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    Bitcoin Bloqué Sans Soft Fork Selon Paul Sztorc

    Steven SoarezDe Steven Soarez17/09/2026Aucun commentaire21 Mins de Lecture
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    Et si le vrai problème de Bitcoin n’était plus le prix, ni même la régulation, mais l’incapacité à bouger d’un millimètre au niveau des règles de consensus ? C’est exactement le constat que vient de poser Paul Sztorc, créateur de Drivechain et dirigeant de LayerTwo Labs, après l’échec public de BIP-110. Depuis l’activation de Taproot en 2021, chaque tentative de soft fork s’est heurtée au même mur : un réseau trop fragmenté, des mineurs peu enclins à signaler, des nœuds qui refusent de se coordonner. L’épisode de l’été 2026 n’est pas un accident isolé. Il ressemble à une photographie nette d’un processus d’upgrade désormais figé.

    Pourquoi Bitcoin Semblerait Incapable D’Activer Un Soft Fork

    Le 16 septembre 2026, l’entretien accordé à la presse spécialisée a sonné comme un diagnostic sans fard. Sztorc ne parle pas d’un simple contretemps technique. Il décrit une situation structurelle : toutes les propositions de soft fork depuis Taproot ont échoué à s’activer, et BIP-110 n’a fait que confirmer la tendance. L’idée n’est pas de dramatiser pour le plaisir. Elle consiste à dire que le mécanisme même qui a permis à Bitcoin d’évoluer par le passé ne fonctionne plus dans le climat actuel.

    Taproot s’est activé au bloc 709 632, le 14 novembre 2021, grâce au processus dit Speedy Trial. Les mineurs ont signalé leur préparation, les nœuds ont suivi, et le réseau a intégré les signatures Schnorr ainsi que de nouvelles règles de dépense sans scinder durablement la chaîne. Depuis, le décor a changé. Les débats sur les inscriptions, les données non financières, la neutralité du protocole et le rôle des pools ont durci les camps. Activer une règle nouvelle n’est plus seulement une affaire de code. C’est une affaire de légitimité politique interne.

    Tous les soft forks depuis Taproot ont échoué à s’activer, et celui-ci n’a pas fait exception.

    Paul Sztorc

    Ce Que Révèle Vraiment L’Échec De BIP-110

    BIP-110, officiellement présenté comme un Reduced Data Temporary Softfork, voulait restreindre pendant environ un an certaines formes de stockage de données dans les transactions. Le paquet de règles visait notamment un plafond de 83 octets sur les sorties OP_RETURN, une limite de 256 octets sur certains empilements de données, et des contraintes touchant des fonctions liées à Taproot. Le tout devait durer 52 416 blocs, soit à peu près une année au rythme habituel de Bitcoin.

    Le mécanisme d’activation volontaire demandait 55 % des blocs signalant leur soutien. Le résultat a été minuscule : 51 blocs favorables sur une période de difficulté de 2 016 blocs, soit environ 2,53 % de soutien minier. Dès le 2 août, l’objectif était mathématiquement hors d’atteinte. Seulement 28 des 1 108 premiers blocs avaient signalé. Pourtant, le logiciel d’application est entré dans une période de signalement obligatoire au bloc 961 632, le 8 août. Les nœuds appliquant BIP-110 ont alors rejeté les blocs qui ne signalaient pas.

    La majorité des mineurs a simplement continué à construire sur la chaîne principale, celle qui n’appliquait pas la règle. La branche minoritaire a produit deux blocs, puis s’est arrêtée. Au 9 août, elle restait figée au bloc 961 633 pendant que la chaîne dominante prenait 111 blocs d’avance. L’estimation de Michael Saylor plaçait environ 99,85 % de la puissance de hachage du côté majoritaire. Un endpoint associé à OCEAN indiquait près de 257 pétahashes par seconde encore assignés à la branche, un volume dérisoire face à l’ensemble du réseau.

