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    Révision MiCA : Ce Que Peut Changer D’ici Juin 2027

    Steven SoarezDe Steven Soarez01/10/2026Aucun commentaire19 Mins de Lecture
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    Deux ans après l’entrée en application progressive du règlement européen sur les marchés de crypto-actifs, Bruxelles a refermé, le 30 septembre 2026 à 23 h 59, une consultation que le marché attendait depuis le printemps. Ce n’est pas encore une réforme. Ce n’est pas non plus un simple exercice de communication. Les contributions des entreprises, des superviseurs nationaux, des banques centrales et du public vont nourrir des rapports que la Commission européenne doit remettre au Parlement et au Conseil au plus tard en juin 2027. Et ces rapports peuvent, si les faits l’exigent, s’accompagner d’une proposition législative. Autrement dit, le cadre que des dizaines d’acteurs ont déjà payé très cher pour respecter n’est plus figé.

    Pourquoi La Révision MiCA Change La Donne Dès Maintenant

    Le calendrier n’est pas anodin. Les règles applicables aux jetons de monnaie électronique et aux jetons adossés à des actifs sont en vigueur depuis le 30 juin 2024. Celles qui concernent les prestataires de services sur crypto-actifs, les fameux CASP, s’appliquent depuis le 30 décembre 2024. À peine le marché a-t-il digéré les agréments, les fonds propres, les livres blancs et le passeport européen que l’exécutif de l’Union rouvre le dossier. Pas pour tout casser du jour au lendemain, mais pour vérifier si le texte reste adapté à un secteur qui n’a pas cessé de bouger.

    La consultation a été lancée le 20 mai 2026. Elle comportait deux volets : un questionnaire public, ouvert à tous, et un exercice ciblé destiné aux professionnels, aux autorités nationales et aux institutions spécialisées. Le délai initial du 31 août a été reporté d’un mois. Au total, 86 questions ont structuré le débat. Elles portent autant sur ce que MiCA couvre déjà que sur ce qu’il laisse encore dans le flou : la finance décentralisée, le prêt de crypto-actifs, le staking, certains jetons non fongibles, les structures multi-émetteurs de stablecoins, les définitions juridiques et le niveau des exigences prudentielles.

    Les réponses alimenteront les rapports dus au titre des articles 140 et 142, attendus au plus tard le 30 juin 2027, qui pourront inclure une proposition législative si des changements s’avèrent justifiés.

    Commission européenne, consultation ciblée sur le règlement MiCA

    Cette phrase officielle mérite d’être lue lentement. Elle dit trois choses. Premièrement, rien ne change le 30 septembre. Deuxièmement, l’échéance politique réelle est juin 2027. Troisièmement, une réécriture n’est pas automatique : elle dépend de la qualité des preuves et de l’ampleur des frictions observées. Pour un dirigeant de plateforme, un émetteur de stablecoin ou un investisseur européen, l’incertitude n’est donc plus théorique. Elle devient un paramètre de planification.

    Ce Que Deux Ans D’application Ont Réellement Produit

    Avant de parler de demain, il faut regarder ce que le règlement a déjà modifié. MiCA a remplacé une mosaïque d’une trentaine de régimes nationaux par un cadre unique. Un prestataire agréé dans un État membre peut, en principe, servir l’ensemble de l’Union et de l’Espace économique européen. C’est le passeport européen, souvent présenté comme la grande victoire du texte. Sur le papier, un marché d’environ 450 millions de consommateurs devient accessible avec une seule licence. Dans la pratique, la convergence de supervision n’est pas encore parfaite, et les autorités nationales n’interprètent pas toutes les mêmes exigences avec la même intensité.

