Imaginez confier vos économies à quelqu’un qui vous promet monts et merveilles grâce à son expertise supposée en investissements crypto. Des rendements exceptionnels, une gestion professionnelle, la sécurité totale… Et puis, un jour, plus rien. L’argent a disparu, volatilisé dans des promesses non tenues. C’est exactement ce qu’ont vécu au moins dix-sept personnes aux États-Unis, victimes d’un stratagème qui vient de se solder par une lourde condamnation pénale.
Une sentence lourde pour un double scandale financier
Le 15 janvier 2026, Brian Garry Sewell, un résident de 54 ans du comté de Washington dans l’Utah, a été condamné à 36 mois de prison fédérale, suivis de trois années de libération conditionnelle. Cette peine concerne deux affaires connexes jugées simultanément : une vaste escroquerie aux investissements et l’exploitation d’une entreprise non agréée de transmission d’argent.
Le tribunal fédéral, sous la présidence de la juge Ann Marie McIff Allen, a ordonné que les peines s’exécutent de manière concurrente. Mais au-delà des années derrière les barreaux, c’est surtout l’ampleur des dommages financiers qui frappe : Sewell devra verser plus de 3,8 millions de dollars en restitution, dont environ 3,6 millions aux victimes directes et le reste à des agences fédérales comme le Département de la Sécurité intérieure.
« Sewell a trompé ses victimes en mentant sur son expérience et en promettant des rendements qu’il ne pouvait pas produire, laissant des familles affronter de graves pertes financières. »
Robert Bohls, agent spécial en charge du FBI à Salt Lake City
Cette affaire illustre parfaitement comment le secteur des cryptomonnaies, malgré ses promesses de démocratisation financière, reste un terrain fertile pour les escroqueries sophistiquées. Mais creusons plus loin dans les faits.
Le piège de l’investissement miracle
Entre décembre 2017 et avril 2024, Brian Garry Sewell a contacté des investisseurs potentiels en se présentant comme un expert chevronné. Il affirmait posséder les compétences, la formation et les stratégies nécessaires pour générer des profits élevés grâce aux cryptomonnaies. Des promesses alléchantes, souvent accompagnées de documents falsifiés ou exagérés.
En réalité, l’argent collecté – plus de 2,9 millions de dollars en fiat et en crypto – n’a jamais été investi comme annoncé. Une partie a servi à financer le train de vie personnel de Sewell, une autre a été détournée vers d’autres opérations illicites. Les victimes, souvent des particuliers à la recherche d’un complément de revenu ou d’une diversification audacieuse, se sont retrouvées avec des pertes irrécupérables.
Ce que les victimes ont cru :
- Expertise professionnelle prouvée en trading crypto
- Rendements garantis supérieurs à la moyenne du marché
- Gestion sécurisée et transparente des fonds
- Possibilité de retraits rapides et sans frais cachés
La réalité révélée par l’enquête :
- Aucune licence d’investissement ou de gestion de fonds
- Absence totale d’investissements réels sur les marchés
- Détournement systématique des capitaux
- Mensonges répétés sur les performances
Ce type de schéma, connu sous le nom de Ponzi ou d’arnaque pyramidale déguisée, est malheureusement récurrent dans l’écosystème crypto. Mais ici, l’affaire prend une dimension supplémentaire avec la seconde accusation.
L’activité parallèle illégale de conversion cash-crypto
Parallèlement à l’escroquerie d’investissement, Sewell gérait Rockwell Capital Management, une structure active entre mars et septembre 2020. Officiellement présentée comme une société de services financiers, elle servait en réalité de pont illégal entre argent liquide et cryptomonnaies.
Plus de 5,4 millions de dollars en espèces ont été convertis en crypto pour le compte de tiers. Sewell prélevait des commissions sur chaque opération, mais omettait délibérément de se conformer aux obligations fédérales américaines en matière de lutte contre le blanchiment d’argent (AML) et de connaissance du client (KYC).
Parmi les clients ? Des individus impliqués dans des fraudes financières… mais aussi dans le trafic de stupéfiants. En acceptant ces fonds sans vérification, Sewell a facilité le blanchiment d’activités criminelles graves, ce qui aggrave considérablement la gravité des faits reprochés.
« Cette condamnation met fin à un stratagème de fraude multimillionnaire qui utilisait une entreprise de transmission d’argent non agréée pour escroquer des investisseurs et voler des centaines de milliers de dollars au gouvernement fédéral. »
Jarom Gregory, agent spécial par intérim de l’IRS-CI Phoenix
Les autorités américaines (FBI, IRS Criminal Investigation, Homeland Security Investigations) ont travaillé conjointement pendant plusieurs années pour démanteler ces opérations. L’enquête a révélé un individu opportuniste, prêt à exploiter à la fois la crédulité des investisseurs et les failles réglementaires du jeune marché crypto.