    Les chiffres qui ont scellé BIP-110

    • 51 blocs de signalement seulement sur 2 016.
    • Soutien minier d’environ 2,53 %.
    • Scission au bloc 961 632, puis deux blocs seulement.
    • Difficulté héritée de 127,48 billions, impossible à absorber avec si peu de hashrate.

    Le détail le plus cruel n’est pas seulement le score politique. C’est la mécanique de la difficulté. La branche minoritaire a hérité de la difficulté de Bitcoin, 127,48 billions. Sans puissance suffisante, elle ne pouvait pas produire assez vite les blocs restants pour atteindre un ajustement. Deux blocs, puis le silence. Un fork qui n’arrive même pas à respirer n’est plus une alternative. C’est une impasse.

    Deux Lectures Opposées Du Même Épisode

    Les partisans, dont Luke Dashjr, mainteneur de Bitcoin Knots, ont défendu l’idée d’un recentrage monétaire. Selon eux, limiter le stockage de données arbitraires liées aux inscriptions permettrait de préserver Bitcoin comme réseau de transactions financières plutôt que comme disque dur public. Les opposants, parmi lesquels Adam Back et Michael Saylor, ont vu autre chose : une atteinte à la neutralité du protocole. Rejeter des structures de transaction aujourd’hui valides reviendrait à choisir un usage légitime et à en exclure d’autres.

    Cette opposition n’est pas nouvelle. Elle a seulement trouvé, avec BIP-110, un terrain d’expression mesurable. Le vote des mineurs, le comportement des pools, les prises de parole publiques des grandes entreprises exposées au bitcoin ont transformé un débat de développeurs en conflit de gouvernance. Foundry USA Pool a demandé à ses clients de se prononcer sur le signalement. Strategy, société cotée et l’un des plus gros détenteurs corporatifs de bitcoin, s’est opposée via Saylor. Aux États-Unis, l’épisode a montré à quel point les opérations minières américaines peuvent se retrouver au centre d’un conflit de règles.

    Un autre risque concret a surgi : l’absence de protection automatique contre la relecture des transactions. Kevin Loaec a rappelé qu’une transaction émise sur une branche pouvait potentiellement être copiée sur l’autre. Les pièces antérieures au fork devenaient alors vulnérables si un utilisateur tentait de les déplacer ou de les vendre sur la chaîne minoritaire sans les séparer au préalable. Les soutiens de BIP-110 avaient même préparé un code de changement éventuel de preuve de travail, avec une date de hard fork configurable. Chris Guida l’a présenté comme une option de repli, sans date d’activation fixée. Tout cela dessine un tableau : même les défenseurs du changement savaient que la scission pouvait mal tourner.

    Taproot Comme Dernier Succès Collectif

    Pour comprendre le diagnostic de Sztorc, il faut revenir à Taproot sans le mythifier. L’upgrade a réussi parce qu’un alignement rare s’est produit : revue technique suffisamment mature, processus d’activation borné dans le temps, signalement minier massif, et une promesse claire. Schnorr et Taproot n’étaient pas présentés comme une censure d’usages existants, mais comme une amélioration de confidentialité relative, d’efficacité et de flexibilité des scripts. Les nœuds non mis à jour n’étaient pas poussés hors de la chaîne principale.

    Depuis, le climat s’est inversé. Chaque proposition est lue comme un choix de camp. Ajouter une fonctionnalité, c’est risquer d’avantager un écosystème. Restreindre une pratique, c’est risquer d’en punir un autre. Le réseau a grandi, les intérêts se sont institutionnalisés, les pools se sont concentrés, les nœuds se sont diversifiés dans leurs politiques de relais. Le soft fork, qui était un outil de compatibilité ascendante, est devenu un test de force.

    Sztorc en tire une phrase sèche : Bitcoin ne peut activer aucun soft fork pour un avenir prévisible. Ce n’est pas une prédiction magique. C’est une lecture de la coordination. Quand 2,53 % de signalement suffisent à tuer une proposition, et quand même une idée jugée minuscule comme OP_CAT reste bloquée, le message n’est plus technique. Il est sociologique.

