Imaginez un actif qui attire les plus grandes institutions financières du monde, qui voit des États créer des réserves stratégiques en son nom, et pourtant, son prix stagne ou sous-performe par rapport aux actions traditionnelles. C’est exactement ce qui s’est passé avec Bitcoin en 2025. Une année qui restera dans les annales comme profondément paradoxale.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : adoption record du côté des géants de la finance, mais une pression vendeuse inhabituelle qui a freiné la hausse attendue. Comment expliquer ce décalage ? Plongeons ensemble dans cette étrange dynamique qui a marqué l’année écoulée.
2025 : l’année du grand paradoxe Bitcoin
Jamais Bitcoin n’avait semblé aussi proche d’une intégration totale dans le système financier traditionnel. Et pourtant, jamais il n’avait autant déçu les maximalistes en termes de performance prix. Ce contraste violent mérite qu’on s’y attarde longuement.
La vague de ventes des anciens détenteurs
L’un des phénomènes les plus marquants de 2025 aura été la liquidation massive par les OGs, ces détenteurs de longue date qui possédaient leurs bitcoins depuis des années. Selon les analyses de K33 Research, près de 20 % des UTXO dormants depuis plus de deux ans ont été réactivés depuis début 2024.
Ces ventes n’étaient pas anodines. Elles ont créé une pression baissière continue sur le marché, empêchant Bitcoin de décoller comme beaucoup l’espéraient après le halving de 2024 et l’arrivée des ETF spot.
Les anciens holders ont réalisé des gains accumulés sur plus d’une décennie. Pour beaucoup, c’était le moment de prendre leurs profits face à une institutionnalisation perçue comme une forme de domestication.
Ce mouvement n’est pas surprenant quand on y pense. Ces pionniers ont acheté leurs BTC à quelques dollars ou centaines de dollars. Voir le prix dépasser les 100 000 $ a naturellement déclenché des prises de bénéfices massives.
Mais l’ampleur du phénomène a surpris. Ces ventes ont absorbé une grande partie de la demande nouvelle, créant un équilibre précaire où l’offre dépassait temporairement la demande institutionnelle.
Les principaux facteurs ayant poussé les OGs à vendre :
- Prise de bénéfices après des gains multipliés par plusieurs milliers
- Perception d’une perte d’âme révolutionnaire avec l’arrivée massive des institutions
- Besoin de liquidités pour diversifier ou investir dans d’autres actifs
- Crainte d’une régulation trop stricte à venir malgré les avancées
L’explosion de l’adoption institutionnelle
En parallèle, 2025 aura été l’année de la consécration institutionnelle. Des acteurs qu’on n’imaginait pas investir dans Bitcoin il y a encore quelques années ont franchi le pas.
Des fonds de pension souverains du Moyen-Orient et d’Europe ont alloué entre 1 et 3 % de leurs encours à Bitcoin. Des universités prestigieuses comme Harvard ont suivi le mouvement. Même les grandes banques traditionnelles ont bougé.
Morgan Stanley, Bank of America, et même JP Morgan – autrefois très critique – ont ouvert leurs portes au BTC, que ce soit via des portefeuilles dédiés ou en acceptant les cryptomonnaies comme collatéral pour des prêts.
- Fonds de pension d’Abu Dhabi : allocation significative annoncée mi-2025
- Luxembourg : plusieurs fonds publics entrent dans Bitcoin
- Harvard : première université américaine d’élite à investir directement
- JP Morgan : accepte désormais Bitcoin comme garantie
Cette vague d’adoption s’explique par plusieurs facteurs convergents. La clarté réglementaire aux États-Unis et en Europe a joué un rôle clé. Les ETF Bitcoin spot, déjà matures, ont offert un véhicule d’investissement familier et réglementé.
La création d’une réserve stratégique de Bitcoin par les États-Unis, annoncée en début d’année, a également donné un signal fort. Même si la mise en œuvre a pris du temps, l’intention politique était claire.
Pourquoi cette divergence prix/adoption ?
Le grand mystère de 2025 reste cette déconnexion apparente entre fondamentaux solides et performance prix décevante. Bitcoin a sous-performé face au S&P 500, au Nasdaq, et même à l’or dans certaines périodes.
La réponse tient principalement dans le timing. Les ventes des anciens détenteurs ont coïncidé précisément avec l’arrivée progressive des institutions. La demande nouvelle, bien que massive à l’échelle historique, a d’abord été absorbée par cette offre inattendue.
Mais les analystes s’accordent sur un point : cette pression vendeuse s’est largement atténuée en fin d’année. Le marché Bitcoin est désormais détenu par une base beaucoup plus large et diversifiée.
La phase de distribution des OGs est terminée. Bitcoin passe désormais entre des mains plus fortes et plus patientes.
Cette transition, bien que douloureuse à court terme, pourrait s’avérer extrêmement positive à moyen et long terme. Les nouveaux détenteurs institutionnels ont des horizons d’investissement très longs et une tolérance au risque différente.
Les conséquences pour 2026 et au-delà
Avec la pression vendeuse des anciens holders largement derrière nous, de nombreux observateurs voient 2026 comme l’année du vrai décollage. Les institutions continuent d’entrer, les cadres réglementaires se précisent, et les fondamentaux n’ont jamais été aussi solides.
Le hashrate du réseau Bitcoin a atteint des records historiques en 2025, signe d’une sécurité renforcée. Les volumes sur les ETF ont explosé, dépassant parfois ceux des actions technologiques phares.
Plus important encore : Bitcoin commence à être perçu non plus comme un actif spéculatif, mais comme une réserve de valeur légitime au même titre que l’or numérique qu’il ambitionne d’être.
Signaux positifs pour 2026 :
- Base d’investisseurs plus large et plus stable
- Adoption continue des institutions avec des allocations croissantes
- Clarté réglementaire grandissante
- Réserve stratégique américaine en cours de constitution
- Hashrate et sécurité réseau à des niveaux records
L’année 2025 aura donc été une année de transition profonde. Douloureuse pour certains, mais nécessaire pour passer à l’âge adulte. Bitcoin n’est plus l’actif rebelle des cypherpunks. Il devient un pilier du système financier mondial.
Et paradoxalement, c’est peut-être cette institutionnalisation même qui garantira sa pérennité et sa croissance future. Les anciens holders ont pris leurs profits. Les nouveaux arrivants, eux, sont là pour rester.
2026 pourrait bien marquer le début d’une nouvelle ère pour Bitcoin. Une ère où l’adoption institutionnelle ne sera plus compensée par des ventes massives, mais amplifiée par une demande structurelle profonde.
Le paradoxe de 2025 aura été le prix à payer pour une maturité définitive. Et comme souvent dans l’histoire de Bitcoin, les périodes de consolidation ont précédé les plus grands mouvements haussiers.
