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    Fin De Bitmex Entre Nostalgie Et Passif Judiciaire

    Steven SoarezDe Steven Soarez23/09/2026Aucun commentaire19 Mins de Lecture
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    Le dernier contrat a rendu l’âme à 4 heures UTC, ce 23 septembre 2026. Plus d’ordre à placer, plus de carnet à nourrir, plus de liquidation à déclencher. BitMEX, plateforme qui a habitué une génération entière à miser des bitcoins avec un levier pouvant atteindre cent, vient d’arrêter ses services de trading après un peu plus de onze années. On peut encore se connecter, relire un historique et retirer ce qui reste. On ne peut plus déposer, ni échanger. Une page se ferme, et avec elle une certaine idée du casino bitcoin des années 2010.

    Quand Le Temple Du Levier Éteint Ses Écrans

    Pour beaucoup de premiers traders, le nom de la société n’évoque pas seulement un site. Il rappelle une époque où l’on ouvrait un compte sans pièce d’identité, où l’on alimentait uniquement en cryptomonnaies, et où un mouvement de moins d’un pour cent suffisait à tout effacer. Ce souvenir n’est ni tout à fait glorieux, ni tout à fait honteux. Il est mixte, comme presque tout ce que le marché a produit à ses débuts.

    La fermeture n’arrive pas comme un coup de théâtre isolé. Elle conclut une longue descente de parts de marché, une série d’affaires judiciaires aux États-Unis, une grâce présidentielle récente et, en juillet 2026, une plainte collective qui relance d’anciennes rumeurs sur un desk interne. Rien de tout cela n’efface le rôle historique de la plateforme. Rien non plus ne transforme automatiquement cette histoire en légende dorée.

    Ce Qui S’arrête Vraiment Aujourd’hui

    Le trading s’est arrêté. Les dépôts aussi. Les retraits, eux, restent possibles depuis le site officiel. C’est le point pratique que beaucoup d’utilisateurs regardent en premier, et c’est logique. Une plateforme peut disparaître du paysage des volumes sans que les soldes s’évaporent du jour au lendemain. Encore faut-il que les titulaires de comptes agissent, vérifient les adresses, et se méfient des campagnes d’hameçonnage qui fleurissent dès qu’une enseigne annonce sa fin.

    BitMEX a prévenu que des frais s’appliquent aux comptes vérifiés qui laissent leurs fonds dormir. Le message est clair : l’infrastructure n’est plus un lieu de passage commercial, c’est un sas de sortie. Plus le temps passe, plus le coût d’inaction peut monter. Dans un secteur où les faux sites se multiplient à chaque crise, la prudence n’est pas un détail cosmétique.

    Ce que la fermeture change, concrètement.

    • Les carnets d’ordres ne reçoivent plus de nouvelles positions.
    • Les dépôts sont clos, les retraits restent ouverts.
    • L’historique de compte demeure consultable.
    • Des frais peuvent frapper les soldes laissés trop longtemps.
    • Les tentatives de phishing autour de la marque vont probablement augmenter.

    Une Fondation En 2014, Un Produit En 2016

    Arthur Hayes, Ben Delo et Samuel Reed lancent BitMEX en 2014. Le contexte n’a rien d’un marché institutionnel policé. Bitcoin reste un actif encore largement perçu comme expérimental. Les infrastructures de dérivés sont rares, fragmentées, souvent artisanales. Deux ans plus tard, la plateforme sort le contrat perpétuel XBTUSD. Ce n’est pas un détail de catalogue. C’est le produit qui va structurer une décennie de spéculation.

    Contrairement à un contrat à terme classique, ce contrat n’expire pas. Un taux de financement, échangé à intervalles réguliers entre acheteurs et vendeurs, cherche à coller le prix du dérivé à celui du bitcoin au comptant. L’idée paraît simple une fois formulée. Elle l’était moins à l’époque, où beaucoup de traders pensaient encore les marchés crypto comme une succession de paris à date fixe.

