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    Or Numérique Vers 170 Milliards En 2031

    Steven SoarezDe Steven Soarez20/10/2026Aucun commentaire14 Mins de Lecture
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    Imaginez un actif ancestral, l’or, qui a traversé les siècles comme refuge de valeur, se métamorphoser en quelques années en produit accessible depuis un smartphone. Aujourd’hui, ce marché que l’on appelle or numérique ou or digital pèse déjà entre 45 et 55 milliards de dollars. Selon une étude conjointe du World Gold Council et du Boston Consulting Group publiée récemment, il pourrait atteindre 160 à 170 milliards d’ici 2031. Et ce n’est que le scénario de base. Derrière ces chiffres se cache une réalité plus vaste : une demande latente estimée à près de 700 milliards si les freins actuels disparaissaient. Entre tokenisation, applications de paiement et nouvelles formes de collatéral, l’or entre dans une ère où la confiance physique rencontre la fluidité digitale.

    Une croissance explosive attendue pour l’or digital d’ici 2031

    Le rapport d’octobre 2026 du World Gold Council et de BCG dresse un tableau clair. Le marché de l’or numérique, qui regroupe à la fois les produits tokenisés sur blockchain et les offres digitales adossées à de l’or physique stocké en coffre, se situe actuellement entre 45 et 55 milliards de dollars. Dans leur projection centrale, les analystes anticipent une progression annuelle d’environ 27 % sur les cinq prochaines années, portant la taille du marché à 160-170 milliards de dollars en 2031.

    Ce n’est pas un simple exercice théorique. Les chercheurs ont passé au crible plus de 70 produits d’or digital existants. Ils ont interrogé plus de 12 000 investisseurs particuliers dans 12 pays et mené des entretiens avec une vingtaine d’experts issus de banques, de places de marché, de sociétés de gestion et d’infrastructures aurifères. Le modèle couvre 96 pays représentant 98 % de la richesse investissable mondiale. Il croise le nombre d’investisseurs potentiels, leur patrimoine moyen, leur taux de participation attendu et la part d’allocation qu’ils pourraient consacrer à l’or digital.

    Un point méthodologique essentiel mérite d’être souligné : les prix de l’or sont maintenus constants dans les calculs. Les auteurs excluent également les scénarios de failles de sécurité majeures ou de défaillances de conservation qui pourraient freiner durablement l’appétit des investisseurs. En d’autres termes, la projection repose sur une adoption progressive sans catastrophe de confiance.

    Ce qu’il faut retenir des projections centrales

    • Marché actuel estimé entre 45 et 55 milliards de dollars
    • Croissance annuelle d’environ 27 % dans le scénario de base
    • Taille attendue de 160 à 170 milliards d’ici 2031
    • Scénario accéléré possible entre 270 et 280 milliards
    • Demande latente théorique autour de 700 milliards si les obstacles sont levés

    Le World Gold Council rappelle par ailleurs que le marché de l’or d’investissement physique représente environ 13 000 milliards de dollars. L’or digital en représente aujourd’hui moins de 1 %. La marge de progression apparaît donc considérable, à condition que les conditions d’accès et de confiance évoluent.

    Le scénario optimiste et la demande latente de 700 milliards

    Au-delà du scénario de base, le rapport explore une trajectoire plus rapide. Dans cette version, le marché de l’or digital atteindrait 270 à 280 milliards de dollars en 2031. Cette accélération suppose que les freins liés à la confiance des investisseurs, à la distribution, à l’utilité des produits et à leur coût soient levés plus rapidement qu’attendu.

    La fameuse estimation de 700 milliards de dollars ne constitue pas une prévision de flux d’investissement sur cinq ans. Elle représente plutôt le potentiel de demande qui pourrait se manifester si l’ensemble des obstacles actuels disparaissaient. Il s’agit d’une mesure de demande latente, pas d’un objectif de marché à horizon 2031. Cette distinction est cruciale pour éviter toute confusion entre ambition théorique et projection réaliste.

    Parmi les enseignements les plus marquants, près de 65 % de la demande potentielle viendrait de personnes qui ne détiennent pas encore d’or. Chez les investisseurs déjà présents dans l’or digital, 52 % n’avaient jamais possédé d’or avant leur premier achat numérique. L’or digital ne se contente donc pas de cannibaliser l’existant : il élargit le vivier d’investisseurs.