    OP_CAT, Treize Lignes Et Le Même Mur

    OP_CAT n’est pas un monstre de complexité. L’opération permettrait à un script Bitcoin de concaténer deux éléments de données. Satoshi Nakamoto l’avait désactivée en 2010 pour des raisons de sécurité. Une proposition ultérieure a cherché à la rétablir par soft fork rétrocompatible. Des développeurs y voient un levier pour des covenants, des coffres, des ponts et d’autres conditions de dépense programmables. Sztorc insiste sur le contraste : treize lignes de code, une opération déjà présente dans le logiciel d’origine, un soutien développé… et pourtant, rien n’avance.

    Rien ne le peut, pas même OP_CAT, qui tient en treize lignes de code, figurait dans le logiciel d’origine et bénéficiait d’un large soutien.

    Paul Sztorc

    Le point n’est pas que OP_CAT soit parfait. Le point est que si une modification aussi petite reste prisonnière du même goulot, alors le goulot n’est pas la taille du patch. C’est l’absence d’un processus d’accord encore capable de produire une majorité opératoire. Revue technique, mineurs, opérateurs de nœuds, utilisateurs économiques : chacun peut bloquer. Personne n’a plus le mandat clair d’entraîner les autres.

    BIP-360 illustre la même impasse sous un autre angle. Cette proposition imagine un nouveau type de sortie pensé pour des signatures post-quantiques, afin que des utilisateurs puissent déplacer des fonds vers des adresses plus résistantes. Sur le papier, l’enjeu est existentiel à long terme. Dans la pratique, l’activation exigerait précisément le type d’accord que Sztorc juge désormais hors de portée. Le risque quantique peut attendre. Le gel du consensus, lui, est déjà là.

    Drivechain Comme Échappatoire, Pas Comme Miracle

    Face à ce constat, Sztorc ne propose pas de forcer Bitcoin à tout absorber. Il défend depuis des années l’idée de déplacer l’expérimentation vers des chaînes latérales optionnelles. BIP 300 décrirait un peg bidirectionnel : des bitcoins pourraient aller et venir entre la chaîne principale et des sidechains. Chaque sidechain porterait ses propres règles. Confidentialité, contrats plus expressifs, confirmations plus rapides, usages de niche : tout cela pourrait vivre ailleurs, sans imposer une mise à jour universelle à chaque détenteur.

    Sztorc compare ces chaînes à des marques distinctes, comme Liquid ou Lightning. L’utilisateur choisirait d’y entrer ou non. La base resterait inchangée après l’upgrade initial. À la question de la fragmentation de liquidité, il répond par analogie avec le lancement d’altcoins séparés : chaque Drivechain aurait son identité, son logiciel, sa réputation. Ce n’est pas une fusion magique de tous les rêves. C’est un marché de règles parallèles, ancré dans le même actif de réserve.

    Le paradoxe est immédiat. Pour que Drivechain serve d’échappatoire au gel des soft forks, il faut d’abord… un soft fork. BIP 300 lui-même est un changement de consensus. Sans activation, le système de retrait proposé n’existe pas dans les règles du réseau. Interrogé sur la manière de surmonter la résistance qui a arrêté les autres propositions, Sztorc répond simplement que cela ne peut pas. Le remède dépend du mal qu’il diagnostique.

    Ce que Drivechain promet, et ce qu’il exige d’abord

    • Expérimenter des règles hors de la couche de base.
    • Laisser chaque chaîne porter sa propre marque et son logiciel.
    • Garder le choix utilisateur via un peg bidirectionnel.
    • Obtenir malgré tout une modification initiale de consensus sur Bitcoin.