    À ce mécanisme s’ajoute un multiplicateur pouvant aller jusqu’à 100. Avec un tel levier, une variation inférieure à 1 % dans le mauvais sens peut liquider une position. Le risque n’est plus un concept abstrait. Il devient une mécanique visible, brutale, presque pédagogique à force d’être douloureuse.

    Le contrat sans échéance a donné l’illusion d’un marché toujours ouvert. Le levier à cent a rappelé, parfois en quelques minutes, que cette ouverture avait un prix.

    Lecture du marché des dérivés bitcoin

    Pourquoi Le Levier À Cent A Fasciné Autant Qu’il A Brûlé

    Le levier extrême n’attire pas seulement parce qu’il promet des gains rapides. Il attire parce qu’il comprime le temps. Une thèse de marché qui aurait demandé des semaines au comptant se joue en quelques bougies. Cette compression crée une culture : on commente, on se moque, on survit, on recommence. La fameuse trollbox de la plateforme a servi de chorus à cette comédie.

    Les garanties et les résultats restaient libellés en bitcoin. Un acheteur pouvait donc perdre deux fois : d’abord sur la position si le prix baissait, ensuite sur la valeur en dollars de la garantie restante. Cette double exposition a formé des réflexes particuliers. On ne pensait plus seulement en dollars. On pensait en unités de BTC, en distances jusqu’au prix de liquidation, en santé du fonds d’assurance.

    À son sommet, BitMEX concentre une part importante des dérivés crypto. Ce n’est plus un laboratoire. C’est un centre de gravité. Les liquidations en cascade deviennent un spectacle de marché. Certains y voient de la violence financière inutile. D’autres y voient le prix d’un apprentissage accéléré. Les deux lectures peuvent coexister sans s’annuler.

    La société met en avant un point qu’elle considère comme un bilan opérationnel : aucun fonds de client n’aurait été perdu dans un piratage durant ces onze années. Dans un secteur où les vols d’exchange ont scandé l’histoire, cet argument pèse. Il ne clôt pourtant pas le débat sur la gouvernance, la conformité ou l’équité du matching.

    Le Fonds D’assurance Et L’ombre D’un Desk Interne

    BitMEX n’a jamais été un simple spectateur des mouvements nés de son moteur de liquidation. Son fonds d’assurance récupérait une partie des garanties restantes lorsque des positions étaient fermées de force. Ce dispositif peut se lire comme un amortisseur collectif. Il peut aussi se lire comme un avantage structurel pour la maison, selon le regard que l’on porte sur la chaîne d’incitations.

    Au fil des années, des accusations ont circulé sur l’existence d’un desk interne capable de négocier face aux utilisateurs. Ce type de soupçon n’est pas unique à une seule enseigne. Il revient dès qu’une plateforme concentre à la fois le carnet, les données de positions et le pouvoir de couper le flux. La nouveauté, en 2026, c’est qu’une plainte collective donne une forme juridique plus nette à ces griefs.

    Deux anciens clients affirment qu’un Insider Trading Desk aurait disposé d’informations privées sur les ordres et les niveaux de liquidation. Ils accusent aussi la plateforme d’avoir provoqué des mouvements destinés à faire sauter certaines positions, et d’avoir volontairement ralenti ou bloqué son infrastructure pendant des épisodes de forte volatilité. Ces accusations restent à démontrer devant un tribunal. Les écrire n’équivaut pas à les valider.

    Ce que la justice n’a pas encore tranché.

    • L’existence effective d’un desk négociant contre la clientèle.
    • L’usage d’informations privées sur les liquidations.
    • Le caractère volontaire de certains incidents d’infrastructure.
    • Le lien causal entre ces faits allégués et les pertes individuelles.

    Le Volet Américain, Bien Plus Ancien Que La Plainte De 2026

    Les condamnations déjà prononcées portent sur un autre sujet. Les autorités américaines reprochaient à BitMEX d’avoir servi des clients aux États-Unis sans enregistrement adapté, et sans dispositif conforme contre le blanchiment. Arthur Hayes a reconnu avoir enfreint le Bank Secrecy Act. En 2022, il a été condamné à six mois d’assignation à résidence, deux ans de probation et une amende de 10 millions de dollars.