    Les exigences de fonds propres illustrent ce décalage entre le texte et le coût réel. Pour les services de classe 1, le seuil minimal est de 50 000 euros. Pour la classe 2, il grimpe à 125 000 euros. Pour la classe 3, qui inclut l’exploitation d’une plateforme de négociation, il atteint 150 000 euros. Ces montants ne disent presque rien du coût de conformité permanent : contrôles internes, reporting, conservation des actifs, lutte contre le blanchiment, résilience opérationnelle, audits, juristes, conformité et relations avec le superviseur. Dans la presse spécialisée, ces charges sont déjà évaluées en dizaines, parfois en centaines de milliers d’euros par an pour une structure moyenne, et en millions pour les plus grandes.

    Ce que le marché observe déjà sous MiCA

    • Un passeport unique a remplacé une trentaine de régimes nationaux.
    • Les fonds propres minimaux vont de 50 000 à 150 000 euros selon la classe de services.
    • Au 1er septembre 2026, 39 jetons de monnaie électronique avaient été émis sous MiCA.
    • Aucun jeton adossé à des actifs n’était encore autorisé à cette date.
    • Des centaines de CASP sont désormais recensés dans les registres européens.

    Le volet stablecoins est encore plus révélateur. Au 1er septembre 2026, l’Autorité bancaire européenne relevait 39 jetons de monnaie électronique émis sous MiCA, dont une large majorité par des établissements de monnaie électronique. En revanche, aucun jeton adossé à des actifs, catégorie qui vise notamment les stablecoins indexés sur un panier d’actifs ou de matières premières, n’avait obtenu d’autorisation. On ignore encore, point par point, si les dossiers ont été refusés, retirés ou simplement jamais déposés. Ce silence statistique pèse. Il suggère soit une barrière d’entrée trop haute, soit une attente stratégique des émetteurs, soit les deux.

    Les Points De Friction Que La Commission Ne Peut Plus Ignorer

    La Commission n’a pas publié sa propre feuille de route de réforme. Elle a d’abord voulu entendre. Les irritants, eux, sont déjà documentés. Le premier est le coût. Le deuxième est le périmètre. Le troisième est la coexistence de jetons globaux avec un régime européen encore jeune. Le quatrième est la qualité de la supervision transfrontière. Le cinquième, plus politique, concerne la place de l’euro face à des stablecoins largement indexés sur le dollar.

    Le 24 septembre 2026, l’Autorité bancaire européenne a rendu public un avis qui oriente clairement le débat. Elle estime que le régime prudentiel des émetteurs de jetons de monnaie électronique et de jetons adossés à des actifs est, dans l’ensemble, pertinent. Elle demande toutefois de renforcer le traitement des schémas de stablecoins multi-émetteurs impliquant un pays tiers. Elle invite aussi à clarifier certaines définitions et à examiner le prêt de crypto-actifs, y compris lorsque des prestataires facilitent l’accès à des protocoles décentralisés.

    L’ABE recommande de renforcer le cadre afin d’atténuer les risques significatifs à très significatifs posés par les dispositifs multi-émetteurs de pays tiers.

    Autorité bancaire européenne, 24 septembre 2026

    Cette recommandation n’est pas un détail technique. Un schéma multi-émetteur permet, dans les faits, qu’un même jeton circule comme s’il était fongible alors qu’il est émis à la fois dans l’Union et hors de l’Union. Les réserves, les droits de remboursement, la supervision et le droit applicable ne sont alors plus parfaitement alignés. En cas de tension, un détenteur européen peut découvrir que la promesse de convertibilité dépend d’une entité située hors de portée du superviseur de l’Union. C’est précisément ce risque de contagion que l’ABE et, dans un registre voisin, le Système européen de banques centrales ont mis sur la table.

    Stablecoins : Le Cœur Politique De La Révision

    Si un seul sujet peut faire basculer la révision, c’est celui-là. Les stablecoins sont devenus l’infrastructure de liquidation du marché crypto. Ils servent à entrer, sortir, arbitrer, collatéraliser et régler. Or MiCA a instauré une séparation nette entre jetons conformes et jetons non conformes. Les plateformes destinées à la clientèle de l’Espace économique européen ont dû retirer ou limiter l’accès à certains titres très liquides, au premier rang desquels des jetons non autorisés dans l’Union.

