Imaginez un portefeuille qui grimpe de cent mille euros sur l’écran, sans qu’une seule pièce ne quitte le wallet. Puis le fisc frappe à la porte et réclame plus d’un tiers de cette hausse, alors que vous n’avez rien vendu. C’est précisément le scénario que les Pays-Bas ont failli verrouiller pour 2028, avant de reculer pour les actions… et de laisser le bitcoin dans un flou qui sent le piège. Le dossier n’est pas clos. Le Sénat peut encore tranchera d’ici la fin de l’année, et la distinction entre un ETF coté et un bitcoin stocké dans un portefeuille personnel pourrait décider du sort fiscal de milliers de détenteurs.
Ce Que Change Vraiment Le Plan Néerlandais De Fin Septembre
Pendant des années, La Haye n’a pas taxé le rendement réel de l’épargne. Elle a taxé un rendement imaginé. Le système de la fameuse box 3 part d’un taux forfaitaire. Pour les cryptomonnaies, ce taux a été fixé à six pour cent en 2026. Peu importe que votre bitcoin ait chuté, stagné ou explosé : le fisc considère qu’il a rapporté ce pourcentage, puis il impose cette fiction.
En 2021, la Cour suprême a jugé ce mécanisme illégal. Le gouvernement devait proposer autre chose. La Chambre basse a voté sa réponse le 12 février 2026 : à partir de 2028, la hausse de valeur d’un patrimoine serait taxée chaque année à 36 pour cent, même sans cession. Un bitcoin qui prend 100 000 euros sur douze mois déclencherait une facture de 36 000 euros, cash, alors que rien n’a été encaissé.
C’est la chose la plus stupide qu’un gouvernement sur Terre poursuive en ce moment. Et ce n’est pas peu dire.
Tobi Lütke, dirigeant de Shopify, février 2026
La phrase a circulé bien au-delà d’Amsterdam. Elle résumait une colère plus large : taxer un gain resté sur l’écran, c’est forcer la vente, c’est transformer l’impôt en machine à liquidité contrainte. Le 25 février, le ministre des Finances Eelco Heinen a lui-même distancé le texte de son gouvernement. Selon lui, quelque chose avait simplement mal tourné. Le Sénat a débattu le 30 juin sans voter. Le projet est resté coincé. En attendant, le rendement forfaitaire continue de s’appliquer.
Le Recul Du 29 Septembre Ne Dit Pas Tout
Le 29 septembre, l’exécutif a présenté une correction destinée à débloquer le Sénat. Il demande toujours l’adoption de la loi de février, mais avec une bascule majeure pour une partie des actifs. Dès 2028, actions, obligations et options ne seraient plus taxées chaque année sur la hausse latente. L’impôt tomberait uniquement à la vente, sur la plus-value réellement réalisée.
Pour le reste du patrimoine, la taxe annuelle sur les gains non réalisés entrerait bien en vigueur en 2028. Ces actifs y resteraient deux ans, avant de basculer à leur tour vers une taxation à la cession en 2030. Un seul vote du Sénat, espéré avant le 31 décembre, validerait les deux régimes d’un coup. Sur le papier, le compromis a l’air élégant. Dans le détail, il laisse un trou béant.
Ce que le plan dit clairement, et ce qu’il tait.
- Actions, obligations et options : taxe à la vente dès 2028.
- Autres actifs : taxe annuelle sur la hausse latente en 2028 et 2029, puis bascule en 2030.
- Cryptomonnaies : absentes de la lettre gouvernementale.
- Produit bitcoin coté type ETF : traité comme instrument financier.
- Bitcoin acheté sur un exchange ou conservé en wallet : interprétation encore ouverte, et probablement défavorable jusqu’en 2030.
En droit européen, les crypto-actifs ont leur propre catégorie, encadrée par le règlement MiCA. Un produit bitcoin coté en Bourse s’apparente à un instrument financier. Les premières lectures juridiques publiées aux Pays-Bas en déduisent une ligne de fracture. L’ETF passerait à la taxe à la vente dès 2028. Le bitcoin détenu en nature, sur une plateforme ou dans un portefeuille personnel, resterait dans le régime des gains non réalisés jusqu’en 2030.
