Quand un actif perd plus de la moitié de sa valeur en quelques mois, la plupart des investisseurs paniquent. Pourtant, le plus grand gestionnaire d’actifs de la planète vient de publier un rapport qui refuse de suivre le mouvement. BlackRock affirme que la chute spectaculaire du Bitcoin depuis son sommet d’octobre 2025 ne remet pas en cause sa thèse d’investissement à long terme. Cette position, loin d’être anodine, mérite qu’on s’y attarde avec un regard critique et des faits précis.
Pourquoi BlackRock Refuse De Céder À La Panique
Le 19 août 2026, le Bitcoin évoluait autour de 64 300 dollars après avoir touché des plus bas sous les 60 000 dollars en juin. Depuis le record de 124 606 dollars atteint en octobre 2025, la correction dépasse les 50 %. Pour de nombreux observateurs, ce niveau de drawdown aurait dû faire vaciller les convictions institutionnelles. Ce n’est pas le cas chez BlackRock.
Dans un document de recherche publié en août 2026, la firme explique que cette baisse s’apparente davantage à un événement de positionnement et de liquidité qu’à une rupture structurelle des propriétés monétaires ou de diversification du Bitcoin. Autrement dit, le problème ne viendrait pas de l’actif lui-même, mais de la manière dont le marché s’est engagé dessus.
Cette distinction est essentielle. Elle permet de comprendre pourquoi BlackRock, qui gère pourtant l’iShares Bitcoin Trust ETF, continue de défendre une allocation limitée dans les portefeuilles traditionnels. La firme rappelle au passage que le Bitcoin reste un actif volatil, spéculatif, et capable de provoquer une perte totale du capital. L’optimisme n’efface pas la prudence.
Le poids du levier a amplifié la chute
Le rapport met en lumière un facteur déterminant : l’explosion de l’intérêt ouvert sur les contrats à terme. À l’approche du sommet d’octobre 2025, l’open interest a dépassé les 90 milliards de dollars. Environ 80 % de cette exposition provenait de contrats perpétuels offshore, loin des plateformes réglementées comme le CME.
Certaines plateformes proposaient des leviers allant de 50 à 125 fois. Dans ces conditions, une variation de prix relativement modeste suffit à déclencher des liquidations automatiques en cascade. C’est exactement ce qui s’est produit.
Le 10 octobre 2025, après des annonces tarifaires américaines visant la Chine, le Bitcoin a perdu 6 % en une journée tandis que l’open interest s’est contracté de 20 milliards de dollars. BlackRock qualifie cet épisode de plus grande réduction quotidienne d’intérêt ouvert observée dans les données analysées. D’autres vagues de liquidations ont suivi en février et juin 2026, poussant le prix sous les 60 000 dollars.
La correction s’apparente à un événement de positionnement et de liquidité plutôt qu’à une remise en cause des propriétés monétaires ou de diversification du Bitcoin.
BlackRock, rapport de recherche août 2026
Cette séquence ne prouve pas que le levier était l’unique cause de la baisse. Elle montre en revanche qu’il a joué un rôle d’accélérateur massif. Quand le marché se finance à crédit à des niveaux aussi élevés, la moindre secousse se transforme rapidement en avalanche.
Les sorties des ETP et la concurrence de l’intelligence artificielle
Un autre élément central du diagnostic de BlackRock concerne les flux des produits négociés en bourse. Entre le lancement des ETP spot Bitcoin aux États-Unis en janvier 2024 et octobre 2025, ces véhicules ont attiré environ 60 milliards de dollars. Puis, jusqu’en juillet 2026, ils ont enregistré près de 5 milliards de dollars de sorties nettes.
Sur la même période, les fonds thématiques liés à l’intelligence artificielle ont capté plus de 46 milliards de dollars. BlackRock estime que cette rotation a « probablement concurrencé le capital » destiné au Bitcoin. La formulation reste prudente : les données de flux ne permettent pas de démontrer la motivation exacte de chaque investisseur. Elles montrent néanmoins une réallocation claire des capitaux vers un thème jugé plus porteur à court terme.
Cette bascule s’est aussi observée du côté de l’attention des particuliers et des institutions. Les retraits des fonds Bitcoin ont coïncidé avec une baisse de l’intérêt de recherche sur les cryptomonnaies et une hausse marquée de celui porté aux valeurs d’intelligence artificielle. Le marché a simplement préféré une autre histoire pendant plusieurs mois.
