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    Bitcoin Repasse 3000 Milliards Le Levier S’Emballe

    Steven SoarezDe Steven Soarez22/09/2026Aucun commentaire18 Mins de Lecture
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    Trois mille milliards de dollars. Le chiffre a de nouveau traversé les écrans, comme s’il s’agissait d’un seuil psychologique plus que d’une simple addition de capitalisations. Derrière cette barre retrouvée pour la première fois depuis janvier, il n’y a pas seulement un bitcoin plus cher. Il y a un marché qui reprend goût au risque, un indicateur de sentiment qui bascule dans l’avidité extrême, et surtout un levier qui s’accumule à une vitesse que les souvenirs d’octobre 2025 rendent immédiatement inquiétants.

    Quand le marché retrouve 3000 milliards et que le crédit s’emballe

    La scène est simple à raconter, plus délicate à interpréter. La capitalisation totale des cryptomonnaies a franchi de nouveau le seuil des 3000 milliards de dollars. Bitcoin tire l’essentiel du mouvement. Les grandes capitalisations suivent. Depuis le 19 août, plus de 740 milliards de dollars de valeur se sont ajoutés à l’ensemble du marché. Cette date n’est pas anodine : elle correspond à l’annonce, par le Trésor américain, d’un élargissement des rachats d’obligations à longue maturité.

    Dans le même temps, l’open interest des contrats perpétuels approche 160 milliards de dollars, son plus haut niveau depuis la fin octobre 2025. Le Fear & Greed Index grimpe à 78, après 70 la veille et 69 une semaine plus tôt. Huit points en vingt-quatre heures. Le marché passe de la prudence relative à une confiance ostensible. Cette combinaison n’est pas un détail technique. Elle décrit un régime de marché où la hausse s’appuie à la fois sur une demande réelle et sur une prise de risque à crédit de plus en plus visible.

    On passe très vite de la peur à l’avidité sur le marché crypto. Le problème, ce n’est pas l’enthousiasme. C’est la vitesse à laquelle le levier l’accompagne.

    Rédaction marché

    Ce que signifie vraiment le retour au-dessus de 3000 milliards

    Une capitalisation globale n’est pas un coffre-fort. C’est une photographie instantanée de prix multipliés par des offres en circulation, avec toutes les approximations que cela implique. Pourtant, les seuils ronds continuent de compter. Ils agissent comme des phares pour les flux, les titres, les algorithmes de suivi et les narratifs médiatiques. Quand le marché repasse 3000 milliards, il ne « crée » pas 3000 milliards. Il signale qu’un consensus de prix s’est déplacé assez haut, assez vite, pour que l’agrégat franchisse une ligne que les investisseurs surveillent depuis des mois.

    Bitcoin occupe le rôle de locomotive. Ce n’est pas une nouveauté. Dans la plupart des phases d’expansion, la première crypto-actif absorbe d’abord la liquidité, puis les altcoins tentent de rattraper avec un décalage. Ici, le récit officiel de la hausse s’appuie sur un catalyseur macroéconomique : l’élargissement des rachats d’obligations longues du Trésor. Les opérations concernées voient leur taille maximale passer de 2 à au moins 4 milliards de dollars pour les titres compris entre dix et trente ans. Le programme court du 9 septembre au 4 novembre.

    Ces rachats visent d’abord la liquidité de certains segments du marché obligataire. Ils ont contribué à relâcher, au moins temporairement, la pression sur les rendements longs. Un apaisement des taux longs favorise souvent l’appétit pour les actifs risqués. Actions de croissance, crédit, or parfois, et cryptomonnaies. Le lien existe. Il n’est pas mécanique. Il ne s’agit pas d’une création monétaire comparable à un assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale. Personne n’a « imprimé » 740 milliards de dollars pour les verser dans bitcoin. Le marché a simplement repris de la hauteur pendant que le régime de taux paraissait un peu moins hostile.

