Imaginez un instant : vous êtes un développeur brillant, vous écrivez du code open source pour révolutionner la finance mondiale, et du jour au lendemain, des agents fédéraux frappent à votre porte. Ce cauchemar est devenu réalité pour plusieurs pionniers de la DeFi ces dernières années. Mais en ce mois de février 2026, une lueur d’espoir apparaît sur la colline du Capitole.
Jeudi dernier, trois élus – deux républicains et une démocrate – ont déposé un texte qui pourrait bien marquer un tournant historique pour l’écosystème crypto américain. Ce projet de loi ne se contente pas de parler de régulation : il cherche à retirer l’épée de Damoclès qui pend au-dessus de la tête des créateurs de protocoles décentralisés depuis trop longtemps.
Un vent de changement souffle sur Washington
Le paysage réglementaire américain a longtemps été perçu comme hostile à l’innovation blockchain. Entre les actions agressives de la SEC, les enquêtes du Département de la Justice et une absence criante de cadre législatif clair, beaucoup d’acteurs ont préféré délocaliser leurs équipes ou limiter leurs ambitions sur le sol américain.
Mais les choses bougent. Rapidement. Le dépôt du Promoting Innovation in Blockchain Development Act par Scott Fitzgerald (R-WI), Ben Cline (R-VA) et Zoe Lofgren (D-CA) montre qu’une coalition bipartisan commence à émerger autour d’une idée simple mais puissante : protéger les développeurs qui ne contrôlent pas les fonds des utilisateurs.
Pourquoi ce texte est différent des autres projets de loi crypto
Contrairement au gros projet de loi sur la structure du marché crypto qui traîne au Sénat depuis des mois, ce texte est court, précis et cible un problème unique : la responsabilité pénale des développeurs de logiciels non-custodial.
Il propose une modification très chirurgicale du Titre 18 du Code des États-Unis (section sur les transmetteurs d’argent) pour exclure explicitement les créateurs de protocoles décentralisés qui n’exercent aucun contrôle sur les fonds. En clair : si votre smart contract est non-custodial et open source, vous ne pouvez plus être poursuivi pour « transmission d’argent sans licence » simplement parce que quelqu’un utilise votre code à mauvais escient.
Écrire du code ne devrait pas vous envoyer en prison quand ce code est utilisé par d’autres de manière illégale. C’est aussi simple que cela.
Jake Chervinsky, directeur juridique Hyperliquid Policy Council
Cette citation résume parfaitement l’enjeu. Pendant des années, le DOJ a utilisé une interprétation extensive de lois datant des années 1960 pour poursuivre des développeurs dont le seul tort était d’avoir publié du code que des criminels ont ensuite détourné.
Les précédents judiciaires qui ont tout changé
Pour comprendre pourquoi ce projet de loi est urgent, il faut revenir sur deux dossiers emblématiques qui ont traumatisé l’écosystème.
D’abord l’affaire Tornado Cash. En 2022, les États-Unis sanctionnent le protocole de mixage anonyme et arrêtent plusieurs de ses contributeurs. Roman Storm et Roman Semenov font face à des accusations très lourdes. En 2024, Alexey Pertsev est condamné aux Pays-Bas à plus de 5 ans de prison pour avoir participé au développement du code. Le message est clair : peu importe que vous n’ayez jamais touché l’argent, si votre outil est utilisé pour blanchir, vous êtes responsable.
Puis vint l’affaire Samourai Wallet. Ce wallet Bitcoin axé sur la confidentialité a été fermé par le DOJ en 2024. Ses fondateurs ont été arrêtés et ont dû plaider coupable pour éviter des peines encore plus sévères. Là encore, le simple fait de développer un logiciel permettant des transactions privées a suffi à déclencher des poursuites pénales.
Les conséquences concrètes de cette approche répressive :
- Délocalisation massive des équipes de développement vers Dubaï, Singapour, la Suisse ou le Portugal
- Ralentissement drastique de l’innovation DeFi sur le sol américain
- Difficulté pour les protocoles US à attirer des investisseurs institutionnels
- Perte de talents au profit de juridictions plus accueillantes
- Augmentation du risque perçu sur les tokens de gouvernance de protocoles américains
Que change réellement ce projet de loi ?
Sur le papier, le texte est limpide. Il crée une exemption claire pour les développeurs de logiciels blockchain qui remplissent trois conditions cumulatives :
- Le protocole est véritablement décentralisé et non-custodial
- Le développeur ne conserve aucun contrôle administratif sur les fonds ou le protocole après le déploiement
- Le code est publié de manière open source
Si ces critères sont remplis, le développeur ne peut plus être considéré comme un « transmetteur d’argent » au sens de la loi. Exit donc les poursuites pénales automatiques qui ont fait si peur ces dernières années.
