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    Pump.Fun Optimisé Pour L’Addiction Messages Internes Tribunal

    Steven SoarezDe Steven Soarez26/10/2026Aucun commentaire14 Mins de Lecture
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    Depuis quelques jours, des captures d’écran de conversations privées circulent massivement sur les réseaux. Elles concernent Pump.fun, la plateforme star des memecoins sur Solana, et donnent l’impression d’une révélation explosive. Pourtant, ces échanges ne sortent pas d’une fuite récente. Ils figurent déjà dans un dossier judiciaire déposé à New York et dont certaines parties ont survécu au premier grand filtre de la justice américaine. Derrière les formules chocs se dessine une question simple et dérangeante : jusqu’où une plateforme peut-elle aller pour transformer le lancement de tokens en expérience quasi compulsive ?

    Ce Que Les Messages Internes Révèlent Vraiment Sur Pump.Fun

    L’affaire porte le nom officiel d’Aguilar contre Baton Corporation. Baton est la société qui exploite la plateforme. Le dossier est instruit devant le tribunal fédéral du district sud de New York sous le numéro 1:25-cv-00880. La juge Colleen McMahon a déjà rendu une décision importante fin août 2026. Les plaignants sont représentés par les cabinets Burwick Law et Wolf Popper. Les messages mis en avant datent du printemps 2024 et auraient été transmis par un lanceur d’alerte.

    Beaucoup d’internautes ont brandi un « Document 125 ». Il s’agit en réalité d’une lettre des avocats de la défense adressée à la juge. Les citations elles-mêmes se trouvent dans la deuxième plainte amendée, un document de 186 pages déposé le 7 janvier 2026. La date indiquée en en-tête suit le format américain. Cette précision change déjà la perception de l’actualité : ce n’est pas une nouvelle fuite, c’est la remise en lumière d’éléments judiciaires déjà connus des parties.

    Des échanges qui parlent de gambling et de machines à sous

    Page 104 de la plainte, un intertitre résume la thèse centrale des plaignants. Selon eux, les conversations internes prouveraient que la plateforme a été délibérément conçue pour maximiser le trading addictif et les revenus de frais. Les extraits retenus sont sans ambiguïté dans leur ton.

    Le 27 avril 2024, le cofondateur Alon Cohen aurait écrit que Pump.fun a fait sauter les barrières qui protégeaient auparavant les particuliers face à des chances « vraiment vraiment faibles ». Il emploie le mot gambling. Il évoque aussi des utilisateurs « plus heureux (même si la plupart perdent) ». La veille, dans un échange avec ses associés Dylan Kerler et Noah Tweedale, l’équipe réclame des « lumières clignotantes » et une « animation constante ». La plainte décrit un objectif de nouveau contenu toutes les deux secondes, dans un esprit proche des machines à sous. La direction aurait même suggéré de consulter un spécialiste d’Instagram pour s’inspirer des tactiques du web2. Le 1er mai, Cohen aurait partagé dans le chat d’équipe la comparaison faite par un utilisateur entre l’application et le crack.

    Les conversations internes de l’équipe prouveraient que la plateforme a été délibérément conçue pour maximiser le trading addictif et les revenus de frais.

    Extrait de la deuxième plainte amendée

    Ces formulations ont de quoi choquer. Elles alimentent l’idée d’une conception volontairement orientée vers la rétention et la fréquence des transactions. Pour les plaignants, elles ne relèvent pas d’une simple ambition de croissance, mais d’une stratégie assumée de maximisation des volumes générateurs de commissions.

    Ce que la juge a déjà tranché

    Tout cela reste, à ce stade, un ensemble d’allégations. La justice a déjà effectué un tri significatif. Le 31 août 2026, la juge McMahon a rendu une décision de 79 pages qui a considérablement allégé le dossier. Solana Labs, la Solana Foundation et leurs dirigeants, dont Anatoly Yakovenko, sont sortis de l’affaire. Les demandes fondées sur le droit boursier concernant les tokens FRED et GRIFFAIN ont également été rejetées, faute d’entreprise commune au sens du test de Howey.

    Ironie du dossier : la juge a écarté la théorie du jeu d’argent illégal. Selon le droit de l’État de New York, l’achat d’un memecoin ne constitue pas un pari. Cette décision retire un argument spectaculaire aux plaignants tout en laissant intact un autre pan bien plus sérieux.