    Ce que le seuil de 3000 milliards dit, et ce qu’il ne dit pas

    • Il confirme un rebond large depuis la mi-août, avec plus de 740 milliards de dollars de capitalisation ajoutée.
    • Il place bitcoin au centre du mouvement, devant les grandes capitalisations qui suivent.
    • Il ne prouve pas une injection monétaire équivalente au montant observé.
    • Il n’indique pas, à lui seul, la durabilité de la hausse si le levier se retourne.

    Le piège classique consiste à transformer un catalyseur de marché en cause unique. Les rachats du Trésor ont aidé. Le positionnement des traders a amplifié. Le sentiment a basculé. Les flux spot, les produits cotés, les trésoreries d’entreprises et les flux retail se sont superposés. Réduire l’épisode à une seule annonce américaine serait confortable. Ce serait aussi incomplet. Un marché de 3000 milliards de dollars n’obéit jamais à une seule variable.

    Le levier des perpétuels, cette machine à accélérer les deux sens

    Les contrats perpétuels permettent de parier sur la hausse ou la baisse d’un actif sans date d’échéance. Un taux de financement périodique rapproche leur prix de celui du marché au comptant. Ces instruments autorisent le levier. Ils transforment une conviction en exposition multipliée. Ils transforment aussi une erreur en liquidation.

    Selon les données de Coinglass relayées par Bloomberg, l’encours notionnel des positions encore ouvertes approche 160 milliards de dollars. C’est le plus haut niveau depuis la fin octobre 2025. La lecture est double. D’un côté, les traders accompagnent le rebond. Ils ne se contentent plus d’acheter au comptant. Ils ajoutent du crédit. De l’autre, le marché devient plus sensible aux à-coups. Une baisse suffisamment nette peut déclencher des fermetures automatiques. Ces ventes forcées accentuent alors le mouvement initial. C’est le mécanisme bien connu des cascades de liquidations.

    Le 10 octobre 2025 sert de rappel brutal. Plus de 19 milliards de dollars de positions à effet de levier avaient été liquidés en vingt-quatre heures, un record pour le secteur. La baisse des cours avait déclenché des fermetures automatiques. Les ventes qui en résultaient avaient accéléré la chute. Ce n’était pas une anomalie magique. C’était la mécanique même d’un marché trop chargé en positions fragiles.

    L’open interest ne donne pas la direction du prochain mouvement. Un encours élevé peut précéder une continuation si les flux spot restent solides et si les taux de financement restent raisonnables. Il peut aussi précéder une purge si le marché est coincé d’un seul côté, si le financement devient trop cher, et si un catalyseur inverse suffit à faire basculer les stops. Combiné à un Fear & Greed déjà installé dans l’avidité extrême, il décrit simplement un marché plus nerveux, plus rapide, plus capable de s’auto-alimenter dans les deux sens.

    L’open interest ne prédit pas le prochain chandelier. Il mesure la quantité de verre déjà posée sur la table.

    Note de marché

    Comment fonctionnent vraiment ces paris sans échéance

    Pour comprendre pourquoi 160 milliards d’open interest pèsent lourd, il faut revenir au fonctionnement du produit. Un perpétuel n’expire pas. Pour éviter qu’il ne s’éloigne trop du prix spot, les plateformes utilisent un financement. Lorsque le contrat se négocie au-dessus du spot, les longs paient les shorts. Lorsque le contrat se négocie en dessous, les shorts paient les longs. Ce petit flux périodique agit comme un élastique.

    Le levier, lui, change l’échelle du risque. Avec une marge limitée, une variation de quelques pourcents peut suffire à effacer le collatéral. La position est alors clôturée. Si trop de positions se trouvent du même côté, la clôture n’est plus un événement isolé. Elle devient un choc de liquidité. Les carnets s’amincissent. Les prix glissent. D’autres seuils se déclenchent. Le marché « cascade ».