    Le Cœur Du Débat : Les Mineurs Et Les Retraits

    Le modèle de sécurité de BIP 300 place les mineurs au centre des retraits. Une demande resterait en attente pendant que les mineurs votent via les blocs Bitcoin. Assez de soutien sur la période prévue, et les bitcoins pourraient quitter le peg. Cette architecture a toujours attiré les mêmes critiques : vol coordonné, censure, collusion. Si un cartel minier valide un retrait invalide, les utilisateurs de la sidechain paient le prix.

    Sztorc ne nie pas le rôle des mineurs. Il déplace l’argument vers l’économie. Si une chaîne est populaire, elle génère des frais pour les mineurs. Si ces revenus sont importants par rapport au stock de pièces en circulation sur la couche secondaire, alors le système serait plus sûr. Attaquer une sidechain rentable détruirait un flux de frais futurs et abîmerait la confiance. Les utilisateurs devraient donc juger le rapport entre revenus de frais, incitations minières et valeur des bitcoins enfermés dans le peg.

    Si la chaîne est populaire, elle générera des frais pour les mineurs. Si ce revenu est élevé par rapport au nombre de pièces en circulation sur la couche secondaire, alors elle sera sécurisée.

    Paul Sztorc

    Cette théorie est cohérente, mais elle n’est pas une preuve. Elle suppose que les mineurs raisonnent en horizon long, que la réputation compte plus qu’un hold-up ponctuel, et que le marché des frais sera assez profond pour dissuader. Les critiques inversent la charge : un attaquant n’a pas besoin de tuer toute l’industrie. Il lui suffit d’un moment où le butin dépasse le coût. Entre ces deux lectures, Bitcoin n’a pas tranché. Il a simplement refusé, jusqu’ici, d’activer le terrain d’expérience.

    Ce Que Le Gel Change Pour Les Utilisateurs

    Pour un détenteur ordinaire, un soft fork raté peut paraître abstrait. Tant que les confirmations arrivent et que le solde s’affiche, le protocole « marche ». Le gel a pourtant des conséquences concrètes. Les fonctionnalités nouvelles restent hors du consensus. Les correctifs de politique qui divisent restent hors du consensus. Les réponses à des usages contestés, inscriptions ou autres, restent hors du consensus. Le réseau continue, mais il continue dans son état présent, avec ses compromis présents.

    Cela peut être vu comme une victoire de la prudence. Bitcoin n’est pas un laboratoire où l’on pousse des mises à jour chaque trimestre. La lenteur protège contre les erreurs irréversibles. Elle protège aussi contre les captures idéologiques. Mais la même lenteur peut se transformer en incapacité. Quand même une restauration d’opcode historique ou une préparation post-quantique restent coincées, la prudence n’est plus seulement un filtre. Elle devient un plafond.

    Les entreprises, les pools et les gros portefeuilles pèsent désormais dans le récit public. Un signalement minier n’est plus un détail de salle machine. C’est un acte interprété par les marchés, les médias et les régulateurs. BIP-110 l’a montré : un conflit de règles peut impliquer des acteurs américains identifiables, des prises de position d’entreprises cotées, des estimations de hashrate brandies comme des bulletins de vote. La gouvernance informelle de Bitcoin est devenue plus visible, donc plus conflictuelle.

    La Neutralité N’Est Pas Un Slogan Anodin

    Le mot neutralité revient sans cesse dans ces disputes, et il mérite d’être déplié. Pour certains, la neutralité signifie accepter toute transaction valide selon les règles actuelles, y compris celles qui portent des données que d’autres jugent parasites. Pour d’autres, la neutralité monétaire implique de protéger la couche de base contre des usages qui saturent les blocs ou transforment le registre en support de contenus hors finance. Les deux camps parlent de Bitcoin. Ils ne parlent pas du même objet.

    BIP-110 a tenté de trancher temporairement en faveur de la seconde lecture. Le réseau a tranché, de fait, en faveur de la première, non par un grand débat philosophique conclu, mais par absence de signalement. C’est une leçon froide : dans Bitcoin, ne rien activer est déjà une décision. Le statu quo a des gagnants. Ceux qui utilisent aujourd’hui des structures contestées n’ont pas besoin d’un vote pour continuer. Ceux qui veulent les restreindre, si.

