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    46 % En Asie-Pacifique Envisage Les Stablecoins D’Ici 2031

    Steven SoarezDe Steven Soarez05/10/2026Aucun commentaire35 Mins de Lecture
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    Et si la moitié d’une région qui concentre une part décisive des flux de paiement mondiaux se disait prête, d’ici cinq ans, à régler un achat ou un transfert avec un jeton calé sur une devise, sans pour autant savoir ce que ce jeton est vraiment ? Le 5 octobre 2026, Visa a publié les résultats de son étude Consumer 360 : sur 14 250 personnes interrogées dans quatorze marchés d’Asie-Pacifique, 46 % se déclarent susceptibles d’utiliser des stablecoins dans les cinq prochaines années. Dans le même échantillon, 16 % seulement disent en avoir utilisé au cours des douze mois précédents. L’écart entre l’envie affichée et la pratique réelle est assez large pour mériter mieux qu’un titre. Il raconte une adoption qui n’a pas encore eu lieu, une curiosité qui dépasse la compétence, et une bataille commerciale déjà engagée par les réseaux de paiement.

    Ce n’est pas un sondage de traders. Ce n’est pas non plus une promesse de cours. C’est une photographie de consommateurs âgés de 18 à 65 ans, prise entre juin et juillet 2026, dans des économies aussi différentes que le Japon, l’Inde, le Vietnam, l’Australie ou la Chine continentale. Le chiffre de 46 % circule déjà. Il est séduisant, un peu trop propre, et il cache trois autres mesures que Visa a eu le mérite de publier : une notoriété élevée, une compréhension très faible, et une préférence nette pour des émetteurs perçus comme régulés. C’est là que l’histoire devient intéressante.

    Ce que l’enquête change vraiment dans le récit des stablecoins

    Pendant des années, le débat public sur les stablecoins a oscillé entre deux pôles. D’un côté, des volumes de marché dominés par quelques jetons adossés au dollar, utilisés surtout pour entrer et sortir des places de négociation. De l’autre, des discours d’infrastructures qui promettent des règlements plus rapides, des frais plus bas et des couloirs transfrontaliers moins lourds. L’enquête de Visa ne tranche pas ce débat. Elle le déplace vers le consommateur ordinaire, celui qui réserve un billet, paie un fournisseur à l’étranger ou envoie de l’argent à sa famille.

    Nischint Sanghavi, responsable des monnaies numériques de Visa pour l’Asie-Pacifique, a résumé l’intention de ces répondants par des usages concrets : achats en ligne, voyages, transferts entre pays. La formule est commerciale, bien sûr. Elle est aussi révélatrice. Visa ne présente pas le stablecoin comme un actif à détenir. Il le présente comme un prolongement de gestes déjà familiers. C’est exactement la zone où un réseau de cartes peut espérer rester indispensable, même si la couche de règlement change.

    Les consommateurs commencent à envisager les stablecoins pour des achats en ligne, des voyages et des transferts transfrontaliers. L’enjeu, pour un réseau, est que ces usages ressemblent à des paiements qu’ils connaissent déjà.

    Lecture des propos de Nischint Sanghavi, Visa, octobre 2026

    Il faut garder une distance avec cette lecture. Visa vend de l’infrastructure, des services de règlement et, de plus en plus, une plateforme destinée aux banques et aux fintechs qui veulent émettre, détenir, transférer ou racheter des jetons. Une étude qui conclut à une appétence forte pour des paiements en stablecoins sert aussi ce modèle. Cela ne la rend pas fausse. Cela oblige à lire les pourcentages comme des intentions déclarées, pas comme une part de marché future.

    Un échantillon large, pas une preuve d’usage

    Quatorze mille deux cent cinquante répondants, quatorze marchés, une fenêtre de deux mois : sur le papier, c’est l’une des photographies grand public les plus larges publiées récemment sur le sujet dans la région. Les pays couverts vont de la Chine continentale à la Nouvelle-Zélande, en passant par Taïwan, Hong Kong, le Japon, la Corée du Sud, Singapour, la Malaisie, la Thaïlande, l’Indonésie, les Philippines, le Vietnam, l’Inde et l’Australie. On n’est pas devant un focus sur trois hubs financiers. On est devant une mosaïque.

    Cette mosaïque a une limite immédiate. Visa n’a pas détaillé, dans le matériau rendu public, à quoi avaient servi les stablecoins chez les 16 % d’utilisateurs des douze derniers mois. Trading, transfert entre proches, paiement marchand, simple détention liée à une autre cryptomonnaie : tout peut entrer dans ce chiffre. Le traiter comme une mesure d’adoption des paiements du quotidien serait une erreur de lecture. L’étude mesure d’abord ce que les gens disent avoir fait, et ce qu’ils disent être prêts à faire.

    Ce que l’on sait, et ce que l’on ne sait pas.

    • 14 250 adultes de 18 à 65 ans, quatorze marchés, juin et juillet 2026.
    • 46 % se disent susceptibles d’utiliser des stablecoins dans les cinq ans.
    • 16 % déclarent en avoir utilisé durant l’année écoulée, sans précision d’usage.
    • 66 % en ont entendu parler, 6 % seulement en donnent une description jugée exacte.
    • Les intentions ne sont pas des parts de marché, et Visa a un intérêt commercial direct au sujet.

