Imaginez transférer plusieurs millions de dollars d’un continent à l’autre un dimanche à 3 heures du matin… et que l’argent arrive en quelques secondes, sans frais exorbitants ni intermédiaires. Ce qui ressemblait encore à de la science-fiction il y a cinq ans est en train de devenir réalité grâce à une alliance inattendue : Visa, le géant des paiements traditionnels, vient de s’associer à Aquanow pour déployer massivement les règlements en stablecoins dans toute la zone CEMEA (Europe centrale et orientale, Moyen-Orient, Afrique).
Cette annonce, passée presque inaperçue au milieu du bruit habituel du marché crypto fin novembre 2025, pourrait bien être l’un des événements les plus structurants de cette décennie pour l’adoption institutionnelle des cryptomonnaies.
Visa mise gros sur les stablecoins : le partenariat Aquanow décrypté
Le principe est simple sur le papier, révolutionnaire dans les faits. Aquanow, plateforme canadienne spécialisée dans l’infrastructure crypto institutionnelle, devient le pont technique qui relie le réseau Visa aux blockchains. Résultat ? Les banques, fintechs et processeurs de paiement de la région CEMEA peuvent désormais régler leurs transactions en USDC (et bientôt d’autres stablecoins approuvés) directement via l’infrastructure Visa existante.
Concrètement, cela signifie la fin des délais de 3 à 5 jours ouvrés pour les transferts internationaux dans des dizaines de pays où ces lenteurs coûtent des milliards chaque année en opportunités perdues et frais inutiles.
En combinant la puissance des stablecoins avec notre réseau mondial éprouvé, nous offrons aux institutions de la région CEMEA des règlements plus rapides et plus simples. Ce partenariat avec Aquanow représente une étape décisive dans la modernisation des infrastructures de paiement.
Godfrey Sullivan – Responsable produits Visa CEMEA
Pourquoi maintenant ? Pourquoi la zone CEMEA ?
La réponse tient en trois lettres : douleur. Les marchés émergents souffrent depuis des décennies de systèmes de paiement transfrontaliers archaïques, chers et lents. En Afrique subsaharienne, le coût moyen d’un transfert de fonds dépasse encore 8 % selon la Banque mondiale. Au Moyen-Orient, les délais pour rapatrier des fonds pétroliers ou recevoir des remises de diaspora peuvent atteindre une semaine.
Les stablecoins offrent une solution presque magique : transfert quasi-instantané, 24h/24 et 7j/7, traçable, programmable, et surtout 50 à 100 fois moins cher que les circuits traditionnels une fois l’infrastructure en place.
Les chiffres qui font mal (et qui expliquent tout)
- Coût moyen d’un transfert international en Afrique : 8,4 % du montant
- Délai moyen SWIFT dans la région : 2 à 5 jours ouvrés
- Volume annuel de remises migratoires vers l’Afrique : plus de 100 milliards $
- Coût d’un règlement en USDC via Visa/Aquanow : quelques centimes
- Temps de règlement : quelques secondes
Comment ça marche techniquement ?
Aquanow joue le rôle de on/off-ramp institutionnel ultra-sécurisé. Lorsqu’une banque partenaire Visa veut envoyer 10 millions de dollars vers un correspondant en Turquie ou au Nigeria, elle n’a plus besoin de passer par une chaîne de banques correspondantes. Le processus ressemble désormais à cela :
- La banque émettrice convertit ses devises locales en USDC via Aquanow
- Visa route la transaction via son réseau existant (Visa Direct modifié)
- Aquanow convertit les USDC en monnaie locale à destination
- Le bénéficiaire reçoit les fonds sur son compte bancaire classique
Tout cela en moins de 30 secondes, week-end et jours fériés inclus. C’est littéralement la mort du virement SWIFT tel qu’on le connaît dans ces régions.
Les volumes explosent déjà
Ce qui impressionne le plus ? Les chiffres sont déjà colossaux. Visa annonce un volume de règlement en stablecoins annualisé à 2,5 milliards de dollars rien que pour ses programmes pilotes mondiaux. Avec l’extension CEMEA via Aquanow, les analystes estiment que ce chiffre pourrait être multiplié par 5 à 10 d’ici fin 2026.
