Imaginez devoir choisir entre faire travailler vos actifs et les utiliser pour ouvrir de nouvelles positions. Pendant des années, les institutions crypto ont vécu ce dilemme. Un staking qui rapporte, c’est bien. Un collatéral disponible immédiatement, c’est mieux. Mais les deux en même temps ? C’était rarement possible sans friction majeure. Aujourd’hui, une annonce récente change la donne pour les acteurs qui gèrent des volumes institutionnels sur Solana et Avalanche.
Une intégration qui transforme le collatéral staké
P2P.org vient d’annoncer une collaboration concrète avec Arkis. L’idée est simple en apparence, mais techniquement exigeante : permettre aux clients institutionnels d’Arkis d’utiliser des positions déjà stakées comme collatéral pour leurs opérations de trading, sans devoir d’abord les unstaker. Les actifs concernés au lancement sont Solana et Avalanche. Les récompenses de protocole continuent de s’accumuler pendant que ces mêmes positions soutiennent des positions ouvertes.
Cette approche s’inscrit dans une logique de prime brokerage moderne. Au lieu de traiter chaque ligne de collatéral de manière isolée, Arkis calcule la marge sur le risque global du compte client. Les positions stakées s’intègrent donc dans une vision d’ensemble du portefeuille. Le résultat est une utilisation plus fluide du capital et une réduction des périodes d’inactivité liées aux délais de unstaking propres à chaque réseau.
Comment fonctionne concrètement le dispositif
Le parcours côté client se déroule via la section Carry Trades d’Arkis Alpha. Une fois l’actif staké sélectionné, la plateforme affiche les stratégies qui l’acceptent comme collatéral ainsi que les conditions économiques associées. Le client dispose ainsi d’une visibilité claire avant d’engager du capital. P2P.org fournit l’infrastructure de staking non custodiale et l’opération de validation. Arkis, de son côté, gère le crédit, le collatéral et le risque de portefeuille.
Cette répartition des rôles n’est pas anodine. Elle permet de conserver la nature non custodiale du staking tout en intégrant ces positions dans un cadre de risque institutionnel. Les institutions n’ont plus à arbitrer entre rendement de staking et disponibilité pour le trading. Les deux coexistent dans un même compte.
Ce que change concrètement cette intégration
- Les positions stakées restent actives et génèrent des récompenses de protocole.
- Elles peuvent servir de collatéral pour des opérations de trading au sein d’Arkis.
- La marge est calculée sur le risque agrégé du compte client.
- Le unstaking n’est plus un prérequis pour mobiliser le capital.
Le risque validateur devient un paramètre de marge
Utiliser un actif staké comme collatéral introduit des risques absents des tokens liquides classiques. Sur les réseaux proof-of-stake, un validateur peut être sanctionné. Le slashing réduit le nombre de tokens attachés à une position. Une période prolongée d’indisponibilité diminue aussi les récompenses attendues. Ces événements modifient directement la valeur du collatéral qui soutient des positions ouvertes.
Arkis a donc intégré la qualité de l’opérateur de staking dans son cadre de risque. L’historique de slashing et le niveau de downtime du validateur deviennent des inputs de calcul de marge. Cette approche tranche avec les modèles qui traitaient le staking comme une simple position passive hors bilan. Ici, le staking devient un élément actif de la gestion du risque de crédit.
Le collatéral n’a de valeur que si l’opérateur qui le soutient est digne de confiance.
Artemiy Parshakov, vice-président des solutions stratégiques chez P2P.org
Cette déclaration résume bien le changement de paradigme. Une fois qu’une institution emprunte contre une position stakée, le staking cesse d’être un simple rendement passif. Il doit répondre aux standards de souscription et de suivi de risque appliqués par le prime broker.
Pourquoi P2P.org a été retenu
Arkis a choisi P2P.org en raison de la possibilité d’évaluer l’opérateur derrière l’actif staké. Le prime broker ne se contente pas d’accepter un token. Il regarde qui le valide. P2P.org indique opérer des validateurs sur plus de quarante réseaux proof-of-stake et sécuriser plus de dix milliards de dollars d’actifs stakés. La société affirme n’avoir enregistré aucun incident de slashing depuis sa création en 2018 et compte plus de cent quatre-vingt-dix clients institutionnels.
Ces chiffres sont fournis par l’entreprise elle-même. Ils n’ont pas fait l’objet d’une vérification indépendante dans le communiqué. Ils servent néanmoins de base à l’argumentaire de confiance présenté aux institutions. Du côté d’Arkis, la société soutenue par Spark indique avoir déployé plus de deux cent cinquante millions de dollars de crédit institutionnel depuis 2022 sans enregistrer de créance irrécouvrable. Là encore, le chiffre est déclaré et non audité dans l’annonce.