    Pourquoi 46 % n’est pas encore une bascule

    Un répondant qui coche « susceptible » n’a pas ouvert de portefeuille, n’a pas comparé les frais d’un virement, n’a pas vérifié si son commerçant accepte le jeton. Il a exprimé une ouverture. Dans les enquêtes de paiement, cette ouverture surestime presque toujours le passage à l’acte. Les wallets ont déjà connu ce décalage : notoriété forte, installation réelle plus faible, usage répété encore plus étroit. Les stablecoins héritent du même biais, avec une couche supplémentaire de confusion sur ce qu’ils sont.

    Le délai de cinq ans joue aussi. 2031, c’est assez loin pour que la réponse coûte peu. Personne ne s’engage à payer son loyer le mois prochain. On dit que l’on pourrait, un jour, si c’est simple, si c’est sûr, si la banque ou l’État est dans la boucle. C’est précisément le profil d’une technologie qui n’a pas encore de réflexe. Le réflexe, lui, se mesure en fréquence, en montant, en rétention. Aucune de ces trois mesures n’est au cœur du chiffre le plus repris.

    Il reste un signal. Quand près d’une personne sur deux dans un échantillon régional aussi large accepte l’idée, le sujet sort du cercle des initiés. Les directions paiement, les trésoreries de places de marché et les régulateurs ne peuvent plus traiter la question comme un dossier réservé aux salles de marché crypto. Le consommateur a un avis, même si cet avis repose souvent sur une définition fausse.

    Vietnam et Inde, là où l’intention culmine

    L’agrégat de 46 % lisse des écarts brutaux. Le Vietnam et l’Inde affichent chacun 67 % d’intention d’usage à cinq ans, le plus haut niveau relevé. Ce n’est pas un hasard de communication. Ces deux marchés combinent une population jeune, une intensité numérique élevée, des couloirs de remises importants et, pour une partie des ménages, une expérience déjà concrète des applications de paiement. Quand le geste de payer avec le téléphone est banal, imaginer une couche supplémentaire paraît moins abstrait.

    En Inde, les rails domestiques instantanés ont habitué des centaines de millions de personnes à un paiement qui se confirme en quelques secondes. Le stablecoin n’est pas ce rail. Il peut toutefois être perçu, à tort ou à raison, comme son équivalent pour l’étranger : un moyen d’éviter des correspondants bancaires lents, des week-ends fermés, des frais opaques. Au Vietnam, la densité des échanges régionaux et le rôle des envois d’argent créent une demande similaire. L’enquête ne prouve pas que ces besoins seront satisfaits par un jeton. Elle montre que l’histoire que l’on raconte sur les transferts trouve un public.

    Il faut rester prudent sur la comparaison. Un score d’intention de 67 % dans un marché à fort usage du mobile ne dit rien du cadre légal qui autorisera, limitera ou interdira l’émission. L’Inde et le Vietnam n’ont pas le même droit des paiements, ni la même tolérance envers les actifs numériques. Une intention consommateur peut coexister longtemps avec une offre inexistante. C’est même le scénario le plus fréquent quand la régulation n’a pas encore fixé qui a le droit d’émettre.

    Hong Kong mène la notoriété, pas forcément l’usage

    La carte de la notoriété ne recouvre pas celle de l’intention. Hong Kong arrive en tête avec 84 % de personnes ayant entendu parler des stablecoins, devant l’Inde à 80 % et la Thaïlande à 77 %. Une place financière exposée aux expérimentations de jetons, aux licences et aux débats sur les réserves produit naturellement plus de bruit médiatique. Entendre le mot n’est pas comprendre le produit, et ce n’est pas non plus l’utiliser.

    Cet écart entre notoriété et intention mérite d’être gardé en tête par quiconque construit un produit. À Hong Kong, le sujet est déjà dans l’air. Le risque n’est pas l’ignorance totale. C’est la familiarité superficielle : on sait que ça existe, on a lu un titre, on range le jeton dans la même case que le bitcoin. Dans des marchés où la notoriété est plus basse, le premier contact peut encore être cadré. Dans un hub, le premier contact a souvent déjà eu lieu, et il a souvent été mauvais, ou simplement confus.

    Visa indique par ailleurs que Hong Kong, Singapour et le Japon figurent parmi les marchés qui contribuent à son activité de règlement en stablecoins, aux côtés de partenaires comme Crypto.com, Coinbase, StraitsX et Nium. Là encore, il s’agit de tuyaux professionnels, pas de la file d’attente d’un supermarché. La notoriété grand public et le règlement inter-entreprises avancent sur des horloges différentes. Les confondre est la manière la plus sûre de surinterpréter un sondage.

    Six pour cent seulement décrivent juste le mécanisme

    Le chiffre le plus inconfortable de l’étude n’est pas 46 %. C’est 6 %. Visa estime que seule cette part des répondants démontre une compréhension exacte du fonctionnement des stablecoins, alors que 66 % disent en avoir connaissance. Autrement dit, la majorité de ceux qui « savent » de quoi il s’agit se trompent sur l’essentiel. On peut avoir entendu le nom, reconnaître un logo, associer le sujet à une application, et rester incapable d’expliquer la promesse de stabilité, le rôle des réserves ou le droit de rachat.

    Cette lacune n’est pas un détail pédagogique. Elle conditionne le consentement. Un consommateur qui ne distingue pas un jeton de paiement d’un jeton spéculatif ne peut pas évaluer le risque qu’il prend en laissant un solde dormir, en acceptant un remboursement, ou en envoyant une somme vers un portefeuille qu’il ne contrôle pas vraiment. Les campagnes qui parlent de rapidité sans parler de rédemption construisent exactement ce malentendu.

