Le Bitcoin vacille. Après avoir flirté avec des sommets historiques il y a quelques mois, la reine des cryptomonnaies a entamé une descente qui inquiète – et divise – la communauté. À 78 664 dollars ce 2 février 2026, le BTC perd du terrain rapidement, ravivant les vieux fantômes des bear markets passés. Mais derrière cette chute apparente se cache un débat bien plus profond : simple correction technique ou prémices d’un véritable effondrement structurel ?
Les analystes s’affrontent sur la question. D’un côté, les pessimistes comparent la situation actuelle à la crise de 2008. De l’autre, les optimistes insistent sur la maturité croissante du marché et sur des fondamentaux jamais aussi solides. Entre ces deux camps, les investisseurs se demandent légitimement ce qu’il faut croire… et surtout, comment positionner leur portefeuille dans les semaines et mois à venir.
Bitcoin en baisse : les signaux qui inquiètent
La chute récente n’est pas anodine. Après plusieurs mois de consolidation autour des 90-100 000 dollars, le Bitcoin a cassé plusieurs supports techniques majeurs en quelques jours seulement. Volume en baisse, RSI en territoire oversold, dominance qui stagne : les indicateurs techniques envoient des signaux contradictoires, mais globalement baissiers à court terme.
Pourtant, ce n’est pas la première fois que le BTC connaît une telle volatilité. Alors pourquoi cette correction semble-t-elle plus préoccupante que les précédentes ? La réponse se trouve peut-être dans le contexte macroéconomique global, beaucoup plus incertain qu’en 2021 ou même en 2024.
Mike McGlone et la thèse du « grand nettoyage »
Mike McGlone, stratège senior commodities chez Bloomberg, ne mâche pas ses mots. Selon lui, nous assistons actuellement à une phase de « nettoyage » comparable à celle observée lors de la crise financière de 2008. Bitcoin, argent physique, cuivre : tous ces actifs qu’il juge surévalués seraient voués à une correction sévère.
Nous entrons dans une phase de nettoyage. Les actifs risqués, y compris le Bitcoin, vont rester sous pression tant que la volatilité des actions restera faible. C’est l’année des obligations du Trésor américain.
Mike McGlone, Bloomberg
Pour McGlone, le Bitcoin n’est pas épargné par la purge qui touche les actifs à risque. Il anticipe même des baisses significatives sur l’argent physique et le cuivre, deux marchés qu’il considère comme corrélés au BTC dans les phases de stress systémique. Sa recommandation est claire : se réfugier dans les Treasuries à court terme.
Cette vision très bearish repose sur plusieurs constats : un endettement mondial record, une Fed qui pourrait être forcée de maintenir des taux élevés plus longtemps que prévu, et une aversion au risque qui pourrait brutalement revenir sur les marchés financiers traditionnels comme sur les cryptos.
Les 3 piliers de la thèse McGlone :
- Surévaluation généralisée des actifs risqués
- Retour imminent de la volatilité sur les marchés actions
- Phase de « dé-leverage » forcé comparable à 2008
Dave Weisberger : les fondamentaux du Bitcoin plus solides que jamais
À contre-courant de McGlone, Dave Weisberger, PDG de CoinRoutes, refuse de céder à la panique. Pour lui, la baisse actuelle n’est qu’une « capitulation temporelle » classique dans un marché aussi jeune et volatil que celui des cryptomonnaies.
Il met surtout en avant un point crucial souvent oublié : la structure de marché du Bitcoin est aujourd’hui bien plus mature et transparente que celle de nombreux actifs traditionnels, y compris l’argent physique qu’il qualifie de « mouvement digne d’un altcoin ».
Le Bitcoin bénéficie d’une structure de marché continue et transparente, bien plus efficace que les marchés physiques de matières premières comme l’argent.
Dave Weisberger, CoinRoutes
Selon Weisberger, si des changements réglementaires majeurs intervenaient – notamment une reconnaissance du Bitcoin comme collatéral de qualité par la Fed –, l’actif pourrait devenir central dans le système financier mondial. Une vision très long terme qui contraste fortement avec l’analyse court-termiste de McGlone.
Il rappelle également que les corrections de 30 à 40 % font partie intégrante du cycle haussier du Bitcoin depuis 2013. Pour lui, vendre maintenant serait une erreur stratégique majeure.
James Lavish et la thèse des « prix de demain »
James Lavish apporte une troisième lecture, plus macroéconomique. Selon sa théorie des « prix de demain », l’intelligence artificielle génère une pression déflationniste massive via les gains de productivité, tandis que les économies surendettées ont désespérément besoin d’inflation pour survivre.
Ce paradoxe crée une incertitude majeure sur la capacité des États-Unis à refinancer leur dette à des taux bas. Dans ce contexte, le Bitcoin devient selon lui « la pointe de la lance du risque » : son comportement précède souvent les crises de liquidité globales.