Garder le capital productif sans le immobiliser
Sans ce type d’arrangement, un fonds doit souvent unstaker avant de pouvoir utiliser l’actif comme collatéral ailleurs. Le délai de unstaking varie selon les blockchains. Pendant cette période, le capital ne génère plus nécessairement les mêmes récompenses et reste indisponible pour saisir des opportunités de marché. L’intégration P2P.org-Arkis supprime cette friction pour les actifs supportés.
Les récompenses restent déterminées par le protocole sous-jacent. Elles dépendent des conditions de réseau, du montant staké, de la performance du validateur et des règles du protocole. Utiliser un actif qui génère du rendement comme collatéral n’élimine ni le risque de liquidation ni le risque de slashing. Une baisse du prix de marché, un resserrement des exigences de marge ou une pénalité validateur peut réduire la couverture d’une position ouverte.
Différence claire avec le restaking
Il est important de distinguer cette structure du restaking. Dans le restaking, un actif déjà staké est utilisé pour sécuriser des services blockchain supplémentaires. Cela expose potentiellement l’actif à plusieurs ensembles de conditions de slashing. Dans le dispositif annoncé, la position stakée sert uniquement de collatéral financier au sein d’un compte de prime brokerage. Les sociétés n’ont pas indiqué que les actifs Solana ou Avalanche seraient restakés pour sécuriser un autre réseau.
Cette distinction est structurante pour les équipes de risque institutionnelles. Le profil de risque reste celui d’un collatéral financier classique, enrichi des paramètres propres au validateur, et non celui d’un actif exposé à plusieurs couches de sécurité protocolaire.
Une continuité dans la stratégie de P2P.org
Cette annonce s’inscrit dans une série d’intégrations visant à placer les services de staking de P2P.org au cœur des systèmes institutionnels existants. En juin, une collaboration avec Taurus avait permis d’intégrer les validateurs P2P.org à Taurus-PROTECT. Les institutions pouvaient ainsi staker tout en conservant la garde et le contrôle de leurs actifs. Plus tôt, en janvier 2025, P2P.org avait rejoint le marketplace de validateurs Ethereum de Northstake, conçu pour offrir aux institutions régulées un accès à l’infrastructure de validation.
Ces précédents montrent une volonté constante de s’insérer dans les flux opérationnels des acteurs traditionnels plutôt que de leur demander de changer radicalement leurs process. L’intégration avec Arkis prolonge cette logique en s’attaquant directement à la question du collatéral.
Le cadre réglementaire américain en toile de fond
Pour les institutions basées aux États-Unis, un statement staff de la Division of Corporation Finance de la Securities and Exchange Commission publié en mai 2025 a clarifié certaines formes de staking protocolaire effectuées directement ou via un opérateur tiers. Selon ce document, les activités de staking décrites dans l’analyse ne constituaient pas une offre ou une vente de titres. La position couvrait notamment des arrangements non custodial dans lesquels les détenteurs conservent la propriété et le contrôle de leurs actifs et clés privées tout en confiant les droits de validation à un opérateur de nœud.
La division a toutefois souligné que son analyse dépendait des faits et circonstances spécifiques. Des services incluant des arrangements commerciaux supplémentaires ou s’écartant des activités décrites pourraient nécessiter une évaluation juridique distincte. P2P.org présente son infrastructure comme non custodiale. Ni P2P.org ni Arkis n’ont annoncé d’accès spécifique pour les institutions américaines ni déclaré que l’intégration avait été évaluée au regard du droit des valeurs mobilières américain. Le communiqué ne précise pas non plus si des restrictions géographiques s’appliquent à Arkis Alpha.
Parallèlement, en mai 2025, l’Office of the Comptroller of the Currency a confirmé que les banques nationales et les associations d’épargne fédérales pouvaient externaliser certaines activités crypto permises à des tiers, à condition de maintenir des contrôles de risque appropriés. Ce guidage portait sur la garde et l’exécution de transactions. Il n’a ni approuvé P2P.org, ni Arkis, ni l’usage d’actifs stakés comme collatéral de trading.
Une extension géographique récente en Amérique latine
Quelques jours avant l’annonce avec Arkis, P2P.org avait formalisé un partenariat avec BoulderTech visant à distribuer des services de staking et de finance décentralisée en Argentine, au Brésil et au Mexique. BoulderTech connecte l’opérateur de validateurs avec des exchanges régionaux, des custodians, des banques, des asset managers et des fonds. Les deux sociétés évaluent également le déploiement d’infrastructure de validation dans des installations soutenues par IRSA en Argentine.
Cette expansion géographique montre que la stratégie de P2P.org ne se limite pas aux marchés nord-américains ou européens. Elle vise aussi les zones où l’adoption institutionnelle de la crypto progresse rapidement et où les besoins de solutions de collatéral et de rendement se croisent.