    L’intérêt significatif des investisseurs pour l’or digital est clair, mais la demande ne pourra pas s’étendre sans l’infrastructure appropriée derrière.

    David Tait, directeur général du World Gold Council

    Le rôle central de la distribution et des applications familières

    L’un des facteurs les plus déterminants identifiés par l’étude concerne les canaux de distribution. Dans les marchés où l’or digital est proposé via des applications de paiement déjà utilisées au quotidien, des services bancaires ou des plateformes familières, le taux de détention peut être jusqu’à sept fois plus élevé. La Chine, l’Inde et l’Indonésie sont citées comme exemples de territoires où ces canaux sont déjà bien implantés.

    Cette observation change la donne. L’adoption ne dépend pas uniquement de la qualité du produit ou de la solidité de l’adossement physique. Elle dépend aussi de la friction : plus le parcours d’achat est intégré dans des habitudes existantes, plus la conversion progresse. Les investisseurs ne cherchent pas nécessairement un nouveau compte ou une nouvelle application spécialisée. Ils veulent pouvoir agir depuis les outils qu’ils utilisent déjà.

    Cette logique de distribution explique en partie pourquoi certains marchés émergents progressent plus vite que d’autres sur ce segment. L’or digital n’est pas seulement une innovation technologique. C’est aussi une question d’expérience utilisateur et de proximité avec les comportements financiers du quotidien.

    Tokenisation et volumes de trading déjà impressionnants

    La partie tokenisée de l’or digital a déjà franchi des seuils notables. Selon le rapport, la valeur de l’or tokenisé s’élève à environ 6 milliards de dollars, soit près de cinq fois son niveau de fin 2024. Ce segment ne représente qu’une fraction de l’or digital global, qui inclut également des produits non blockchain adossés à de l’or en coffre.

    Les volumes de trading spot sont encore plus éloquents. Au premier trimestre 2026, les échanges d’or tokenisé ont dépassé 90 milliards de dollars. Des données antérieures de CoinGecko faisaient état de 90,7 milliards pour ce trimestre, contre 84,6 milliards pour l’ensemble de l’année 2025. Ces chiffres correspondent à des volumes cumulés d’échanges, pas à la valeur des tokens en circulation. Un même token peut changer de main plusieurs fois, ce qui interdit de confondre volume de transactions et nouvelle demande d’investissement.

    Au-delà du simple trading, l’or tokenisé trouve de nouveaux usages. Des protocoles de prêt décentralisés ont commencé à accepter des tokens d’or comme collatéral. Tether Gold a notamment atteint un plafond d’emprunt de 25 millions de dollars sur Aave avant que celui-ci ne soit relevé face à la demande. D’autres acteurs, comme Arch, proposent désormais des prêts adossés à PAX Gold et Tether Gold. L’or n’est plus seulement un actif de conservation. Il devient un outil de liquidité et de levier au sein de l’écosystème crypto.

    Confiance, rachat et régulation : les freins encore bien présents

    Malgré l’intérêt manifeste, les freins restent nombreux. Près de neuf investisseurs sur dix interrogés se disent prêts à considérer l’or digital si les conditions sont réunies. La confiance arrive en tête des exigences. Les répondants insistent sur la nécessité de preuves transparentes d’adossement physique, de protections pour les consommateurs, d’une régulation plus claire et de la possibilité de racheter leurs avoirs numériques contre de l’or physique.

    Sans ces garanties, une partie importante de la demande potentielle reste dormante. Le World Gold Council travaille d’ailleurs sur une initiative baptisée Gold as a Service. Il s’agit d’une infrastructure partagée destinée à faciliter l’émission, la conservation, l’approvisionnement et la conformité des produits d’or digital. L’objectif est de créer un socle commun de confiance pour l’ensemble de l’industrie.

    La question de la régulation reste centrale. Dans de nombreux marchés, le cadre juridique applicable aux tokens d’or ou aux produits digitaux adossés à du métal précieux n’est pas encore pleinement stabilisé. Cette incertitude freine à la fois les émetteurs et les investisseurs institutionnels. Tant que les règles ne seront pas plus claires, une partie du potentiel restera inaccessible.

