Quand le cœur informatique d’un réseau mondial ralentit, même un peu, le marché retient son souffle. Cette semaine, la moyenne glissante sur sept jours du hashrate Bitcoin est retombée aux alentours de 915,8 EH/s, son plus bas niveau depuis environ trois semaines. Dans le même souffle, les portefeuilles associés aux mineurs ont perdu 1 530 BTC. Deux mouvements qui, pris séparément, pourraient passer pour du bruit statistique. Ensemble, ils racontent autre chose : une industrie qui ajuste ses machines, son trésor et parfois même sa vocation.
Une Semaine Où La Puissance Du Réseau A Reculé
Les données compilées pour la période du 20 au 26 septembre 2026 placent la moyenne à sept jours à 915 844 520 TH/s au 26 septembre. C’est environ 34,86 millions de TH/s de moins qu’une semaine plus tôt, et le plus bas point observé depuis les environs du 3 septembre. Le réseau n’est pas à l’arrêt. Les blocs continuent d’être produits. Mais la puissance agrégée, celle qui mesure l’effort collectif des mineurs, a clairement perdu de la vigueur sur cette fenêtre courte.
Le hashrate, pour le dire simplement, est la somme de la puissance de calcul consacrée à valider des transactions et à proposer de nouveaux blocs. Plus elle est élevée, plus le réseau est coûteux à attaquer. Plus elle fléchit, plus on se demande si des machines se sont éteintes, si l’électricité a manqué, si la rentabilité a basculé, ou si le capital a choisi une autre destination. Cette semaine, toutes ces hypothèses circulent en même temps.
Considérez Bitcoin comme un compte en banque dans le nuage, entièrement décentralisé : ni un gouvernement, ni une banque centrale n’en tient les clés.
Reformulation d’une idée souvent prêtée à l’esprit cypherpunk
Les tableaux publics de mempool confirment la tendance de fin septembre. Plusieurs séances quotidiennes sont restées sous le seuil d’un zettahash, alors que le réseau avait brièvement dépassé cette barre plus tôt dans le mois. CoinWarz affichait près de 954 EH/s le 25 septembre, après environ 984 EH/s la veille. Septembre a donc oscillé violemment, avec des pointes au-dessus de 1 ZH/s les 9 et 15 septembre, puis un reflux net.
Ce Que Mesure Vraiment Un Recul De Trois Semaines
Une moyenne sur sept jours n’est pas un verdict définitif. Elle lisse les à-coups liés au timing des blocs, aux coupures ponctuelles, aux redémarrages de fermes et aux caprices de la météo électrique. Elle ne dit pas que « tous les mineurs débranchent ». Elle dit que, sur une semaine, moins de puissance a été observée en moyenne qu’au cours de la semaine précédente.
Cette nuance compte. Bitcoin ajuste sa difficulty environ tous les 2 016 blocs. Le prochain réglage répondra à la production réelle sur toute la période de difficulté, pas à une seule moyenne hebdomadaire. Un creux de quelques jours peut être absorbé. Un creux qui s’installe pendant plusieurs cycles raconte une histoire plus structurelle.
Ce que l’on sait — et ce que l’on n’a pas le droit d’inventer.
- La moyenne sept jours est tombée vers 915,8 EH/s le 26 septembre.
- Le recul hebdomadaire est d’environ 34,86 millions de TH/s.
- Le niveau est le plus bas depuis le début du mois, autour du 3 septembre.
- Cela ne prouve pas, à lui seul, une capitulation générale des mineurs.
Le recul s’inscrit aussi dans une séquence plus longue. Depuis le sommet de fin 2025, le réseau aurait perdu de l’ordre de 22 % à 24 % de puissance, selon une lecture présentée par Raphael Zagury, directeur général de Twenty One Capital. Il a parlé d’un premier « hashrate bear market » pour Bitcoin. La formule est volontairement théâtrale. Elle a le mérite de poser une question que les seuls graphiques quotidiens éludent : et si une partie de la puissance ne revenait plus jamais vers le minage, parce qu’elle a trouvé mieux ailleurs ?
Les Mineurs Ont Aussi Allégé Le Coffre
Parallèlement au hashrate, les réserves des mineurs ont reculé. Les données CryptoQuant citées pour le 26 septembre placent le stock suivi à 1 192 766 BTC, soit 1 530 BTC de moins en sept jours. CryptoQuant entend par réserve les bitcoins détenus dans des portefeuilles associés aux mineurs et aux pools. Une baisse signifie que des pièces sont sorties de ces adresses. Elle ne dit pas automatiquement qu’elles ont toutes été vendues au marché ouvert.