    C’est pourquoi les observateurs regardent ensemble trois couches. Le prix spot, qui raconte la demande réelle. L’open interest, qui raconte la taille des paris encore vivants. Le financement, qui raconte qui paie pour rester exposé. Une hausse saine peut coexister avec un open interest croissant si le spot absorbe réellement les flux. Une hausse fragile apparaît lorsque le levier grandit plus vite que l’intérêt au comptant, et que le financement s’envole parce que tout le monde veut la même direction.

    Les trois thermomètres à surveiller en même temps

    • Le prix et la capitalisation spot, pour la demande visible.
    • L’open interest des perpétuels, pour la taille du crédit encore ouvert.
    • Le taux de financement et le Fear & Greed, pour le coût et la température du consensus.

    Le Fear and Greed à 78, une température plus qu’un oracle

    Le Fear & Greed Index à 78 entre dans la zone d’avidité extrême pour la première fois cette année. L’indicateur n’est pas une boule de cristal. Il agrège volatilité, momentum, réseaux sociaux, dominance, volume et quelques autres proxies du sentiment. Une valeur élevée dit surtout ceci : le marché a cessé de se cacher. Les participants acceptent de payer plus cher pour rester exposés. Ils commentent davantage. Ils prennent plus de risque.

    Cela n’annonce pas automatiquement une correction. Des marchés peuvent rester avides plus longtemps que les sceptiques ne le jugent raisonnable. L’histoire des cycles crypto est pleine de phases où l’indicateur restait saturé pendant que les prix continuaient de grimper. L’histoire est aussi pleine de retournements survenus précisément lorsque plus personne ne voulait entendre parler de prudence. L’indicateur ne tranche pas. Il qualifie le climat.

    La vitesse du basculement importe autant que le niveau. Passer de 69 à 78 en quelques jours décrit un changement d’humeur compact. Les narratifs se simplifient. Bitcoin « reprend le contrôle ». Les 3000 milliards « prouvent » le retour du bull market. Les rachats du Trésor deviennent, dans certaines boucles sociales, une planche à billets déguisée. Chaque raccourci rend le positionnement plus unilatéral. Plus le consensus s’épaissit, plus le marché a besoin de peu de chose pour surprendre.

    Le catalyseur obligataire, utile mais trop souvent mal raconté

    Depuis le 19 août, le marché crypto a gagné plus de 740 milliards de dollars de capitalisation. L’annonce du Trésor américain sert de point de départ chronologique. Le programme consiste à doubler la taille maximale de certaines opérations de rachat sur les obligations longues, de 2 à au moins 4 milliards de dollars par opération, pour les maturités de dix à trente ans, entre le 9 septembre et le 4 novembre.

    L’objectif déclaré n’est pas de stimuler bitcoin. Il est d’améliorer la liquidité de segments parfois tendus du marché obligataire. Lorsque ces rachats calment les rendements longs, les actifs risqués respirent. Le coût d’opportunité d’une position non rémunérée ou volatile paraît moins lourd. Les valorisations spéculatives trouvent un environnement moins punitif. C’est déjà beaucoup. Ce n’est pas une équivalence comptable entre le montant des rachats et la hausse des cryptos.

    Confondre un outil de gestion de liquidité obligataire avec un quantitative easing de banque centrale produit de jolis fils d’actualité et de mauvaises décisions. Le QE achète des actifs en élargissant le bilan monétaire. Les rachats du Trésor réorganisent des titres déjà émis, selon un calendrier limité, pour lisser le fonctionnement d’un marché. L’effet de sentiment peut être réel. L’effet mécanique sur la masse monétaire n’est pas le même. Le distinguo paraît scolaire. Il évite pourtant d’attribuer à bitcoin une manne qui n’existe pas sous cette forme.

