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    L’Europe Place Les Cryptos Sous Surveillance Anticorruption

    Steven SoarezDe Steven Soarez08/10/2026Aucun commentaire19 Mins de Lecture
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    Un portefeuille numérique ne laisse pas de mallette dans un coffre. Il laisse une suite d’adresses, parfois un mélangeur, parfois une société écran immatriculée à l’autre bout du continent. Le 8 octobre 2026, les députés européens ont décidé que cette zone grise ne pouvait plus rester en marge de la lutte contre la corruption. Ils n’ont pas interdit les cryptomonnaies. Ils ont demandé à la Commission de les traiter, avec les montages opaques et les outils numériques, comme un terrain où l’argent sale sait encore se déplacer plus vite que les enquêtes.

    La résolution adoptée ce jeudi est non contraignante. Elle ne crée ni taxe, ni licence, ni obligation immédiate pour les plateformes. Elle pèse pourtant, parce qu’elle arrive au moment où Bruxelles prépare une stratégie anticorruption attendue avant la fin de 2026, et parce qu’elle s’ajoute à un règlement déjà en vigueur sur les marchés de crypto-actifs. Le message politique est simple: tracer, geler, confisquer, récupérer. Le détail juridique, lui, reste à écrire.

    Ce que les députés ont réellement demandé

    Le texte s’inscrit dans les priorités que le Parlement veut voir figurer dans la future stratégie de la Commission. Au centre, la récupération des avoirs issus de la corruption et d’autres infractions. Les élus veulent des mécanismes plus solides pour identifier les produits illicites, empêcher leur déplacement et les ramener dans le circuit légal une fois l’enquête close.

    Trois zones sont nommément citées: les actifs crypto, les structures de propriété peu lisibles, et les technologies numériques au sens large. Ce triptyque n’est pas anodin. Il relie un instrument de transfert, un véhicule sociétaire et un ensemble d’outils qui peuvent servir autant à dissimuler qu’à enquêter. La résolution ne dit pas que toute crypto est suspecte. Elle dit que l’opacité, lorsqu’elle se combine à des flux rapides et transfrontaliers, complique le travail des magistrats et des autorités de recouvrement.

    Autre point, souvent perdu dans les titres: rien dans ce vote n’instaure de nouvelle restriction sur les transactions, ni de contrainte de conformité immédiate pour les entreprises du secteur. Le Parlement oriente. La Commission choisira ensuite ce qu’elle reprend. Entre les deux, il y a des mois de rédaction, de consultations et d’arbitrages entre États membres.

    Ce que l’on sait, et ce que l’on ne sait pas encore.

    • Le vote date du 8 octobre 2026 et porte sur une résolution non contraignante.
    • La stratégie anticorruption de la Commission est attendue avant la fin de 2026.
    • Les priorités citées incluent le traçage, le gel, la confiscation et la récupération des produits d’infractions.
    • Aucune interdiction nouvelle des transactions crypto n’est créée par ce texte.
    • Le sort exact des recommandations dépendra de ce que la Commission décidera d’intégrer.

    Une résolution qui ne change pas la loi, mais déplace le débat

    En droit de l’Union, une résolution du Parlement n’équivaut pas à un règlement. Elle n’entre pas en vigueur le lendemain dans les places de marché. Elle sert de boussole politique. Lorsqu’elle précède une stratégie annoncée, elle fixe toutefois des termes que la Commission aura du mal à ignorer totalement: propriété réelle, conflits d’intérêts, marchés publics, financement politique, protection des sources.

    Pour les acteurs du secteur, la distinction compte. Un texte non contraignant ne déclenche pas, à lui seul, un chantier de mise en conformité. Il peut en revanche colorer les lignes directrices, les priorités de supervision et les discussions nationales sur le recouvrement d’avoirs. Ceux qui attendent une date d’application unique risquent d’être déçus. L’effet, s’il vient, sera diffus.