    Ce qui reste en jeu aujourd’hui

    • Les accusations fondées sur la loi fédérale anti-racket RICO visent toujours Baton, Cohen, Kerler et Tweedale.
    • La juge a estimé plausible l’existence d’une association de fait entre la société, ses fondateurs et 25 promoteurs non identifiés.
    • Les faits de fraude retenus s’appuient notamment sur trois publications de Cohen fin 2024 vantant une plateforme de lancement « équitable » à l’abri des rug pulls.
    • Les pertes de trading pure ont été exclues du champ du RICO. Seuls les frais et les pertes d’exécution restent dans la balance.

    Les plaignants chiffrent les pertes des particuliers entre 4 et 5,5 milliards de dollars. Ce chiffre reste une estimation de partie. La distinction opérée par la juge est importante : elle empêche de présenter l’intégralité des pertes de marché comme un préjudice directement imputable à une entreprise de racket.

    La position de la défense

    Aucune réaction publique de Pump.fun n’a été repérée lundi matin face à la nouvelle vague de diffusion des captures. Devant le tribunal, les avocats de Baton ont qualifié les promesses d’équité de simple puffery, c’est-à-dire d’exagération commerciale sans portée juridique réelle. Dans une lettre de janvier, la société rappelle que les tokens sont créés par les utilisateurs eux-mêmes et conteste même utiliser le nom commercial Pump.fun de manière exclusive dans certains contextes.

    Cette ligne de défense est classique dans les dossiers de plateformes décentralisées ou semi-décentralisées. Elle consiste à reporter la responsabilité sur les créateurs de tokens et sur les acheteurs qui acceptent les risques inhérents au marché des memecoins. Les messages internes cités par les plaignants viennent toutefois contredire, selon eux, cette image d’outil neutre.

    Un modèle économique qui encaisse à chaque transaction

    Le cœur du modèle de Pump.fun repose sur les frais. Sur la bonding curve, le mécanisme qui fixe le prix avant le passage éventuel sur PumpSwap, la grille officielle prélève 1,25 % par transaction. Sur cette somme, 0,95 % revient au protocole et 0,30 % au créateur. Depuis le 17 octobre, une commission de plateforme supplémentaire de 0,45 % s’applique sur le site et l’application mobile. Un simple aller-retour coûte donc environ 3,4 % avant même le moindre mouvement de prix.

    Selon DefiLlama, l’ensemble des produits liés à Pump a généré environ 63 millions de dollars de revenus sur trente jours et près de 1,38 milliard depuis le lancement. Une partie de ces revenus finance le rachat du token PUMP. Celui-ci s’échangeait récemment autour de 0,0042 dollar pour une capitalisation d’environ 1,93 milliard de dollars, soit une baisse de 52 % par rapport à son record de 0,0088 dollar atteint le 14 septembre 2025.

    Ce modèle présente une caractéristique essentielle : les frais sont prélevés quel que soit le sort du token. Qu’il s’envole ou qu’il s’effondre, chaque transaction alimente la machine. Dans un univers où la majorité des jetons ne survivent pas longtemps, cette structure crée une asymétrie structurelle entre la plateforme et les utilisateurs qui multiplient les allers-retours.

    Bundles, liquidité et réalité du terrain

    Samedi 24 octobre, un analyste connu sous le pseudonyme The Smart Ape a affirmé avoir identifié un réseau de 43 wallets qui lancent des memecoins sur Pump.fun, concentrent l’offre via des achats groupés dès le lancement, puis retirent la liquidité. Les profits atterriraient sur un portefeuille détenant environ 1,03 million de dollars en USDC. Ces affirmations n’ont pas pu être vérifiées de manière indépendante et la plateforme n’a pas communiqué à ce sujet.

    Le schéma décrit n’a rien d’inédit. Les données de marché rappellent régulièrement que la très grande majorité des jetons créés sur ce type de plateforme ne parviennent jamais à une existence durable. Le chiffre souvent cité de 98,6 % de tokens qui ne « voient jamais le jour » au-delà d’une phase très courte illustre la brutalité du filtre naturel de ce marché.

    Avant d’acheter un memecoin tout juste lancé, l’examen de la liste des détenteurs sur un explorateur comme Solscan reste une précaution minimale. Plusieurs wallets financés depuis la même adresse et entrés dans le même bloc constituent un signal classique de bundle. À 1,7 % par passage sur l’application, trois allers-retours dans la même journée grignotent déjà près de 10 % de la mise, sans que le cours ait bougé d’un centime.