Pourquoi La Distinction Etf Et Wallet N’est Pas Un Détail
Deux investisseurs peuvent détenir la même exposition économique au bitcoin et se retrouver dans deux mondes fiscaux. L’un achète un produit coté, suit un cours, revend un titre. L’autre achète des satoshis, les retire, les stocke, éventuellement les déplace. Si le Sénat confirme la lecture actuelle, le premier paiera quand il vend. Le second paiera chaque année sur une plus-value qu’il n’a pas touchée.
Cette asymétrie n’est pas seulement technique. Elle pousse à changer de support pour des raisons fiscales, pas pour des raisons de sécurité ou de conviction. Elle favorise les enveloppes intermédiées au détriment de l’auto-conservation. Elle crée aussi un effet d’aubaine pour les émetteurs de produits cotés, au moment même où l’Europe tente d’encadrer le marché au nom de la protection de l’épargnant.
Le bitcoin n’est pas une action. Il ne verse pas de dividende. Il n’a pas de conseil d’administration. Sa volatilité n’est pas un accident de parcours, c’est une caractéristique. Taxer chaque année une hausse non réalisée, c’est demander à un actif qui peut perdre la moitié de sa valeur en six mois de se comporter comme une obligation d’État. Le calendrier 2028-2030 aggrave le problème : deux années de régime dur, puis une bascule, alors que personne ne sait où sera le marché à ces dates.
Le Mécanisme Forfaitaire Qui A Tout Déclenché
Pour comprendre la fronde, il faut revenir à la logique de la box 3. L’administration ne cherche pas le coupon réellement perçu. Elle fixe un rendement théorique selon la classe d’actif, puis elle impose ce rendement. L’avantage, pour l’État, est la simplicité. L’inconvénient, pour le contribuable, est l’absurdité dès que le marché refuse de coopérer.
Une année de krach, vous perdez de l’argent et vous payez quand même comme si vous aviez gagné six pour cent. Une année d’explosion, vous gagnez davantage que le forfait, et l’État laisse une partie de la hausse hors du radar… jusqu’à ce qu’il décide de basculer vers une taxe sur la valeur de marché. Le jugement de 2021 a cassé cette fiction. Le gouvernement a alors cherché un système « réel ». Le réel, dans sa première version, n’était pas la vente. C’était la photographie annuelle du patrimoine.
Photographier un portefeuille au 31 décembre et taxer la différence avec l’année précédente, cela ressemble à une évidence comptable. Dans la vie d’un détenteur de bitcoin, cela ressemble à une obligation de vendre pour payer l’impôt. Surtout si le taux atteint 36 pour cent. Surtout si le marché retombe juste après la date de clôture.
Le Scénario Où L’impôt Dépasse Le Portefeuille
Prenons un résident fiscal néerlandais. Il a acheté pour 50 000 euros de bitcoin. Au 31 décembre, la position vaut 150 000 euros. La hausse latente est de 100 000 euros. À 36 pour cent, le fisc attend 36 000 euros l’année suivante. Entre-temps, le marché décroche de 80 pour cent. La position ne vaut plus que 30 000 euros. L’impôt réclamé dépasse alors la valeur de tout le portefeuille.
Pour payer, il vend l’intégralité de ses bitcoins, puis il puise dans le reste de son épargne. Le tout pour un gain qu’il n’a jamais touché. La loi prévoit un report des pertes. Les 120 000 euros envolés viendront réduire l’impôt sur de futurs gains. Encore faut-il qu’il reste un portefeuille pour en générer. Le sien a servi à régler la facture.
Taxer une hausse restée sur l’écran, c’est transformer un impôt en ordre de vente forcée.
Ce n’est pas un cas d’école abstrait. Le bitcoin a déjà perdu plus de 75 pour cent à deux reprises, entre 2017 et 2018, puis entre 2021 et 2022. Plus récemment, il a cédé environ la moitié de sa valeur entre octobre 2025 et avril 2026. Un régime de taxation annuelle sur la valeur de marché ignore ces bascules. Il fige une photo, puis il envoie la note, même si la photo suivante est un champ de ruines.
Ce Que Dit L’histoire Récente Des Krachs Bitcoin
Les cycles du bitcoin ne sont pas des accidents rares. Ils sont la grammaire de l’actif. Une phase d’euphorie attire des flux, les prix s’emballent, puis le levier se dénoue, la liquidité se retire, et la correction est brutale. Un impôt annuel calé sur la valeur de marché transforme chaque sommet intermédiaire en assiette taxable. Le contribuable devient otage du calendrier fiscal, pas du calendrier de son investissement.