    Le calendrier reste le meilleur ancrage. La directive anticorruption est entrée en vigueur en mai 2026. Elle pose des définitions communes et des peines minimales. La stratégie doit la compléter par des recommandations de politique publique: prévention, contrôle institutionnel, récupération. Le vote d’octobre nourrit ce second étage, pas le premier.

    Tracer, geler, confisquer, récupérer: quatre verbes, quatre métiers

    Ces quatre verbes recouvrent des étapes distinctes. Tracer, c’est relier un flux à une personne ou à une structure. Geler, c’est immobiliser avant que l’actif ne change de main. Confisquer, c’est trancher juridiquement. Récupérer, c’est faire rentrer la valeur dans les caisses publiques ou vers les victimes, selon le cadre national.

    Sur une chaîne publique, la première étape est parfois plus facile que dans la banque traditionnelle: l’historique est visible. La difficulté commence à l’identification. Une adresse n’est pas un nom. Un mélange de transactions, un passage par une plateforme étrangère non coopérative, ou un transfert vers un actif peu liquide peuvent casser la chaîne probatoire. Les députés demandent des procédures plus robustes, sans détailler les outils. C’est volontairement large.

    Le gel pose un autre problème de tempo. Une ordonnance qui met trois semaines à circuler entre juridictions arrive après que les fonds ont déjà bougé. Les élus insistent sur la capacité à empêcher le déplacement. Dans la pratique, cela suppose des canaux entre autorités judiciaires, cellules de renseignement financier et, le cas échéant, prestataires de services sur crypto-actifs déjà autorisés. Le texte ne crée pas ces canaux. Il dit qu’ils doivent être à la hauteur.

    Les élus veulent que la stratégie traite les produits de la corruption là où ils circulent vraiment: dans des montages opaques, des outils numériques et des actifs qui changent de main en quelques minutes.

    Synthèse des priorités exprimées par le Parlement européen, octobre 2026

    Cryptos, écrans de propriété et outils numériques

    Le Parlement ne isole pas la crypto comme un problème à part. Il la place à côté des structures de propriété peu claires et des technologies numériques. Cette association est plus révélatrice qu’une simple alerte sectorielle. Un jeton peut être détenu par une société, elle-même détenue par une fondation, elle-même administrée par un mandataire. L’actif n’est alors qu’une couche. L’opacité est dans l’empilement.

    Les outils numériques cités restent génériques. Ils peuvent viser des logiciels de mélange, des places décentralisées, des messageries chiffrées utilisées pour organiser un versement, ou encore des registres distribués employés, à l’inverse, par les enquêteurs. Le texte encourage d’ailleurs, dans la continuité de positions antérieures, l’usage de la technologie de registre pour repérer des transactions illicites. La même infrastructure est donc décrite tour à tour comme risque et comme instrument.

    Cette ambivalence n’est pas nouvelle à Bruxelles. Elle structure presque tout le débat européen depuis l’entrée en application progressive du règlement sur les marchés de crypto-actifs. D’un côté, un marché qu’on veut licencier et surveiller. De l’autre, des usages que ni les licences ni les registres de prestataires ne couvrent entièrement: finance décentralisée, prêts en cryptos, jetons non fongibles, garde autonome.

    Marchés publics et subventions, l’autre face du dossier

    La résolution ne se limite pas aux portefeuilles. Elle demande un meilleur contrôle des marchés publics et des subventions, là où l’argent public peut croiser conflits d’intérêts et influence indue. Pour un lecteur du secteur crypto, le lien n’est pas immédiat. Il l’est pourtant dès qu’un contrat public, une aide à l’innovation ou un partenariat territorial implique un prestataire du numérique.

    Les élus veulent des standards communs pour déclarer et gérer les conflits d’intérêts. L’enjeu est moins spectaculaire qu’une saisie de bitcoins, mais il est souvent plus proche du quotidien administratif. Un élu local qui détient, via une société, une exposition à un projet financé par une collectivité; un cabinet qui conseille à la fois une autorité et un candidat à une licence; un appel d’offres dont les critères techniques favorisent un seul acteur déjà en relation avec le donneur d’ordre.