    On comprend alors pourquoi Sztorc insiste tant sur les sidechains. Si la couche de base ne peut plus arbitrer les expériences, il faut un ailleurs. Mais cet ailleurs, pour rester adossé au bitcoin plutôt qu’à un jeton indépendant, demande encore le sésame que le réseau refuse. Le cercle est vicieux, et c’est précisément ce qui rend l’analyse intéressante plutôt que polémique.

    Miner Signaling, Une Langue Qui Se Perd

    Le signalement par les mineurs a longtemps servi de thermomètre. Pas d’autorité suprême, mais une mesure visible de préparation. Speedy Trial a fonctionné pour Taproot parce qu’une fenêtre courte forçait le clarifier : prêt ou pas. Depuis, le thermomètre s’est déréglé. Un score de 2,53 % n’indique pas seulement un désaccord sur le fond de BIP-110. Il indique que beaucoup de mineurs préfèrent ne pas s’engager, ou qu’ils suivent des pools dont la politique est de rester hors du conflit.

    Quand le signalement cesse d’être un outil de coordination et devient un risque réputationnel, il s’étiole. Les pools exposés aux clients institutionnels n’ont aucune envie d’apparaître comme les fossoyeurs d’un camp. Les mineurs indépendants n’ont pas toujours l’incitation à lire chaque BIP. Le résultat est une abstention massive. Or un soft fork qui dépend d’un seuil élevé d’abstention positive, c’est-à-dire de blocs qui signalent, meurt de cette abstention.

    On peut rêver d’autres mécanismes : activation par les nœuds économiques, fenêtres plus longues, seuils plus bas, verrous temporaires. Chacun de ces rêves rouvre un autre conflit. Baisser le seuil, c’est accuser de minorité agressive. L’allonger, c’est laisser pourrir le débat. S’appuyer sur les nœuds, c’est ouvrir la question de qui compte vraiment. Bitcoin n’a pas de parlement. Il a des habitudes. Et les habitudes actuelles ne produisent plus d’activation.

    Ce Que L’Histoire Récente Dit Sans Le Dire

    Entre 2021 et 2026, le réseau n’est pas resté immobile au sens des usages. Les inscriptions ont explosé, les politiques de relais ont divergé, les clients comme Bitcoin Knots et Bitcoin Core ont incarné des sensibilités différentes, les marchés d’ETF ont institutionnalisé la détention. Tout cela s’est produit sans nouveau soft fork majeur. L’évolution s’est faite au niveau des applications, des normes sociales et des logiciels de portefeuille, pas au niveau des règles de validation partagées.

    C’est une forme de vitalité. C’est aussi une forme de limitation. Les applications peuvent contourner, empiler, bricoler. Elles ne peuvent pas changer ce que le consensus refuse. Les covenants robustes au niveau de base, certains designs de coffres, certaines formes de ponts natifs restent donc dans le domaine du presque. Presque prêt. Presque discuté. Presque jamais activé.

    Le diagnostic de Sztorc doit être lu dans ce cadre. Il n’affirme pas que Bitcoin est mort. Il affirme que la voie classique de l’upgrade souple est, pour l’instant, fermée. On peut contester l’ampleur du mot « aucun ». On peut dire qu’une crise suffisamment grave, quantique ou sécuritaire, recréerait l’alignement. On ne peut pas ignorer que, sur les propositions concrètes de ces dernières années, l’alignement n’est pas venu.

    Risques Pratiques D’Une Branche Fantôme

    Même un fork qui meurt en deux blocs n’est pas anodin pour ceux qui s’y aventurent. Sans replay protection automatique, la séparation des pièces devient un exercice dangereux. Un utilisateur pressé, un exchange mal préparé, un portefeuille qui diffuse une transaction sur le mauvais graphe : le scénario est classique dans l’histoire des scissions. Ici, la branche n’a pas vécu assez longtemps pour créer un écosystème. Elle a vécu assez pour rappeler que le code d’application n’est pas un jouet.

