché actions réel.

    La valeur verrouillée de 1,4 milliard reste environ le quart de celle de Base. Le rapport volume sur TVL est anormalement élevé. On peut y lire une efficacité du capital. On peut aussi y lire un volume gonflé par la gratuité et par un turnover spéculatif, pas par une liquidité profonde et collante. Autre contrainte majeure : les Stock Tokens restent fermés aux résidents américains. Le produit phare exclut donc la majorité des 27 millions de comptes financés. L’adresseable actuel est surtout international, ce qui bride le récit de « la base Robinhood bascule on-chain ».

    La tokenomics réflexive de Pons ajoute une couche de verre. Quatre-vingts pour cent des frais du protocole financent des rachats et des brûlis automatiques. Au 29 août, 29 pour cent de l’offre initiale d’un milliard de jetons avaient été retirés. En marché haussier, le cercle est vertueux : plus de volume, plus de frais, plus de brûlis, moins d’offre, prix plus haut, encore plus de volume. En marché baissier, le cercle s’inverse. Les chaînes bâties sur ce type de mécanique connaissent souvent des replis brutaux dès que le récit de compression d’offre s’essouffle.

    • Concentration protocolaire : un venue peut faire la moitié du volume chaîne.
    • Concentration produit : un tracker d’indice a dominé les actions tokenisées en juillet.
    • Exclusion géographique : le produit phare reste hors États-Unis.
    • Métriques assistées : gaz offert, création de jetons gratuite, rotation accélérée.
    • Tokenomics procyclique : brûlis financés par les frais, fragiles au retournement.

    Ce que tout cela fait à Ethereum

    Chaque transaction de Robinhood Chain finit par poster des données sur Ethereum via les blobs. Les 47 milliards de volume Dex ne sont donc pas hors sol : ils nourrissent, à la marge, le budget de sécurité du réseau mère et renforcent le rôle d’Ethereum comme couche de règlement. Des millions d’utilisateurs qui n’iront jamais sur le mainnet entrent néanmoins dans l’orbite ETH, paient du gaz en ether, consomment de l’espace de blocs.

    L’autre face est moins flatteuse. La valeur d’exécution reste surtout sur la couche deux. Robinhood conserve l’essentiel du revenu de séquenceur et n’en reverse que 10 pour cent à l’écosystème Arbitrum. Beaucoup d’utilisateurs ignoreront qu’Ethereum existe en dessous. Le règlement devient une infrastructure invisible, indispensable et relativement peu rémunérée au regard de l’activité qu’elle porte. Le 31 août, Robinhood Chain a dépassé Ethereum et Base en revenu applicatif sur 24 heures, avec 2,66 millions de dollars. La chaîne construite sur Ethereum gagnait plus, certains jours, que Ethereum lui-même au niveau applicatif.

    Les frais de blobs collectés par le mainnet restent une fraction de ce que les rollups extraient en revenu de séquenceur. Dire que l’activité L2 est « forcément bonne » pour Ethereum suppose que la demande de blobs finira par ramener des frais significatifs. Aux taux d’utilisation actuels, cette hypothèse n’est pas démontrée. Le succès de Robinhood Chain rend la question plus urgente. Il ne la tranche pas.

    Le test de septembre et ce qu’il faudra regarder

    La subvention s’arrête fin septembre. D’ici là, plusieurs signaux diront si la trajectoire tient. Arcus élargit sa gamme de pTokens et de collatéraux. Si le levier produit un volume durable sans gaz offert, le réseau aura trouvé autre chose qu’une promotion. Le DTCC doit lancer une infrastructure de titres tokenisés en octobre. Soit cela valide l’avance de Robinhood, soit cela banalise les Stock Tokens face à des rails plus institutionnels. Enfin, l’entreprise décidera d’allonger, d’aménager ou de couper l’aide. Avec 573 millions de résultat net trimestriel, elle peut encore payer. Elle n’est pas obligée de le faire.

    Il faut aussi distinguer vitesse et profondeur. Atteindre 100 millions de transactions plus vite que quiconque est un exploit de rampe d’accès. Construire une liquidité qui reste quand le memecoin du jour s’éteint en est un autre. Uniswap domine les lieux d’échange. Morpho et Earn ancrent une partie du capital. Rien n’empêche un retournement si Pons perd le récit et si QQQB cesse d’aspirer les flux. Les métriques de chaîne, dans cette configuration, deviennent le thermomètre d’un ou deux protocoles, pas le portrait d’un marché.

    Ce qu’est réellement Robinhood Chain

    Robinhood Chain est une couche deux Ethereum permissionless, ouverte à tout portefeuille compatible. Le gaz se paie en ether. Il n’existe pas de jeton de gouvernance officiel du réseau. CASHCAT, PONS et d’autres créations communautaires circulent, sans affiliation à l’entreprise. Les Stock Tokens offrent une exposition économique à des actions cotées, négociables en continu hors États-Unis. Le trading Dex, le prêt et d’autres briques DeFi restent accessibles plus largement, via le portefeuille maison comme via des logiciels tiers.

    La mécanique économique est simple. Le séquenceur encaisse. Dix pour cent partent vers Arbitrum, le reste reste au courtier. En juillet, cette machine a fait de Robinhood Chain la couche deux la plus génératrice de frais de l’écosystème Ethereum. Cela ne dit pas que le modèle est éternel. Cela dit que, pendant la période promotionnelle, le débit a été suffisant pour produire une rente visible.