    Un stablecoin est, dans son dessin le plus courant, un jeton dont l’émetteur promet une valeur relativement stable en référence à un actif, très souvent le dollar américain. Cette promesse dépend de la qualité des réserves, de la possibilité effective de racheter, du droit applicable et de la solidité opérationnelle de l’émetteur. Le prix de marché peut s’écarter de la cible. Tous les jetons qui portent le mot stable n’ont pas le même contrat, ni les mêmes comptes, ni le même historique de stress. Six pour cent de réponses justes, c’est le signe qu’aucune de ces nuances n’est passée dans le grand public.

    L’illusion d’une valeur qui monte toujours

    Plus révélateur encore : 41 % des répondants croient que les stablecoins prennent toujours de la valeur avec le temps. C’est l’inverse du produit. Un instrument conçu pour rester proche d’un dollar n’est pas un placement dont on attend une plus-value. S’il s’apprécie durablement face à sa référence, c’est soit un dysfonctionnement, soit le signe qu’il n’est pas le produit que son nom annonce. La croyance inverse, elle, vient d’un réflexe : dans l’esprit d’une partie du public, tout ce qui ressemble à une cryptomonnaie est supposé grimper.

    Ce réflexe a une origine simple. La décennie précédente a été racontée, dans les médias comme dans les applications, comme une suite de hausses et de krachs. Le mot crypto s’est collé à l’idée de gain. Les stablecoins sont arrivés dans ce vocabulaire par la porte des places d’échange, où ils servent de parking entre deux opérations. Pour un utilisateur de plateforme, le jeton stable est souvent l’étape d’avant un achat spéculatif. Il hérite, par contagion, d’une attente de performance qu’il n’est pas fait pour satisfaire.

    Le malentendu a des conséquences pratiques. Quelqu’un qui achète un stablecoin en espérant qu’il « prenne de la valeur » sera déçu par un produit qui fonctionne, et rassuré à tort par un produit qui décroche vers le haut avant de casser. À l’inverse, quelqu’un qui comprend la cible de prix jugera un écart de quelques centimes comme un signal, pas comme une opportunité. L’éducation n’est donc pas un supplément marketing. C’est la condition pour que le 46 % d’intention ne se transforme pas en 46 % de déception.

    Trois idées fausses que l’enquête laisse voir.

    • Confondre notoriété et maîtrise : 66 % ont entendu le mot, 6 % le décrivent correctement.
    • Attendre une hausse permanente : 41 % croient que la valeur augmente toujours.
    • Lire le 16 % d’usage passé comme une adoption des paiements du quotidien, sans savoir à quoi servait le jeton.

    Fraude, flou, et le réflexe du guichet régulé

    Parmi les personnes qui connaissent les stablecoins sans les avoir utilisés, 38 % citent la peur de l’escroquerie ou de la fraude, et 36 % invoquent le manque de compréhension. Les deux motifs se nourrissent. On se méfie d’autant plus que l’on ne sait pas distinguer un émetteur identifiable d’une imitation, un lien de paiement d’un piège, une réserve auditée d’une promesse. Les affaires de jetons qui ont perdu leur ancrage, les usurpations de marques et les faux supports clients ont laissé une trace, même chez ceux qui n’ont jamais ouvert de compte.

    La hiérarchie des émetteurs préférés confirme ce réflexe de prudence. Les organisations liées à un gouvernement ou à une banque centrale arrivent en tête avec 27 %, talonnées par les banques et institutions financières régulées à 26 %. L’écart est mince. Le message ne l’est pas. Le consommateur d’Asie-Pacifique interrogé par Visa ne rêve pas d’un émetteur anonyme. Il cherche une enseigne qu’il peut poursuivre, un bilan qu’il imagine surveillé, un nom déjà présent sur sa carte ou sur la façade de son agence.

    Cette préférence redistribue les rôles. Les émetteurs historiques de jetons en dollars ont construit leur distribution sur les places crypto. Le grand public, lui, semble vouloir le chemin inverse : partir de la banque, ou de l’État, pour arriver éventuellement au jeton. C’est une mauvaise nouvelle pour les marques purement numériques qui comptaient sur la seule liquidité de marché. C’est une plutôt bonne nouvelle pour les réseaux, les banques dépositaires et les projets de monnaie numérique de banque centrale, à condition qu’ils acceptent la lenteur du cadre légal.

    Quand la fraude et l’incompréhension pèsent presque autant l’une que l’autre, le produit qui gagne n’est pas le plus rapide. C’est celui dont on peut expliquer le recours en une phrase.

    Lecture des freins cités par les non-utilisateurs informés

    On aurait tort d’en conclure que le public veut une monnaie de banque centrale plutôt qu’un stablecoin privé. Le sondage propose des catégories d’émetteurs, pas un choix technique entre un compte en monnaie banque centrale et un jeton commercial. Beaucoup de répondants mettent probablement dans la case « régulé » tout ce qui n’est pas une application inconnue. Le détail du collatéral, du séquestre ou du droit de rachat reste hors champ. La marque, elle, est dans le champ.