    Pourquoi ces messages font débat au-delà du dossier judiciaire

    Le succès de Pump.fun s’est construit sur une promesse de démocratisation du lancement de tokens. N’importe qui peut créer un memecoin en quelques clics. Cette accessibilité a généré un volume d’activité considérable et une culture propre, faite de narratives rapides, d’humour et de spéculation pure. Les messages internes cités au tribunal viennent placer un miroir devant cette culture.

    Parler ouvertement de gambling, d’animation constante et de utilisateurs heureux malgré les pertes renvoie à des mécanismes bien documentés dans l’industrie du jeu et des applications de divertissement. Les lumières clignotantes, le flux permanent de nouveautés et la promesse d’une expérience stimulante sont des leviers classiques de rétention. Appliqués au trading de tokens extrêmement volatils, ils soulèvent des questions de responsabilité qui dépassent le simple cadre d’un recours collectif.

    La distinction opérée par la juge entre jeu d’argent illégal et activité de marché est juridiquement cohérente. Elle n’efface pas pour autant le débat sociétal. Un produit peut ne pas être qualifié de jeu au regard de la loi tout en utilisant des mécaniques psychologiques proches. C’est précisément ce décalage qui alimente les discussions actuelles.

    Les limites de la thèse de l’addiction organisée

    Il serait trop simple de réduire l’ensemble de l’écosystème des memecoins à une machine à addiction conçue dans un bureau. Les utilisateurs choisissent volontairement d’entrer sur ces plateformes. Beaucoup savent parfaitement que la plupart des tokens s’effondrent. Une partie significative des participants traite ces opérations comme un divertissement à fort risque, comparable à d’autres formes de spéculation extrême.

    La défense insiste sur ce point : les tokens sont créés par les utilisateurs, les décisions d’achat et de vente sont individuelles, et les risques sont connus. Les messages internes, même s’ils sont authentiques, peuvent être interprétés comme des échanges informels entre fondateurs cherchant à améliorer l’engagement, et non comme la preuve d’une entreprise criminelle structurée.

    La juge a d’ailleurs écarté plusieurs théories juridiques ambitieuses. Le maintien du volet RICO n’équivaut pas à une condamnation. Il signifie seulement que certaines allégations ont franchi le seuil de plausibilité nécessaire pour poursuivre la procédure. Le chemin jusqu’à un éventuel jugement sur le fond reste long et incertain.

    Impact sur le token PUMP et la perception du marché

    Le token PUMP a déjà connu une forte correction par rapport à ses sommets. La capitalisation reste toutefois significative. Les revenus récurrents de la plateforme continuent d’alimenter les rachats, ce qui crée un lien direct entre l’activité de trading et la valeur du token. Toute atteinte à la confiance des utilisateurs ou toute restriction réglementaire pourrait donc se répercuter rapidement sur les volumes et, par ricochet, sur le cours.

    Dans le même temps, le marché des memecoins sur Solana a démontré une résilience surprenante face aux critiques récurrentes. Tant que des participants sont prêts à accepter des probabilités de gain très faibles en échange d’une expérience stimulante et d’une chance, même minime, de gains spectaculaires, le modèle conserve une demande. Les messages internes ne changent pas nécessairement ce calcul individuel à court terme.

    Ce que les traders devraient retenir concrètement

    Au-delà du spectacle judiciaire, plusieurs enseignements pratiques se dégagent. Les frais cumulés sur des allers-retours fréquents sont loin d’être négligeables. Un trader qui multiplie les positions sur des tokens à très courte durée de vie peut perdre une part significative de son capital uniquement en commissions, indépendamment de la direction des prix.

    La présence de bundles au lancement reste un risque structurel. L’examen des détenteurs et des flux de financement avant d’entrer en position n’est pas une garantie, mais il permet d’éviter les situations les plus grossières. Enfin, la promesse d’une plateforme « équitable » doit toujours être confrontée à la réalité des données de survie des tokens.