Après 2017, ceux qui avaient acheté près du sommet ont mis des années à revenir à l’équilibre. Après 2021, le même schéma s’est répété. Si une taxe de 36 pour cent s’était appliquée sur la hausse de l’année record, une partie des positions aurait été vendue pour payer, précisément au moment où il aurait fallu conserver. L’impôt n’aurait pas seulement prélevé. Il aurait amplifié la vente, donc la baisse, donc la douleur.
Le report de pertes n’efface pas cet effet. Il suppose que l’investisseur reste dans le jeu, qu’il ait encore du capital, qu’il retrouve des plus-values futures. Un krach suivi d’une facture trop lourde peut sortir définitivement un particulier du marché. Ce n’est plus de la fiscalité. C’est une sélection involontaire de ceux qui ont assez de liquidités hors crypto pour absorber le choc.
La France Regarde, Et La Dette Donne Des Idées
Vu de Paris, le dossier néerlandais n’est pas un feuilleton lointain. La dette publique française a atteint 119 pour cent du PIB fin juin, un record. Le gouvernement cherche 54 milliards d’euros pour boucler le budget 2027. Matignon parle de stabilité fiscale. Les députés ont déjà montré qu’ils savaient improviser.
Le 31 octobre 2025, l’Assemblée a voté un impôt annuel de 1 pour cent sur la « fortune improductive » au-delà de 1,3 million d’euros. Cryptos, or et assurance-vie y passaient, même sans vente. La mesure a disparu du budget final, promulgué en février 2026. Les plus-values crypto restent taxées à la cession, à 31,4 pour cent. Avec une dette attendue à 121,7 pour cent du PIB en 2027, il suffirait d’un amendement pour que la taxation des gains non réalisés revienne dans l’hémicycle.
Le parallèle n’est pas une prédiction. C’est un rappel. Quand un État a besoin d’argent et qu’un voisin teste une assiette nouvelle, l’idée voyage. Les Pays-Bas offrent un laboratoire : d’abord le forfait, puis la photo annuelle de patrimoine, puis un recul pour les actions, puis un flou pour le bitcoin. La France a déjà flirté avec une taxe annuelle sur des actifs jugés improductifs. Le mot « improductif » appliqué au bitcoin dit tout de l’angle politique : on ne discute plus seulement du rendement. On discute de la légitimité de détenir.
Ce Que Le Règlement Mica Change, Et Ce Qu’il Ne Change Pas
Le règlement européen sur les marchés de crypto-actifs classe, encadre, impose des obligations aux prestataires. Il ne dicte pas, à lui seul, le moment où un État membre taxe une plus-value. Il crée cependant des catégories. Un token, un service de conservation, un produit négocié en Bourse n’entrent pas dans la même case. C’est cette cartographie que les juristes néerlandais utilisent pour séparer l’ETF du wallet.
MiCA vise la protection, la transparence, la lutte contre le blanchiment, pas le calendrier de l’impôt sur le revenu. Mais dès qu’un texte fiscal national s’appuie sur des catégories européennes, le règlement devient un levier d’interprétation. Si le bitcoin « nu » n’est pas un instrument financier au sens du plan de septembre, il reste dans le sac des actifs encore soumis à la taxe annuelle jusqu’en 2030. Si le Sénat précise le contraire, le marché respirera. Tant que le texte reste silencieux, le silence lui-même est une décision.
Le Sénat, Juge De Paix Avant Le 31 Décembre
Tout tient à une chambre. Le Sénat néerlandais n’a pas adopté le texte en juin. Le gouvernement lui demande maintenant d’adopter la loi de février corrigée par le plan de fin septembre. Un seul vote validerait deux régimes. Les actionnaires sortiraient du cauchemar de la taxe annuelle. Les détenteurs d’autres actifs, bitcoin inclus selon les premières analyses, resteraient dedans pendant deux ans.
Un Sénat peut durcir, assouplir, demander des précisions, ou laisser le dossier glisser. Chaque semaine de flou a un coût. Les contribuables ne savent pas s’ils doivent réorganiser leurs avoirs, basculer vers des produits cotés, ou attendre. Les plateformes ne savent pas quels reportings préparer. Les conseillers fiscaux rédigent des hypothèses, pas des certitudes.
Les questions que le Sénat ne pourra pas éluder.
- Le bitcoin détenu en propre est-il dans le « reste » taxé chaque année jusqu’en 2030 ?
- Un ETF bitcoin est-il clairement un instrument financier taxé à la vente dès 2028 ?
