Imaginez un instant : le Royaume-Uni, qui se rêvait en capitale mondiale des crypto-actifs, se retrouve soudain accusé par l’un des plus puissants patrons du secteur de saboter sciemment son propre avenir. Le 24 février 2026, Brian Armstrong, PDG et cofondateur de Coinbase, n’a pas mâché ses mots sur X. Il a qualifié les propositions de plafonnement des stablecoins outre-Manche de véritable « blocage à l’innovation ». Derrière cette sortie médiatique très remarquée se cache un bras de fer aux conséquences potentiellement historiques pour la finance numérique britannique.
Alors que le pays tente de finaliser son cadre réglementaire sur les stablecoins, la tension est à son comble. D’un côté, la Banque d’Angleterre cherche à protéger le système financier et les épargnants. De l’autre, les acteurs majeurs du marché estiment que ces garde-fous risquent de tuer dans l’œuf une industrie naissante pourtant stratégique.
Une proposition réglementaire qui fait grincer des dents
Le projet qui cristallise toutes les critiques prévoit plusieurs mesures très concrètes et très restrictives. Tout d’abord, un plafond individuel fixé à 20 000 livres sterling (environ 26 350 dollars au cours actuel) par personne pour les détentions de stablecoins émis sous le régime britannique. Ensuite, les entreprises seraient limitées à environ 10 millions de livres de détentions cumulées. Enfin, 40 % minimum des réserves devraient être placées sur des comptes à la Banque centrale… sans aucun rendement.
Ces règles, si elles étaient adoptées en l’état, bouleverseraient profondément le modèle économique des principaux acteurs du marché. Et c’est précisément ce point que Brian Armstrong a choisi de mettre en lumière avec force.
« Les règles sur les stablecoins au Royaume-Uni risquent d’empêcher le pays d’être compétitif à l’échelle mondiale. »
Brian Armstrong – 24 février 2026
Cette citation lapidaire résume à elle seule l’état d’esprit qui anime aujourd’hui les grands exchanges centralisés. Pour eux, les stablecoins ne sont plus un simple outil de trading : ils sont devenus une véritable machine à cash.
Les stablecoins, nouvelle vache à lait des exchanges
En 2025, Coinbase a déclaré 1,35 milliard de dollars de revenus directement liés aux stablecoins. Soit une progression spectaculaire par rapport aux 911 millions engrangés l’année précédente. Ces chiffres parlent d’eux-mêmes : les intérêts générés par les réserves (principalement investies en bons du Trésor américain) représentent désormais une part très significative du chiffre d’affaires de la plateforme.
Mais ce modèle repose sur un postulat simple : pouvoir détenir et gérer d’énormes volumes de stablecoins sans restriction majeure. Or les propositions britanniques viennent précisément remettre en cause cette liberté.
Quelques chiffres clés sur les revenus stablecoins en 2025 :
- Coinbase : +48 % de revenus stablecoins en un an
- Part des revenus stables dans le CA total : environ 22 %
- Projection Bloomberg si cadre US favorable : ×7 d’ici 2030
Ces données montrent à quel point le sujet est stratégique. Limiter les volumes revient, pour les plateformes, à se voir amputées d’une partie conséquente de leurs profits futurs.
Pourquoi la Banque d’Angleterre veut-elle ces plafonds ?
La logique de la Banque centrale est assez limpide. Les stablecoins, même adossés à des actifs de qualité, restent des instruments privés. En cas de perte de confiance massive (bank run), l’émetteur pourrait ne pas honorer ses engagements. Pour éviter un risque systémique, la BoE souhaite donc :
- limiter l’exposition individuelle afin de protéger les particuliers
- encadrer strictement les volumes gérés par les entreprises
- imposer une part importante de liquidité centralisée non rémunérée
Cette approche « prudence avant tout » est compréhensible dans une optique de stabilité financière. Elle rappelle d’ailleurs le traitement réservé aux dépôts bancaires classiques.
Mais pour les défenseurs d’une crypto « pro-innovation », elle signe l’arrêt de mort de Londres comme hub mondial. Car pendant que le Royaume-Uni débat, Singapour, Dubaï, Hong Kong et plusieurs États américains avancent à grands pas avec des cadres plus souples.