    Rien de tout cela n’est propre aux cryptomonnaies. Le Parlement choisit néanmoins de traiter ces sujets dans le même paquet que les actifs numériques. Le fil conducteur est la récupération et la prévention, pas la technologie. Quiconque lit le texte uniquement comme une attaque contre Bitcoin en rate la moitié.

    Financement politique, lobbying et règles encore trop nationales

    Le volet politique est explicite. Les députés réclament des règles plus lisibles sur le lobbying et des exigences plus cohérentes sur le financement de la vie politique entre États membres. L’Union n’a pas un seul régime électoral. Elle a vingt-sept traditions, avec des plafonds, des délais de publication et des définitions du don qui ne se recouvrent pas.

    Dès lors qu’un versement peut transiter par un actif numérique, la question du plafond national devient plus technique. Qui est le donateur réel? Le détenteur de la clé, la société qui a acheté les jetons, ou l’intermédiaire qui a converti? Les élus ne tranchent pas. Ils demandent de la cohérence. Pour les partis et les candidats, cela peut se traduire, plus tard, par des obligations de déclaration élargies. Pour l’instant, ce n’est qu’une demande.

    Le lobbying suit la même logique. Un influenceur institutionnel rémunéré en jetons, ou une association financée par une fondation dont les bénéficiaires effectifs restent flous, échappe plus facilement aux registres classiques. Le Parlement veut des règles plus claires. Il ne publie pas, dans cette résolution, le modèle de registre qui s’appliquerait.

    Lanceurs d’alerte et journalistes d’investigation

    Un autre bloc du texte concerne ceux qui révèlent. Les députés demandent des garanties pour les personnes qui signalent une corruption présumée et pour celles qui enquêtent sur le mauvais usage de fonds publics. Ce volet est moins cité dans les dépêches crypto, alors qu’il conditionne souvent la qualité des dossiers: sans source protégée, beaucoup d’affaires de marchés publics n’émergent pas.

    Dans un environnement d’actifs numériques, la protection ne se limite pas à l’anonymat d’un témoin. Elle touche aussi à la sécurité des échanges, à la conservation des preuves et au risque de représailles professionnelles. Le Parlement reste au niveau des principes. Les modalités, là encore, appartiendront à la stratégie et, ensuite, aux droits nationaux.

    Ce point mérite d’être lu avec le reste. Une politique de recouvrement sans protection des révélateurs produit des saisies spectaculaires et peu d’affaires en amont. Une protection sans capacité de gel produit des révélations que l’argent a déjà quittées. Les élus essaient de tenir les deux bouts.

    Le précédent de juillet, quand le Parlement ouvrait déjà MiCA

    Le vote d’octobre ne sort pas de nulle part. En juillet, le Parlement avait déjà demandé un examen de la manière dont la finance décentralisée, le staking, les prêts en cryptos et les jetons non fongibles devraient être traités sous le règlement MiCA. La résolution du 7 juillet, adoptée par 390 voix contre 86 et 134 abstentions, invitait la Commission à regarder les zones du marché que le texte actuel ne couvre pas pleinement.

    Ce précédent portait davantage sur le périmètre réglementaire que sur la corruption. Il insistait sur les contrôles antiblanchiment, l’identification des clients et le suivi des paiements en cryptos. Les élus y exprimaient la crainte d’un contournement des sanctions et des règles contre le blanchiment et le financement du terrorisme. Ils encourageaient les enquêteurs à utiliser la chaîne pour identifier des transactions et à coopérer pour bloquer des transferts illicites.

    Octobre reprend une partie de ce vocabulaire, mais le déplace vers la stratégie anticorruption. On passe d’un débat sur ce que MiCA devrait encore couvrir à un débat sur ce que les autorités devraient pouvoir saisir. Les deux fils peuvent se rejoindre en 2027, lorsque la Commission devra revoir le règlement, mais ils ne sont pas le même dossier.