J.P. Morgan, rarement optimiste sur les cryptos, a récemment revu ses prévisions : le marché total des stablecoins pourrait atteindre 500 à 750 milliards de dollars d’ici quelques années. Visa semble bien parti pour en capter une part significative.
Le réseau Visa a toujours garanti des transferts d’argent sécurisés et efficaces. Avec Aquanow, nous ouvrons aux institutions la possibilité de participer pleinement à l’économie numérique grâce aux stablecoins.
Phil Sham – PDG d’Aquanow
Un modèle hybride qui rassure les régulateurs
Le génie de cette alliance, c’est qu’elle ne demande à aucune banque de devenir une crypto-native company. Tout se passe en coulisses. Les institutions continuent d’utiliser leurs interfaces Visa habituelles. Elles voient simplement apparaître de nouvelles options de règlement ultra-rapides.
Cette approche « stablecoins approuvés seulement » (USDC dans un premier temps, probablement suivi par d’autres émetteurs régulés) permet de rester dans les clous réglementaires tout en profitant de la technologie blockchain. C’est exactement ce dont avaient besoin les régulateurs africains et moyen-orientaux pour commencer à dire oui.
Et les concurrents dans tout ça ?
Mastercard, qui avait pris les devants avec plusieurs programmes stablecoins, risque de se faire distancer sur cette zone géographique cruciale. Ripple (XRP) et Stellar (XLM), qui misaient justement sur les corridors Afrique et Moyen-Orient, voient soudain leur proposition de valeur directement concurrencée par… Visa elle-même.
Quant aux banques centrales, elles observent avec attention. Plusieurs pays de la zone CEMEA (Émirats arabes unis, Bahreïn, Nigeria, Kenya) travaillent déjà sur leurs CBDC. Le modèle Visa/Aquanow pourrait devenir le standard de transition parfait avant l’arrivée des monnaies numériques de banque centrale.
Ce que ça change pour vous (oui, vous)
Si vous avez de la famille au Maroc, en Égypte, au Pakistan ou au Nigeria, attendez-vous à ce que les applications de transfert (type Wave, Papara, ou même votre banque traditionnelle) proposent bientôt des options « instantané et quasi-gratuit » grâce à cette infrastructure.
Si vous êtes entrepreneur avec des fournisseurs ou clients dans ces régions, vos marges vont mécaniquement augmenter grâce à la disparition des frais de change abusifs et des délais de trésorerie.
Et si vous êtes simplement investisseur crypto, comprenez bien que chaque partenariat de ce type renforce la légitimité et l’utilité réelle des stablecoins. L’USDC que vous détenez n’est plus seulement une réserve de valeur ou un outil de trading : il devient littéralement l’argent du futur pour une partie croissante de la planète.
Les risques et les limites (parce qu’il en reste)
Tout n’est pas rose. La concentration sur l’USDC (émis par Circle, une entreprise américaine) pose des questions de souveraineté pour certains pays. Que se passe-t-il en cas de blacklist par l’OFAC américain ? Aquanow et Visa travaillent déjà sur l’intégration d’autres stablecoins régulés (EURC, peut-être des stablecoins locaux) pour diversifier les risques.
La cybersécurité reste évidemment le talon d’Achille. Un pont aussi critique que celui d’Aquanow deviendra forcément une cible prioritaire pour les hackers. Les standards exigés par Visa (probablement parmi les plus élevés au monde) seront déterminants.
Conclusion : nous assistons à un tournant historique
Le partenariat Visa/Aquanow n’est pas une simple annonce de plus. C’est la preuve que la finance traditionnelle a compris que l’avenir passera par la blockchain, mais qu’elle compte bien garder la main sur l’interface utilisateur et la conformité.
Dans les 24 à 36 prochains mois, des centaines de millions de personnes dans les marchés émergents vont découvrir les paiements en stablecoins sans même savoir qu’ils utilisent de la crypto. Exactement comme des milliards d’entre nous utilisons TCP/IP tous les jours sans savoir ce que c’est.
La révolution ne sera pas télévisée. Elle passera par votre application bancaire, un dimanche matin, quand vous recevrez l’argent de votre cousin en 8 secondes au lieu de 5 jours.
Et à ce moment-là, vous comprendrez que nous venons de franchir un point de non-retour.
