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    Peirce Pousse Les Preuves Zéro-Connaissance Pour Le Kyc

    Steven SoarezDe Steven Soarez25/09/2026Aucun commentaire20 Mins de Lecture
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    Et si la prochaine bataille de la finance numérique ne portait plus sur le prix du bitcoin, mais sur la quantité de vie privée qu’un régulateur accepte de laisser aux clients ? Mercredi 23 septembre 2026, à New York, Hester Peirce a repris ce fil devant la conférence Digital Assets de la SIFMA. Dans sa dernière ligne droite comme commissaire de la SEC, elle a défendu une idée simple et explosive : vérifier l’âge, la citoyenneté, le statut d’investisseur ou un filtrage sanctions sans empiler encore plus de copies de passeports, d’adresses et de relevés de revenus. Les preuves à divulgation nulle de connaissance, longtemps cantonnées aux laboratoires et aux protocoles de confidentialité, viennent d’entrer dans le vocabulaire officiel d’une commissaire américaine.

    Ce Que La Commissaire A Vraiment Dit À New York

    Le discours n’est pas une règle. Peirce l’a répété : ces propos n’engagent qu’elle, pas forcément l’agence ni ses collègues. Le transcript publié par la SEC situe pourtant l’intervention dans un moment politique précis. La commissaire en est à son avant-dernière semaine. L’Innovation Exemption sur les actions tokenisées a été publiée quelques jours plus tôt, le 17 septembre. La salle, elle, mélange banquiers de marché, intermédiaires et acteurs crypto. Autrement dit, le public le plus sensible aux frictions de conformité.

    Peirce dresse un constat presque banal pour quiconque a ouvert un compte chez un courtier : les obligations d’identification client et de lutte contre le blanchiment poussent les établissements à collecter toujours plus. Elle parle de meules de foin de données qui grossissent sans fin. Elle va plus loin en comparant l’infrastructure financière à un panopticon, cette architecture où tout le monde peut être observé sans jamais savoir qui regarde. La formule n’est pas un slogan de militante. Elle sert à justifier un basculement méthodologique : passer d’une collecte prescriptive à une vérification par attributs lorsque la technique le permet.

    Les institutions financières amassent des volumes toujours plus vastes d’identités et de transactions parce que les règles d’identification et de lutte antiblanchiment l’exigent. Ces archives deviennent des meules de foin, et la répétition de la collecte transforme l’infrastructure en panoptique.

    Hester Peirce, paraphrasée d’après son discours du 23 septembre 2026

    Rien, dans cette prise de parole, n’efface les programmes d’identification client des courtiers. Rien n’autorise un établissement à jeter ses dossiers. Peirce interroge plutôt une habitude : faut-il que chaque institution reconstitue le même dossier, encore et encore, alors qu’un tiers de confiance ou une preuve cryptographique pourrait attester qu’un critère réglementaire est déjà satisfait ?

    Des Attributs Plutôt Que Des Dossiers Complets

    Le cœur de la proposition tient en une expression un peu froide : identifiants fondés sur des attributs. L’idée n’est pas de supprimer l’identité. Elle consiste à isoler un fait pertinent pour une obligation précise. Avez-vous l’âge requis ? Êtes-vous citoyen d’une juridiction donnée ? Êtes-vous un investisseur accrédité ? Avez-vous passé un filtrage sanctions ? Chaque question peut, en théorie, recevoir une réponse binaire ou structurée, sans livrer le nom, l’adresse, le revenu ou la photocopie du document source.

    Une zero-knowledge proof servirait alors de pont. La personne, ou un dispositif qu’elle contrôle, démontrerait mathématiquement qu’une affirmation est vraie. L’intermédiaire verrait la preuve, pas le sous-jacent. Le régulateur, de son côté, conserverait la possibilité d’exiger que la preuve soit reproductible, horodatée, liée à un émetteur de crédential de confiance. C’est précisément ce basculement que Peirce invite à examiner : moins de prescription sur ce qu’il faut stocker, davantage d’attention sur ce qu’il faut démontrer.

    Ce que Peirce veut tester, et ce qu’elle ne promet pas

    • Utiliser des preuves cryptographiques pour certains contrôles de conformité.
    • Réduire la recopie systématique des mêmes données personnelles.
    • Faciliter l’appui sur des tiers d’identité déjà régulés.
    • Ne pas supprimer la surveillance des transactions ni les listes gouvernementales.
    • Ne pas publier, le 23 septembre, une exemption KYC parallèle à celle des actions tokenisées.