Ce que montrent les flux récents
- Le 17 août 2026 : 297,5 millions de dollars d’entrées nettes sur les ETP Bitcoin américains
- Le 18 août 2026 : 189,3 millions de dollars supplémentaires
- Total de 486,8 millions de dollars en deux jours après une semaine de sorties de 385,2 millions
Ces chiffres plus récents indiquent un regain d’intérêt, mais restent encore irréguliers. Ils ne suffisent pas à affirmer un retournement durable des flux institutionnels.
Les ventes des trésoreries d’entreprises ont ajouté de l’offre
BlackRock identifie également les cessions de mineurs, de grands détenteurs et de sociétés de trésorerie digitale comme des sources de pression vendeuse. MARA a liquidé 15 133 BTC pour environ 1,1 milliard de dollars en mars, selon ses déclarations réglementaires.
Strategy (anciennement MicroStrategy) a mis en place un programme de monétisation du Bitcoin autorisant des ventes pour financer des réserves, des dividendes, des intérêts et des rachats de titres. Ce programme n’impose aucune obligation de vendre et n’a pas de date d’expiration fixe.
Un dépôt SEC du 10 août 2026 a confirmé que Strategy a vendu 1 690 BTC pour 108,6 millions de dollars entre le 3 et le 9 août. Les fonds ont servi à racheter des actions préférentielles STRC. Cette opération fournit une illustration concrète et vérifiée de la pression vendeuse liée aux trésoreries d’entreprises pendant la phase de faiblesse des prix.
Ces ventes n’expliquent pas à elles seules la totalité de la correction. Elles ont toutefois augmenté l’offre disponible à un moment où la demande institutionnelle via les ETP s’affaiblissait. Le résultat a été une dynamique baissière renforcée.
La thèse d’allocation limitée reste intacte
Malgré la violence de la baisse, BlackRock maintient son argument en faveur d’une allocation modeste. Sur une période de dix ans, l’ajout d’une exposition de 1 % ou 2 % au Bitcoin dans un portefeuille traditionnel américain 60/40 a amélioré les rendements ajustés au risque dans des tests historiques.
Avec 1 % de Bitcoin, le ratio de Sharpe passait de 0,81 à 0,90. Avec 2 %, il atteignait 0,96. Les drawdowns maximaux restaient proches : 20,3 % pour le portefeuille de référence, 20,6 % avec 1 % de Bitcoin et 20,9 % avec 2 %.
Ces résultats sont purement hypothétiques. Ils bénéficient du recul et ne correspondent à aucun portefeuille client réel de BlackRock. Ils ne garantissent en rien les performances futures. La diversification ne protège jamais totalement contre les pertes de marché.
La firme s’appuie néanmoins sur plusieurs caractéristiques structurelles pour justifier le maintien de sa thèse : l’offre plafonnée du Bitcoin, une corrélation de 0,18 sur dix ans avec le S&P 500, et son potentiel de protection contre l’érosion du pouvoir d’achat des monnaies fiduciaires.
Le cas d’investissement du Bitcoin reste inchangé.
BlackRock, août 2026
Cette affirmation ne constitue pas une prévision de rebond des prix. Elle relève d’une évaluation d’investissement. BlackRock insiste sur le fait que le Bitcoin demeure un actif risqué, capable de provoquer une perte totale du capital investi. La distinction entre conviction long terme et gestion du risque à court terme est clairement établie.
Un marché des dérivés en mutation
Depuis le début de la correction, le paysage réglementaire américain a évolué. En mai 2026, la CFTC a approuvé le contrat perpétuel Bitcoin onshore de KalshiEX. L’autorité a estimé que sa structure respectait les règles fédérales sur les dérivés. Ce produit, longtemps associé aux plateformes offshore, entre désormais dans un cadre réglementé aux États-Unis.
Cette évolution pourrait, à terme, réduire la part des positions à levier extrême situées hors de toute supervision. Elle n’efface pas pour autant les risques liés aux liquidations en cascade. Elle montre cependant que le marché américain s’adapte progressivement à des instruments jusqu’ici dominés par des acteurs non régulés.
Ce que les prochains mois vont tester
La suite dépendra de trois indicateurs principaux : les flux des ETP, le positionnement sur les contrats à terme et les déclarations des sociétés de trésorerie digitale. Des entrées nettes soutenues combinées à une réduction du levier spéculatif conforteraient l’idée d’une correction cyclique. À l’inverse, de nouvelles vagues de liquidations ou des ventes continues de la part des entreprises qui détiennent du Bitcoin maintiendraient la pression baissière.