    Le transfert entre pays, usage le plus crédible

    Environ 49 % des répondants estiment que les stablecoins pourraient devenir une méthode courante pour déplacer de l’argent d’un pays à l’autre d’ici cinq ans. C’est l’un des scores d’usage futur les plus nets. Il colle à une irritation réelle. Envoyer de l’argent dans la région reste souvent plus lent, plus cher et moins lisible que payer un café avec le téléphone. Les week-ends, les correspondants, les plafonds et les justificatifs composent une expérience que les applications domestiques ont déjà rendue obsolète à l’intérieur des frontières.

    Le stablecoin promet de compresser cette chaîne : un jeton émis quelque part, reçu ailleurs, converti en monnaie locale par un acteur qui a pignon sur rue. Sur le papier, le gain est le délai et parfois le coût. Dans la pratique, la chaîne ne disparaît pas. Elle change de maillons. Il faut un ramp d’entrée, un ramp de sortie, une conformité sur l’identité, une liquidité dans la devise d’arrivée, et un recours si le transfert se perd. Le consommateur voit le message « arrivé en minutes ». Il ne voit pas le prestataire qui a dû préfinancer la devise locale.

    C’est pourtant l’usage où l’écart avec les moyens existants est le plus facile à raconter. Payer un commerçant déjà équipé d’un terminal est un problème de distribution. Envoyer de l’argent un dimanche vers une autre juridiction est un problème d’expérience. Les 49 % ne disent pas que le jeton gagnera. Ils disent que l’irritation est assez forte pour qu’une alternative soit écoutée. Les acteurs qui maîtrisent déjà les corridors, banques comme spécialistes des remises, ont une longueur d’avance sur ceux qui n’ont qu’un contrat intelligent.

    Achats en ligne, voyages, shopping à l’étranger

    Sanghavi a cité trois gestes : l’achat en ligne, le voyage, le shopping hors du pays. Ils ont un point commun. Le payeur est souvent déjà dans une situation de change. Il compare un prix affiché dans une autre devise, il subit un taux de carte, il découvre une commission au moment du débit. Un jeton présenté comme « déjà en dollars » peut sembler éviter cette surprise. Il peut aussi la déplacer : spread à l’achat du jeton, spread à la dépense, frais de réseau, écart temporaire de prix.

    Le voyage est un cas d’école. Le touriste veut payer un hôtel, un train, un musée, sans ouvrir un compte local. La carte internationale fait déjà ce travail, avec un taux et une assurance. Pour qu’un stablecoin la remplace, il faut que le commerçant l’accepte, que le téléphone du voyageur ait de la batterie et du réseau, et que le recours en cas de litige existe. Aucun de ces trois points n’est résolu par la seule existence du jeton. Ils sont résolus par des accords d’acceptation, exactement le métier historique des réseaux.

    L’achat en ligne transfrontalier pose la même question sous une autre forme. Les places de marché asiatiques savent déjà encaisser dans plusieurs moyens. Ajouter un stablecoin n’a d’intérêt que si le coût complet, fraude comprise, baisse, ou si une clientèle autrement exclue peut enfin payer. Le sondage montre l’appétit. Il ne montre pas le panier moyen, ni le taux d’échec, ni la part de remboursements. Ce sont ces indicateurs, pas le 46 %, qui diront si l’usage a pris.

    Ce que Visa construit pendant que le public hésite

    L’enquête n’arrive pas dans un vide produit. En juillet 2026, Visa a lancé une plateforme de stablecoins destinée aux entreprises : banques, fintechs, acteurs crypto peuvent, dans un même environnement, émettre, détenir, transférer et racheter. Le premier actif pris en charge a été Open USD, avec une phase bêta auprès de clients sélectionnés. Les utilisateurs peuvent brancher un portefeuille existant ou s’appuyer sur l’infrastructure de portefeuille de Visa, relier des comptes bancaires, et paramétrer des contrôles sur les transferts et les validations.

    Le dessin est celui d’une couche neutre, du moins dans le discours. Visa a indiqué que la stratégie restait ouverte à plusieurs jetons et plusieurs chaînes, même si le démarrage s’est fait avec un actif précis. Pour une banque régionale, l’intérêt n’est pas idéologique. C’est d’éviter de choisir trop tôt une chaîne, un émetteur, un prestataire de conservation, puis de devoir tout recommencer si le superviseur ou le client change d’avis. Une plateforme qui promet de concentrer ces branchements vend du temps autant que de la technique.

    Il est utile de séparer cette offre de l’enquête consommateurs. La plateforme s’adresse à des institutions. Le sondage s’adresse à des individus. Le lien commercial est évident : si les individus disent vouloir payer ainsi, les institutions ont une raison d’écouter le démarchage. Le lien opérationnel, lui, n’est pas encore prouvé dans la région. Aucun des partenariats asiatiques rendus publics au moment de l’étude n’avait annoncé un produit grand public avec une date ferme de lancement.

    Cartes liées, volumes, et ce que cela mesure vraiment

    En septembre, Visa indiquait que plus de 160 programmes de cartes liées à des stablecoins fonctionnaient dans le monde au cours de son deuxième trimestre fiscal. Le volume de paiement de ces programmes avait presque triplé sur un an, avec une hausse proche de 200 %. Le volume de règlement en stablecoins dépassait, à la même période, un rythme annualisé de 20 milliards de dollars. Début avril, le pilote de règlement avait été étendu à neuf blockchains, avec alors un rythme annualisé d’environ 7 milliards, avant la montée ultérieure au-dessus de 20 milliards.

