Imaginez un instant : pendant des années, le Bitcoin trônait en maître incontesté des conversations financières en ligne. Memecoins délirants, altcoins prometteurs, annonces tonitruantes… la sphère crypto occupait presque exclusivement l’espace médiatique et social. Et puis, soudainement, sans crier gare, deux actifs millénaires ont repris le dessus. L’or et l’argent. Oui, ces métaux précieux que l’on croyait relégués aux livres d’histoire et aux coffres-forts de nos grands-parents.
En ce début d’année 2026, les chiffres sont sans appel : les discussions autour de l’or et surtout de l’argent ont dépassé celles consacrées aux cryptomonnaies sur la majorité des plateformes sociales. Un retournement de tendance aussi brutal qu’inattendu qui mérite qu’on s’y attarde.
Quand les métaux précieux volent la vedette au Bitcoin
Ce phénomène n’est pas une simple anecdote. Il traduit un changement profond dans le comportement des investisseurs particuliers, ces fameux « retail investors » souvent moqués dans la sphère crypto, mais qui représentent pourtant l’essentiel des flux réels sur les marchés.
La plateforme d’analyse on-chain et sociale Santiment l’a clairement démontré : durant la majeure partie du mois de janvier 2026, les mentions combinées de « gold » et « silver » ont surpassé celles de l’ensemble du marché crypto, Bitcoin compris. Un événement rare, qui n’était plus arrivé à une telle échelle depuis plusieurs années.
Quelques chiffres marquants relevés par Santiment en janvier 2026 :
- L’or a dominé les conversations financières du 8 au 18 janvier
- L’argent a connu deux pics majeurs : du 1er au 6 janvier puis en fin de mois
- Les mentions « silver » ont brièvement dépassé celles de « bitcoin » pendant 72 heures consécutives
- Le volume social combiné or + argent a atteint 2,8 fois celui du marché crypto pendant 5 jours
Ces données ne mentent pas. Elles traduisent un intérêt soudain, massif et généralisé pour les métaux précieux, au détriment de l’écosystème crypto qui semblait jusque-là invincible sur le terrain des réseaux sociaux.
Pourquoi ce retour en force des métaux précieux ?
La réponse tient en trois lettres : prix. Lorsque les prix montent fortement, l’attention suit. C’est aussi simple que cela.
L’or a inscrit de nouveaux records historiques dès la première quinzaine de janvier 2026, franchissant allègrement des niveaux qui semblaient encore inatteignables quelques mois plus tôt. Mais c’est surtout l’argent qui a créé la surprise avec une trajectoire presque parabolique.
En quelques semaines, le métal gris a bondi de manière spectaculaire pour atteindre un plus haut historique dépassant brièvement les 117 $. Un niveau jamais vu auparavant. Cette hausse explosive a immédiatement déclenché le classique mécanisme du FOMO (Fear Of Missing Out) chez les investisseurs particuliers.
« Quand un actif multiplie par deux ou trois en quelques mois, les réseaux sociaux s’enflamment. C’est systématique, que ce soit le Bitcoin en 2017, le Dogecoin en 2021 ou l’argent en janvier 2026. »
Analyste anonyme cité sur Santiment
Pourtant, cette euphorie a été de courte durée. Quelques heures seulement après avoir touché ce record absolu, l’argent a plongé de plus de 12 % en l’espace de deux heures, retombant sous les 103 $. Une violence de correction que l’on associe habituellement aux cryptomonnaies les plus spéculatives, et beaucoup moins aux métaux précieux réputés pour leur stabilité relative.
Une volatilité inhabituelle pour l’argent
Cette correction éclair pose question. Historiquement, l’argent est certes plus volatil que l’or, mais rarement à ce point. Ce mouvement rappelle étrangement les fameuses « wick » du Bitcoin ou des altcoins lors des phases d’euphorie.
Selon plusieurs analystes, cette volatilité accrue s’explique par l’arrivée massive de nouveaux participants sur le marché de l’argent : des investisseurs crypto habitués aux mouvements de +50 % ou -30 % en 24 heures, qui ont importé leurs comportements spéculatifs dans un marché traditionnellement plus institutionnel.
Résultat : des volumes records sur les ETF argent, des positions explosives sur les contrats futures du COMEX, et une attention démesurée sur les forums et réseaux sociaux. Un cocktail qui a temporairement transformé l’argent en « crypto-metal ».
Signes d’une possible surchauffe (selon Santiment) :
- Pic historique de mentions sociales positives
- Ratio peur/gourmandise extrême côté « greed »
- Volume de messages contenant « to the moon » multiplié par 7
- Augmentation massive des recherches Google sur « comment acheter argent physique »
Autant d’éléments qui, dans le monde crypto, signalent généralement un sommet local imminent. Reste à savoir si les mêmes règles s’appliquent aux métaux précieux en 2026.
Le Bitcoin relégué… mais pas oublié
Il serait exagéré de dire que le Bitcoin a disparu des radars. Loin de là. Les données Google Trends montrent toujours des pics très nets dès que le prix du BTC bouge significativement. Les recherches sur « prix bitcoin » restent soutenues.