Le Bitcoin est la pointe de la lance du risque. Sa performance actuelle signale une pénurie de liquidités imminente sur les marchés mondiaux.
James Lavish
Lavish ne prédit pas forcément un crash immédiat, mais met en garde contre une contraction soudaine de la liquidité mondiale, phénomène qui toucherait particulièrement les actifs les plus risqués… dont le Bitcoin en première ligne.
Correction ou début d’un nouvel hiver crypto ?
La question que tout le monde se pose reste la même : assistons-nous à une simple prise de bénéfices après un cycle haussier exceptionnel, ou au commencement d’un bear market prolongé ?
Historiquement, les bear markets crypto ont duré entre 12 et 36 mois, avec des baisses cumulées allant de -70 % à -90 %. Si la thèse de McGlone se confirmait, nous pourrions nous diriger vers ce scénario. À l’inverse, les défenseurs des fondamentaux comme Weisberger estiment que le marché a changé : institutionnalisation, ETF Bitcoin spot, adoption croissante par les entreprises… autant d’éléments qui rendraient un hiver aussi long et profond beaucoup moins probable.
Arguments pour un bear market prolongé :
- Contexte macroéconomique très incertain
- Surévaluation de nombreux actifs risqués
- Retour possible de la volatilité sur les marchés traditionnels
- Précédents historiques de corrections sévères
Arguments pour une simple correction :
- Marché beaucoup plus mature et institutionnalisé
- Fondamentaux du réseau Bitcoin au plus haut
- Adoption croissante (ETF, trésoreries d’entreprises)
- Structure de marché transparente et efficace
Que faire face à cette incertitude ?
Face à des opinions aussi divergentes, la gestion du risque devient la priorité absolue. Plusieurs stratégies coexistent actuellement dans la communauté :
- DCA (Dollar Cost Averaging) : continuer d’acheter régulièrement, indépendamment du prix, pour lisser le coût d’acquisition
- Attendre les signes de capitulation : volume élevé + prix très bas + sentiment extrêmement négatif = souvent le point bas historique
- Rotation vers des stablecoins ou Treasuries : stratégie défensive prônée par les plus prudents
- HODL pur et dur : conviction que les fondamentaux l’emporteront à long terme
Aucune stratégie n’est infaillible, mais la pire décision reste souvent celle prise sous le coup de l’émotion. La peur et la cupidité ont toujours été les deux moteurs principaux des marchés crypto.
Le rôle croissant des institutions
Un élément fondamental a changé depuis 2022 : l’arrivée massive des institutions. Les ETF Bitcoin spot aux États-Unis ont déjà accumulé des dizaines de milliards de dollars. BlackRock, Fidelity, ARK Invest… les plus grands noms de la finance traditionnelle sont désormais exposés directement au BTC.
Cette institutionnalisation change profondément la dynamique. Les ventes paniquées de 2018-2019 provenaient majoritairement de particuliers. Aujourd’hui, une grande partie de l’offre est verrouillée dans des ETF ou dans les bilans d’entreprises comme MicroStrategy. Cela rend le marché potentiellement moins volatil… mais aussi plus sensible aux décisions des grands acteurs institutionnels.
Les scénarios possibles pour les 6 prochains mois
À ce stade, plusieurs trajectoires semblent envisageables :
- Scénario 1 – Rebond rapide : cassure haussière des 85 000 $, retour vers les 100-110k $ d’ici fin Q1 2026
- Scénario 2 – Consolidation basse : range entre 65-85k $ pendant plusieurs mois, digestion des excès
- Scénario 3 – Bear market profond : chute sous les 50k $, test des 40-45k $, nouveau plancher macro
- Scénario 4 – Choc macro : crise de liquidité globale → Bitcoin -60 à -80 % comme en 2018 et 2022
Le scénario le plus probable aujourd’hui semble être une consolidation prolongée dans la zone 65-90k $, avec des risques baissiers plus importants que haussiers à court terme. Mais l’histoire du Bitcoin nous a appris une chose : ne jamais sous-estimer sa capacité à surprendre dans les deux sens.
Conclusion : rester lucide dans la tempête
Le débat qui agite actuellement la communauté crypto est sain. Il montre que le marché arrive à maturité : les analyses ne se limitent plus aux memes et aux pump-and-dump, mais intègrent désormais des considérations macroéconomiques complexes.
Que vous soyez dans le camp McGlone, Weisberger ou Lavish, une chose est sûre : nous vivons une période charnière. Les décisions prises aujourd’hui – acheter, vendre, attendre, accumuler – auront un impact majeur sur les portefeuilles dans les 12 à 36 prochains mois.
Dans tous les cas, une règle d’or demeure : ne jamais investir plus que ce que vous pouvez vous permettre de perdre. Et surtout, ne jamais laisser la peur ou la cupidité dicter vos choix.
Le Bitcoin a survécu à bien pire. Mais il n’a jamais été aussi scruté, aussi institutionnalisé… ni aussi dangereux à court terme. À vous de jouer.