Ce que cela change pour la gestion institutionnelle
Les équipes de trésorerie et de risque des fonds crypto se retrouvent face à une évolution structurelle. Une part croissante des bilans institutionnels repose désormais sur des actifs qui génèrent du rendement. Les fournisseurs de crédit ont longtemps été lents à intégrer ces positions dans les calculs de marge. L’intégration P2P.org-Arkis place explicitement les actifs stakés aux côtés des autres positions pour le calcul de marge.
Une part croissante des livres institutionnels repose sur des actifs qui génèrent du rendement, et les fournisseurs de crédit ont été lents à traiter ces positions comme faisant partie du portefeuille qu’ils marginent.
Oleksandr Proskurin, directeur produit et co-fondateur d’Arkis
Cette citation illustre le problème que l’intégration cherche à résoudre. Les institutions ne veulent plus choisir entre rendement et liquidité opérationnelle. Elles veulent que le capital staké reste productif tout en servant de base de crédit.
Les limites et les points de vigilance
Plusieurs éléments restent à surveiller. Le dispositif est pour l’instant limité à Solana et Avalanche. Aucune date n’a été communiquée pour l’ajout d’autres réseaux proof-of-stake. Les récompenses de staking ne sont pas garanties et varient selon les conditions de réseau. Le risque de slashing, même s’il est pris en compte dans la marge, n’est pas nul. Une baisse significative du prix de l’actif staké ou un changement des paramètres de marge peut entraîner des appels de marge ou des liquidations.
Par ailleurs, le caractère non custodial de l’infrastructure de staking ne signifie pas l’absence de risque opérationnel ou de contrepartie. Les institutions doivent toujours évaluer la solidité de l’opérateur, la qualité des contrôles de risque du prime broker et la conformité de l’ensemble avec leur cadre réglementaire interne et local.
Points de vigilance pour les institutions
- Limitation actuelle aux réseaux Solana et Avalanche.
- Prise en compte du risque de slashing et de downtime dans le calcul de marge.
- Absence d’indication claire sur l’accès pour les institutions américaines.
- Nécessité d’une évaluation juridique au cas par cas selon les juridictions.
- Variation des récompenses selon les conditions de protocole.
Une étape vers une meilleure efficacité du capital
L’annonce P2P.org-Arkis s’inscrit dans une tendance plus large : rendre les actifs yield-bearing pleinement utilisables dans les structures de crédit et de trading institutionnelles. Pendant longtemps, le staking a été perçu comme un placement à part, distinct des opérations de marché. Cette séparation créait des frictions de capital et des opportunités manquées.
En intégrant les positions stakées dans le calcul de marge global, Arkis et P2P.org proposent une approche plus unifiée. Le capital reste productif d’un point de vue protocole tout en servant de base de collatéral. Cette dualité répond à une demande réelle des acteurs qui gèrent des volumes significatifs et qui cherchent à optimiser chaque dollar déployé.
Perspectives et prochaines étapes possibles
Plusieurs questions restent ouvertes. D’autres réseaux proof-of-stake seront-ils ajoutés rapidement ? Les institutions américaines pourront-elles accéder au dispositif dans un cadre clairement défini ? Comment évoluera le modèle de pricing du risque validateur à mesure que les volumes augmenteront ? Les réponses à ces questions détermineront l’ampleur de l’adoption.
Pour l’instant, l’intégration est live via Carry Trades sur Arkis Alpha. Les clients peuvent déjà sélectionner des positions stakées Solana ou Avalanche et explorer les stratégies disponibles. Cette disponibilité concrète constitue le principal signal : il ne s’agit plus seulement d’une annonce conceptuelle, mais d’un produit opérationnel.
Conclusion : un collatéral plus intelligent pour un capital plus productif
L’intégration entre P2P.org et Arkis marque une évolution concrète dans la manière dont les institutions peuvent mobiliser leurs actifs stakés. En permettant d’utiliser Solana et Avalanche stakés comme collatéral sans unstaking préalable, tout en conservant les récompenses de protocole, les deux sociétés s’attaquent à une friction réelle du marché institutionnel.
Le modèle n’est pas sans risque. Le slashing, le downtime validateur et la volatilité de prix restent des paramètres à gérer. Mais en intégrant explicitement ces risques dans le calcul de marge, Arkis propose un cadre plus réaliste que ceux qui ignoraient purement et simplement la dimension opérationnelle du staking.
Pour les institutions qui cherchent à maximiser l’efficacité de leur capital tout en restant exposées aux rendements de staking, cette solution représente une option concrète. Elle s’inscrit dans une trajectoire plus large où le staking cesse d’être un silo et devient une composante active de la gestion de portefeuille et de crédit. Les prochains mois diront si d’autres réseaux et d’autres juridictions suivront rapidement ce mouvement.
