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    Rachat D’Exaion Par Mara : Enjeux Souveraineté

    Steven SoarezDe Steven Soarez20/10/2026Aucun commentaire14 Mins de Lecture
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    Combien vaut vraiment la souveraineté technologique d’un pays quand une filiale stratégique d’un géant de l’énergie change de main ? La question n’est plus purement théorique depuis que MARA Holdings, l’un des plus importants mineurs de Bitcoin cotés à Wall Street, a mis la main sur 64 % d’Exaion. Cette société française, jusqu’alors sous le parapluie d’EDF, est passée sous contrôle américain après plusieurs mois de tractations, de déclarations rassurantes et d’un lobbying parfaitement documenté. L’affaire a provoqué une rare unanimité politique, de la gauche à la droite, et a relancé le débat sur la place de la France dans la course à l’infrastructure numérique et au minage de cryptomonnaies.

    Une cession qui a tout d’un tournant stratégique

    Exaion n’était pas une simple start-up de plus dans le paysage tech hexagonal. Filiale d’EDF, elle réunissait environ soixante-dix ingénieurs spécialisés dans le calcul haute performance, le cloud et les technologies blockchain. Son savoir-faire touchait à des domaines sensibles : gestion de données, infrastructures informatiques critiques et solutions liées aux réseaux décentralisés. Lorsque EDF a accepté, en août 2025, de céder 64 % du capital à MARA pour 148 millions d’euros, selon les documents déposés auprès de la SEC américaine, le signal a été immédiatement perçu comme un affaiblissement de la maîtrise nationale sur des compétences rares.

    Le géant américain du minage de Bitcoin n’a pas caché son intérêt. MARA Holdings, déjà solidement implantée outre-Atlantique, cherchait à consolider sa présence en Europe. L’acquisition d’Exaion lui offrait un pied dans l’écosystème français, un accès à des talents formés et une proximité avec l’un des plus grands producteurs d’électricité du continent. Pour beaucoup d’observateurs, la transaction dépassait le simple deal commercial. Elle posait la question de la capacité de la France à retenir ses actifs stratégiques dans un secteur où la puissance de calcul et l’accès à l’énergie deviennent des armes économiques.

    Les conditions imposées par Bercy

    Après six mois de discussions tendues, le ministère de l’Économie a donné son feu vert le 20 février 2026. L’autorisation s’accompagnait de conditions présentées comme contraignantes. Les activités réalisées pour le compte d’EDF devaient rester sur le sol français. Les données jugées sensibles devaient être rapatriées chez l’électricien. Xavier Niel a pris une participation de 10 %, et les actionnaires français ont obtenu le droit de nommer cinq des huit administrateurs. Sur le papier, la gouvernance restait partiellement hexagonale. Dans les faits, MARA devenait l’actionnaire majoritaire, avec le pouvoir de décision ultime.

    Cette configuration hybride a nourri les critiques. Pour les partisans de la souveraineté numérique, la présence d’administrateurs français et le maintien de certaines activités en France ne suffisaient pas à compenser le transfert de contrôle. D’autres y ont vu un compromis réaliste, permettant de conserver une influence locale tout en ouvrant la porte à des investissements étrangers dans un domaine capitalistique. Le débat n’a jamais vraiment cessé.

    Des déclarations ministérielles qui ont vieilli prématurément

    L’une des dimensions les plus frappantes de cette affaire réside dans le contraste entre les discours tenus à l’automne 2025 et l’issue finale. À l’Assemblée nationale, Sébastien Lecornu avait assuré à Éric Ciotti qu’Exaion n’était pas à vendre. La formule était techniquement exacte : EDF restait actionnaire, même si son poids devenait minoritaire. Quelques semaines plus tard, le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, répondait à Philippe Latombe que la filiale ne faisait pas de minage de bitcoins, activité qu’il qualifiait lui-même d’extrêmement stratégique. Le gouvernement reconnaissait donc, en creux, l’importance du métier de l’acheteur.

    Souveraineté ? La cession des deux tiers d’une pépite technologique d’EDF mérite des explications claires.

    Antoine Armand, ancien ministre de l’Économie

    Gérard Mestrallet, ancien patron d’Engie recruté comme conseiller par MARA, multipliait quant à lui les propos rassurants. Selon lui, aucun risque n’existait. Ces déclarations, aujourd’hui confrontées à la réalité de la cession, ont alimenté un sentiment de décalage entre la communication officielle et les décisions prises dans les bureaux de Bercy.