- Comment traiter un mélange d’auto-conservation et de conservation chez un prestataire ?
- Quel traitement pour les stablecoins, les positions DeFi, les récompenses de staking ?
- Comment éviter qu’une chute après le 31 décembre ruine le contribuable ?
Auto-Conservation Contre Produit Coté : Le Piège Politique
L’auto-conservation est au cœur de la culture bitcoin. Garder ses clés, c’est refuser de dépendre d’un intermédiaire. Si la fiscalité punit ce choix, elle ne parle plus seulement d’assiette. Elle parle de modèle. Elle dit, en substance, que le produit emballé, surveillé, coté, est plus commode à taxer, donc plus acceptable.
Un État a le droit de choisir ses assiettes. Il a aussi le devoir de la cohérence. Taxer plus lourdement celui qui refuse de confier ses pièces à une institution, c’est inverser le discours sur la responsabilité individuelle. C’est aussi créer une prime à l’intermédiation au moment où les autorités de marché multiplient les mises en garde sur la concentration des dépositaires.
Les ETF ont des vertus : liquidité, cadre, accessibilité. Ils ont aussi des limites : frais, horaires de marché, risque de contrepartie, déconnexion partielle avec le règlement on-chain. Faire de la fiscalité le juge de cette comparaison, c’est court-circuiter le débat d’investisseur. Beaucoup basculeront non parce que le produit est meilleur, mais parce que la note de décembre sera moins brutale.
Liquidité, Vente Forcée Et Effet De Marché
Une taxe annuelle sur une hausse non réalisée n’est pas neutre pour le marché. Elle crée des échéances. En novembre et décembre, des contribuables vendent pour provisionner. En janvier, d’autres vendent pour payer. Si le bitcoin est déjà fragile, ces flux s’ajoutent à la pression. L’impôt devient un facteur technique, au même titre qu’un débouclage de positions à effet de levier.
Les actions cotées offrent des marchés profonds et des calendriers de dividendes connus. Le bitcoin, même plus liquide qu’autrefois, reste sensible aux vagues de vente synchronisées. Un régime fiscal qui force la réalisation au mauvais moment n’est pas seulement injuste pour le particulier. Il peut amplifier la volatilité qu’il prétend ignorer.
Les défenseurs de la taxe annuelle répondent que l’État ne peut pas attendre une vente qui n’arrive jamais. L’argument a une logique budgétaire. Il ignore la nature de l’actif. Beaucoup de détenteurs de bitcoin n’ont pas un horizon de trading. Ils ont un horizon de conservation. Les forcer à vendre pour payer, c’est changer leur stratégie par décret.
Pertes Reportables : Une Consolation Qui Arrive Trop Tard
Le report des moins-values est présenté comme le filet de sécurité. Vous avez payé sur une hausse fictive, le marché s’effondre, la perte viendra réduire l’impôt futur. Sur un tableur, l’équilibre se retrouve. Dans une vie, l’équilibre peut ne jamais revenir. Il faut encore avoir des gains futurs, un capital restant, la capacité psychologique à rester exposé après avoir vendu sous contrainte.
Le filet ne protège pas contre le besoin immédiat de liquidités. Il ne protège pas contre un impôt supérieur à la valeur résiduelle. Il ne protège pas contre la vente de la totalité de la position. Il protège, au mieux, le calcul des années suivantes. Pour un épargnant qui a mis une part importante de son patrimoine dans le bitcoin, « l’année suivante » peut être trop loin.
Ce Que Les Investisseurs Peuvent Faire Sans Se Transformer En Fiscalistes
Personne ne devrait reconstruire tout son patrimoine sur la base d’un projet de loi encore non voté. En revanche, ignorer le calendrier serait naïf. Documenter le prix d’acquisition, séparer clairement les produits cotés des avoirs en wallet, anticiper un besoin de trésorerie si le régime annuel survit, tout cela relève du bon sens, pas de la panique.
La diversification n’est pas un slogan. Un portefeuille entièrement exposé à un actif qui peut perdre 50 à 80 pour cent encaisse le choc deux fois : une fois par le marché, une fois par l’impôt si la photo de fin d’année a été trop haute. Réduire cette double peine, ce n’est pas « vendre sa conviction ». C’est refuser de laisser un calendrier fiscal dicter une liquidation totale.