    • Juillet 2026: appel à examiner DeFi, staking, prêts crypto et jetons non fongibles sous MiCA.
    • Juillet 2026: vote à 390 voix pour, 86 contre, 134 abstentions.
    • Octobre 2026: priorité donnée au traçage et à la récupération dans la stratégie anticorruption.
    • Fin 2026: adoption attendue de la stratégie par la Commission.
    • Juin 2027: revue de MiCA attendue, nourrie par les constats de supervision.

    AMLA, licences et clients qui changent de plateforme

    L’Autorité européenne de lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, dite AMLA, a déjà averti sur les risques liés à la transition des licences. En juillet, sa présidente Bruna Szego a pointé la migration de clients depuis des plateformes non autorisées vers des prestataires agréés, à la fin de la période transitoire de MiCA.

    Le raisonnement est concret. Des entreprises qui quittent le marché de l’Union peuvent connaître des retraits massifs. Des prestataires licenciés qui absorbent ces clients peuvent peiner à tenir leurs standards habituels de conformité. Autrement dit, le risque ne disparaît pas avec la licence: il se déplace, parfois vers les acteurs les mieux encadrés, précisément parce qu’ils restent accessibles.

    L’autorité prévoit un rapport sur les risques de blanchiment dans le secteur crypto au cours de 2026, et veut développer ses capacités d’analyse de chaînes pour le travail de supervision. Ce calendrier croise celui de la stratégie anticorruption. Deux documents différents, une même année, un même sous-jacent: la capacité réelle à voir les flux.

    Ce que la fin de la période transitoire a déjà montré

    Le 1er juillet, la dernière période transitoire a expiré pour les prestataires de services sur crypto-actifs dans les juridictions concernées. Pour exercer légalement les services couverts, il faut l’autorisation. Une analyse publiée en août a compté 1 062 entreprises sans autorisation après l’échéance, contre 281 agréments sur 1 343 prestataires recensés.

    Le même travail attribuait une note de risque élevée ou sévère à 12 % des firmes non autorisées, contre 2 % chez les prestataires autorisés. Il relevait 5 milliards de dollars de transferts directs depuis des firmes non autorisées vers des contreparties sanctionnées, contre 1,7 milliard chez les autorisées. Ces chiffres parlent de statut réglementaire et d’exposition à la criminalité financière. Ils ne mesurent pas, à eux seuls, la corruption au sens de la directive.

    La nuance est utile. Le vote d’octobre traite de produits d’infractions et de transparence de la propriété. L’analyse d’août traite de licences et de flux vers des entités sanctionnées. Les rapprocher est tentant, et partiellement juste: les deux dossiers montrent que l’autorisation ne supprime pas l’exposition. Les confondre serait faux. Un transfert vers une contrepartie sanctionnée n’est pas automatiquement un pot-de-vin, et un pot-de-vin n’emprunte pas toujours une plateforme non licenciée.

    La transition MiCA, en quelques repères issus de l’analyse d’août.

    • 1 343 prestataires recensés, 281 autorisés, 1 062 sans autorisation après l’échéance.
    • Risque élevé ou sévère: 12 % des non autorisés, 2 % des autorisés.
    • Transferts directs vers des contreparties sanctionnées: 5 milliards de dollars d’un côté, 1,7 milliard de l’autre.
    • Ces données éclairent l’exposition, pas le contenu de la résolution d’octobre.

    ESMA, résilience et l’horizon 2027

    En septembre, l’Autorité européenne des marchés financiers a détaillé ses priorités de supervision pour 2027. Au menu: résilience opérationnelle, externalisation, et exigence pour les entreprises crypto de conserver une activité suffisante dans l’Union. L’autorité veut aussi des indicateurs de risque communs et des standards de reporting pour les régulateurs nationaux.

    Son système de surveillance des marchés crypto, MIDAS, doit entrer dans une première phase opérationnelle en 2027. Les constats de supervision sont censés alimenter la revue de MiCA par la Commission, attendue d’ici juin 2027. Pour une plateforme, cela signifie que la licence n’est pas une ligne d’arrivée. C’est le début d’un cycle où l’externalisation d’une fonction critique, ou une coquille européenne sans moyens réels, pourra être questionnée.