    La difficulté héritée transforme ensuite l’échec politique en échec physique. Un réseau qui reprend la difficulté de Bitcoin sans en reprendre le hashrate se condamne à l’attente. Les blocs ne viennent pas. Les ajustements ne viennent pas. Les confirmations non plus. Les deux blocs de BIP-110 racontent cette mécanique mieux qu’un livre blanc. On peut écrire des règles. On ne peut pas improviser la puissance de calcul.

    Le code de contingence visant un changement de preuve de travail montre que certains anticipaient précisément ce mur. Changer d’algorithme, c’est quitter Bitcoin au sens minier du terme. C’est admettre que la branche ne peut pas vivre dans la même arène. Présenter cela comme une option, sans date, c’est déjà reconnaître la fragilité du projet d’application unilatérale.

    LayerTwo Labs Et La Logique Des Couches

    Le positionnement de LayerTwo Labs n’est pas un détail biographique. Il éclaire l’angle. Si l’on croit que la couche de base doit rester conservative, alors l’innovation doit monter d’un étage. Lightning a suivi cette intuition pour les paiements. Liquid l’a suivie pour un federated sidechain. Drivechain voudrait généraliser l’idée avec un peg plus ouvert, minier plutôt que fédéral. Chaque modèle a ses compromis de confiance.

    Lightning demande de vivre avec des canaux et de la liquidité de routage. Liquid demande de vivre avec un ensemble de fonctionnaires de la fédération. Drivechain demande de vivre avec le vote minier sur les retraits. Aucun de ces systèmes n’est « Bitcoin pur » au sens d’une validation individuelle de chaque règle secondaire. Tous cherchent à emprunter la rareté de BTC sans recopier le combat politique de la base. Le gel des soft forks rend cette stratégie plus séduisante… et plus difficile à lancer quand elle exige encore le sésame de la base.

    Il faut donc séparer deux questions que le débat mélange trop souvent. Première question : Drivechain est-il un bon design de sécurité ? Seconde question : Bitcoin peut-il encore activer quoi que ce soit de comparable ? Sztorc répond de façon pessimiste à la seconde, et conditionnelle à la première. Beaucoup de critiques font l’inverse : ils attaquent le design pour ne pas avoir à admettre le gel, ou ils nient le gel pour ne pas avoir à discuter le design.

    Ce Que L’On Peut Dire Sans Exagérer

    Il serait malhonnête de conclure que « plus rien ne changera jamais ». Les règles sociales de Bitcoin ont déjà bougé sans soft fork. Des politiques de mempool ont changé. Des standards d’adresses se sont diffusés. Des couches applicatives ont prospéré. Le protocole n’est pas un musée. Il est un équilibre. Mais l’équilibre actuel semble incapable de produire une nouvelle règle de consensus partagée, sauf peut-être devant une menace que presque tout le monde jugerait existentielle.

    Il serait tout aussi malhonnête de transformer Sztorc en prophète unique. Son intérêt pour BIP 300 est connu. Un diagnostic qui arrange son produit mérite d’être lu avec distance. Cela n’efface pas les faits publics : le soutien minier à BIP-110 a été dérisoire, la branche d’application s’est arrêtée net, Taproot reste le dernier grand succès d’activation, et OP_CAT n’est toujours pas dans les règles vivantes. On peut discuter l’interprétation. On ne peut pas inventer des activations qui n’ont pas eu lieu.

    • Le fait mesurable : 2,53 % de signalement, deux blocs, puis l’arrêt.
    • Le fait historique : aucun soft fork activé depuis Taproot.
    • Le fait politique : mineurs, entreprises et nœuds ne s’alignent plus.
    • Le fait stratégique : les sidechains restent théoriques tant que BIP 300 n’existe pas dans le consensus.