    Le Cadre Kyc Et Aml N’A Pas Bougé D’Un Iota

    Il faut insister, parce que le titre d’un article peut faire croire à une révolution déjà votée. Les courtiers concernés doivent toujours tenir un programme écrit d’identification client. Les orientations AML de la SEC rappellent les blocs classiques : informations d’identité, vérification, conservation des traces, criblage contre des listes désignées. Aucune règle publiée le jour du discours n’a retiré ces devoirs.

    Les textes actuels autorisent déjà, dans des cas étroits, qu’un courtier s’appuie sur une autre institution financière. Cela suppose des conditions réglementaires et contractuelles. Peirce suggère d’élargir cette logique de confiance déléguée, non de l’inventer. La nuance compte pour les compliance officers : on ne bascule pas du jour au lendemain d’un dossier papier-numérique vers une preuve zk enregistrée dans un coffre. On discute d’une trajectoire.

    Cette prudence n’est pas un détail de communication. Dans la pratique américaine, le KYC n’est pas un formulaire unique. C’est une chaîne : ouverture de compte, actualisation, monitoring, déclaration d’opérations suspectes, conservation. Une preuve d’attribut peut servir un maillon. Elle ne remplace pas automatiquement le récit transactionnel qu’un enquêteur voudra relire cinq ans plus tard.

    La Task Force Crypto Avait Déjà Ouvert Le Dossier

    Le 23 septembre n’est pas tombé du ciel. Le 17 juillet, des membres de la Crypto Task Force de la SEC ont reçu des représentants d’Aztec Laboratorium Limited. Le mémorandum de réunion porte sur des questions réglementaires liées aux cryptoactifs et à ZKPassport. Les documents présentés décrivent un flux précis : un document d’identité émis par un État est vérifié localement sur l’appareil de l’utilisateur. Le système produit ensuite une preuve cryptographique d’un fait demandé — âge, juridiction, statut sanctions — sans transmettre le document brut à l’entreprise.

    Ces descriptions viennent du dossier d’Aztec, pas d’une validation produit par la SEC. L’agence n’a pas labellisé la solution. Elle a écouté. La discussion a porté sur un point délicat : une preuve peut-elle satisfaire certaines exigences d’identification, de criblage et de conservation ? Les supports d’Aztec reconnaissent eux-mêmes que les règles actuelles n’ont pas été rédigées pour remplacer un dossier stocké par une preuve mathématique. Le trou juridique reste ouvert.

    Un rapport du groupe de travail présidentiel de 2025 avait déjà cité les preuves à divulgation nulle comme moyen de confirmer qu’un contrôle d’identité ou un screening a eu lieu, sans révéler les données sous-jacentes. Le texte demandait aux régulateurs d’examiner comment des outils d’identité numérique pourraient s’insérer dans le droit AML existant. Peirce, en 2026, reprend ce fil et le rend public, avec une formule plus politique : arrêter de construire le panoptique.

    Comprendre Les Preuves Zk Sans Jargon Inutile

    Pour un lecteur qui n’écrit pas de circuits arithmétiques le week-end, une preuve zk ressemble à un tour de magie honnête. Vous prouvez que vous connaissez un secret, ou que vous satisfaites une condition, sans montrer le secret. Dans un protocole bien conçu, le vérificateur obtient une certitude cryptographique. Il n’obtient pas la photocopie du passeport, ni le salaire, ni la date de naissance exacte si seul un seuil d’âge est requis.

    Cette propriété séduit les défenseurs de la vie privée. Elle intéresse aussi les entreprises fatiguées de stocker des bases qui attirent les fuites. Moins de données en silo, moins de surface d’attaque. Le régulateur, lui, pose d’autres questions. Qui émet la crédential initiale ? Que se passe-t-il si le document source est révoqué ? Comment un superviseur reconstruit-il un dossier lors d’un contrôle ? Combien de temps une preuve reste-t-elle opposable ?

    Les réponses techniques existent déjà par morceaux : attestations révocables, identifiants sélectifs, ancrage temporel, audits de circuits, listes de révocation. Les réponses juridiques, aux États-Unis, restent fragmentaires. C’est pourquoi le discours de Peirce pèse davantage comme un signal d’agenda que comme un mode d’emploi.