    La société avait déjà accepté un règlement civil de 100 millions de dollars en 2021. Elle a ensuite plaidé coupable et reçu une nouvelle amende de 100 millions en janvier 2025. Le dossier n’était donc pas une rumeur de forum. C’était une séquence institutionnelle longue, chiffrée, documentée.

    Donald Trump a gracié Arthur Hayes, Ben Delo, Samuel Reed et Gregory Dwyer deux mois après cette amende de 2025. La grâce change le destin pénal des personnes. Elle n’efface pas l’empreinte laissée sur le secteur. Elle n’empêche pas non plus une action civile ultérieure de reprendre d’autres angles, comme le prétend désormais la plainte de juillet 2026.

    On peut tenir deux idées en même temps. D’un côté, BitMEX a popularisé un produit devenu standard. De l’autre, elle a incarné une période où l’offshore, l’anonymat relatif et la croissance à tout prix précédaient la mise en conformité. Le marché d’aujourd’hui, plus surveillé, plus bancarisé, plus saturé d’intermédiaires régulés, juge cette période avec un mélange de nostalgie et de recul.

    La Nostalgie Des Premiers Bitcoiners N’est Pas Un Argument

    Beaucoup d’anciens utilisateurs parlent d’un « bon vieux temps ». Pas de vérification d’identité. Des comptes alimentés seulement en crypto. Un levier démesuré. Une salle de chat où l’on commentait le marché comme on commente un match. Cette mémoire est réelle. Elle n’est pas une preuve que le modèle était supérieur.

    Le même souvenir contient les pannes, les files d’attente, les liquidations en série, les accusations de favoritisme, et la découverte tardive que servir des clients américains sans le cadre adéquat avait un coût. La nostalgie sélectionne. Elle garde l’adrénaline. Elle oublie souvent la facture.

    Dire que « c’était mieux avant » revient à confondre liberté d’accès et qualité de marché. L’accès était plus rapide, oui. La protection du client, la transparence des flux et la clarté des règles l’étaient moins. Un marché peut être excitant et inégal. Il peut être régulé et terne. L’histoire de BitMEX se situe exactement dans cette tension.

    On peut regretter une époque sans pour autant souhaiter la reconstruire à l’identique. Le regret n’est pas un programme.

    Note de lecture sur la culture du levier

    Comment Le Perpétuel A Survivu À Son Inventeur De Fait

    Le contrat perpétuel n’a pas besoin de BitMEX pour continuer. Binance a repris la formule en 2019 avec des contrats garantis et réglés en USDT, plus simples à lire pour les nouveaux venus. Bybit et OKX ont suivi. Hyperliquid a déplacé le modèle vers une chaîne accessible avec un simple portefeuille. Le produit a muté. Il s’est banalisé.

    Coinbase propose aussi, pour des clients américains, des contrats proches des perpétuels sous la supervision de la CFTC. Leur échéance très lointaine donne un fonctionnement comparable, sans copier exactement les contrats sans expiration des plateformes offshore. La frontière entre innovation de marché et produit encadré s’est déplacée.

    Cette diffusion a une conséquence ironique. Plus le perpétuel se répand, moins son pionnier pèse. Avant la fermeture, la part de marché de BitMEX était tombée sous 0,01 %, selon les données de Kaiko. Autrement dit, le marché n’attendait plus cette enseigne pour se pricer. Sa disparition devrait avoir peu d’effet sur les cours. Le symbole, en revanche, est immense.

    Ce Que Révèle Une Part De Marché Inférieure À 0,01 %

    Une plateforme peut inventer un standard et le perdre. Ce n’est pas rare dans la tech. C’est plus spectaculaire dans la finance, parce que les volumes se voient en temps réel. Quand une part de marché glisse sous le seuil du bruit statistique, l’entreprise n’est plus un acteur de prix. Elle devient une relique encore connectée.