    Le résultat est paradoxal. L’Union a créé un régime exigeant, avec réserves, remboursement, gouvernance et surveillance. Elle a aussi vu se multiplier des jetons en euro émis par des établissements agréés. Mais le centre de gravité mondial du marché reste largement dollarisé. La question posée à Bruxelles n’est donc plus seulement : « comment protéger le consommateur ? ». Elle devient : « comment empêcher que le régime européen isole le marché intérieur sans le rendre plus sûr ? »

    Les banques centrales européennes ont ajouté une couche supplémentaire. Elles contestent l’obligation, pour certains émetteurs, de placer une part minimale des réserves en dépôts bancaires, 30 % en régime ordinaire et 60 % pour les émetteurs importants. Leur argument est simple : cette règle crée un canal de transmission entre une ruée sur un stablecoin et le bilan des banques. Elles préfèrent un plancher d’actifs très liquides, à échéance courte, plutôt qu’une obligation de dépôt qui pourrait fragiliser le système bancaire au moment où l’on voudrait précisément l’épargner.

    Le Parlement européen, de son côté, a déjà envoyé un signal différent sur la multi-émission. Une majorité a défendu l’idée d’encadrer plutôt que d’interdire, à condition de poser des garanties. On voit donc trois camps se dessiner : ceux qui veulent durcir, ceux qui veulent clarifier pour laisser vivre les modèles globaux, et ceux qui veulent recalibrer les réserves pour éviter un risque systémique mal placé. La Commission devra arbitrer entre ces trois lectures d’ici juin 2027.

    Le Passeport Européen, Promesse Et Point De Tension

    Le passeport reste le socle commercial de MiCA. Il explique pourquoi des groupes se sont installés à Malte, en France, en Allemagne, aux Pays-Bas, au Luxembourg ou en Lituanie. Une fois l’agrément obtenu, le prestataire peut notifier son activité dans les autres États. En théorie, cela unifie le marché. En pratique, plusieurs frottements apparaissent.

    Le premier frottement est le forum shopping. Certains observateurs accusent des entreprises de choisir l’autorité perçue comme la plus rapide ou la moins intrusive. L’Autorité européenne des marchés financiers a déjà indiqué que la priorité 2027 n’est plus seulement d’écrire des règles, mais d’aligner la supervision. Résilience opérationnelle, externalisation, présence réelle dans l’Union, sollicitation inversée et classification des actifs figurent parmi les sujets de convergence.

    Le deuxième frottement est le coût d’entrée. Une petite société de conservation ou de conseil n’affronte pas le même mur qu’une plateforme mondiale. Pourtant, les obligations de gouvernance, de contrôle interne et de reporting pèsent sur toutes. Si la révision alourdit encore les fonds propres ou le reporting sans proportionnalité, le risque est de concentrer le marché autour de quelques acteurs déjà capitalisés. Si elle allège trop, le risque inverse est de relâcher la protection du client.

    Le troisième frottement concerne la réalité opérationnelle. Un agrément n’efface pas les exigences bancaires, fiscales, de lutte contre le blanchiment ni les contraintes de correspondance bancaire. Beaucoup de CASP agréés découvrent que le passeport ouvre la porte juridique, pas automatiquement le compte de cantonnement ou le partenariat de paiement. La révision de 2027 ne réglera pas tout cela seule. Elle peut toutefois décider si l’Union veut davantage d’intégration prudentielle ou davantage de latitude nationale.

    DeFi, Prêt, Staking : Le Périmètre Qui Fait Débat

    MiCA n’a jamais prétendu tout couvrir. Les protocoles pleinement décentralisés, certains NFT, le prêt crypto et une partie du staking sont restés dans une zone grise. La consultation de 2026 a précisément demandé si ce silence est encore tenable. Pour les superviseurs, le risque consommateur ne disparaît pas parce qu’un contrat s’exécute tout seul. Pour l’industrie, coller un régime d’intermédiaire à un protocole sans entité identifiable revient à réglementer une architecture plutôt qu’un acteur.