    Pourquoi Le Kyc Est Devenu Un Fardeau Politique

    Depuis deux décennies, chaque crise, chaque affaire de financement illicite, chaque scandale d’exchange a épaissi le filet. Les établissements ont répondu par l’achat de données, le recoupement, la conservation large « au cas où ». Le résultat est paradoxal. On collecte plus, on retrouve parfois moins vite l’aiguille. Peirce joue sur cette image de la meule de foin. Elle n’affirme pas que le blanchiment a disparu. Elle affirme que la méthode actuelle produit des archives monstrueuses dont l’utilité marginale n’est plus évidente.

    Dans l’univers crypto, le débat est encore plus vif. Une partie de la culture fondatrice valorise la pseudonymie. Une autre partie, institutionnelle, accepte le KYC comme prix d’entrée des marchés régulés. Les preuves zk offrent un compromis narratif rare : conserver un contrôle, réduire l’exposition. C’est aussi pour cela que le sujet sort des blogs spécialisés et arrive dans une conférence SIFMA.

    Le risque politique inverse existe. Des élus et des agences de sécurité diront qu’une preuve minimale affaiblit la traçabilité. Des associations de consommateurs diront qu’un tiers d’identité crée un nouveau goulot. Des banques diront que la responsabilité juridique reste sur leurs épaules, preuve ou pas. Peirce n’ignore pas ces tensions. Elle les contourne en restant dans le registre de l’expérimentation raisonnable, pas de l’abolition.

    L’Exemption Innovation, L’Autre Volet Du Même Discours

    Avant d’aborder la vie privée, Peirce a parlé de l’Innovation Exemption du 17 septembre 2026. L’ordre crée deux exemptions limitées dans le temps et dans la taille. Objectif affiché : laisser des titres tokenisés éligibles se négocier via des teneurs de marché automatisés, le temps que la SEC réfléchisse à des règles permanentes. La fenêtre court du 17 septembre 2026 au 17 septembre 2031.

    Concrètement, des Tokenized Securities Venues reçoivent un soulagement conditionnel vis-à-vis de la définition d’exchange au sens de l’Exchange Act. Un autre volet concerne certains apporteurs de liquidité qui, sinon, pourraient être qualifiés de dealers. Les pools visés sont des AMM permissionnés. Les jetons d’actions doivent porter des droits alignés sur l’action traditionnelle. Un produit synthétique qui se contente de suivre un prix reste hors cadre.

    Les garde-fous chiffrés de l’expérience

    • palier 1 : jusqu’à 75 symboles et 0,25 % du volume quotidien moyen du mois précédent.
    • palier 2 : jusqu’à 250 symboles et 2,5 % du même volume.
    • publicité de certaines informations de transaction.
    • mise à jour des données qualifiantes sous dix minutes.
    • possibilité pour l’émetteur de s’opposer avant qu’un tiers non affilié tokenise son titre sur une venue éligible.

    Peirce assume un argument de souveraineté de marché. Elle préfère que l’exposition tokenisée aux actions américaines se développe aux États-Unis plutôt que de laisser des plateformes étrangères devenir le lieu par défaut. Le président Paul Atkins a de son côté parlé d’un « pont vers une réglementation durable ». La métaphore dit l’essentiel : ce n’est pas le pont définitif. C’est une passerelle temporaire, surveillée, commentée.

    La Sifma Salue Le Travail Et Liste Ses Peurs

    Kenneth Bentsen Jr., président et directeur général de la SIFMA, a accueilli le travail réglementaire sur les titres tokenisés. Il a aussi posé des drapeaux rouges. Plusieurs versions tokenisées d’une même valeur cotée, négociées sur des marchés parallèles, pourraient semer la confusion chez l’investisseur. Elles pourraient fragmenter les prix et la liquidité. Ce n’est pas une opposition de principe à la tokenisation. C’est une alerte de microstructure.

    Peirce a reconnu cette première réaction dans son discours du 23. Elle a rappelé que l’exemption n’est qu’une étape. La tâche de long terme, selon elle, consiste à écrire des règles pour des intermédiaires et des venues qui manient des formes de titres que le droit de marché n’avait pas imaginées à l’origine. Autrement dit : bricoler cinq ans, observer, puis codifier ou corriger.