Le rebond observé autour de 64 000 dollars en août 2026 a coïncidé avec un retour d’entrées sur les ETP. Ce mouvement reste cependant fragile tant que l’open interest sur les produits à levier élevé n’a pas sensiblement diminué. Le marché reste exposé à un retournement rapide si les conditions de liquidité se dégradent à nouveau.
BlackRock ne prétend pas que les prix vont nécessairement remonter. La firme se contente de rappeler que les raisons fondamentales qui l’ont conduite à s’intéresser au Bitcoin n’ont pas disparu. L’offre limitée, la faible corrélation historique avec les actions traditionnelles et le rôle potentiel de protection contre la dépréciation monétaire demeurent, selon elle, valides.
Une leçon de gestion du risque pour les investisseurs
L’épisode de 2025-2026 rappelle une réalité souvent oubliée pendant les phases d’euphorie : le levier transforme les corrections ordinaires en crises de liquidité. Quand 80 % de l’exposition à terme se trouve hors des marchés réglementés et que certains acteurs utilisent des multiplications de 50 à 125 fois, la structure même du marché devient instable.
Les sorties des ETP et la concurrence de thèmes comme l’intelligence artificielle montrent également que le capital institutionnel n’est pas captive. Il se déplace en fonction des récits dominants et des perspectives de rendement perçues. Le Bitcoin a perdu une partie de son attractivité relative pendant plusieurs mois, ce qui a amplifié la pression vendeuse.
Les ventes de trésorerie d’entreprises ajoutent une dimension nouvelle. Des sociétés qui avaient accumulé du Bitcoin comme réserve stratégique se retrouvent parfois contraintes de monétiser une partie de leurs avoirs pour d’autres besoins financiers. Ces décisions, parfaitement rationnelles à l’échelle d’une entreprise, créent une offre supplémentaire au pire moment pour le prix.
Points clés à retenir de l’analyse BlackRock
- La chute de plus de 50 % est attribuée principalement au levier excessif et à des flux institutionnels plus faibles
- Les propriétés monétaires et de diversification du Bitcoin ne sont pas considérées comme remises en cause
- Une allocation de 1 à 2 % a historiquement amélioré les ratios de Sharpe dans des tests sur dix ans
- Le Bitcoin reste présenté comme un actif volatile et spéculatif pouvant entraîner une perte totale
- Les prochains signaux viendront des flux ETP, du positionnement futures et des ventes de trésorerie
Entre conviction et pragmatisme
La position de BlackRock illustre la différence entre une conviction d’investissement long terme et une gestion tactique des positions. La firme n’invite pas les investisseurs à ignorer la volatilité. Elle refuse simplement de conclure que la correction actuelle invalide les caractéristiques fondamentales qu’elle attribue au Bitcoin.
Cette nuance est importante. Elle évite de confondre une phase de marché difficile avec un changement de paradigme. Elle rappelle aussi que même les plus grands acteurs institutionnels reconnaissent les limites et les risques de l’actif. Le message n’est pas « achetez sans réserve », mais « la thèse long terme n’est pas invalidée par cette correction de levier et de flux ».
Pour les investisseurs particuliers comme pour les professionnels, la leçon principale réside dans la nécessité de distinguer les causes structurelles des causes cycliques. Une baisse de 50 % due à un désendettement massif et à une rotation de capitaux n’a pas la même signification qu’une baisse provoquée par une perte de confiance dans les propriétés monétaires de l’actif.
BlackRock a choisi de classer l’épisode 2025-2026 dans la première catégorie. Les prochains trimestres diront si les flux et le positionnement lui donnent raison, ou si de nouvelles pressions vendeuses prolongent la phase de digestion. Dans tous les cas, le rapport d’août 2026 restera un document de référence pour comprendre comment le plus grand gestionnaire d’actifs de la planète a interprété l’une des corrections les plus sévères de l’histoire récente du Bitcoin.
La suite du marché dépendra moins des déclarations que des comportements concrets des investisseurs institutionnels, des sociétés de trésorerie et des traders à levier. C’est là que se jouera la validation ou l’invalidation progressive de la lecture proposée par BlackRock. Pour l’instant, la firme a tranché : le Bitcoin a subi une correction violente, mais sa thèse d’investissement de long terme n’a, selon elle, pas changé.