    Le marché aime les récits simples. « Washington rachète, bitcoin monte. » La réalité est un empilement. Anticipations de politique monétaire, positionnement des fonds, flux vers les produits d’exposition, liquidations de shorts, couverture de trésoreries, saisonnalité, et désormais un levier dérivé très chargé. Le catalyseur a aidé à allumer la mèche. Il n’explique pas à lui seul la forme de la flamme.

    Pourquoi bitcoin mène encore, et ce que cela implique pour les altcoins

    Quand la capitalisation globale franchit un seuil, la composition interne compte autant que le total. Si bitcoin absorbe l’essentiel de la hausse, le marché raconte une histoire de qualité perçue et de liquidité. Les investisseurs reviennent d’abord vers l’actif le plus profond, le plus suivi, le plus simple à justifier dans un comité. Les altcoins attendent. Ils surperforment ensuite, parfois violemment, lorsque le sentiment devient assez euphorique pour que le risque idiosyncratique redevienne acceptable.

    Le texte de marché actuel décrit précisément cette première étape. Bitcoin mène. Les principales capitalisations suivent. Le rebond des noms plus secondaires existe, mais il n’est pas encore le cœur du récit. Tant que le levier se concentre sur bitcoin et quelques grands contrats, une correction éventuelle frapperait d’abord ces livres d’ordres-là. Si le relais altcoin s’enclenche trop tôt, avec le même appétit pour le crédit, la fragilité se diffuse.

    Historiquement, les phases où bitcoin reprend une dominance après une période d’hésitation précèdent souvent deux scénarios opposés. Soit une rotation ordonnée vers l’écosystème, une fois le socle consolidé. Soit une fausse aube, où les flux se lassent avant que la rotation n’ait le temps de s’installer. Le levier décide souvent lequel des deux l’emporte. Un marché patient construit la rotation. Un marché pressé l’épuise.

    Le précédent d’octobre 2025 n’est pas un folklore

    Invoquer octobre 2025 n’est pas un exercice de nostalgie anxiogène. C’est un cas d’école. Plus de 19 milliards de dollars liquidés en une journée. Un record. Des positions trop nombreuses, trop levierisées, trop alignées. Une baisse initiale. Puis la mécanique. Les moteurs de liquidation n’ont pas d’opinion. Ils exécutent. Ils vendent ce qui doit être vendu pour protéger la solvabilité des plateformes et des chambres, selon leurs règles internes.

    Le marché d’aujourd’hui n’est pas une copie conforme. Les acteurs ont changé. Les produits cotés ont mûri. Les trésoreries d’entreprises occupent une place plus visible. Les régulateurs ont avancé dans plusieurs juridictions. Malgré tout, le cœur du risque dérivé reste le même. Trop de notionnel trop serré autour des mêmes prix produit les mêmes accélérations. L’open interest proche de 160 milliards de dollars ne garantit pas une répétition. Il interdit la naïveté.

    La leçon opérationnelle est sèche. Un rebond porté par le spot peut survivre à une mauvaise nouvelle. Un rebond porté par le levier a besoin que rien ne surprenne. Or les marchés existent précisément pour surprendre. Données d’inflation, adjudications, géopolitique, incident de plateforme, déleveraging d’un gros compte : la liste des étincelles possibles n’est jamais close. Plus l’édifice de positions est haut, plus une étincelle banale suffit.

    Demande réelle et crédit : deux étages du même immeuble

    Le retour au-dessus de 3000 milliards repose sur une demande réelle. Des acheteurs existent. Des flux existent. Des allocations existent. Le nier pour coller à un récit de bulle pure serait aussi paresseux que célébrer une hausse sans regarder le crédit. Le marché actuel est hybride. Il y a de l’argent comptant. Il y a aussi davantage de positions financées par de la marge.

    Cette hybridité explique le ton prudent qui s’impose. On peut reconnaître la force du mouvement sans en faire une invitation à empiler le levier. On peut admettre que le catalyseur obligataire a aidé sans en faire une politique monétaire parallèle. On peut lire un Fear & Greed à 78 comme un signal de vitalité et, en même temps, comme un avertissement de crowding.