    Le prêt de crypto-actifs est le cas d’école. Lorsqu’une plateforme centralisée propose un rendement contre un dépôt, le parallèle avec un service financier classique est évident. Lorsqu’elle se contente d’orienter un client vers un protocole de prêt décentralisé, la frontière devient politique. L’ABE a explicitement demandé à la Commission d’examiner cette facilitation. Derrière le mot « facilitation » se cache une question de responsabilité : qui informe, qui avertit, qui conserve, qui rembourse si le protocole se casse ?

    Le staking pose un problème voisin. Dans certains cas, il s’agit d’une participation technique à la sécurité d’un réseau. Dans d’autres, il s’agit d’un produit d’épargne packagé, avec file d’attente, slashing, liquidité et marketing de rendement. Traiter les deux situations avec la même phrase réglementaire serait une erreur. Les laisser toutes les deux hors champ en serait une autre. La révision de 2027 devra donc choisir un critère : le degré de décentralisation, le rôle de l’intermédiaire, la promesse faite au client, ou une combinaison des trois.

    Ce Que Les Entreprises Doivent Anticiper Avant 2027

    Les directions générales n’ont pas le luxe d’attendre le Journal officiel. Elles doivent déjà arbitrer des budgets 2027 et 2028. Trois scénarios raisonnables se dessinent.

    Dans le premier, la Commission conclut que MiCA fonctionne assez bien. Elle propose des clarifications ciblées : définitions, multi-émission, reporting, peut-être un ajustement des réserves. Pas de big bang. Les entreprises déjà agréées gardent leur avance. Les retardataires continuent de payer le prix de l’adaptation.

    Dans le deuxième, le législateur élargit le périmètre. Le prêt, certains services DeFi intermédiés et des activités aujourd’hui périphériques basculent dans le régime. Les coûts de conformité montent. Les groupes multi-activités doivent revoir leur cartographie de licences. Les protocoles qui s’appuyaient sur une zone grise perdent une partie de leur avantage.

    Dans le troisième, plus politique, l’Union cherche un équilibre international. Elle envisage un mécanisme d’équivalence pour certains émetteurs de pays tiers, tout en durcissant la supervision des groupes mixtes. Ce scénario plairait aux acteurs globaux capables de démontrer des réserves solides. Il inquiéterait ceux qui voient dans MiCA un mur protectionniste utile à l’émergence de stablecoins en euro.

    À surveiller dans les prochains mois

    • La synthèse que fera la Commission des réponses reçues jusqu’au 30 septembre 2026.
    • Les positions publiques de l’ABE, de l’AEMF et des banques centrales.
    • L’évolution du registre des CASP et des émetteurs de jetons de monnaie électronique.
    • Le traitement concret des schémas multi-émetteurs déjà en circulation.
    • Le contenu exact des rapports de juin 2027, et la présence ou non d’une proposition législative.

    Pourquoi Les Fonds Propres Sont Plus Qu’Un Seuil Comptable

    Beaucoup d’articles réduisent MiCA à un ticket d’entrée de 50 000, 125 000 ou 150 000 euros. C’est une lecture pauvre. Ces seuils sont des planchers. Ils ne mesurent ni le risque opérationnel, ni le risque de conservation, ni le risque de marché lié à un carnet d’ordres, ni le risque de réputation après un incident. Un acteur qui conserve des milliards d’euros d’actifs clients n’est pas dans la même catégorie prudentielle qu’un conseiller qui n’en touche aucun.

    La révision peut donc aller dans deux directions opposées. Soit elle conserve des planchers simples, faciles à auditer, quitte à laisser le vrai risque dans les exigences qualitatives. Soit elle introduit une sensibilité au risque plus fine, proche de ce que l’on connaît déjà dans la banque ou l’investissement. La seconde option séduit les superviseurs. Elle terrifie les petites structures, parce qu’un modèle de fonds propres « intelligent » est aussi un modèle plus cher à calculer, à documenter et à faire valider.