    Le dossier public File No. 4-927 reste ouvert aux commentaires. L’agence demande des retours sur la durée de cinq ans, les plafonds de négociation, les effets de marché, les conditions de conformité, et sur ce qui, dans ce cadre temporaire, mériterait de devenir permanent. C’est le canal formel. Le discours de Peirce sur le KYC, lui, n’a pas ouvert un fichier parallèle du même type.

    Deux Chantiers Distincts, Une Même Philosophie

    Il serait tentant de fondre les deux sujets. D’un côté, des pools AMM permissionnés pour des actions tokenisées. De l’autre, des preuves zk pour alléger le KYC. Ce n’est pas le même instrument juridique. L’exemption a une date de début, une date de fin, des plafonds, des définitions. La proposition d’identité n’a, pour l’instant, que la force d’une opinion personnelle d’une commissaire en fin de mandat.

    La philosophie, en revanche, se ressemble. Dans les deux cas, Peirce plaide pour une expérimentation encadrée plutôt qu’un interdit par défaut. Elle veut que l’innovation se fasse sous les yeux américains, avec des limites, plutôt qu’offshore. Elle accepte que le droit existant soit mal calé. Elle refuse que ce mauvais calage serve d’excuse à l’immobilisme ou à la fuite.

    Pour les équipes conformité, la distinction reste vitale. Un venue qui se lance dans l’exemption devra quand même identifier ses participants selon le droit applicable. Un AMM permissionné n’est pas un club anonyme. Au contraire : le mot permissioned suppose un filtre d’accès. La question de Peirce est de savoir avec quelle granularité de données ce filtre doit opérer.

    Ce Que Changerait Une Identité Par Preuve Dans La Vraie Vie

    Imaginons un investisseur qui veut accéder à un pool de titres tokenisés éligibles. Aujourd’hui, le parcours typique multiplie les uploads : pièce d’identité, justificatif de domicile, éventuellement documents de patrimoine pour un statut d’accredited investor, questionnaires, recoupements. Demain, dans le scénario de Peirce, le même investisseur présenterait une série d’attestations. Âge supérieur au seuil. Résidence dans une juridiction autorisée. Statut investisseur déjà établi. Absence de hit sanctions à une date donnée.

    L’intermédiaire recevrait des preuves, pas le classeur. Il devrait néanmoins savoir qui a émis l’attestation, selon quel standard, avec quelle révocation possible. Il devrait aussi décider quoi journaliser. Une preuve seule, sans métadonnées minimales, peut devenir inutilisable lors d’un contrôle. Trop de métadonnées, et l’on reconstitue le panoptique par un autre chemin.

    C’est tout l’enjeu de conception. La vie privée n’est pas un interrupteur. C’est un dosage entre démontrabilité, minimisation et opposabilité. Les équipes produit qui promettent « zéro donnée » vendent souvent un slogan. Les équipes juridiques qui exigent « tout stocker » achètent une illusion de sécurité. Peirce cherche une troisième voie, encore mal écrite dans le Code of Federal Regulations.

    Les Limites Techniques Que Le Discours Esquive

    Une preuve zk n’est pas magique. Elle dépend d’une hypothèse d’émission. Si le document source est faux au départ, la preuve d’un attribut dérivé restera élégante et fausse. D’où l’insistance, dans les dossiers type ZKPassport, sur une vérification locale du document gouvernemental. Encore faut-il que cette vérification soit robuste face aux falsifications, aux deepfakes de documents, aux fuites de modèles de puces.

    Autre limite : l’interopérabilité. Un courtier, une banque, une venue tokenisée, un protocole DeFi hybride n’utilisent pas les mêmes piles. Sans standard d’attestation, on recrée des silos, simplement plus cryptographiques. Les régulateurs détestent les silos qu’ils ne savent pas inspecter. Les entreprises détestent les standards qu’elles n’ont pas aidé à écrire. Le chemin sera politique autant que technique.

    Reste la question de la charge de calcul et de l’expérience utilisateur. Une preuve lourde, lente, difficile à produire sur un téléphone bas de gamme, restera un produit de niche. Une preuve trop simplifiée, mal auditée, deviendra une faille systémique. Entre les deux, il faudra des audits publics, des bibliothèques éprouvées, des autorités de certification que le marché et l’État acceptent.