Certains épargnants cherchent aussi des rendements moins dépendants de la direction du bitcoin. Les stablecoins prêtés dans la finance décentralisée attirent une partie de ces profils, avec des risques spécifiques de protocole, de contrat et de liquidité. Ce n’est pas une recette miracle. C’est une autre famille de risques, qu’il faut comprendre avant d’y mettre ne serait-ce qu’une fraction du capital.
Le Club 25% Et La Tentation De Sortir De La Volatilité Directionnelle
Face à des krachs répétés, une partie des investisseurs crypto a choisi de rester dans l’écosystème sans parier uniquement sur la hausse du bitcoin. L’idée est simple à énoncer, plus exigeante à exécuter : viser un rendement via des stratégies sur stablecoins, avec un temps de suivi limité, sans exposition directionnelle permanente au marché spot.
Le Club 25% documente ce type d’approche auprès de ses membres, autour d’un portefeuille public suivi dans la durée, de décisions expliquées et d’un principe de conservation des clés par l’investisseur. L’objectif affiché, entre quinze et vingt-cinq pour cent par an, n’est pas une garantie. C’est un cadre de travail, avec ses limites, ses protocoles sélectionnés et l’obligation de rester maître de ses fonds.
Dans un débat fiscal où le bitcoin nu pourrait rester taxé sur des hausses non réalisées, ces stratégies n’effacent pas l’impôt. Elles changent le profil de risque. Un rendement moins lié à la bougie quotidienne du bitcoin n’exonère de rien. Il peut seulement éviter que toute la facture dépende d’un sommet de décembre suivi d’un effondrement de mars.
Ce Que Les Députés Néerlandais Ont Sous-Estimé En Février
Le vote de la Chambre basse avait une cohérence interne : si le forfait est illégal, taxons la réalité. La réalité, pour un législateur pressé, c’est la valeur de marché au 31 décembre. Pour un détenteur de bitcoin, la réalité, c’est aussi le lendemain. Et le mois d’après. Et le cycle suivant. Confondre valeur de marché et capacité à payer, c’est la faille du texte initial.
Eelco Heinen l’a reconnu à sa manière en disant que quelque chose avait mal tourné. Le recul sur les actions prouve que le message est passé pour une partie du patrimoine. Le silence sur les cryptos prouve que le message n’est passé qu’à moitié. On protège le détenteur d’actions contre la taxe annuelle. On laisse le détenteur de bitcoin dans la zone grise, comme si la volatilité de l’un était plus respectable que celle de l’autre.
Comparaison Avec D’autres Logiques Fiscales Européennes
Plusieurs pays européens taxent les plus-values crypto au moment de la cession, parfois avec des abattements selon la durée de détention, parfois avec un taux unique. D’autres assimilent encore certains tokens à des biens divers. Peu ont osé une photographie annuelle à 36 pour cent sur une hausse non encaissée. C’est précisément ce qui a donné au débat néerlandais une audience internationale.
Un régime de cession a un défaut : l’État attend. Il a une vertu : il aligne l’impôt sur la liquidité. Un régime de valeur de marché a une vertu : il capte la hausse tout de suite. Il a un défaut : il ignore la liquidité. Pour un actif aussi nerveux que le bitcoin, le second défaut pèse plus lourd que la première vertu.
La France, à ce stade, reste dans la logique de la vente, avec un prélèvement de 31,4 pour cent sur les plus-values. Ce n’est pas un paradis. C’est au moins un rendez-vous qui coïncide avec un flux d’argent réel. Le flirt d’octobre 2025 avec une taxe annuelle sur la fortune dite improductive montre toutefois que l’alignement n’est pas sacré. Il tient tant que personne n’a besoin d’une assiette nouvelle.
Le Mot « Improductif » Et La Bataille De Vocabulaire
Quand un législateur parle de fortune improductive, il range le bitcoin à côté de l’or et de certains contrats d’assurance. Le mot n’est pas neutre. Il suggère qu’un actif qui ne finance pas une usine ou un emploi immédiat mérite un traitement plus rude. Le bitcoin, dans cette grille, n’est plus un protocole monétaire. Il est une réserve suspecte.
On peut débattre de l’utilité sociale d’un actif. On ne devrait pas laisser ce débat se glisser en silence dans une assiette fiscale. Taxer plus fort ce que l’on juge improductif, c’est faire de l’impôt un jugement moral. Aux Pays-Bas, le débat a d’abord été juridique : le forfait était-il légal ? Il est devenu politique : qui a le droit de voir sa hausse taxée sans vente ? Il risque de devenir moral : qui a le droit de détenir sans « servir » ?