Les sorties peuvent financer l’exploitation, rembourser de la dette, servir de collatéral, transiter vers un dépositaire, ou simplement réorganiser une trésorerie. Le détail manque presque toujours. Reste le signal brut : cette semaine, le coffre collectif s’est allégé, alors que la puissance de calcul fléchissait. Le marché aime relier les deux. La prudence commande de les tenir d’abord séparés, puis de chercher les ponts.
Le mois n’a pas été linéaire. Plus tôt en septembre, les mêmes sources montraient un léger rebond des réserves, autour de 1,1919 million de BTC le 5 septembre, en hausse de 261 BTC sur une semaine. Autrement dit, les mineurs n’ont pas « vendu sans discontinuer ». Ils ont d’abord accumulé un peu, puis relâché davantage. Ce va-et-vient ressemble davantage à une gestion de trésorerie qu’à une débâcle.
Des Politiques De Trésorerie Très Différentes
Les sociétés cotées n’ont plus une seule doctrine. Certaines gardent le bitcoin extrait comme une réserve stratégique. D’autres le cèdent pour payer l’électricité, les salaires, les intérêts et les chantiers d’infrastructure. CleanSpark a, en août, extrait 593 BTC mais en a cédé 821. La société terminait le mois avec 13 703 BTC en stock, pour un hashrate d’exploitation moyen de 38,3 EH/s. Vendre plus que l’on mine n’est pas forcément un cri de détresse. Cela peut être un choix de liquidité, un arbitrage fiscal, ou le financement d’une expansion.
D’autres acteurs quittent franchement le terrain. Hyperscale Data a stoppé le minage de bitcoin sur son site du Michigan le 1er septembre, afin de préparer un contrat de calcul pour l’intelligence artificielle. Ses avoirs en bitcoin seraient passés d’environ 1 006 BTC en juillet à près de 215 BTC, soit une chute d’environ 79 %. Quand une ferme entière bascule vers un autre client, le hashrate du réseau perd une ligne. Le bilan de l’entreprise, lui, se transforme en actif immobilier énergétique plus qu’en usine à blocs.
- CleanSpark : production inférieure aux cessions en août, trésorerie encore lourde en bitcoin.
- Hyperscale Data : arrêt du minage au Michigan et reconversion vers le calcul IA.
- Pools et indépendants : comportements invisibles, mais décisifs pour la moyenne réseau.
Cette dispersion rend les agrégats trompeurs. Un graphique de réserves globales mélange le géant qui vend pour construire, le petit opérateur qui capitule, et le pool qui ne fait que transiter des pièces. Lire 1 530 BTC de moins comme « les mineurs dumpent » est tentant. C’est aussi trop court.
Le Puell Multiple Remonte Pendant Que La Puissance Baisse
Curiosité de la semaine : le Puell Multiple a progressé de 0,24 pour atteindre 1,13 le 26 septembre, selon le décompte relayé. L’indicateur compare la valeur quotidienne en dollars des bitcoins nouvellement émis à sa moyenne mobile sur 365 jours. Au-dessus de 1, le revenu d’émission du jour dépasse sa moyenne annuelle. Cela ne mesure pas le profit réel, car l’électricité, le financement et l’usure des machines n’entrent pas dans la formule.
D’autres tableaux publics donnaient un niveau plus proche de 1,01 le même jour, classé comme « normal », avec une émission quotidienne autour de 450 BTC et un revenu miner estimé près de 37,8 millions de dollars. L’écart entre 1,13 et 1,01 vient du timing, des sources de prix et des méthodes. Il rappelle une règle simple : un indicateur n’est jamais un oracle. C’est une photographie, parfois un peu floue.
Un multiple au-dessus de un dit que l’émission du jour vaut plus que sa moyenne d’un an. Il ne dit rien du coût de chaque kilowattheure.
Lecture prudente du Puell Multiple
La subvention de bloc reste de 3,125 BTC depuis le halving d’avril 2024. La prochaine réduction, prévue autour de 2028, fera passer la récompense à 1,5625 BTC par bloc. Entre les deux dates, les mineurs vivent d’un cocktail fragile : prix du bitcoin, frais de réseau, coût de l’énergie, efficacité des puces, et désormais la tentation de louer leurs watts à l’IA.