    La concurrence n’a pas seulement copié le contrat. Elle a changé l’unité de compte, l’expérience mobile, la liquidité marketing, les programmes de points, les listes d’altcoins, la communication institutionnelle. BitMEX restait associé au bitcoin, au levier extrême, à une esthétique de trader endurci. Le marché de 2026 est plus large, plus fragmenté, plus habité par des produits collatéralisés en stablecoins.

    Rester fidèle à une identité peut être une vertu de marque. Cela peut aussi devenir un piège si le centre de gravité du public se déplace. Beaucoup de nouveaux venus veulent un interface claire, un règlement en dollars numériques, une application soignée, et un cadre qui rassure leur banque. Le mythe de la salle sans KYC n’est plus un argument de masse.

    Arthur Hayes, Figure Publique Au-Delà De La Plateforme

    Arthur Hayes n’a pas disparu du débat public avec le déclin commercial de son exchange. Il est devenu, pour une partie de l’écosystème, un commentateur de macroéconomie, de cycles de liquidité et de politique monétaire. Cette seconde vie médiatique complique le récit. On ne parle plus seulement d’un opérateur. On parle d’une voix.

    La condamnation de 2022, les amendes collectives, puis la grâce de 2025, forment une trajectoire américaine très particulière. Elle dit quelque chose du rapport changeant de Washington au secteur. Elle dit aussi que les fondateurs d’une infrastructure de marché peuvent traverser le droit pénal, le droit civil, la communication et la réhabilitation politique sans que le produit initial survive intact.

    Il serait paresseux de réduire toute l’histoire à un seul homme. Ben Delo et Samuel Reed font partie de la fondation. Gregory Dwyer apparaît dans la grâce. Une entreprise de cette taille n’est pas un monologue. Elle est une organisation, avec des ingénieurs, des juristes, des opérateurs de risque, des community managers, et des clients qui ont parfois tout perdu en quelques ticks.

    Ce Que Les Liquidations Ont Enseigné Au Marché

    Le moteur de liquidation de BitMEX a servi de laboratoire grandeur nature. On y a vu comment un carnet mince, un levier élevé et une corrélation soudaine peuvent transformer une correction en avalanche. On y a vu aussi comment un fonds d’assurance peut absorber une partie du choc, ou au contraire cristalliser la colère si les règles paraissent opaques.

    Les plateformes suivantes ont repris le produit tout en ajustant les garde-fous : plafonds de levier plus bas pour certains actifs, marges isolées plus lisibles, assurances de fonds, interrompus de marché, communications plus fréquentes. Rien de cela n’abolit le risque. Cela le formalise. Le trader de 2026 est moins abandonné à une salle obscure, même s’il n’est pas pour autant protégé contre lui-même.

    Le vrai enseignement n’est pas moralisateur. Il est technique. Un marché dérivé a besoin de liquidité, de règles de défaut claires, d’une oracle de prix robuste, et d’une gouvernance capable d’expliquer pourquoi telle position a sauté à tel niveau. Quand l’une de ces pièces manque, la rumeur s’installe. Puis la procédure.

    Retraits, Frais Et Campagnes D’hameçonnage

    Le sujet le plus immédiat n’est pas historique. Il est opérationnel. Les soldes restants demeurent retirables depuis le site officiel. C’est la phrase à retenir pour quiconque a encore des fonds. Le reste est littérature. Encore faut-il que cette phrase soit suivie d’actes simples : vérifier l’URL, désactiver les raccourcis douteux, ignorer les messages privés qui promettent une « dernière fenêtre » ou un « remboursement accéléré ».

    Chaque fermeture d’exchange produit son écosystème parasite. Faux support. Faux formulaire de récupération. Faux airdrop de compensation. Le nom BitMEX, parce qu’il est connu des plus anciens, redevient une marque utile aux fraudeurs. La société elle-même a alerté sur ces campagnes. L’alerte ne remplace pas la vigilance individuelle.