    Une Lecture Plus Large De La Gouvernance

    Bitcoin a toujours fonctionné par refus autant que par accord. Refuser un hard fork controversé a été, à certaines époques, une preuve de maturité. Refuser tout soft fork, y compris ceux présentés comme minuscules ou temporaires, produit un autre signal : le coût de coordination a dépassé le bénéfice perçu de n’importe quelle amélioration partielle. Dans un réseau où chacun peut perdre à un changement, le veto est bon marché. L’initiative, elle, est chère.

    Cette économie du veto explique beaucoup. Un développeur peut écrire. Un mainteneur peut publier un client. Un pool peut signaler. Un détenteur peut menacer de vendre le récit. Un opérateur de nœud peut refuser une politique. Pour qu’un soft fork vive, il faut que ces veto restent dans les tiroirs en même temps. Depuis 2021, ils sortent trop souvent, trop tôt, trop fort.

    Le langage de la « communauté » masque cette fragmentation. Il n’y a plus une communauté. Il y a des coalitions temporaires. Sur la censure des données, une coalition. Sur les covenants, une autre. Sur le quantum, une troisième. Elles ne coïncident pas. Le soft fork demande une coalition plus large que chacune de ces causes. D’où l’impression, chez Sztorc, d’une impossibilité prévisible.

    Et Maintenant, Que Faire De Ce Diagnostic ?

    Trois attitudes se dessinent. La première consiste à célébrer le gel comme fidélité à la base : Bitcoin n’a pas à satisfaire chaque envie de développeur. La deuxième consiste à chercher des activations plus modestes, plus longues, plus consensuelles, en acceptant d’attendre des années. La troisième consiste à déplacer l’énergie vers les couches et les sidechains, quitte à vivre avec des modèles de confiance imparfaits. Aucune de ces attitudes n’est absurde. Toutes ont un prix.

    La première protège contre les erreurs, mais laisse les tensions d’usage se régler par la saturation des blocs et par les guerres de relais. La deuxième suppose qu’un processus encore viable existe, alors que BIP-110 suggère le contraire pour les sujets clivants. La troisième suppose qu’on pourra un jour passer le sas initial, ou qu’on se contentera d’équivalents fédérés déjà disponibles. Les utilisateurs, eux, n’ont pas à choisir une chapelle. Ils ont à comprendre que « Bitcoin n’évolue pas » n’est plus une boutade de maximaliste. C’est, pour le consensus, une description opérationnelle.

    Le plus utile, peut-être, est de cesser de traiter chaque BIP comme un drame civilizational. Certains sont des expériences. Certains sont des réponses à des nuisances. Certains sont des paris industriels. Les juger un par un reste nécessaire. Mais le méta-problème, celui que Sztorc met sur la table, dépasse chaque texte : le réseau sait encore dire non. Il ne sait plus dire oui.

    Conclusion : Un Réseau Qui Avance Sans Bouger Ses Règles

    BIP-110 n’est pas seulement l’histoire d’une restriction temporaire sur les données. C’est le révélateur d’un régime. Depuis Taproot, Bitcoin innove autour du protocole plus qu’il n’innove dans le protocole. Les mineurs n’ont pas suivi. La branche d’application s’est éteinte après deux blocs. Les propositions amies du script, même courtes, restent en salle d’attente. Drivechain, qui voulait offrir une soupape, se heurte au même verrou qu’il prétend contourner.

    On peut trouver cela rassurant. Un actif monétaire mondial n’a pas vocation à changer de constitution tous les ans. On peut aussi y voir une fragilité douce : si le jour vient où un changement de règles devient vraiment nécessaire, le muscle de la coordination aura peut-être atrophié. Entre ces deux lectures, les faits de l’été 2026 restent simples à retenir. Le signalement n’a pas été là. La chaîne majoritaire n’a pas bronché. Et Paul Sztorc, qu’on approuve ou non sa solution, a nommé le phénomène sans détour : pour l’instant, le soft fork n’est plus un chemin. C’est un souvenir.

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    Steven Soarez
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