    Ces chiffres sont mondiaux. Ils ne décrivent pas l’Asie-Pacifique du sondage, et ils ne décrivent pas non plus un consommateur qui « paie en stablecoin » au sens où le grand public l’entend. Une carte liée permet souvent de dépenser un solde de jeton chez un commerçant qui, lui, est payé en monnaie classique. Le stablecoin est en amont, parfois en coulisse. Le commerçant voit une carte. C’est malin pour l’acceptation. C’est aussi une raison de ne pas lire 160 programmes comme 160 économies déjà converties.

    Le 1er octobre, de nouvelles données précisaient qu’environ 17 % du volume de ces cartes liées, sur l’exercice 2026 en cumul, venait de programmes d’entreprise et de cartes commerciales. La part minoritaire rappelle que le sujet n’est plus seulement un gadget de détenteurs crypto. Elle rappelle aussi que l’essentiel du volume reste ailleurs que dans la trésorerie d’entreprise. Pour un réseau, les deux segments comptent : l’un pour le récit d’innovation, l’autre pour les montants.

    Repères opérationnels, distincts du sondage.

    • Plus de 160 programmes de cartes liées dans le monde, volume en hausse de près de 200 % sur un an.
    • Règlement en stablecoins au-dessus de 20 milliards de dollars de rythme annualisé en septembre.
    • Environ 17 % du volume cartes liées, exercice en cours, vient du segment entreprises.
    • Pilote de règlement élargi à neuf blockchains en avril, alors autour de 7 milliards annualisés.

    Shinhan, Dunamu, et des accords encore sans produit visible

    En août, le groupe financier sud-coréen Shinhan a signé un accord avec Visa couvrant l’émission, le transfert, le rachat et un possible règlement par carte. Les deux parties ont convenu de tester une infrastructure de paiement et de règlement, y compris un modèle pensé pour le marché coréen. Le même mois, Dunamu, opérateur de la plateforme Upbit, a engagé un partenariat distinct autour des paiements en stablecoins, des remises internationales et de services financiers associés à l’intelligence artificielle.

    Deux accords en un mois, dans un même pays, avec un réseau unique : le signal est industriel plus que grand public. La Corée du Sud combine une adoption crypto déjà ancienne, des groupes financiers puissants et un débat régulatoire qui avance par étapes. Tester un modèle local avant d’annoncer une date, c’est la séquence classique quand le superviseur n’a pas encore figé les règles d’émission. Le consommateur coréen qui a répondu au sondage n’a donc pas, à la date de l’étude, un bouton Visa-stablecoin à activer le lendemain.

    Cette latence est saine à rappeler. Les communiqués de partenariat créent une impression de disponibilité. Les produits de paiement, eux, attendent les licences, les schémas de réserve, les parcours de réclamation et les accords d’acceptation. Entre la signature d’août et un usage de masse, il peut s’écouler plusieurs cycles de tests. Le 67 % vietnamien ou indien n’accélère pas, à lui seul, le calendrier coréen. Chaque marché a son goulet.

    Un autre sondage, un autre public, le même jour

    Le 5 octobre également, CoinShares a publié une enquête très différente : 2 230 investisseurs aisés, aux États-Unis et dans six marchés européens, avec un patrimoine investissable allant de 500 000 dollars à plus d’un million. Selon les pays, 54 % à environ 70 % détenaient déjà des actifs numériques. Le plafond atteint 70 % aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne, 69 % en Suisse, 66 % en France, 58 % en Italie et 54 % en Suède. Parmi ces détenteurs, une large majorité disait vouloir augmenter l’exposition en 2026, de 91 % aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Allemagne jusqu’à 71 % en Suède. L’allocation moyenne tournait autour de 10 % des portefeuilles.

    Mettre ces deux études côte à côte sans précaution serait malhonnête. L’une interroge des consommateurs de 18 à 65 ans en Asie-Pacifique sur une intention de paiement. L’autre interroge des fortunes en Occident sur une détention d’actifs. Les fenêtres se chevauchent à peine : CoinShares a enquêté du 11 mai au 5 juin, Visa en juin et juillet. Les questions ne sont pas les mêmes. Les populations non plus. Le seul enseignement honnête est négatif : il n’existe pas un taux unique d’adoption crypto. Il existe des publics, des motifs et des produits qui ne se recouvrent pas.

    Le contraste reste utile pour calmer les titres. Un investisseur zurichois qui alloue un dixième de son portefeuille à des actifs numériques ne dit rien du commerçant de Hô Chi Minh-Ville. Un répondant indien qui se dit prêt à essayer un stablecoin dans cinq ans ne dit rien du family office londonien. Les deux nouvelles du 5 octobre parlent de curiosité. Elles ne parlent pas de la même curiosité. Les confondre, c’est fabriquer un marché imaginaire où tout le monde ferait déjà la même chose.

    Ce que « stable » veut dire, sans brochure

    Pour sortir du flou que l’enquête mesure, il faut une définition tenue. Un stablecoin est un jeton numérique dont l’émetteur cherche à maintenir une valeur proche d’une référence, le plus souvent une unité de monnaie fiduciaire. Le mécanisme le plus répandu repose sur des réserves : dépôts, bons du Trésor, autres instruments liquides, parfois un mélange. D’autres dessins existent, plus fragiles, adossés à des cryptomonnaies surcollatéralisées ou à des algorithmes. L’histoire récente a montré que ces derniers pouvaient rompre net. Le public du sondage ne fait pas cette distinction. Les concepteurs de produits, eux, n’ont plus le droit de l’ignorer.