Mais sur les réseaux sociaux – Twitter/X, Reddit, TikTok, forums spécialisés – le récit dominant a clairement basculé vers les métaux précieux pendant plusieurs semaines. Le Bitcoin est devenu un sujet parmi d’autres, plus un aimant à l’attention universel.
Cette perte relative de domination sociale est-elle anecdotique ou annonce-t-elle un changement plus structurel ?
Une rotation sectorielle en cours ?
Plusieurs indices suggèrent que les capitaux se déplacent réellement.
Santiment a notamment relevé une contraction de 2,24 milliards de dollars de la capitalisation des stablecoins en seulement dix jours fin janvier 2026. Parallèlement, l’or et l’argent atteignaient de nouveaux sommets. Le lien de cause à effet semble assez clair : une partie des liquidités qui circulaient dans l’écosystème crypto a migré vers les métaux précieux.
« Les stablecoins perdent du terrain quand un autre actif brille plus fort. C’est mécanique. »
Observation Santiment, janvier 2026
Cette rotation n’est pas nécessairement un abandon définitif des cryptomonnaies. Elle reflète plutôt un comportement opportuniste : les investisseurs particuliers vont là où le momentum est le plus fort à un instant T. En janvier 2026, ce momentum était clairement du côté des métaux précieux.
Que nous apprend ce changement sur l’état d’esprit des investisseurs ?
Première leçon : les investisseurs particuliers sont de plus en plus agiles. Ils n’hésitent plus à changer de classe d’actifs dès que les rendements se concentrent ailleurs. Fini le temps où la communauté crypto vivait en vase clos, convaincue de sa supériorité narrative.
Deuxième leçon : le récit « or vs bitcoin » qui divisait les camps il y a encore quelques années s’est largement estompé. Aujourd’hui, de nombreux investisseurs possèdent les deux, et arbitrent en fonction des opportunités. L’un n’exclut plus l’autre.
Troisième leçon : la performance reste le principal moteur d’attention. Peu importe l’actif, peu importe la classe, dès qu’un marché monte vite et fort, les regards convergent vers lui. C’est aussi simple et aussi brutal que cela.
L’argent peut-il rester durablement sous les projecteurs ?
La question est légitime. L’argent a toujours été plus spéculatif que l’or, avec des phases d’emballement suivies de violentes corrections. Le record de 117 $ suivi d’un effondrement éclair en est la parfaite illustration.
Pourtant, plusieurs éléments fondamentaux soutiennent l’idée que l’argent pourrait conserver une attention soutenue en 2026 :
- Demande industrielle toujours croissante (panneaux solaires, véhicules électriques, électronique)
- Ratio or/argent historiquement très élevé (plus de 80:1 contre une moyenne longue période autour de 60:1)
- Retour de l’inflation réelle dans plusieurs grandes économies
- Perte de confiance dans certaines monnaies fiduciaires émergentes
- Positionnement institutionnel encore relativement faible comparé à l’or
Tous ces facteurs pourraient maintenir une pression haussière sur le long terme, même si des corrections violentes restent probables à court terme.
Et le Bitcoin dans tout ça ?
Le roi des cryptomonnaies n’a pas dit son dernier mot. Historiquement, chaque fois que l’attention s’est temporairement détourné de lui, il a fini par reprendre sa place centrale dès que le cycle haussier reprenait de la force.
De plus, certains analystes commencent à évoquer la possibilité d’un scénario où or, argent ET Bitcoin montent simultanément, notamment dans un contexte de forte création monétaire, de dédollarisation ou de crise de confiance dans les monnaies fiat.
Ce scénario n’est pas absurde : l’or et l’argent comme valeur refuge traditionnelle, le Bitcoin comme version digitale de l’or avec une narrative « monnaie du futur ».
Conclusion : la fin de la suprématie crypto sur les réseaux ?
Pas si vite. Ce qui se passe depuis janvier 2026 est avant tout un rappel : aucun actif n’est éternellement dominant sur les réseaux sociaux. L’attention est fluide, opportuniste, et suit les performances avec une fidélité déconcertante.
Aujourd’hui l’or et l’argent brillent plus fort ? Les conversations suivent. Demain le Bitcoin reprendra-t-il le dessus ? C’est probable dès qu’il montrera à nouveau un momentum supérieur.
Une chose est sûre : les investisseurs particuliers ne sont plus prisonniers d’une seule classe d’actifs. Ils chassent le rendement là où il se trouve, sans complexe ni tabou. Et c’est peut-être la plus grande révolution de ces dernières années.
Dans un monde financier de plus en plus interconnecté, l’or, l’argent et le Bitcoin ne sont plus des concurrents absolus. Ils sont devenus des options complémentaires dans l’arsenal d’une nouvelle génération d’investisseurs ultra-réactifs.
Reste une question ouverte : et si la prochaine grande vague haussière était… toutes ces classes d’actifs à la fois ?
À suivre de très près.