    Les investisseurs de long terme n’ont pas le même problème que les traders de perpétuels. Les premiers regardent l’adoption, la liquidité structurelle, le rôle de réserve de valeur contestée, la place de bitcoin dans des portefeuilles diversifiés. Les seconds regardent le prochain financement, le prochain stop, le prochain balayage de liquidité. Les deux cohabitent sur le même graphique. Ils ne parlent pas la même langue. Confondre les horizons produit des décisions absurdes : vendre un actif de cycle parce qu’un indicateur de sentiment est élevé, ou au contraire doubler une position courte d’intraday parce que « le bull market est de retour ».

    Une grille simple pour ne pas mélanger les horizons

    • Horizon long : capitalisation, adoption, liquidité structurelle, régime de taux.
    • Horizon intermédiaire : flux vers les produits d’exposition, dominance de bitcoin, rotation éventuelle.
    • Horizon court : open interest, financements, liquidations, Fear & Greed.

    Ce que la prudence opérationnelle veut dire concrètement

    Être prudent ne signifie pas se cacher. Cela signifie adapter la taille. Réduire le levier lorsque l’open interest explose et que le sentiment sature. Éviter de transformer une conviction de cycle en pari binaires à 20x. Accepter de rater une partie de la hausse plutôt que de confier son solvabilité à un moteur de liquidation. Surveiller le financement comme on surveille la température d’un moteur.

    Cela signifie aussi relire les récits. Si la seule justification d’une position devient « le Trésor rachète » ou « on a repassé 3000 milliards », la thèse est trop mince. Un seuil n’est pas une stratégie. Un catalyseur n’est pas un plan de gestion du risque. Les marchés récompensent parfois la simplicité. Ils punissent presque toujours la confusion entre slogan et analyse.

    Pour un lecteur qui n’intervient pas sur les dérivés, le message n’est pas de fuir. C’est de comprendre que la volatilité à venir peut être plus grande que la tendance récente ne le suggère. Les bougies calmes d’un rebond se paient souvent plus tard, lorsque le levier doit être démonté. Ce démontage n’est pas une opinion. C’est une contrainte de bilan.

    Les signaux qui départageront rebond durable et feu de paille

    Plusieurs éléments permettront, dans les semaines qui viennent, de qualifier la nature du mouvement. La tenue des prix si l’open interest se contracte sans krach. Un refinancement moins extrême, signe que le consensus n’est plus obligé de payer trop cher pour rester long. Une rotation ordonnée plutôt qu’une explosion désordonnée des petites capitalisations. Une capacité du marché à encaisser une statistique macroéconomique médiocre sans cascade.

    À l’inverse, certains signaux alourdiraient le diagnostic. Un open interest qui continue de grimper plus vite que le spot. Un Fear & Greed coincé au plafond pendant que les volumes se concentrent sur les perpétuels. Un financement durablement élevé. Une dépendance narrative exclusive aux rachats du Trésor, alors même que le programme a une date de fin. Un marché qui ne tolère plus la moindre prise de bénéfice.

    Aucun de ces items n’est une science exacte. Ensemble, ils évitent le culte du seuil. Trois mille milliards de dollars sont un événement de communication. Ils ne sont pas une conclusion. Le marché peut s’installer au-dessus. Il peut aussi revisiter le niveau comme on revisite une rampe trop vite gravie.

    Ce que les 3000 milliards changent dans la psychologie collective

    Les ronds font plus que décorer les infographies. Ils réorganisent le langage. Passer sous un seuil installe le doute. Le repasser installe le droit de croire. Les comités d’allocation, les flux automatiques, les titres, les fils d’actualité se synchronisent. Cette synchronisation a une valeur. Elle attire de la liquidité. Elle a aussi un coût. Elle uniformise les expositions.