    Principaux obstacles identifiés par les investisseurs

    • Manque de transparence sur l’adossement physique réel
    • Absence de protections consommateurs suffisantes
    • Régulation encore floue dans plusieurs juridictions
    • Difficultés ou incertitudes liées au rachat en or physique
    • Coûts parfois perçus comme trop élevés

    L’or digital comme source de rendement et de collatéral

    L’évolution la plus intéressante de ces derniers mois concerne peut-être l’usage de l’or comme actif productif. En septembre, Paxos Labs a lancé un token baptisé PAXGy, qui accepte des dépôts de PAX Gold et cherche à générer des rendements via le leasing institutionnel d’or. La valeur de rachat du token est censée croître en termes d’or à mesure que les revenus de leasing s’accumulent. Bien sûr, les risques de défaut des emprunteurs existent et sont clairement mentionnés dans les documents du projet.

    Une évaluation de risque publiée en octobre a examiné l’intégration possible de ce token dans des protocoles de prêt décentralisés, notamment en ce qui concerne les limites de collatéral, la liquidité et les modalités de retrait. Ces développements montrent que l’or digital ne se limite plus à une simple représentation numérique du métal. Il devient un outil financier à part entière, capable de générer du rendement ou de servir de garantie.

    Cette évolution rapproche l’or des logiques déjà bien ancrées dans la finance décentralisée. Là où les stablecoins ont permis de monétiser des réserves de cash, l’or tokenisé commence à monétiser des réserves de métal précieux. La différence majeure réside dans la nature de l’actif sous-jacent : un actif réel, rare et historiquement recherché en période d’incertitude.

    Qui sont les nouveaux investisseurs de l’or digital ?

    Le profil des investisseurs change. La notoriété de l’or digital atteint 50 % chez les 25-34 ans, contre seulement 23 % chez les 55 ans et plus. Les générations plus jeunes, déjà habituées aux applications financières et aux actifs numériques, semblent plus réceptives. Pour elles, détenir de l’or via un token ou une application n’a rien d’étrange. C’est simplement une autre forme de détention d’actifs.

    Le rapport estime qu’environ 95 milliards de dollars de l’expansion prévue dans le scénario de base d’ici 2031 pourraient constituer une véritable nouvelle demande pour l’or. Autrement dit, une partie significative de la croissance ne viendrait pas d’un simple transfert depuis l’or physique ou les ETF, mais de l’arrivée de nouveaux participants sur le marché.

    Cette dynamique est importante pour l’ensemble de l’industrie aurifère. Si l’or digital réussit à attirer des investisseurs qui n’auraient jamais acheté de lingots ou de pièces, il élargit durablement la base de demande. Dans un marché où l’offre minière progresse lentement, toute nouvelle source de demande a un impact potentiel sur les équilibres de long terme.

    Les implications pour les acteurs traditionnels de l’or

    Les banques, les raffineries, les dépositaires et les sociétés de gestion ne peuvent ignorer cette évolution. L’or digital crée de nouveaux intermédiaires et de nouvelles chaînes de valeur. Certains acteurs historiques choisissent d’entrer dans le jeu en proposant leurs propres solutions ou en s’associant à des plateformes de tokenisation. D’autres restent prudents, attendant que le cadre réglementaire se clarifie.

    L’initiative Gold as a Service du World Gold Council illustre cette volonté de structurer le marché plutôt que de le laisser se développer de manière fragmentée. En mutualisant certains services d’infrastructure, l’organisation espère réduire les coûts, améliorer la transparence et renforcer la confiance globale. Si cette approche réussit, elle pourrait accélérer l’adoption bien au-delà des projections actuelles.

    Pour les investisseurs particuliers, l’enjeu reste simple : disposer d’un moyen accessible, liquide et sécurisé de s’exposer à l’or. L’or digital répond à ces attentes à condition que les garanties de conservation et de rachat soient solides. Pour les institutionnels, les questions de conformité, de reporting et de gestion des risques de contrepartie restent prioritaires.