    Exaion et le Bitcoin : une relation plus ambiguë qu’annoncé

    Il est exact qu’Exaion ne pratiquait pas le minage de Bitcoin à proprement parler. Pourtant, d’anciennes pages de son catalogue commercial mentionnaient une offre baptisée Exaion Bitcoin Offering. Cette proposition de services techniques liés au réseau Bitcoin a été exhumée dans les discussions publiques. Elle montre que la société n’était pas totalement étrangère à l’écosystème crypto. La frontière entre prestataire de services et acteur du minage apparaît plus poreuse qu’on a bien voulu le laisser entendre.

    Cette ambiguïté a renforcé les interrogations. Si le minage était jugé stratégique par le gouvernement, pourquoi autoriser l’entrée d’un des plus grands mineurs mondiaux au capital d’une filiale d’EDF ? La question reste ouverte. Elle illustre la difficulté française à articuler une politique claire entre attractivité des investissements étrangers et protection des actifs technologiques sensibles.

    La contre-offre française : ambition ou mirage ?

    Pendant que MARA avançait ses pions, un consortium français mené notamment par Florent Gabriel, dirigeant de Blobbio, et Sébastien Gouspillou, tentait de proposer une alternative. Leur lettre d’intention, datée du 3 novembre 2025 et rendue publique par l’Institut national du Bitcoin, envisageait 30 millions d’euros pour une partie des parts d’EDF, complétés par jusqu’à 150 millions d’euros d’équipements. Le montant se rapprochait des 33 millions versés par MARA aux vendeurs.

    Les points faibles de l’offre française

    • Le document précisait explicitement qu’il n’était pas contraignant sur le prix et la structure du capital.
    • Il demandait des avantages sur le coût de l’électricité, un point sensible pour EDF.
    • Aucun document public ne prouve qu’EDF ou Bercy aient formellement rejeté cette proposition.

    Florent Gabriel, qui a depuis publié une vidéo détaillée sur le sujet, n’est pas un observateur neutre. Il faisait partie des candidats au rachat. Son analyse, bien que partisan, a le mérite d’avoir rassemblé des éléments factuels vérifiables. Les citations des ministres, la fiche de lobbying et la chronologie des événements tiennent la route. En revanche, les accusations les plus graves reposent sur des sources encore contestées.

    Un lobbying déclaré sans ambiguïté

    L’élément le plus solide de cette affaire se trouve dans le répertoire public de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Le cabinet Forward Global a déclaré avoir travaillé pour MARA en 2025. L’objectif était formulé sans détour : obtenir l’approbation du ministère de l’Économie pour l’entrée de l’Américain au capital d’Exaion. Les cibles des démarches remontaient jusqu’à l’Élysée, Matignon et Bercy. Rien d’illégal. La loi Sapin 2 impose précisément de déclarer ce type d’actions.

    Cette transparence obligatoire a paradoxalement rendu visible l’intensité du travail d’influence. Philippe Latombe, député opposé au rachat, a affirmé avoir été écarté d’une table ronde sponsorisée par MARA et organisée par un cercle lié à Forward Global. Aucun document ne précise qui a pris cette décision. En décembre 2025, le député et le sénateur Dany Wattebled ont effectué un signalement auprès du Parquet national financier. À ce jour, aucune enquête n’a été officiellement confirmée.

    Côté filière crypto française, le silence a été assourdissant. L’Adan, qui plaidait encore en mai 2025 pour une expérimentation pilote de minage avec EDF, n’a publié aucune prise de position claire sur le dossier Exaion. Cette absence de réaction collective a laissé le champ libre aux critiques individuelles et aux vidéos polémiques.

    La plainte new-yorkaise qui embrase le débat

    Le chapitre le plus spectaculaire de l’affaire se joue actuellement à New York. François Garcin, ancien directeur Europe de MARA, a engagé une procédure contre son ancien employeur depuis juillet 2026. Licencié en mars, il réclame plus de 11 millions d’euros de commissions. Sa plainte dresse un tableau interne du deal, plein de détails croustillants et encore non vérifiés par un juge.