L’Intelligence Artificielle, Concurrente Discrète Du Minage
Zagury relie une partie du recul depuis le sommet de 2025 à un basculement de puissance et de capital vers le calcul pour l’intelligence artificielle. L’idée n’est pas abstraite. Une ferme de minage est d’abord un site électrique : transformateurs, contrats d’achat d’énergie, refroidissement, permis, voisinage. Ces actifs intéressent autant un entraîneur de modèles qu’un chercheur de blocs.
Quand le prix du bitcoin stagne ou que la difficulté reste élevée, le revenu par watt peut perdre face à un contrat IA pluriannuel. L’ASIC, lui, ne sert qu’à miner. Mais le bâtiment, la ligne haute tension et parfois les équipes se recyclent. Le Michigan de Hyperscale Data en est l’illustration la plus nette de la période : on n’éteint pas seulement des machines, on change de métier.
Cela n’implique pas la fin du minage. Cela implique une concurrence nouvelle pour les mêmes électrons. Dans les régions où l’électricité est rare, chère ou politiquement sensible, Bitcoin n’est plus le seul acheteur capable de payer un tarif de base élevé. Cette rivalité, plus que le bruit d’une semaine, pourrait expliquer une partie du « marché baissier du hashrate » décrit depuis le pic de fin 2025.
L’Éthiopie Rappelle Que L’Électricité Reste Le Vrai Juge
Loin des salles de marché, un autre signal est venu d’Afrique de l’Est. L’Éthiopie a réduit l’électricité livrée aux mineurs de bitcoin à 23 % des volumes contractuels, après une baisse d’environ 20 % des apports aux réservoirs. Le minage aurait consommé près d’un tiers de l’électricité du pays et généré environ 35 % des recettes de l’électricien lors de l’exercice précédent. Le gestionnaire prévoit de réévaluer la situation en octobre.
Ce type de restriction ne se voit pas toujours le jour même dans une moyenne mondiale. Il se voit plus tard, quand des fermes tournent au ralenti pendant des semaines. Il rappelle aussi que le hashrate n’est pas une abstraction financière. C’est de l’eau derrière un barrage, une saison des pluies, une décision d’utilité publique. Quand le réservoir baisse, le réseau Bitcoin le sent, même si le cours du BTC, lui, discute d’autre chose.
Conditions minières très inégales en septembre.
- Certaines régions subissent des coupures ou des quotas électriques.
- D’autres basculent volontairement vers des clients IA.
- Le réseau continue de produire des blocs malgré la moyenne plus faible.
- La difficulté absorbera le mouvement sur le cycle complet, pas en une séance.
Pourquoi Le Réseau Continue De Tourner Sans Drame Visible
Le 26 septembre, les blocs continuaient d’être trouvés. Les parts de pools fluctuaient dans la journée, comme d’habitude. Un hashrate plus bas allonge en moyenne le temps entre deux blocs, jusqu’à ce que la difficulté descende. Ce mécanisme, vieux comme le protocole, est précisément ce qui empêche une semaine médiocre de devenir une panne.
Les utilisateurs voient rarement la différence. Les confirmations arrivent. Les frais bougent pour d’autres raisons : encombrement du mempool, vagues de inscriptions, comportements des pools. Le grand public confond souvent « moins de hashrate » et « réseau en danger ». Les deux notions ne se recouvrent pas. Un réseau à 915 EH/s reste colossal. Il est simplement moins colossal qu’à son sommet récent.
La sécurité, au sens de coût d’attaque, dépend encore de cette puissance. Mais la sécurité au sens de continuité du service dépend surtout de la dispersion des mineurs, de la diversité géographique et de la capacité du protocole à récompenser ceux qui restent. Sur ce dernier point, rien dans les données de la semaine n’indique un basculement soudain.
Lire Les Chiffres Sans Tomber Dans Le Récit Unique
Trois lectures circulent déjà. La première est alarmiste : les mineurs capitulent, vendent leur production et éteignent les machines. La deuxième est technologique : l’IA aspire le capital et les watts. La troisième est météorologique et politique : l’Éthiopie, et d’autres juridictions demain, rationnent le courant. Aucune n’est entièrement fausse. Aucune n’explique à elle seule 34,86 millions de TH/s et 1 530 BTC.