    Le Fantôme Du Contrôle A Posteriori

    Les enquêtes financières ne se font pas uniquement au moment de l’onboarding. Elles reviennent des mois ou des années plus tard. Un agent voudra savoir qui était derrière un flux, avec quel niveau de certitude, à quelle date. Si l’intermédiaire n’a conservé qu’une preuve opaque, le dossier peut sembler vide. Si l’intermédiaire a conservé assez d’éléments pour rouvrir l’identité, la promesse de minimisation s’évapore.

    Des architectures intermédiaires existent : conservation chiffrée chez un dépositaire d’identité, ouverture sous mandat, preuves de non-révocation périodiques, journaux d’accès. Aucune n’est gratuite. Aucune n’est neutre. Chacune déplace le pouvoir : vers l’utilisateur, vers un tiers de confiance, vers l’État demandeur. Peirce ouvre la porte. Elle ne dit pas qui gardera la clé.

    La question n’est plus seulement de savoir si l’on peut prouver un attribut sans tout révéler. C’est de savoir qui, le jour d’un contrôle, pourra encore relire l’histoire.

    Ce Que Cela Dit De La Sec En 2026

    Le climat de l’agence a changé par rapport aux années où l’enregistrement et l’enforcement occupaient presque tout l’écran. L’exemption de cinq ans sur les actions tokenisées, les réunions de la task force, le langage plus ouvert sur l’identité privée : tout cela dessine une institution qui accepte d’écrire des ponts temporaires. Cela ne signifie pas un feu vert général. Cela signifie que l’argument « ce n’est pas prévu par les textes de 1934 » ne clôt plus automatiquement la conversation.

    Peirce a longtemps incarné, dans l’écosystème crypto, la voix interne la plus critique des approches trop punitives. Son calendrier personnel donne du poids symbolique à ce discours. Une commissaire en fin de course peut parler plus librement. Elle peut aussi laisser un héritage d’agenda que ses successeurs n’auront pas l’obligation de reprendre. Les marchés feraient erreur en traitant le texte comme une doctrine gravée.

    Atkins, de son côté, ancre l’exemption tokenisée dans une stratégie de rulemaking durable. Les deux lignes peuvent cohabiter. Elles peuvent aussi diverger dès qu’il s’agira de transformer une intuition de commissaire en texte opposable. C’est là que les commentaires sur le fichier 4-927 et d’éventuelles consultations futures sur l’identité numérique prendront leur importance.

    Lectures Pour Les Acteurs De Marché

    Un courtier qui lit trop vite le titre « Peirce soutient les zk pour le KYC » et décide de réduire sa collecte commet une erreur de conformité. Les obligations écrites n’ont pas changé. Un protocol qui promet à ses utilisateurs américains que « la SEC a validé ZKPassport » commet une erreur de communication. L’agence a reçu un dossier, elle n’a pas certifié un produit.

    Un émetteur d’actions qui voit son titre potentiellement tokenisé par un tiers doit regarder le droit d’opposition prévu par le cadre. Un apporteur de liquidité tenté par l’AMM permissionné doit lire les plafonds de volume avant de rêver à une migration massive. Un investisseur de détail doit comprendre qu’un marché parallèle, même encadré, n’est pas automatiquement le même carnet que le marché historique.

    • Pour les compliance : cartographier ce qui, dans vos CIP, est vraiment un attribut isolable.
    • Pour les product owners : distinguer preuve d’attribut et dossier d’enquête.
    • Pour les venues : le permissionnement n’efface pas le monitoring.
    • Pour les émetteurs : le droit d’opposition n’est pas un détail cosmétique.
    • Pour les investisseurs : parallélisation des marchés veut dire risque de prix divergents.

    La Vie Privée Comme Enjeu De Compétitivité

    Derrière le langage de conformité se cache une guerre d’attractivité. Des juridictions européennes travaillent depuis des années sur l’identité numérique et le principe de minimisation. Des États asiatiques expérimentent des passeports numériques plus ou moins centralisés. Si les États-Unis restent coincés dans un modèle où chaque onboarding recrée une copie intégrale du citoyen, une partie de l’innovation partira. Peirce le dit à sa manière en parlant des marchés d’actions tokenisées qui, sinon, se feront ailleurs.