    Les frais sur les comptes vérifiés qui laissent leurs avoirs en place ajoutent une pression temporelle. On peut la lire comme une incitation à partir. On peut aussi la lire comme le coût d’une infrastructure maintenue pour une population résiduelle. Dans les deux cas, attendre « pour voir » n’est pas une stratégie.

    Un Marché Qui N’a Plus Besoin Du Premier Casino

    Le contrat perpétuel domine encore une part immense des échanges crypto. Les volumes se jouent désormais ailleurs : grandes plateformes centralisées régulées ou semi-régulées, protocoles on-chain, intermédiaires américains qui rapprochent le dérivé d’un cadre de type CFTC. Le premier grand casino a fermé ses tables. La partie continue dans d’autres salles.

    Cette continuité est la meilleure preuve de réussite d’un produit, et la plus cruelle pour une marque. Inventer un standard, c’est accepter qu’il vous survive. BitMEX quitte un marché qu’il a largement contribué à façonner. Sa disparition commerciale n’est pas un krach. C’est un changement de décor.

    Pour les OG du bitcoin, le geste a une charge affective. On se souvient de comptes ouverts à la va-vite, de nuits blanches, de captures d’écran de PnL absurdes, de liquidations commentées comme des faits divers. Pour le marché dans son ensemble, l’événement est presque silencieux. Les indices n’ont pas besoin d’un acteur à 0,01 % pour trouver un prix.

    Ce Que Cette Fermeture Dit De La Maturité Du Secteur

    Un secteur immature célèbre ses pionniers sans les juger. Un secteur plus âgé les archive. BitMEX entre dans cette seconde catégorie. On parlera encore de lui dans les récits d’origine du perpétuel, comme on parle d’une salle de marché qui a formé des vocations et des cicatrices. On ne construira plus, autour de cette enseigne, le cœur de la liquidité mondiale.

    La régulation américaine a pesé. La concurrence asiatique et moyen-orientale a pesé. Le basculement vers les stablecoins a pesé. Les attentes de conformité des nouveaux entrants ont pesé. Aucune de ces forces n’était visible avec la même intensité en 2016. Les juger aujourd’hui avec les lunettes d’alors n’a pas de sens. Les juger seulement avec les lunettes de 2026 non plus.

    Il reste une question plus intéressante que la nostalgie : que fait-on d’un héritage technique quand l’entreprise qui l’a porté sort de scène ? Le perpétuel est là. Le levier est là, parfois moins extrême, parfois tout aussi dangereux selon les paires. Les débats sur le trading interne, eux, n’ont pas disparu. Ils se déplacent vers d’autres carnets, d’autres chaînes, d’autres desks.

    Lire La Plainte Sans En Faire Un Verdict

    Une plainte collective n’est pas une décision. C’est un récit adverse mis en forme juridique. Elle peut révéler des pièces. Elle peut aussi s’éteindre. Entre les deux, elle force une entreprise et ses anciens dirigeants à répondre sur des points que la rumeur seule ne tranchait pas.

    Les griefs de juillet 2026 touchent le nerf de toute plateforme de dérivés : l’asymétrie d’information. Si un desk interne voit les poches de liquidation avant le marché, le jeu n’est plus le même. Si l’infrastructure ralentit pile au moment où les stops s’activent, la confiance se brise. Ces hypothèses sont graves. Elles exigent des preuves, pas seulement des souvenirs amers de traders liquidés.

    Le public crypto a parfois le réflexe inverse : il condamne d’abord, documente ensuite. Ou bien il absout au nom du mythe fondateur. Ni l’un ni l’autre n’aide. Le dossier judiciaire, s’il avance, devra séparer ce qui relève de la conception du produit, ce qui relève d’incidents techniques, et ce qui relèverait d’une stratégie délibérée.

    Onze Ans Sans Piratage Massif, Et Pourtant Une Fin

    L’argument de sûreté opérationnelle mérite d’être isolé. Dans l’histoire des exchanges, perdre les fonds des clients dans un hack est devenu presque un genre littéraire. BitMEX affirme avoir évité cela pendant onze ans. Si l’on prend cette affirmation au sérieux, elle distingue la société de nombreuses enseignes disparues dans la honte d’un drain.