    Or digital versus Bitcoin : deux récits qui se croisent

    Il est impossible d’évoquer l’or digital sans aborder la comparaison avec Bitcoin. Depuis des années, le récit de Bitcoin comme « or numérique » structure une partie du débat. Pourtant, les deux actifs ne jouent pas exactement le même rôle. Bitcoin offre une rareté algorithmique et une liquidité mondiale 24 heures sur 24. L’or, même sous forme digitale, reste adossé à un actif physique dont l’offre est contrainte par la géologie et les coûts d’extraction.

    L’or digital combine en quelque sorte les avantages des deux mondes : la liquidité et la divisibilité d’un actif numérique, avec le sous-jacent tangible et historiquement éprouvé de l’or. Dans un portefeuille, les deux peuvent coexister. Certains investisseurs y voient une couverture contre l’inflation et les incertitudes monétaires, d’autres une diversification pure et simple.

    Le rapport du World Gold Council et de BCG ne se positionne pas dans ce débat idéologique. Il se contente de quantifier un marché en formation. Mais les chiffres montrent que l’appétit pour une exposition digitale à l’or existe bel et bien, et qu’il pourrait croître rapidement si les conditions s’améliorent.

    Les risques à ne pas sous-estimer

    Comme tout marché en expansion, l’or digital n’est pas exempt de risques. Les failles de sécurité, les problèmes de conservation, les défauts d’émetteurs ou les difficultés de rachat en période de stress pourraient éroder la confiance. Le modèle du rapport exclut explicitement ces scénarios catastrophiques, ce qui rappelle que les projections reposent sur une hypothèse de continuum de confiance.

    La concentration des produits sur quelques émetteurs majeurs constitue un autre point de vigilance. Si un acteur important rencontrait des difficultés, l’impact sur la perception globale du segment pourrait être significatif. La transparence sur les audits, les réserves et les procédures de rachat restera donc un critère déterminant pour les investisseurs exigeants.

    Enfin, la question des frais ne doit pas être négligée. Certains produits digitaux affichent des coûts de gestion ou de transaction qui réduisent l’attractivité par rapport à des ETF or classiques ou à la détention physique. La concurrence devrait naturellement exercer une pression à la baisse sur ces frais, mais le rythme de cette compression reste à confirmer.

    Ce que révèle vraiment le rapport pour les années à venir

    Au-delà des chiffres, le message principal du World Gold Council et de BCG est clair : l’intérêt des investisseurs pour l’or digital existe à grande échelle, mais il ne se traduira en volumes massifs que si l’infrastructure, la confiance et la distribution progressent de concert. Le marché de 160-170 milliards de dollars en 2031 n’est pas une certitude. C’est une trajectoire plausible dans un environnement où les freins se réduisent progressivement.

    La demande latente de 700 milliards rappelle l’ampleur du potentiel. Elle montre aussi l’écart entre ce que les investisseurs déclarent être prêts à faire et ce qu’ils font réellement aujourd’hui. Combler cet écart est le défi des prochains mois et des prochaines années pour l’ensemble de l’écosystème.

    Pour les observateurs du secteur crypto et de la finance traditionnelle, ce rapport constitue un signal important. L’or, actif le plus ancien de l’histoire monétaire, entre dans une phase de modernisation accélérée. La tokenisation, les applications de paiement et les usages de collatéral redessinent les modalités d’accès à cet actif. Ceux qui sauront proposer des solutions transparentes, liquides et intégrées dans les parcours existants auront une longueur d’avance.

    L’or digital n’est plus une curiosité de niche. Il devient un segment de marché à part entière, avec ses volumes, ses acteurs, ses risques et ses opportunités. Les projections du World Gold Council et de BCG offrent une feuille de route utile, à condition de garder à l’esprit que tout repose encore sur la capacité du secteur à bâtir et maintenir la confiance. Sans elle, même le plus beau potentiel reste lettre morte.

    Dans les mois qui viennent, l’attention se portera sans doute sur les avancées réglementaires, le déploiement d’infrastructures partagées et la capacité des produits existants à convaincre une base d’investisseurs plus large. Si ces éléments s’alignent, le marché de l’or numérique pourrait effectivement connaître l’une des croissances les plus rapides de l’histoire récente des actifs digitaux adossés à des matières premières. Le temps dira si les 170 milliards de 2031 ne sont qu’une étape, ou déjà un plafond provisoire.

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    Steven Soarez
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