    Il faut aussi parler des groupes. De plus en plus de CASP appartiennent à des ensembles qui font à la fois de l’échange, de la conservation, du staking, parfois du crédit, parfois de l’émission. L’ABE a insisté sur la supervision de ces groupes multifonctions. Si 2027 débouche sur une exigence de maison mère intermédiaire dans l’Union pour les grands groupes extra-européens, la carte des sièges sociaux bougera. Ce n’est pas de la théorie. C’est de l’implantation, de l’emploi et de l’impôt.

    La Concurrence Internationale Ne Attend Pas Bruxelles

    Le même 30 septembre 2026, le Royaume-Uni ouvrait son propre guichet d’autorisation crypto, avant un régime obligatoire prévu en octobre 2027. Les États-Unis ont avancé, de leur côté, sur un cadre législatif pour les stablecoins en dollar. Cette synchronicité n’est pas un hasard de calendrier. Elle place les groupes transatlantiques devant deux copies à rendre presque en même temps, avec des philosophies différentes.

    L’Union a choisi un règlement unique, détaillé, applicable dans tous les États membres. Le Royaume-Uni avance par autorisation et supervision. Les États-Unis discutent d’un régime plus centré sur l’émetteur de stablecoin et le rôle des banques. Pour un directeur juridique, la question n’est plus « quel est le meilleur droit ? ». Elle est « comment rester compatible avec trois grammaires à la fois sans tripler les équipes ? »

    C’est aussi pour cela que la révision européenne de 2027 a une dimension géopolitique. Si l’Union ferme trop le marché aux jetons globaux, elle protège ses émetteurs locaux mais réduit la liquidité offerte aux investisseurs européens. Si elle ouvre trop, elle importe un risque de réserve et de remboursement qu’elle ne contrôle pas. Entre ces deux extrêmes, le mot magique sera probablement équivalence. Encore faut-il définir à quoi l’on compare : la qualité des réserves, le droit au remboursement, l’audit, la supervision, ou la convertibilité en monnaie de banque centrale.

    Ce Que Gagne, Et Ce Que Perd, L’investisseur Particulier

    On parle beaucoup des entreprises. On parle trop peu des clients. Or MiCA a d’abord été vendu comme un texte de protection. Livres blancs, règles de communication, interdiction de certains pratiques trompeuses, exigences de conservation, recours plus lisibles : tout cela existe. Deux ans plus tard, le particulier européen a-t-il vraiment un marché plus sûr ?

    Oui, sur un point : il sait mieux qui est agréé et qui ne l’est pas. Les registres publics existent. Les mises en garde se multiplient. Les plateformes sérieuses affichent leur statut. Non, sur un autre point : la complexité a augmenté. Un épargnant qui voulait simplement détenir un euro tokenisé doit désormais distinguer jeton de monnaie électronique, jeton adossé à des actifs, titre financier tokenisé et simple crypto-actif. Cette taxonomie protège le juriste. Elle fatigue l’utilisateur.

    La révision peut corriger ce défaut pédagogique. Elle peut aussi l’aggraver si elle ajoute des catégories sans nettoyer les anciennes. Un bon règlement n’est pas seulement strict. Il est lisible. Si juin 2027 débouche sur un texte plus long, plus fragmenté, plus dépendant de lignes directrices successives, le particulier n’y gagnera rien, même si les cabinets d’avocats, eux, y gagneront beaucoup.

    La France Dans Ce Puzzle Européen

    La France n’arrive pas à cette révision les mains vides. Elle a expérimenté plus tôt que d’autres un régime d’enregistrement puis d’agrément pour les prestataires. Elle dispose d’un superviseur identifié, d’un écosystème bancaire qui a commencé à émettre des jetons, et d’une doctrine déjà rodée sur la conservation et la lutte contre le blanchiment. Pour Paris, l’enjeu n’est pas seulement de « défendre MiCA ». Il est de faire en sorte que la révision ne dilue pas l’exigence au profit d’une course au moins-disant.