Une quatrième lecture, plus prosaïque, mérite d’être gardée : le hashrate quotidien est bruyant. Les estimateurs divergent. Une moyenne à sept jours peut plonger parce que quelques gros sites ont subi une maintenance, une tempête ou un contrat interrompu. Si la puissance revient en octobre, la semaine du 20 au 26 septembre ne sera qu’une parenthèse. Si elle ne revient pas, le « bear market du hashrate » cessera d’être une formule de conférence pour devenir une statistique durable.
Les réserves, elles, demandent la même discipline. 1 530 BTC, c’est significatif à l’échelle d’une semaine, négligeable à l’échelle du stock total suivi, encore supérieur à 1,19 million de BTC. Le rythme compte davantage que le niveau. Deux ou trois semaines du même calibre changeraient la conversation. Une seule semaine la nourrit sans la conclure.
Ce Que Les Investisseurs Devraient Surveiller Ensuite
Pas un seul indicateur. Un faisceau. La moyenne à sept et à trente jours du hashrate. La prochaine variation de difficulté. Les publications mensuelles des mineurs cotés : production, ventes, cash, dettes, projets IA. Les réserves CryptoQuant, non pas en photo isolée mais en tendance. Le Puell Multiple, seulement s’il s’éloigne durablement de la zone neutre. Et, hors des graphiques, les contrats électriques, les saisons hydrologiques, les autorisations locales.
Il faudra aussi distinguer les machines définitivement perdues des machines en pause. Un ASIC éteint pour trois semaines n’est pas un ASIC vendu à la casse. Un site reconverti à l’IA l’est davantage. Le premier revient si le prix remonte. Le second ne revient que si le contrat alternatif déçoit.
- Hashrate lissé : juger sur plusieurs fenêtres, pas sur une seule séance.
- Difficulté : attendre l’ajustement plutôt que d’extrapoler une journée creuse.
- Trésoreries cotées : vendre n’égale pas capituler.
- Énergie : suivre les quotas, les réservoirs et les reconversions de sites.
Une Industrie Qui Change De Peau Plus Que De Cœur
Le minage de bitcoin a toujours été cyclique. Après chaque halving, une partie des machines les moins efficaces sort du réseau. Après chaque flambée de prix, elles reviennent, ou d’autres plus neuves les remplacent. Ce que 2025 et 2026 ajoutent, c’est un débouché alternatif pour l’infrastructure. Le cycle n’est plus seulement bitcoin contre électricité. Il devient bitcoin contre électricité contre calcul d’apprentissage.
Dans ce triangle, une semaine à 915,8 EH/s n’est pas une catastrophe. C’est un rappel. Le réseau dépend d’acteurs qui ont des actionnaires, des banquiers, des régulateurs et désormais des clients qui n’ont rien à faire des blocs. Comprendre le hashrate, désormais, c’est aussi comprendre ces arbitrages hors chaîne.
Le protocole, lui, reste d’une simplicité obstinée. Il émet 3,125 BTC par bloc. Il ajuste la difficulté. Il laisse chacun brancher ou débrancher. Les récits s’ajoutent autour. Les données de cette fin septembre — puissance en repli, réserves en baisse, Puell un peu plus haut, fermes qui basculent, barrages qui retiennent l’eau — dessinent un paysage plus complexe qu’un simple « les mineurs vendent ».
Reste à voir si octobre ramène les électrons vers Bitcoin, ou s’il confirme que une fraction de la puissance de 2025 a changé de destin. Le réseau n’a pas besoin que tout le monde reste. Il a besoin que suffisamment d’acteurs trouvent encore un intérêt à chercher le prochain bloc. Pour l’instant, ils le trouvent. Moins fort qu’il y a trois semaines. Assez pour que la chaîne avance.
Repères Pour Ne Pas Perdre Le Fil
Le hashrate mesure un effort, pas une humeur. Les réserves mesurent un mouvement de pièces, pas forcément une vente. Le Puell Multiple mesure un revenu d’émission relatif, pas une marge. L’Éthiopie mesure une contrainte physique. L’IA mesure une opportunité concurrente. Mélanger ces couches dans une seule phrase produit de beaux titres et de mauvaises décisions.
Cette semaine-là, du 20 au 26 septembre 2026, toutes ces couches ont bougé en même temps. C’est assez rare pour mériter mieux qu’un commentaire d’une ligne. C’est trop tôt pour écrire le chapitre final d’un « marché baissier du hashrate ». Le plus honnête, à ce stade, est de tenir les chiffres, d’accepter leurs limites, et de regarder si la puissance revient — ou si elle a trouvé, ailleurs, un acheteur plus généreux.