    La stabilité n’est pas une propriété magique du mot. C’est un résultat conditionnel. Elle tient si les réserves sont là, si elles sont liquides le jour où tout le monde veut sortir, si le rachat est ouvert, si la chaîne technique n’est pas gelée, si le droit du pays de l’émetteur reconnaît la créance du porteur. Un jeton peut coter 1 dollar pendant des mois et découvrir, en une journée de tension, que la porte de sortie est plus étroite que la porte d’entrée. Les 41 % qui attendent une hausse permanente n’ont pas ce scénario en tête. Les 38 % qui craignent la fraude, si.

    D’où l’insistance, dans les réponses, sur l’émetteur public ou bancaire. Ce n’est pas une préférence esthétique. C’est une tentative de déléguer la vérification des réserves à une institution que l’on croit déjà surveillée. Cette délégation peut être rationnelle. Elle peut aussi être naïve, si le nom régulé n’est qu’une vitrine et si la réserve est logée dans une entité lointaine. Le travail d’explication, pour les cinq prochaines années, consiste moins à vanter la vitesse qu’à montrer où est l’argent, qui peut le réclamer, et en combien de temps.

    Pourquoi l’Asie-Pacifique n’est pas un seul marché

    Parler de 46 % « en Asie-Pacifique » est commode pour un titre. C’est trompeur pour une décision. La région du sondage mêle des places financières ouvertes, des marchés de masse à rails instantanés, des économies où la cryptomonnaie reste étroitement encadrée, et des pays où le dollar liquide sert déjà de référence informelle. Une moyenne régionale écrase ces régimes. Le Vietnam à 67 % d’intention et un marché où la notoriété est plus basse ne préparent pas le même lancement.

    La Chine continentale figure dans le périmètre. Cela ne signifie pas qu’un stablecoin commercial y est un produit de rayon. Le cadre y est spécifique, et les expériences de monnaie numérique y suivent un chemin d’État. Inclure ce marché dans un échantillon consommateurs éclaire des opinions. Cela n’éclaire pas une autorisation. Taïwan, Hong Kong et la Chine continentale peuvent apparaître dans la même liste d’étude et relever de trois réalités réglementaires distinctes. Le lecteur pressé qui retient un seul pourcentage rate cette fragmentation.

    Japon, Singapour, Australie, Corée du Sud ont des superviseurs outillés et des débats déjà publics sur les jetons de paiement. Indonésie, Philippines, Malaisie, Thaïlande combinent des besoins de remise et des cadres en mouvement. Inde et Vietnam portent les intentions les plus hautes. Nouvelle-Zélande et Australie regardent souvent ces sujets par le prisme de la protection du consommateur autant que par celui de l’innovation. Une stratégie régionale unique, calée sur le seul 46 %, passerait à côté de chacun.

    Le rôle que Visa se choisit, et celui qu’il ne peut pas s’attribuer

    Sanghavi a dit vouloir que les stablecoins deviennent une partie naturelle des paiements que les gens font déjà confiance à Visa pour traiter. La phrase est claire sur l’ambition. Le réseau ne se présente pas comme l’émetteur universel. Il se présente comme la couche qui rend le jeton dépensable, contrôlable, raccordé aux comptes. C’est cohérent avec les cartes liées : le commerçant n’a pas à intégrer une chaîne, le porteur dépense un solde, le réseau reste au milieu.

    Cette position a une limite. La confiance que le sondage mesure va d’abord aux États et aux banques, pas aux réseaux de cartes. Visa peut être le tuyau. Il n’est pas, aux yeux des répondants, le garant naturel des réserves. D’où l’intérêt des accords avec Shinhan ou avec des spécialistes déjà régulés. Le nom qui rassure et le nom qui achemine ne sont pas forcément le même. Les produits qui gagneront seront probablement des assemblages, pas des marques uniques.

    Il y a aussi un intérêt à ne pas surjouer la neutralité. Une plateforme qui démarre avec un actif précis, même en promettant d’en accueillir d’autres, oriente le marché. Les banques qui entrent dans la bêta apprennent un parcours, des contrôles, des formats. Ce parcours peut devenir un standard de fait. Ce n’est ni un complot ni une fatalité. C’est la mécanique habituelle des infrastructures de paiement : le premier branchement confortable attire les suivants. L’enquête consommateurs fournit le récit. La plateforme fournit le verrouillage doux.

    Ce que les non-dits de l’étude obligent à demander

    Plusieurs questions restent ouvertes, et elles comptent plus que le titre. À quoi ont servi les stablecoins chez les 16 % d’utilisateurs récents ? Quelle part de ces usages était un paiement à un commerçant, un transfert familial, une simple détention sur une place ? Les répondants « susceptibles » ont-ils déjà un portefeuille, ou seulement une opinion ? Le 6 % de compréhension exacte a-t-il été mesuré par des questions ouvertes ou par un quiz fermé ? Un quiz trop étroit peut sous-estimer une compréhension pratique. Un quiz trop souple peut la surestimer.

    On aimerait aussi connaître les écarts d’âge et de revenu à l’intérieur des 18-65 ans. Une intention portée par les 18-30 ans urbains ne se déploie pas comme une intention portée par les 50-65 ans. Le sondage, dans ce qui a été rendu public, ne permet pas ce découpage. Or les produits de paiement échouent souvent parce qu’ils ont été dessinés pour la moyenne, alors que l’usage réel est concentré. Le 46 % est une moyenne. Les files d’attente, elles, ne sont jamais moyennes.