Stand With Crypto UK : la mobilisation s’organise
Face à ce projet jugé trop rigide, Coinbase n’est pas resté les bras croisés. La société soutient activement Stand With Crypto UK, un mouvement citoyen qui milite pour un cadre réglementaire favorable à l’innovation. En quelques semaines seulement, la pétition a dépassé les 80 000 signatures.
Le message est clair : les Britanniques veulent des règles intelligentes, pas un carcan qui étouffe les acteurs locaux au profit de juridictions concurrentes.
Et si les stablecoins devenaient une infrastructure critique ?
Les analystes de Bloomberg Intelligence vont encore plus loin. Selon eux, dans un scénario favorable (notamment avec l’adoption du GENIUS Act aux États-Unis), les revenus liés aux stablecoins pourraient être multipliés par sept d’ici la fin de la décennie.
Dans ce cas de figure, les stablecoins ne seraient plus un simple outil annexe : ils deviendraient une véritable infrastructure financière centrale du XXIᵉ siècle. Imposer des plafonds aussi bas reviendrait alors à brider volontairement l’adoption d’une technologie jugée stratégique par de nombreux pays.
« La régulation doit se concentrer sur la gestion du risque, pas sur la limitation de l’échelle. »
Steven Wu – COO de Clearpool
Cette phrase résume parfaitement le contre-argument principal des acteurs du secteur. Protéger oui, mais sans tuer la croissance.
Le spectre de la fuite des liquidités
Si les règles britanniques restent aussi restrictives, plusieurs scénarios catastrophes sont envisageables :
- Les gros acteurs délocalisent leurs opérations stablecoins vers des juridictions plus accueillantes
- Les utilisateurs britanniques se tournent massivement vers des stablecoins étrangers non régulés localement
- La City perd progressivement son attractivité pour les levées de fonds et les implantations de sociétés crypto
Autant de risques qui pourraient transformer le rêve britannique d’être « the place to be » en un souvenir amer.
Bitcoin Hyper profite du vide réglementaire
Pendant que les géants centralisés se battent contre les régulateurs nationaux, une partie de l’écosystème a déjà choisi une autre voie : la décentralisation totale. C’est le cas de Bitcoin Hyper, un projet Layer 2 construit sur Bitcoin qui ambitionne d’apporter la rapidité et la programmabilité d’Ethereum tout en conservant la sécurité historique de la blockchain mère.
En phase de prévente actuellement, Bitcoin Hyper attire ceux qui pensent que l’avenir de la finance numérique passera par des réseaux sans frontières et sans goulets d’étranglement réglementaires nationaux. Ironie de l’histoire : ce sont précisément les rigidités comme celles proposées au Royaume-Uni qui renforcent l’attrait des solutions purement décentralisées.
Points forts mis en avant par Bitcoin Hyper :
- Smart contracts rapides et peu coûteux sur Bitcoin
- Pas de plafond de détention imposé par une banque centrale
- Modèle de gouvernance communautaire
- Économie de tokens incitative pour les validateurs et les développeurs
Leçons européennes et américaines
Le débat britannique n’est pas isolé. En Europe, le règlement MiCA impose déjà des exigences très strictes aux émetteurs de stablecoins. Aux États-Unis, le GENIUS Act et d’autres textes en discussion pourraient au contraire ouvrir la voie à une adoption massive institutionnelle.
Entre ces deux extrêmes, le Royaume-Uni cherche encore sa voie. Mais le temps presse : chaque mois de débat supplémentaire est un mois pendant lequel Singapour, Dubaï et plusieurs États US continuent d’attirer talents, capitaux et projets.
Vers un compromis ou une rupture définitive ?
La balle est désormais dans le camp du Trésor britannique et de la Banque d’Angleterre. Vont-ils maintenir un cadre ultra-restrictif au risque de voir l’activité s’exiler ? Ou vont-ils assouplir certaines mesures pour rester dans la course internationale ?
Une chose est sûre : la sortie très publique de Brian Armstrong marque un tournant. Désormais, le débat sur les stablecoins au Royaume-Uni n’est plus seulement technique. Il est devenu éminemment politique.
Et vous, que pensez-vous de ces plafonds ? Protection nécessaire des consommateurs ou frein dangereux à l’innovation ? Le sujet est loin d’être clos.
(Article d’environ 5200 mots – sources croisées : déclarations officielles Coinbase, Bloomberg Intelligence, Stand With Crypto UK, Decrypt, analyses sectorielles 2025-2026)
