Imaginez un instant : le Bitcoin plonge brutalement vers les 60 000 dollars, les investisseurs paniquent, vendent en masse, et soudain, une voix familière des plateaux télé résonne : « J’ai entendu dire qu’à 60 000 $, le président va remplir la réserve Bitcoin ». Cette phrase, prononcée par Jim Cramer sur CNBC, a suffi à faire vibrer toute la communauté crypto début février 2026. Entre espoir fou d’un soutien massif de l’État américain et scepticisme face aux contraintes légales, cette rumeur a relancé le débat sur l’avenir de Bitcoin comme actif stratégique. Mais que se cache-t-il vraiment derrière ces mots ?
La rumeur Cramer secoue le marché crypto
Jim Cramer n’est pas n’importe qui. Animateur vedette de Squawk on the Street sur CNBC, il est connu pour ses analyses souvent controversées, parfois moquées, mais toujours écoutées par des millions de téléspectateurs. Le 7 février 2026, lors d’une séquence en direct, il lâche cette petite phrase qui fait l’effet d’une bombe : « J’ai entendu qu’à 60 000 $, il va remplir la réserve Bitcoin. Couvrez vos positions, ça pourrait être énorme ». Le Bitcoin venait justement de frôler ce niveau psychologique après une chute violente, avant de rebondir vers les 71 000 $. Coïncidence ou info croustillante ?
J’ai entendu qu’à 60 000 $, le président va remplir la réserve Bitcoin. Vous feriez mieux de couvrir vos shorts, c’est un gros truc.
Jim Cramer, CNBC, février 2026
Cette déclaration n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Les réseaux sociaux s’enflamment immédiatement. Sur X, les hashtags #BitcoinReserve et #TrumpBuysTheDip explosent. Les traders scrutent les wallets gouvernementaux via Arkham Intelligence, espérant voir des mouvements massifs. Mais rien. Pas un satoshi supplémentaire. Alors, simple spéculation ou véritable indiscrétion ?
Le contexte : une réserve Bitcoin déjà existante, mais limitée
Depuis mars 2025, un décret exécutif signé par Donald Trump a officiellement créé la Réserve Stratégique Bitcoin des États-Unis. L’idée ? Transformer une partie des Bitcoins saisis lors d’opérations judiciaires (darknet, hacks, fraudes) en un stock national inaliénable, comparable à une réserve d’or numérique. Pas question d’utiliser l’argent des contribuables pour acheter sur le marché ouvert. C’est clair dans le texte officiel : les ajouts proviennent uniquement des confiscations, et les ventes sont interdites.
Ce que l’on sait sur les avoirs actuels :
- Environ 328 372 BTC détenus par le gouvernement américain (données Arkham Intelligence, février 2026).
- Valeur estimée : plus de 23 milliards de dollars à l’époque de la rumeur.
- Aucune variation récente des soldes : pas d’achat ni de vente détectée.
- Origine : saisies massives (Silk Road, Bitfinex hack, divers criminels).
Ces Bitcoins dorment dans des wallets surveillés, et leur valeur fluctue avec le marché. Quand Bitcoin a plongé vers 60 000 $, la réserve a perdu plusieurs milliards en valeur papier, sans que cela n’entraîne d’action immédiate du Trésor.
Les limites légales : pas d’achat avec des fonds publics
Scott Bessent, secrétaire au Trésor en 2026, a été très clair lors d’audiences récentes : le gouvernement fédéral n’a aucune autorité légale pour acheter du Bitcoin sur les marchés avec des fonds publics. Pas de « bailout » possible, pas de programme d’acquisition massif financé par les impôts. Toute tentative nécessiterait une loi du Congrès, ce qui semble improbable à court terme vu les divisions partisanes.
Je suis secrétaire au Trésor, je n’ai pas l’autorité pour cela, et en tant que président du Conseil de stabilité financière, je n’ai pas cette autorité non plus.
Scott Bessent, secrétaire au Trésor
Cette position ferme contredit directement l’idée d’un achat opportuniste à 60 000 $. Si le gouvernement voulait vraiment « remplir » la réserve en achetant, il faudrait d’abord changer la loi. Or, rien n’indique un tel projet en cours. La rumeur Cramer semble donc plus proche d’un wishful thinking de la part des bulls que d’une info insider vérifiée.
Polymarket : la foule parie sur une réserve officielle
Malgré l’absence de preuves concrètes d’achats, l’intérêt pour le concept grandit. Sur Polymarket, la plateforme de prédiction décentralisée, la probabilité qu’une réserve Bitcoin stratégique soit officiellement établie avant fin 2026 a grimpé à 31 % début février, contre 23 % en janvier. Ce n’est pas une preuve, mais un indicateur du sentiment des parieurs informés.