    En même temps, trop d’exigence nationale au-dessus du plancher européen casserait l’intérêt du passeport. C’est tout le dilemme français : rester un lieu d’agrément crédible sans devenir le pays où l’on met le plus longtemps à obtenir une autorisation. Les prochains mois diront si Bercy et l’Autorité des marchés financiers jouent la carte de la convergence européenne ou celle d’un surcroît de prudence hexagonale.

    Une Révision N’est Pas Une Révolution, Sauf Si On La Rate

    Il faut résister au sensationnalisme. Personne, à Bruxelles, n’a annoncé la mort de MiCA. Personne n’a non plus promis un marché sans friction pour 2028. Ce que l’on sait est plus prosaïque et, en réalité, plus important. Un règlement jeune est en train d’être évalué à la lumière de son premier cycle de vie. Les superviseurs ont désormais des dossiers concrets, des incidents, des refus, des agréments, des registres et des statistiques. Cette matière première n’existait pas en 2023, quand le texte a été adopté.

    Le vrai risque n’est pas qu’une virgule bouge en 2027. Le vrai risque est qu’elle bouge trop tard, ou dans la mauvaise direction. Trop tard, si le marché mondial a déjà choisi d’autres standards. Dans la mauvaise direction, si l’Union répond à un problème de liquidité par encore plus de formalités, ou à un problème de risque systémique par encore plus d’ambiguïté.

    Les entreprises qui s’en sortiront le mieux ne sont pas forcément les plus bruyantes. Ce sont celles qui documentent dès maintenant leurs coûts, leurs incidents, leurs flux transfrontières et leurs modèles de réserve. La Commission a demandé des preuves. Elle en recevra. Celles qui seront chiffrées pèseront davantage que les communiqués d’humeur.

    Calendrier : Ce Qui Est Certain, Ce Qui Ne L’est Pas

    Certaines dates sont solides. La consultation publique et ciblée s’est close le 30 septembre 2026. Les rapports prévus par les articles 140 et 142 doivent arriver au plus tard le 30 juin 2027. Au-delà, plus rien n’est gravé. Ni la date d’une éventuelle proposition. Ni le rythme du trilogue. Ni l’entrée en application d’un futur MiCA modifié. Un processus législatif européen prend du temps. Même si la Commission dépose un texte en 2027, son application réelle peut glisser vers 2028, voire plus loin selon la conflictualité politique.

    En attendant, le droit actuel s’applique. Les agréments restent nécessaires. Les livres blancs restent exigibles. Les interdictions de commercialisation de jetons non conformes restent opposables. La révision n’offre aucun droit à l’ cocher les obligations d’aujourd’hui. C’est sans doute le message le plus utile, et le moins spectaculaire, que l’on puisse adresser au marché.

    Ce Qu’il Faut Retenir Sans Se Perdre Dans Le Jargon

    MiCA a unifié le marché européen des services crypto et encadré l’émission de certains stablecoins. Après deux ans, Bruxelles vérifie si le texte tient. La consultation est close. Les conclusions officielles arriveront d’ici juin 2027. Les sujets chauds sont connus : coût de conformité, fonds propres, passeport, définitions, DeFi intermédiée, prêt crypto, et surtout les stablecoins multi-émetteurs.

    Rien n’oblige la Commission à tout réécrire. Mais rien ne l’empêche non plus de le faire si les preuves s’accumulent. Pour les acteurs déjà installés, c’est une fenêtre d’influence. Pour les autres, c’est un rappel : le cadre européen n’est plus expérimental. Il est devenu un terrain de jeu réglementaire mature, avec ses gagnants, ses retardataires et, bientôt, ses correctifs.

    La suite ne se jouera pas seulement dans les recitals d’un règlement. Elle se jouera dans la manière dont les autorités nationales appliqueront demain ce que Bruxelles aura décidé après-demain. C’est là, entre le texte et le terrain, que se décide vraiment la vie d’un marché. Et c’est précisément cet intervalle que la révision de 2027 va rouvrir.

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    Steven Soarez
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