    On y lit qu’au 7 février 2026, le PDG de MARA, Fred Thiel, envisageait de plier la tente. Treize jours plus tard, Bercy donnait son accord. Selon la plainte, Fred Thiel aurait alors salué un beau travail pour la conquête de la Gaule. Le document évoque aussi un rendez-vous avec François Hollande le 19 janvier, suivi une heure plus tard d’un projet d’autorisation de l’État. MARA qualifie ces accusations de fabriquées ou totalement infondées et a annoncé qu’elle se défendrait. Le 13 octobre 2026, le juge a refusé de suspendre la procédure. Le groupe américain avait jusqu’au 27 octobre pour demander le rejet de la plainte.

    Beau travail pour la conquête de la Gaule.

    Citation attribuée à Fred Thiel dans la plainte de François Garcin

    Ces éléments, aussi dramatiques soient-ils, restent des allégations d’un salarié en conflit d’intérêts financier. Ils n’ont pas encore été tranchés par la justice. Ils suffisent cependant à entretenir un climat de suspicion autour des conditions exactes dans lesquelles l’autorisation a été accordée.

    Ce que révèle vraiment cette affaire

    Au-delà des polémiques et des citations choc, le rachat d’Exaion par MARA met en lumière plusieurs faiblesses structurelles françaises. Premièrement, la difficulté à construire des alternatives nationales crédibles et financées lorsque des actifs technologiques sont mis en vente. L’offre française existait, mais elle restait non engageante et conditionnée à des avantages énergétiques. Deuxièmement, l’écart entre le discours de souveraineté et la réalité des décisions administratives. Les ministres pouvaient affirmer qu’Exaion n’était pas à vendre tout en préparant, ou en laissant se préparer, une cession majoritaire.

    Troisièmement, le poids du lobbying professionnel dans les dossiers industriels sensibles. Forward Global a joué son rôle de façon parfaitement légale et transparente. Cela n’empêche pas de s’interroger sur l’équilibre des forces entre un groupe américain bien outillé et un consortium français plus artisanal. Enfin, la plainte new-yorkaise, même si elle doit être lue avec prudence, rappelle que les grandes opérations internationales laissent parfois des traces conflictuelles bien après la signature.

    MARA, l’IA et le retournement stratégique

    Une ironie supplémentaire est apparue après la transaction. MARA a commencé à vendre une partie de ses bitcoins pour se recentrer davantage sur l’intelligence artificielle, précisément le cœur de métier d’Exaion. Le mineur de Bitcoin se transforme progressivement en acteur de l’infrastructure de calcul haute performance. Exaion, initialement présentée comme une pépite française du cloud et de la blockchain, se retrouve au centre de cette mutation. La suite de l’histoire se jouera autant dans les salles d’audience américaines que dans les conseils d’administration où siègent désormais MARA, EDF et Xavier Niel.

    Cette évolution pose une question plus large. La France a-t-elle cédé un actif qui deviendra central dans la course à l’IA, ou a-t-elle simplement accepté un partenariat qui apportera des investissements et de la croissance ? Les conditions imposées par Bercy, le maintien d’activités en France et la présence d’administrateurs hexagonaux offrent des garde-fous. Ils ne garantissent pas pour autant que le centre de gravité décisionnel reste parisien sur le long terme.

    Les leçons pour l’écosystème crypto français

    L’affaire Exaion devrait servir de cas d’école pour la filière française du Bitcoin et de la blockchain. Elle montre que les discours sur la souveraineté énergétique et numérique restent fragiles face à des offres financières solides et à un lobbying bien organisé. Elle révèle aussi le manque de coordination entre les acteurs français lorsqu’il s’agit de défendre un actif stratégique. Pendant que MARA avançait avec méthode, le silence de certaines organisations professionnelles a laissé le terrain libre aux critiques isolées.

    Pour les mineurs français, l’épisode illustre également la difficulté d’accéder à une électricité compétitive et à des financements à la hauteur des enjeux. L’offre concurrente demandait explicitement des conditions favorables sur le prix de l’énergie. Sans ce levier, il est compliqué de rivaliser avec des groupes américains disposant de bilans bien plus solides et d’accès privilégiés aux marchés de capitaux.

    Ce qu’il faut retenir de l’ensemble du dossier

    • EDF a cédé 64 % d’Exaion à MARA pour 148 millions d’euros, avec autorisation de Bercy en février 2026.
    • Les déclarations ministérielles et la fiche de lobbying de Forward Global sont authentiques.
    • Une contre-offre française existait mais n’était pas juridiquement engageante.
    • La plainte de François Garcin à New York contient des allégations graves encore non tranchées.
    • MARA se tourne désormais vers l’IA, métier central d’Exaion.