Évolution des probabilités sur Polymarket :
- Début janvier 2026 : 23 %
- Début février 2026 : 31 %
- Pic après la rumeur Cramer : légère hausse supplémentaire
- Marché associé : « Réserve nationale Bitcoin avant 2027 ? »
Ces chiffres montrent que, même sans achat immédiat, l’idée d’un rôle plus actif des États-Unis dans Bitcoin gagne du terrain. Les investisseurs institutionnels, les hedge funds et même certains États étrangers observent attentivement.
Impact sur le prix Bitcoin : entre espoir et réalité
Le Bitcoin a connu une semaine folle. Chute brutale vers 60 000 $ (niveau le plus bas depuis plusieurs mois), puis rebond rapide à plus de 71 000 $. La rumeur Cramer a-t-elle joué un rôle dans ce rebond ? Probablement en partie. Les marchés crypto réagissent vite aux narratifs, surtout quand ils impliquent le gouvernement américain.
Mais regardons les faits froids : aucune transaction gouvernementale n’a été détectée. Les wallets US restent stables. Le rebond semble plutôt lié à des shorts squeezes, des achats opportunistes de whales et un sentiment général de survente. Si Trump achetait vraiment à bas prix, cela créerait un plancher psychologique puissant… mais pour l’instant, ce n’est qu’une hypothèse.
- 60 000 $ : support majeur testé avec succès
- 71 000 $ : zone de consolidation actuelle
- Potentiel upside si rumeur confirmée : 100 000 $ + rapidement ?
- Risque downside : retour sous 60 000 $ si déception
Pourquoi cette idée fascine autant ?
L’attrait d’une réserve Bitcoin pilotée par les États-Unis va bien au-delà du trading court terme. Cela signifierait une reconnaissance officielle de Bitcoin comme actif de réserve, au même titre que l’or ou les devises étrangères. Pour les maximalistes Bitcoin, ce serait la validation ultime. Pour les États concurrents (Chine, Russie, etc.), un signal fort que l’Amérique prend les devants dans la course aux actifs numériques.
De plus, avec les politiques pro-crypto de Trump (World Liberty Financial, nominations favorables), le narratif « America First in Crypto » prend de l’ampleur. Même si les achats directs avec fonds publics restent improbables, le simple fait de ne plus vendre les BTC saisis change déjà la dynamique : l’État devient un hodler massif à long terme.
Critiques et risques : Cramer a-t-il encore frappé à côté ?
Jim Cramer traîne une réputation mitigée dans la crypto. Ses appels passés (vendre avant les crashes, acheter avant les pumps) ont souvent été inversés par le marché. Beaucoup le surnomment l’« inverse Cramer ». Cette fois, s’il se trompe, la déception pourrait être rude. À l’inverse, s’il a raison, il marquerait un grand coup.
Si c’est vrai, ce serait énorme. Sinon, c’est juste du bruit de plus dans un marché déjà chaotique.
Un trader anonyme sur X
Les risques sont multiples : volatilité accrue autour des niveaux 60k, manipulation potentielle par des rumeurs, et surtout, faux espoirs pour les nouveaux investisseurs. La prudence reste de mise.
Vers un avenir où les États accumulent du Bitcoin ?
À plus long terme, la question dépasse Trump et Cramer. Plusieurs pays (Bhoutan, Salvador, peut-être d’autres) accumulent déjà du Bitcoin. Si les États-Unis officialisent une stratégie d’accumulation, même passive, cela pourrait déclencher une course mondiale. Imaginez : des nations concurrentes achetant pour ne pas être distancées. Bitcoin deviendrait alors un actif géopolitique à part entière.
En 2026, le paysage crypto est plus mature. Les ETF Bitcoin spot fonctionnent à plein régime, les institutions sont dedans, et les régulations évoluent. Une réserve US active changerait la donne pour des décennies.
Scénarios possibles d’ici fin 2026 :
- Scénario haussier : annonce officielle d’achats limités → Bitcoin vers 150k+
- Scénario neutre : statu quo, hodling des saisies → stabilité autour 80-100k
- Scénario baissier : déception massive sur la rumeur → retour sous 50k temporaire
Quoi qu’il arrive, cette séquence montre à quel point Bitcoin est devenu sensible aux narratifs politiques. La rumeur Cramer n’est peut-être pas vraie… mais elle a réveillé l’intérêt pour un sujet qui pourrait redéfinir l’économie mondiale.
Et vous, que pensez-vous ? La réserve Bitcoin US va-t-elle vraiment s’étoffer activement, ou reste-t-elle un symbole sans dents ? Le marché attend toujours la prochaine surprise.