Mais au-delà de la protection individuelle, c’est tout l’écosystème qui respire. Les fonds de capital-risque hésitaient à financer des projets dont les fondateurs pouvaient être arrêtés du jour au lendemain. Les institutions financières traditionnelles refusaient de s’intégrer à des protocoles dont la légalité même était contestée. Avec cette clarification, la porte s’ouvre à une institutionnalisation massive de la DeFi aux États-Unis.
Le rôle croissant du lobbying crypto à Washington
Ce projet de loi n’est pas né de nulle part. Il est le fruit d’un travail acharné de lobbying qui a pris une toute autre dimension en 2025-2026.
Parmi les acteurs les plus actifs, on trouve le Hyperliquid Policy Council (HPC), bras politique du protocole Hyperliquid. Doté d’un budget de 29 millions de dollars, dirigé par l’avocat respecté Jake Chervinsky, ce groupe a multiplié les rencontres avec les élus et les régulateurs pour expliquer pourquoi la situation actuelle était intenable.
D’autres organisations comme la DeFi Education Fund, la Blockchain Association ou encore Stand With Crypto ont également intensifié leurs efforts. Résultat : pour la première fois, les développeurs ne se contentent plus de coder ; ils financent activement leur propre survie politique.
Bitcoin Hyper : une réponse technique à un problème réglementaire
Face à ces incertitudes réglementaires, certains projets choisissent de se positionner comme des ponts entre la sécurité de Bitcoin et la flexibilité des blockchains programmables. C’est le cas de Bitcoin Hyper, actuellement en phase de prévente.
Ce projet ambitionne de créer une infrastructure qui combine la robustesse et la décentralisation de Bitcoin avec des fonctionnalités avancées de smart contracts, tout en intégrant dès le départ des mécanismes de conformité qui pourraient plaire aux régulateurs futurs. Une manière intelligente de surfer sur la vague de clarification législative qui semble se profiler.
Pourquoi Bitcoin Hyper attire l’attention en 2026 :
- Utilise la sécurité éprouvée de Bitcoin comme couche de base
- Offre des smart contracts compatibles EVM
- Intègre des outils de conformité dès la conception
- Phase de prévente en cours avec tokenomics attractifs
- Positionnement clair sur la scalabilité et la sécurité
La compétition mondiale s’intensifie
Pendant que les États-Unis hésitent, d’autres juridictions avancent à grands pas. L’Union européenne peaufine son règlement MiCA, qui, malgré sa rigidité, offre une prévisibilité bienvenue aux acteurs institutionnels. Singapour et Dubaï ont déjà capté une part significative des flux de capitaux et des équipes techniques qui fuyaient les États-Unis.
Si le Congrès américain laisse passer cette opportunité, le risque est réel de voir les États-Unis perdre définitivement la course à l’innovation financière décentralisée qu’ils avaient pourtant largement initiée.
Que doivent surveiller les investisseurs en 2026 ?
Pour les investisseurs particuliers comme institutionnels, plusieurs signaux seront déterminants dans les prochains mois :
- L’avancement du Promoting Innovation in Blockchain Development Act au Congrès
- Les auditions et amendements qui seront proposés
- La position de la nouvelle administration sur ce dossier
- L’évolution parallèle du grand projet de loi sur la structure du marché crypto
- Les annonces de conformité ou de délocalisation des principaux protocoles DeFi
- Le volume de lobbying et les budgets alloués par l’industrie
Si ce texte passe dans sa forme actuelle, les tokens de gouvernance des grands protocoles DeFi (Uniswap, Aave, Compound, Maker…) pourraient connaître une revalorisation significative, le risque réglementaire principal s’effaçant soudainement.
À l’inverse, un échec ou un enlisement prolongé renforcerait la thèse d’une DeFi « offshore » ultra-libre face à une DeFi américaine lourdement contrainte, avec toutes les conséquences que cela implique sur la répartition géographique de la valeur.
Conclusion : 2026, l’année de vérité pour la DeFi américaine ?
Le dépôt de ce projet de loi n’est pas une victoire en soi. Mais il marque un changement de ton majeur à Washington. Pour la première fois depuis des années, les développeurs DeFi ne sont plus uniquement perçus comme des fauteurs de trouble potentiels, mais comme des innovateurs qu’il convient de protéger.
Reste à savoir si cette prise de conscience arrivera à temps pour éviter que les États-Unis ne perdent définitivement la main sur l’avenir de la finance décentralisée. Une chose est sûre : les prochains mois seront décisifs. Et les investisseurs qui sauront lire entre les lignes des débats parlementaires pourraient bien en tirer profit.
La partie d’échecs réglementaire continue. Mais cette fois, les développeurs ont enfin commencé à avancer leurs propres pièces sur l’échiquier.