Un symptôme d’une tendance mondiale alarmante
La condamnation de Brian Garry Sewell n’est pas un cas isolé. Elle s’inscrit dans une explosion sans précédent des infractions liées aux cryptomonnaies. Selon le rapport annuel de Chainalysis sur les crimes crypto, publié début 2026, les adresses illicites ont reçu au moins 154 milliards de dollars en 2025. Une hausse vertigineuse de 162 % par rapport à l’estimation révisée de 57,2 milliards en 2024.
Ce chiffre, déjà colossal, est considéré comme une borne inférieure : de nombreuses adresses suspectes sont identifiées rétrospectivement au fil des enquêtes. Même en excluant la part liée aux entités sanctionnées (qui a explosé de 694 %), 2025 reste l’année la plus sombre jamais enregistrée pour la sécurité du secteur.
Les grandes tendances criminelles crypto en 2025 selon Chainalysis :
- Stablecoins = 84 % des flux illicites (stabilité et facilité transfrontalière)
- Acteurs étatiques (Corée du Nord, Russie, Iran, réseaux chinois) = moteur principal de la hausse
- Corée du Nord : 2 milliards de dollars volés, dont 1,5 milliard lors du méga-hack Bybit en février
- Professionnalisation : réseaux de blanchiment-as-a-service ultra-organisés
- Moins de 1 % du volume total crypto reste illicite… mais en valeur absolue, jamais aussi élevé
Le hack de Bybit, survenu en février 2025, reste gravé dans les mémoires comme le plus important vol de l’histoire crypto : près de 1,5 milliard de dollars en Ethereum emportés en une seule opération attribuée à des hackers nord-coréens. Cet événement à lui seul illustre la montée en puissance des acteurs étatiques, qui utilisent les cryptos pour contourner les sanctions internationales, financer des programmes illicites ou alimenter des réseaux terroristes.
Pourquoi ces affaires continuent-elles de proliférer ?
Malgré les progrès en matière de traçabilité blockchain, plusieurs facteurs expliquent la persistance et l’amplification des fraudes :
- Manque d’éducation : beaucoup d’investisseurs novices croient encore aux promesses de gains faciles sans vérifier les agréments.
- Anonymat relatif : même si Bitcoin est traçable, les mixers, bridges cross-chain et privacy coins compliquent les poursuites.
- Réglementation inégale : aux États-Unis, les exigences AML/KYC sont strictes, mais de nombreux acteurs opèrent depuis des juridictions offshore.
- Attrait spéculatif : bull run, FOMO, influenceurs… l’environnement psychologique favorise les prises de risque excessives.
- Professionnalisation du crime : les groupes criminels emploient désormais des développeurs, des marketeurs, des blanchisseurs spécialisés.
Dans le cas Sewell, on retrouve plusieurs de ces ingrédients : mensonges sur les compétences, absence totale de licence, mélange d’activités légales et criminelles, exploitation de la confiance naïve.
Quelles leçons pour les investisseurs crypto en 2026 ?
Cette condamnation doit servir d’électrochoc. Voici quelques réflexes essentiels à adopter avant de confier son argent :
- Vérifiez toujours les licences officielles (SEC, FINRA aux USA ; AMF en France, etc.).
- Méfiez-vous des promesses de rendements garantis ou anormalement élevés.
- Privilégiez les plateformes régulées et transparentes.
- N’investissez jamais plus que ce que vous êtes prêt à perdre.
- Utilisez des wallets personnels et activez la 2FA partout.
- Signalez immédiatement tout comportement suspect aux autorités compétentes.
Les autorités renforcent leurs moyens : plus d’enquêtes conjointes, meilleure utilisation de l’analyse blockchain, coopération internationale accrue. Mais la première ligne de défense reste la vigilance individuelle.
Vers une maturité forcée du marché crypto ?
2025 aura été l’année où les crimes crypto ont atteint des sommets historiques. Paradoxalement, ces chiffres records pourraient accélérer la maturation du secteur : plus de régulation stricte, adoption massive par les institutions (soumises à des normes rigoureuses), outils de sécurité renforcés, et une prise de conscience collective.
L’affaire Sewell, bien que locale dans son ampleur, résonne comme un avertissement global : tant que l’appât du gain facile existera, les escrocs trouveront des victimes. Mais avec une meilleure éducation, une régulation adaptée et des technologies de traçage toujours plus performantes, l’écosystème crypto peut progressivement se débarrasser de ses brebis galeuses.
En attendant, la sentence prononcée dans l’Utah rappelle une vérité simple et implacable : dans la crypto comme ailleurs, quand une offre semble trop belle pour être vraie… elle l’est généralement.
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