    Mais une entreprise de marché ne se juge pas seulement à l’absence de cambriolage. Elle se juge à la qualité de sa conformité, à l’équité perçue de son matching, à sa capacité à grandir sans se mettre hors-la-loi sur un territoire majeur, à sa pertinence commerciale une fois le produit copié. Sur ces terrains, le bilan est plus mêlé.

    La fin de BitMEX n’est donc pas l’histoire d’un coffre vidé. C’est l’histoire d’un modèle qui a vieilli plus vite que son invention. Le coffre, pour ceux qui ont encore un solde, reste à vider soi-même, avec méthode.

    Ce Qu’il Faut Retenir Sans Enjoliver

    Les faits saillants de cette clôture.

    • Arrêt du trading le 23 septembre 2026 à 4 heures UTC.
    • Retraits encore possibles, dépôts interrompus.
    • Produit historique : le perpétuel XBTUSD et le levier jusqu’à 100.
    • Sanctions américaines, amendes, reconnaissance d’infractions au Bank Secrecy Act.
    • Grâce visant plusieurs fondateurs et un cadre en 2025.
    • Plainte collective de 2026 encore non tranchée.
    • Part de marché déjà négligeable avant la fermeture.

    Ces points tiennent dans un bloc. L’interprétation, elle, demande plus de souffle. BitMEX a été un accélérateur de culture trader. Il a aussi été un rappel que l’innovation de marché précède souvent le droit, et que le droit finit par entrer dans la pièce. Les deux mouvements font partie de la même histoire.

    Après La Fermeture, Que Devient Le Récit Des OG

    Les anciens raconteront encore la trollbox, les squeezes, les captures d’écran de comptes passés de tout à rien. Ce folklore a une valeur documentaire. Il décrit une phase du bitcoin où le dérivé n’était pas un produit de banque, mais une salle presque privée, brutale, inventive.

    Ce folklore devient dangereux s’il se transforme en mode d’emploi. Reconstituer ailleurs le même levier, la même opacité, la même indifférence aux frontières juridiques, ce n’est pas honorer une origine. C’est refuser d’avoir appris. Le marché a déjà montré qu’il savait recopier le meilleur d’un produit tout en abandonnant l’enseigne qui l’avait porté.

    Une page se tourne pour une génération. Cela n’autorise pas la phrase facile selon laquelle c’était nécessairement mieux avant. C’était plus cru. Plus rapide. Plus inégal. Parfois plus drôle. Souvent plus cher pour ceux qui se trompaient de côté. Le présent, avec ses plateformes régulées, ses perpétuels en stablecoins et ses protocoles on-chain, n’est pas un paradis. Il est simplement un autre régime de risques.

    Le Silence Attendu Des Cours, Le Bruit Attendu Des Souvenirs

    Les analystes de flux n’attendent pas un choc de prix. Une part de marché inférieure à 0,01 % ne déplace pas un indice. En revanche, les fils de discussion, les témoignages et les procès-verbaux à venir peuvent encore occuper l’espace public. Une fermeture commerciale peut être calme. Une mémoire collective, rarement.

    BitMEX laisse un double héritage. D’un côté, un standard de contrat qui a gagné. De l’autre, un passif judiciaire et réputationnel qui n’est pas entièrement refermé. Tenir les deux bouts évite la hagiographie comme le pamphlet. C’est la seule manière adulte de clore, pour aujourd’hui, le récit d’une plateforme qui a trop compté pour disparaître sans commentaire, et trop décliné pour prétendre encore dicter le marché.

    Les utilisateurs qui ont encore des fonds n’ont pas besoin d’un mythe. Ils ont besoin d’une adresse officielle, d’une transaction de sortie, et d’un peu de méfiance envers tous les messages trop pressants. Le reste appartient à l’histoire du bitcoin spéculatif. Une histoire désormais assez longue pour avoir des pionniers, des imitateurs, des juges, et des salles vides.

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