    Le lien avec la résolution anticorruption est indirect mais réel. Une supervision qui voit mieux les prestataires voit aussi mieux les clients à risque, les bénéficiaires effectifs déclarés et les écarts entre le discours commercial et l’implantation. Elle ne remplace pas le juge. Elle lui fournit, parfois, un dossier moins troué.

    La directive de mai, socle pénal déjà en place

    La directive anticorruption, en vigueur depuis mai 2026, établit des définitions communes des infractions et des peines minimales. C’est le socle pénal. Sans définitions partagées, une affaire qui traverse trois capitales se perd dans des qualifications différentes. La stratégie à venir doit compléter ce socle par de la prévention, du contrôle institutionnel et du recouvrement.

    Le Parlement le rappelle à sa manière: son texte d’octobre ne modifie pas, à lui seul, la législation existante. La Commission décidera quelles recommandations intégrer. Cette phrase, banale en apparence, est la plus importante pour quiconque gère un risque réglementaire. Tant que la stratégie n’est pas adoptée, et tant qu’elle n’est pas déclinée, il n’y a pas de nouvelle obligation sectorielle née de ce vote.

    Il y a en revanche un signal. Les thèmes que les élus veulent voir écrits noir sur blanc sont désormais publics. Une entreprise qui attend le dernier projet de texte pour réfléchir à la propriété réelle de ses véhicules, ou à la qualité de ses dossiers de gel, prend un retard qui ne se rattrape pas en quelques semaines.

    Ce que les prestataires peuvent déjà anticiper

    Anticiper n’est pas obéir à une règle qui n’existe pas. C’est regarder où les priorités convergent. MiCA demande une autorisation pour les services couverts. Le paquet antiblanchiment demande une identification et un suivi. La résolution d’octobre demande une meilleure récupération. AMLA prépare un rapport de risques. ESMA prépare des indicateurs communs. Le point de contact, pour un prestataire, est la qualité du dossier client et la capacité à répondre vite à une demande de gel.

    Trois questions pratiques reviennent. Le bénéficiaire effectif est-il documenté au-delà du formulaire? Les flux vers des juridictions ou des contreparties à risque sont-ils expliqués, pas seulement filtrés? L’entreprise peut-elle produire, dans un délai compatible avec une ordonnance, l’historique nécessaire sans casser son service pour les autres clients? Aucune de ces questions n’est créée par le vote du 8 octobre. Toutes deviennent plus visibles parce que le Parlement les place dans une stratégie attendue avant la fin de l’année.

    Les acteurs non couverts par une licence, ou installés hors de l’Union mais servant une clientèle européenne, ne sont pas hors sujet. L’analyse d’août suggère que l’exposition aux contreparties sanctionnées y est plus marquée. La résolution, elle, parle de produits d’infractions, pas seulement de sanctions. Un service qui refuse les deux sujets au nom de la décentralisation s’expose à être cité comme exemple dans les prochains rapports, même s’il n’est pas directement régulé.

    Ce que le texte ne dit pas

    Il ne dit pas que détenir des cryptomonnaies est une infraction. Il ne dit pas que les stablecoins doivent être retirés des plateformes, sujet traité par ailleurs dans d’autres échanges avec les superviseurs. Il ne fixe pas de seuil de transaction. Il ne désigne pas une blockchain plutôt qu’une autre. Il ne crée pas d’autorité nouvelle.

    Il ne tranche pas non plus le débat sur l’auto-garde. Une clé détenue par un particulier n’est pas, en soi, une structure opaque. Elle le devient si elle sert à masquer le bénéficiaire d’un contrat public ou l’origine d’un financement politique. Le Parlement vise l’usage dans un schéma de corruption, pas le geste technique de conserver soi-même un actif.

    Enfin, il ne promet pas de résultats chiffrés. Aucune cible de montants récupérés, aucun délai type de gel, aucun indicateur de réussite. C’est le propre d’une résolution d’orientation. Ceux qui attendent un tableau de bord devront attendre la stratégie, puis les rapports nationaux.