    Pourquoi le silence initial n’était pas anodin

    Le titre d’origine insistait sur l’indifférence de Crypto Twitter. Cette indifférence a une logique. Le réseau ne naît pas d’une culture de cypherpunk. Il naît d’un courtier souvent accusé d’avoir simplifié, parfois trop, le trading de détail. Les observateurs natifs regardent d’abord les lancements communautaires, les points, les airdrops, les récits de décentralisation. Un rollup Orbit au gaz offert, poussé par une appli grand public, entre mal dans ces grilles. Pendant ce temps, le volume s’accumule.

    Ce silence a aussi un coût analytique. On a sous-estimé la capacité d’une marque grand public à condenser l’adoption. On a sous-estimé le rôle des actions tokenisées comme porte d’entrée, même imparfaites juridiquement. On a sous-estimé l’effet d’un gaz à zéro sur la création de jetons et sur la rotation intra-journée. À l’inverse, on risque maintenant de surinterpréter 945 millions comme une nouvelle normale. Les deux erreurs se valent.

    Lire les chiffres sans se laisser hypnotiser

    Un volume Dex record n’est pas une preuve de profondeur de marché. Il peut être le produit d’un jour de liquidations macro, d’un memecoin en feu et d’un gaz gratuit. Une TVL qui bondit de 4 millions à 1,4 milliard en quelques semaines impressionne. Elle reste loin de Base et peut reculer aussi vite si le rendement de 7 pour cent et la promo frais cessent d’ancrer les stables. Un ranking mondial sur trente jours est réel. Il est aussi jeune, donc réversible.

    La lecture honnête consiste à tenir les deux bouts. Oui, un courtier a construit en cinquante-six jours une surface d’échange que des chaînes envient. Oui, Uniswap y a déjà fait plus d’un milliard de volume sur titres tokenisés. Oui, le modèle de séquenceur rapporte déjà. Non, cela ne garantit pas le maintien du top cinq après septembre. Non, cela ne prouve pas que l’utilisateur américain, privé des Stock Tokens, basculera. Non, cela ne règle pas le dilemme de valeur entre L2 riches et L1 relativement peu payée.

    Grille de lecture pour les semaines qui viennent

    • Volume Dex quotidien après le 29 septembre, hors effet d’annonce.
    • Part de Pons et des memecoins dans le total, jour après jour.
    • Volume actions tokenisées hors QQQB, pour juger de l’élargissement.
    • Évolution de la TVL et de la part d’USDe et d’USDG.
    • Revenu de séquenceur une fois le gaz partiellement ou totalement payé par l’utilisateur.
    • Écart d’utilisateurs actifs avec Base, plus révélateur que le pic d’un jour.

    Une leçon plus large sur la tokenisation

    Les Stock Tokens ne sont pas des actions au sens du droit des sociétés. Ils répliquent une exposition de prix. Cette nuance, souvent balayée dans les fils d’enthousiasme, restera centrale dès qu’un événement corporate, un dividende, un split ou un délit d’initié fera surface. Le produit séduit parce qu’il ouvre le trading 24 heures et l’accès international. Il reste un dérivé d’expérience, pas un titre inscrit au nominatif. Le succès commercial n’efface pas cette distinction. Il la rend plus urgente à expliquer.

    Le pont collatéral ouvert par Arcus, actions tokenisées contre levier crypto, accélère encore le mélange des univers. On peut y voir une innovation de marché. On peut y voir une corrélation nouvelle entre un choc actions et une liquidation crypto, ou l’inverse. Les chaînes d’entreprise aiment ces ponts parce qu’ils retiennent l’utilisateur. Les régulateurs les regarderont tôt ou tard, surtout si le volume continue de ressembler à celui d’un marché mature alors que le cadre juridique, lui, ne l’est pas.

    Ce que le marché a encore le temps de comprendre

    Robinhood Chain n’est pas « la nouvelle Solana ». Ce n’est pas non plus un gadget de communication. C’est un pari industriel : extraire de la rente d’exécution, offrir hors application régulée ce que l’application ne peut pas montrer, et utiliser 27 millions de comptes comme rampe. Le 25 août a prouvé que la rampe fonctionne à plein régime quand le gaz est offert et que le marché macro s’enflamme. Septembre dira ce qui reste quand il faudra sortir la carte bancaire du réseau, même pour quelques dizaines de cents.

    D’ici là, le plus utile n’est pas de célébrer un classement ni de le nier par réflexe anti-courtier. Le plus utile est de suivre la composition du volume, pas seulement son sommet. Un réseau dont la moitié du débit tient à un memecoin n’a pas le même destin qu’un réseau dont le débit tient à des titres, des stables et du prêt. Les deux peuvent coexister un été. Rarement une année entière, au même rythme, sans que l’un des deux ne cède.

    Le record de 945 millions restera dans les tableaux. Il mérite d’y rester avec une note en bas de page : obtenu sous subvention, un jour de fort vent macro, avec une concentration protocolaire extrême. Cette note n’annule pas la performance. Elle empêche d’en faire une loi. Entre l’indifférence de juillet et l’emballement possible de septembre, il reste la place pour une lecture adulte : une couche deux d’entreprise peut aller très vite. Elle n’a pas encore prouvé qu’elle sait rester haute une fois le prix du passage rétabli.

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    Steven Soarez
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