    Dernier non-dit : le coût perçu. Personne, dans les éléments publics, ne dit si les répondants accepteraient un spread, un frais fixe, un délai de rachat. L’intention sans contrainte de prix est la forme la plus fragile d’intention. Le jour où le stablecoin coûte le même prix qu’une carte, une partie du 46 % disparaîtra. Le jour où il coûte nettement moins sur un corridor précis, une partie du 16 % d’usage passé pourrait enfin ressembler à un paiement, et non à un détour par une place d’échange.

    Scénarios d’ici 2031, sans promesse

    Le premier scénario est celui de la niche utile. Les stablecoins restent un outil de trésorerie crypto, de cartes liées pour une clientèle déjà équipée, et de quelques corridors de remise où un acteur régulé a fait le travail de conformité. Le grand public en entend parler, une minorité s’en sert, le 46 % n’est jamais atteint comme usage réel. Ce scénario est compatible avec tous les chiffres actuels de Visa : des volumes de règlement en milliards, des programmes de cartes en croissance, et une compréhension de masse qui stagne à un chiffre.

    Le deuxième scénario est celui du rail invisible. Le consommateur paie avec une application bancaire ou une carte, et le stablecoin ne sert qu’entre institutions, la nuit, pour solder des positions. L’intention déclarée se réalise sans que le mot soit prononcé à la caisse. C’est le scénario le plus confortable pour les réseaux et les banques, et le plus décevant pour les marques de jetons qui voulaient être vues. Il est aussi le plus cohérent avec la préférence pour un émetteur régulé : la marque visible reste la banque, le jeton reste en coulisse.

    Le troisième scénario est celui de la bascule partielle sur les transferts. Dans quelques pays à forte intention, un produit simple, adossé à une banque, avec un recours clair, prend une part visible des envois familiaux. Pas 67 %. Peut-être une part suffisante pour que les acteurs traditionnels de la remise baissent leurs prix. Ce scénario exige une licence, une liquidité locale et une pédagogie que le sondage juge aujourd’hui absente. Il est possible. Il n’est pas le prolongement automatique du titre du 5 octobre.

    Aucun de ces trois chemins ne requiert que 41 % des gens cessent de croire à une hausse permanente du jour au lendemain. Ils requièrent en revanche que les produits vendus ne nourrissent pas cette croyance. Un stablecoin marketé comme un placement trahit sa fonction. Un stablecoin marketé comme un compte de passage, avec une porte de sortie expliquée, a une chance de transformer une partie de l’intention en geste. La différence tient en une page d’explication, pas en un nouveau consensus blockchain.

    Ce que les banques de la région peuvent en tirer

    Pour une banque commerciale d’Asie-Pacifique, le message opérationnel est presque l’inverse du titre. Le public ne demande pas d’abord un jeton. Il demande un tiers qu’il croit pouvoir rappeler. La banque est déjà ce tiers pour 26 % des préférences, juste derrière la case étatique. Elle a donc un droit d’entrée que les applications crypto n’ont pas. Elle a aussi une obligation : ne pas coller son nom sur un montage dont elle ne peut pas expliquer les réserves à un client, puis à un superviseur.

    Le partenariat de type Shinhan illustre une voie. Tester l’émission, le transfert, le rachat et le lien avec la carte, sur un modèle local, avant d’ouvrir au grand public. Cette séquence protège la marque. Elle frustre les calendriers marketing. Elle est alignée avec les freins du sondage, fraude et incompréhension en tête. Une banque qui lancerait un bouton stablecoin sans parcours de réclamation copierait exactement ce que les non-utilisateurs disent redouter.

    Il y a un deuxième chantier, moins visible : la formation des conseillers. Si 6 % des clients décrivent juste le produit, il est peu probable que les agences fassent mieux sans effort. Un conseiller qui promet une « crypto qui ne bouge pas et qui monte un peu » reproduit les 41 %. Un conseiller qui dit « ceci vise un dollar, voici comment sortir, voici ce qui peut coincer » fait le travail que l’enquête montre manquant. Les programmes de cartes liées n’épargnent pas cette pédagogie. Ils la rendent plus urgente, parce que le geste ressemble à un paiement ordinaire.

    Ce que les commerçants devraient exiger avant d’accepter

    Du côté des marchands, l’enthousiasme consommateur ne paie pas les factures. Accepter un stablecoin n’a d’intérêt que si le coût complet baisse ou si des ventes autrement perdues sont captées. Le coût complet inclut le spread, la fraude, les rétrofacturations s’il y en a, l’intégration, la formation de caisse, et le risque de change si le commerçant est payé en jeton plutôt qu’en monnaie locale. Les cartes liées règlent une partie de ces points en faisant payer le commerçant comme aujourd’hui. Elles ne règlent pas la question pour celui qui voudrait encaisser le jeton lui-même.

    Le shopping international et le voyage, cités par Visa, sont des cas où le commerçant a déjà un acquéreur. Ajouter un moyen, c’est ajouter un contrat. Peu de détaillants le feront pour suivre un sondage. Ils le feront si un acquéreur qu’ils connaissent porte le risque, ou si une clientèle touristique concrète demande le geste. Le 49 % sur les transferts concerne d’ailleurs moins le commerçant que l’opérateur de remise. Mélanger les deux cibles, c’est proposer un terminal à quelqu’un qui avait besoin d’un corridor.