    Souveraineté et réalisme économique : un équilibre fragile

    Le débat autour d’Exaion dépasse largement le cas d’une seule entreprise. Il touche à la capacité de la France à définir ce qui relève du patrimoine stratégique dans l’économie numérique. Le cloud, le calcul haute performance et les infrastructures liées à la blockchain et à l’intelligence artificielle deviennent des enjeux de puissance. Laisser partir une filiale d’EDF sous contrôle majoritaire étranger, même avec des conditions, envoie un signal. Le protéger à tout prix, au risque de le priver de capitaux, en envoie un autre.

    Dans un contexte où les États-Unis et la Chine investissent massivement dans ces domaines, la France et l’Europe doivent clarifier leur doctrine. Souhaitent-elles des champions nationaux financés par des fonds publics ou semi-publics, ou acceptent-elles des partenariats internationaux sous conditions strictes de localisation et de gouvernance ? Le dossier Exaion n’apporte pas de réponse définitive. Il montre simplement que le flou actuel produit des décisions contestées et des polémiques durables.

    Le rôle d’EDF dans l’équation

    EDF se retrouve dans une position délicate. Entreprise à fort ancrage public, elle porte une responsabilité particulière en matière de souveraineté énergétique et industrielle. La cession d’une partie d’Exaion s’inscrit dans une logique de recentrage et de valorisation d’actifs. Pourtant, dans un secteur où l’accès à l’électricité bon marché constitue un avantage compétitif majeur pour le minage et le calcul intensif, le lien entre EDF et les infrastructures numériques apparaît plus stratégique que jamais.

    Les conditions imposées par Bercy, notamment le maintien des activités réalisées pour EDF en France et le rapatriement des données sensibles, tentent de préserver ce lien. Elles ne font pas disparaître la question de fond : une filiale technologique d’un énergéticien public doit-elle rester majoritairement française lorsqu’elle développe des compétences critiques pour l’avenir numérique du pays ?

    Perspectives et zones d’ombre

    Plusieurs points restent en suspens. La plainte new-yorkaise pourrait apporter des éléments nouveaux, ou au contraire s’éteindre dans une transaction confidentielle. Le conseil d’administration d’Exaion, composé d’administrateurs nommés par MARA, EDF et les investisseurs français, devra prouver qu’il peut faire coexister des intérêts parfois divergents. Les conditions de localisation et de protection des données seront-elles respectées dans la durée ? L’avenir le dira.

    Sur le plan politique, l’affaire a montré qu’il existait encore une sensibilité forte autour de la cession d’actifs technologiques. L’unanimité rare entre des sensibilités politiques opposées suggère que le sujet de la souveraineté numérique n’est pas uniquement un slogan. Il reste à transformer cette sensibilité en doctrine claire et en capacités financières permettant de retenir ou de racheter les actifs jugés stratégiques.

    Une affaire emblématique de son temps

    Le rachat d’Exaion par MARA s’inscrit dans une période où les frontières entre minage de Bitcoin, cloud computing et intelligence artificielle s’estompent. Les mêmes infrastructures de calcul, les mêmes besoins en énergie et les mêmes enjeux de localisation des données se retrouvent au cœur de ces trois domaines. En cédant le contrôle majoritaire d’une société positionnée à cette intersection, la France a fait un choix. Ce choix peut se révéler pertinent si les conditions imposées sont strictement appliquées et si les retombées économiques se matérialisent. Il peut aussi apparaître, dans quelques années, comme une opportunité manquée de construire un acteur national fort.

    Pour l’instant, l’affaire reste un miroir. Elle reflète les tensions entre attractivité des capitaux étrangers et volonté de maîtrise nationale, entre discours politiques et réalités administratives, entre ambitions d’une filière crypto française encore jeune et puissance de groupes internationaux parfaitement organisés. Les prochains mois, entre décisions de justice et évolutions stratégiques de MARA, diront si la « conquête de la Gaule » évoquée dans la plainte new-yorkaise n’était qu’une formule malheureuse ou le résumé d’un basculement plus profond.

    En attendant, le dossier Exaion restera comme l’un des exemples les plus documentés de la façon dont se joue, concrètement, la bataille pour les infrastructures numériques critiques en Europe. Une bataille où les déclarations publiques, les fiches de lobbying et les plaintes judiciaires comptent parfois autant que les montants financiers officiellement annoncés.

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    Steven Soarez
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