Ce Que Les Entreprises Et Les Expatriés Doivent Anticiper
Le sujet ne concerne pas seulement le particulier qui empile des satoshis. Une société établie aux Pays-Bas, un fondateur rémunéré en tokens, un salarié qui reçoit des attributions, un expatrié qui bascule de résidence fiscale, tous héritent du même flou si leurs avoirs crypto ne sont pas clairement classés. La résidence fiscale néerlandaise n’est pas un détail administratif. Elle décide du régime.
Les calendriers de déménagement, de cession intra-groupe, de donation, de transmission, se greffent sur un texte encore mouvant. Attendre le 31 décembre pour clarifier une situation complexe, c’est accepter de subir la version la plus défavorable par défaut. Les premières analyses locales vont dans ce sens : ce qui n’est pas explicitement un instrument financier reste dans le régime dur pendant deux ans.
Pourquoi Le Silence Sur Les Cryptos Est Une Décision
On peut croire à un oubli. On peut aussi y voir une tactique. Sortir les actions du régime annuel permet de calmer une fronde visible, médiatique, politiquement coûteuse. Laisser les cryptos dans l’implicite permet de conserver une assiette, de gagner du temps, de tester la réaction d’un électorat plus étroit. Le bitcoin n’a pas le même lobby que les marchés actions classiques, même si des voix internationales se sont élevées.
Le silence a une autre fonction : il évite d’écrire noir sur blanc qu’un ETF sera mieux traité qu’un wallet. Écrit, le deux poids deux mesures devient un argument d’opposition. Non écrit, il devient une interprétation de juristes, plus difficile à brandir dans un débat public. D’où l’importance du vote sénatorial et, surtout, des considérants qui l’accompagneront.
Une Lecture Prudente Du Calendrier 2028-2030
Deux années de taxe annuelle, puis une bascule vers la cession, cela peut sembler transitoire. Deux années, en bitcoin, c’est un cycle entier. Assez pour photographier un sommet. Assez pour forcer des ventes. Assez pour sortir des contribuables du marché avant que le régime plus raisonnable n’arrive. Un sas n’est doux que s’il est court et prévisible. Ici, il est assez long pour faire mal, assez flou pour empêcher d’anticiper proprement.
Si le Sénat confirme cette architecture, 2028 et 2029 deviendront des années de gestion fiscale autant que des années d’investissement. Les décisions d’achat, de transfert vers un produit coté, de réalisation partielle, se caleront sur la photo de fin d’année. Le marché n’aime pas ces rendez-vous artificiels. Les particuliers encore moins.
Ce Qu’il Faut Retenir Avant Le Vote
Les actionnaires néerlandais ont obtenu une issue plus saine : l’impôt au moment de la vente, dès 2028. Les détenteurs de bitcoin n’ont pas cette certitude. Les premières lectures juridiques placent l’ETF d’un côté et le wallet de l’autre. Le gouvernement n’a pas écrit le mot « crypto » dans sa lettre de fin septembre. Le Sénat peut encore corriger. Il peut aussi valider le flou.
- Le forfait de la box 3 reste la règle tant que le nouveau régime n’est pas adopté.
- Le vote de février 2026 voulait taxer chaque année la hausse de valeur à 36 pour cent.
- Le plan du 29 septembre sort actions, obligations et options de ce piège dès 2028.
- Le bitcoin en wallet risque de rester dans le régime annuel jusqu’en 2030.
- La France taxe encore à la vente, mais a déjà tenté une taxe annuelle sur des actifs jugés improductifs.
Le jour où l’impôt dépasse le portefeuille n’est pas une métaphore. C’est une arithmétique simple, déjà vécue par le marché lors des krachs de 2018, 2022 et du premier semestre 2026. Un État peut vouloir un impôt plus « réel » que le forfait. Encore faut-il que le réel inclue la liquidité, la volatilité et le droit de ne pas vendre. Sinon, la réalité fiscale n’est qu’une autre fiction, plus brutale que la précédente.
Le Sénat néerlandais a jusqu’au 31 décembre pour dire si le bitcoin reste taxé sur ses gains non réalisés. Tant que la phrase n’est pas écrite, chaque détenteur avance dans le brouillard. Et le brouillard, en matière d’impôt, n’est jamais neutre. Il profite à celui qui dresse la facture.