    • Vérifier la concentration des détenteurs dès le lancement
    • Calculer l’impact réel des frais sur plusieurs allers-retours
    • Traiter chaque memecoin comme un actif à très forte probabilité de perte totale
    • Ne jamais confondre promesse marketing et protection effective

    Une affaire qui dépasse Pump.Fun

    Le dossier Aguilar v. Baton Corporation s’inscrit dans un mouvement plus large de judiciarisation des plateformes crypto. Les recours collectifs se multiplient, les autorités de régulation affinent leurs outils, et les tribunaux américains commencent à tracer des lignes plus précises entre innovation, spéculation et pratiques jugées abusives. Même si le volet RICO venait à être abandonné ou à échouer sur le fond, le simple fait que des messages internes de ce type soient désormais publics change la façon dont les fondateurs de plateformes devront communiquer et documenter leurs décisions.

    Pour l’écosystème Solana, l’enjeu est double. D’un côté, Pump.fun a contribué de façon majeure à l’activité et à la visibilité de la blockchain. De l’autre, la concentration d’une partie importante de l’attention et des volumes sur des actifs extrêmement spéculatifs renforce les critiques sur la nature réelle de la croissance. Les décisions judiciaires à venir peseront sur cette perception.

    Entre allégations et réalité du marché

    Il faut rappeler avec constance que les messages cités restent des allégations portées par les plaignants. Leur authenticité n’a pas encore été tranchée de manière définitive dans le cadre d’un procès sur le fond. Même authentiques, leur interprétation juridique et morale peut diverger. Ce qui apparaît pour certains comme la preuve d’une intention manipulatrice peut être lu par d’autres comme l’expression brutale mais lucide d’une équipe qui comprend parfaitement la nature du produit qu’elle propose.

    Le marché des memecoins n’a jamais prétendu être un univers de protection des investisseurs. Il s’est construit sur la vitesse, l’ironie et l’acceptation assumée du risque extrême. Les fondateurs de Pump.fun semblent avoir intégré cette réalité dans leurs échanges internes. La question posée par le dossier judiciaire est de savoir si cette lucidité s’est transformée en conception délibérée d’un environnement optimisé pour extraire le maximum de frais auprès d’utilisateurs maintenus dans une logique de répétition compulsive.

    Les prochains épisodes judiciaires à surveiller

    La procédure va maintenant entrer dans une phase plus technique. Les parties devront produire des preuves, confronter les témoignages et argumenter sur l’existence ou non d’une entreprise de racket au sens de la loi RICO. La présence alléguée de 25 promoteurs non identifiés dans l’association de fait retenue par la juge pourrait donner lieu à des développements intéressants si des noms venaient à être avancés.

    Parallèlement, d’autres actions ou enquêtes pourraient s’inspirer de ce dossier. Les plateformes de lancement de tokens, les mécanismes de bonding curve et les pratiques de communication autour de l’équité des lancements se retrouvent désormais sous un projecteur plus intense. Même en l’absence de condamnation, le coût en image et en énergie juridique n’est pas négligeable.

    Un miroir tendu à toute l’industrie des memecoins

    Au fond, ce dossier force une discussion que beaucoup préféraient éviter. Les memecoins ont généré des fortunes rapides pour certains et des pertes massives pour d’autres. Les plateformes qui facilitent leur création et leur échange capturent une part importante de la valeur créée par les volumes. Lorsque des messages internes parlent de gambling et d’animation permanente, ils rendent visible une logique que les participants expérimentent déjà au quotidien, mais qu’ils préfèrent parfois ne pas formuler aussi crûment.

    La réponse de l’industrie ne passera probablement pas uniquement par les tribunaux. Elle passera aussi par l’évolution des comportements des utilisateurs, par la concurrence entre plateformes et par d’éventuelles évolutions réglementaires. En attendant, chaque trader qui ouvre Pump.fun ou une application similaire sait désormais un peu plus clairement ce que certains fondateurs pensaient réellement du produit qu’ils ont mis entre ses mains.

    Les captures d’écran continueront de circuler. Les débats s’enflammeront à chaque nouvelle pièce du dossier. Mais derrière le bruit, une réalité plus simple demeure : sur ces plateformes, les frais tombent à chaque clic, la majorité des tokens s’effondrent, et la responsabilité de chaque décision d’achat reste, en dernière instance, individuelle. Le dossier judiciaire ne change pas cette équation. Il la rend seulement plus difficile à ignorer.

    Les prochains mois diront si les allégations de conception optimisée pour l’addiction résistent à l’épreuve des faits et du droit. En attendant, les messages du printemps 2024 restent une fenêtre rare et brutale sur la façon dont une équipe de fondateurs a pu envisager le succès de leur création. Une fenêtre que le marché des memecoins ne pourra plus refermer facilement.

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