    Une exigence minimale se dégage. Le commerçant devrait savoir en quelle monnaie il est payé, sous quel délai, avec quel recours si le jeton décroche entre l’autorisation et le règlement. Tant que ces trois réponses ne tiennent pas sur une page, l’acceptation directe restera un projet pilote. L’acceptation indirecte, via carte, peut avancer plus vite, précisément parce qu’elle ne demande pas au commerçant de devenir spécialiste.

    Le malentendu qui peut coûter le plus cher

    Le risque principal n’est pas que 46 % de la région paie en stablecoins en 2031. Le risque principal est qu’une fraction de ces 46 % essaie, avec une définition fausse, au mauvais moment. Quelqu’un qui achète un jeton en croyant qu’il s’appréciera, puis qui le dépense, ne perd pas seulement un spread. Il entre dans un univers de portefeuilles, de phrases de récupération, de faux supports, exactement le terrain que 38 % des non-utilisateurs informés citent déjà comme frein. Une mauvaise première expérience à l’échelle d’un marché peut geler l’intention pour des années.

    Les émetteurs et les réseaux ont donc un intérêt bien compris à casser le mythe de la hausse. Ce n’est pas un geste philanthropique. C’est la condition pour que le produit de paiement ne soit pas contaminé par le cycle des actifs spéculatifs. Chaque publicité qui mélange les deux registres travaille contre le 6 % de compréhension juste. Chaque interface qui affiche un stablecoin à côté d’un jeton volatile, sans phrase de distinction, fait le même travail.

    Les régulateurs de la région ont, de leur côté, un levier simple : exiger que le mot stable ne soit pas un argument de rendement. Plusieurs places travaillent déjà sur des cadres de réserve, de rachat et d’information. L’enquête leur fournit un constat de terrain. Le public est curieux, mal informé, et plutôt demandeur d’un tampon institutionnel. Un cadre qui rend ce tampon vérifiable, plutôt que décoratif, répond mieux au sondage qu’une interdiction sèche ou qu’un laisser-faire.

    Comment lire la prochaine vague d’annonces

    Après un sondage de cette taille, les annonces vont se multiplier. Un partenariat ne sera pas un lancement. Une bêta ne sera pas une disponibilité. Un volume de règlement ne sera pas une part de paiements de particuliers. Pour ne pas reprendre chaque communiqué au premier chiffre, quelques questions suffisent. Qui émet ? Où sont les réserves ? Qui peut racheter, et en combien de temps ? Le commerçant est-il payé en jeton ou en monnaie locale ? Quel marché du sondage est réellement couvert ? Quelle est la date à laquelle un client non sollicité peut s’en servir ?

    Appliquées aux accords d’août en Corée du Sud, ces questions laissent les produits en zone de test. Appliquées aux cartes liées, elles rappellent que le geste visible reste souvent une carte. Appliquées à la plateforme lancée en juillet, elles rappellent que les clients sont des institutions en bêta, pas les 14 250 répondants. Cette discipline de lecture ne diminue pas l’intérêt du sujet. Elle évite de prendre une intention pour un basculement.

    Elle évite aussi le réflexe inverse, tout aussi paresseux : conclure que rien n’avance parce que le grand public ne comprend pas. Les 20 milliards de rythme annualisé en règlement, les 160 programmes, les neuf blockchains du pilote, les accords bancaires régionaux sont des faits industriels. Ils coexistent avec un public qui se trompe sur la nature du produit. Les deux peuvent être vrais en même temps. C’est même le portrait le plus fidèle de ce début d’octobre 2026.

    Une région curieuse, pas encore convertie

    Au bout du compte, l’étude Consumer 360 dit une chose simple, à condition de la lire en entier. En Asie-Pacifique, l’idée d’utiliser un stablecoin d’ici cinq ans séduit près d’une personne sur deux. L’usage déclaré sur l’année écoulée concerne moins d’une personne sur six. La compréhension juste concerne environ une personne sur seize. La croyance en une hausse permanente concerne quatre personnes sur dix. La préférence va vers l’État ou la banque. Le transfert international est l’usage futur le plus facilement envisagé.

    Ce portrait n’annonce ni le triomphe ni l’échec des jetons de paiement. Il annonce une fenêtre. Celle où les infrastructures se construisent plus vite que les réflexes, et où les réflexes se construisent sur des définitions fausses. Visa a un produit à vendre dans cette fenêtre, et il le dit à peu près. Les consommateurs ont une irritation réelle sur les frais et les délais transfrontaliers, et le sondage la capte. Entre les deux, il manque encore le maillon que aucun pourcentage ne remplace : un produit dont on peut expliquer la sortie aussi clairement que l’entrée.

    D’ici 2031, le chiffre de 46 % sera soit devenu un souvenir de sondage, soit un ordre de grandeur que des données d’usage auront confirmé ou démenti. La vérification ne se fera pas dans un nouveau titre. Elle se fera dans des corridors précis, des banques nommément engagées, des taux de réclamation, des parts de remise. En attendant, le bon usage de l’enquête n’est pas de célébrer une adoption qui n’a pas eu lieu. C’est de mesurer la distance, très concrète, entre ceux qui se disent prêts et ceux qui sauraient dire ce qu’ils sont en train d’accepter.

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    Steven Soarez
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