    Lorsque trop de participants justifient la même position par le même chiffre, le marché perd en diversité d’opinions. Or un marché résilient a besoin de désaccords financés. Des longs et des shorts. Des horizons différents. Des thèses concurrentes. L’avidité extrême réduit cette diversité. Elle ne la détruit pas toujours. Elle la comprime. Une compression de opinions rend les mouvements plus violents lorsqu’une information nouvelle force le réajustement.

    C’est pourquoi le vrai sujet n’est pas le franchissement lui-même. C’est la qualité du consensus qui l’accompagne. Un consensus large, levierisé, impatient, financé à crédit, est un consensus fragile. Un consensus large, progressivement construit au comptant, avec des flux diversifiés, est un autre animal. Les deux peuvent afficher le même chiffre de capitalisation. Ils n’ont pas la même espérance de vie.

    Lire le moment sans céder au spectacle

    Le marché crypto aime le théâtre. Les barres rondes, les records d’open interest, les indices de sentiment au rouge vif. Le spectacle n’est pas inutile. Il attire l’attention, donc une partie de la liquidité. Mais l’analyse commence quand on accepte de décomposer. Qui achète. Avec quelle marge. Contre quel récit. Jusqu’à quelle date le catalyseur reste actif. Que se passe-t-il si le financement reste cher. Que se passe-t-il si bitcoin cesse de mener.

    La photographie du jour est claire. Capitalisation de nouveau au-dessus de 3000 milliards. Bitcoin en tête. Plus de 740 milliards ajoutés depuis l’annonce de l’élargissement des rachats longs. Open interest des perpétuels proche de 160 milliards. Fear & Greed à 78. Avidité extrême. Levier en expansion. Mémoire encore vive d’une journée à 19 milliards de liquidations.

    De cette photographie, on peut tirer une phrase unique, un peu moins confortable que les titres. Le marché a de nouveau de l’allant. Il a aussi de moins en moins de droit à l’erreur. Ce n’est pas une prédiction de krach. Ce n’est pas un hymne à la hausse. C’est une description de régime. Dans ce régime, la taille des positions compte davantage que la beauté du narratif.

    Le retour au-dessus des 3000 milliards repose sur une demande réelle, mais aussi sur une utilisation croissante du levier. Le moment d’être lucide, plus que le moment d’être bruyant.

    Synthèse de marché

    Une conclusion provisoire, comme tout prix de marché

    Les seuils ne concluent rien. Ils datent une émotion collective. Aujourd’hui, cette émotion s’appelle le soulagement haussier, teinté d’empressement. Bitcoin a ramené l’ensemble au-dessus d’une ligne que beaucoup surveillaient depuis janvier. Les rachats d’obligations longues ont offert un décor plus accueillant. Les dérivés ont fait le reste, ou du moins une partie trop visible pour être ignorée.

    Le lecteur pressé voudra une consigne. Acheter. Vendre. Attendre. Le marché actuel se prête mal aux consignes uniques. Il se prête à une discipline. Distinguer spot et levier. Distinguer catalyseur et cause. Distinguer sentiment et destination. Distinguer un record d’encours et une preuve de tendance. Ceux qui feront ces distinctions n’éviteront pas toute volatilité. Ils éviteront surtout de confondre une accélération avec une invitation à disparaître dans le crédit.

    Trois mille milliards de dollars ont donc retraversé l’écran. Le levier aussi. Entre les deux, il reste la seule question qui vaille réellement : la hausse est-elle assez solide pour survivre au moment où le crédit devra se faire plus rare ? Le marché répondra. Il répond toujours. Rarement dans le calendrier des titres du jour.

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    Steven Soarez
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    Passionné et dévoué, je navigue sans relâche à travers les nouvelles frontières de la blockchain et des cryptomonnaies. Pour explorer les opportunités de partenariat, contactez-nous.

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