    Pas de nouvelle interdiction, pas d’obligation immédiate: le vote oriente la stratégie, il ne réécrit pas MiCA du jour au lendemain.

    Lecture du caractère non contraignant de la résolution

    Trois scénarios d’ici la fin de 2026

    Premier scénario: la Commission reprend l’essentiel du vocabulaire parlementaire, sans mesures sectorielles lourdes. La stratégie cite les actifs crypto, la propriété réelle et les outils numériques, puis renvoie aux textes déjà en vigueur. L’effet est politique et discursif. Les superviseurs s’en servent dans leurs priorités. Les entreprises ajustent leurs discours de conformité. Peu de nouvelles procédures naissent avant 2027.

    Deuxième scénario: la stratégie propose des chantiers concrets de recouvrement, avec un accent sur la coopération entre cellules de renseignement, autorités judiciaires et prestataires autorisés. Pas de nouveau règlement crypto, mais des lignes directrices sur le gel et l’identification des bénéficiaires dans les dossiers de corruption. C’est le scénario le plus cohérent avec le texte voté, qui insiste sur les procédures plutôt que sur les interdictions.

    Troisième scénario: une partie des États membres freine, au nom de la subsidiarité sur le financement politique et les marchés publics. La stratégie reste générale. Le volet crypto est renvoyé à la revue de MiCA et au rapport d’AMLA. Le vote d’octobre devient alors une référence citée dans les débats, plus qu’un programme exécuté. Même dans ce cas, le sujet ne disparaît pas: il change de véhicule juridique.

    Pourquoi le calendrier compte plus que le titre

    Fin 2026 pour la stratégie. Courant 2026 pour le rapport d’AMLA sur les risques de blanchiment dans le secteur. 2027 pour la première phase de MIDAS et pour les priorités de supervision d’ESMA. Juin 2027 pour la revue de MiCA. Quatre échéances, un même espace de dix-huit mois. Une plateforme qui traite chaque texte comme un événement isolé ratera les recouvrements.

    Le titre du jour parle de corruption. Le sous-texte parle de capacité administrative. Qui peut geler vite? Qui peut expliquer une propriété? Qui conserve une activité réelle dans l’Union, et qui externalise au point de ne plus répondre? Ces questions existaient avant le 8 octobre. Le Parlement les a simplement rangées dans le même dossier.

    Pour le lecteur qui suit les prix plus que les textes, l’effet de marché immédiat est faible. Une résolution non contraignante ne déplace pas, à elle seule, la liquidité. Elle peut en revanche influencer, à moyen terme, le coût de conformité des prestataires européens et l’appétit des institutionnels pour des contreparties dont la propriété reste floue. C’est un effet de filtre, pas un choc de cours.

    Lire le vote sans le caricaturer

    Deux lectures circulent déjà. La première voit une nouvelle offensive contre le secteur, dans la lignée des alertes sur les sanctions et le blanchiment. La seconde voit un texte fourre-tout, où la crypto sert d’accroche à un paquet sur les marchés publics et les lanceurs d’alerte. Les deux lectures prennent un morceau du document et oublient l’autre.

    Le document fait les deux choses à la fois. Il place les actifs numériques parmi les zones à surveiller dans la récupération d’avoirs. Il refuse, en l’état, d’en faire un régime d’interdiction. Il élargit le regard vers le financement politique, le lobbying et la protection de ceux qui enquêtent. Réduire cela à une phrase sur Bitcoin, c’est choisir le titre contre le texte.

    La suite se jouera dans la rédaction de la stratégie, pas dans le communiqué du jour. D’ici là, le fait politique est posé: le 8 octobre 2026, le Parlement a demandé que les cryptos, les propriétés cachées et les outils numériques figurent dans la manière dont l’Union compte récupérer l’argent de la corruption. Le reste est une question de ce que Bruxelles acceptera d’écrire avant la fin de l’année.

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    Steven Soarez
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