    La vie privée devient alors un argument industriel. Pas seulement un droit. Les entreprises qui sauront prouver un contrôle sans stocker l’excès auront un coût de fuite plus bas, une relation client moins humiliante, un récit plus compatible avec l’esprit originel des réseaux ouverts. Celles qui n’y arriveront pas continueront d’acheter des bases, d’assurer des sinistres de données, de remplir des formulaires identiques.

    Encore une fois, cet argument n’absout personne. Un marché plus privé n’est pas un marché plus vertueux par nature. Il peut aussi attirer ceux qui cherchent l’ombre. D’où le besoin, souligné par Peirce, de conserver des contrôles là où la technique permet de les exercer autrement. Le mot important est autrement, pas moins dans l’absolu.

    Ce Que Les Preuves Ne Régleront Pas

    Elles ne régleront pas la gouvernance d’un AMM. Elles ne diront pas si un jeton d’action porte vraiment les mêmes droits de vote, de dividende, de recours. Elles ne feront pas disparaître la fragmentation de liquidité redoutée par la SIFMA. Elles n’empêcheront pas un émetteur de considérer la tokenisation tierce comme une perte de contrôle. Elles n’inventeront pas, à elles seules, un standard mondial d’identité.

    Elles peuvent, en revanche, changer la température d’un onboarding. Elles peuvent réduire le nombre de fois où un même citoyen envoie son passeport à une énième plateforme. Elles peuvent rendre plus honnête le contrat entre l’utilisateur et l’intermédiaire : je te prouve ce que la loi t’oblige à vérifier, je ne te vends pas le reste de ma biographie.

    Ce déplacement paraît modeste. Dans une économie où la donnée d’identité est devenue une matière première, il est considérable. C’est probablement pour cela que Peirce a choisi cette tribune, cette semaine, ce public.

    Calendrier, Commentaires Et Zone Grise

    Jusqu’au 17 septembre 2031, l’exemption tokenisée vivra sous observation. Les plafonds de 75 et 250 symboles, les 0,25 % et 2,5 % de volume, la transparence à dix minutes, tout cela servira de laboratoire. En parallèle, le débat KYC avancera au rythme des réunions de task force, des mémos, des discours individuels, peut-être d’une consultation formelle si l’agence le décide.

    La zone grise durera. Les avocats diront qu’une preuve n’est pas un « identifying information » au sens historique. D’autres diront que sans conservation du sous-jacent, le recordkeeping est incomplet. Les superviseurs demanderont des pilotes. Les éditeurs de solutions vendront des roadmaps. Les utilisateurs, eux, jugeront sur un critère plus rude : est-ce plus simple, plus sûr, moins humiliant ?

    Entre-temps, répétons-le parce que c’est la phrase que trop de titres oublient : les règles KYC et AML applicables aux courtiers n’ont pas été réécrites le 23 septembre 2026. Une commissaire a proposé une boussole. Le droit positif, lui, n’a pas tourné.

    Une Boussole, Pas Une Carte

    Hester Peirce quitte bientôt la scène quotidienne de la commission. Elle laisse deux messages emboîtés. Premier message : les États-Unis peuvent tester la négociation d’actions tokenisées dans des AMM permissionnés, avec des plafonds et une sunset clause. Second message : la conformité d’identité peut cesser de ressembler à une photocopieuse industrielle si les preuves d’attribut tiennent leurs promesses.

    Les deux messages se rejoignent dans une même méfiance envers le statu quo. Collecter toujours plus ne rend pas automatiquement le système plus sûr. Interdire par défaut ne rend pas automatiquement l’investisseur plus protégé. Expérimenter à l’intérieur d’une clôture, publier des données, écouter la SIFMA comme les protocoles, voilà le style que Peirce a choisi pour cette fin de mandat.

    Reste à savoir si l’agence transformera cette boussole en carte. Une carte, en droit des marchés, ce sont des définitions, des responsabilités, des sanctions, des droits de regard, des délais de conservation. Jusqu’à cette traduction, les preuves à divulgation nulle resteront ce qu’elles sont déjà dans beaucoup de stacks crypto : une promesse élégante, un chantier d’ingénierie, et un casse-tête pour les juristes. Le discours de New York n’a pas refermé le casse-tête. Il l’a rendu impossible à ignorer.

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    Steven Soarez
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