Imaginez un instant : un tweet devient viral en quelques heures et annonce la quasi-disparition des validateurs sur Solana. 84% envolés. Le réseau serait-il en train de s’effondrer ? Une fois de plus, la célèbre blockchain haute performance serait-elle sur le point de prouver ses détracteurs avaient raison ?
Ce genre de scénario catastrophe fait toujours recette sur les réseaux sociaux crypto. Pourtant, quand on gratte un peu, la réalité semble nettement plus nuancée… voire carrément différente.
La tempête médiatique d’un week-end crypto mouvementé
Le 18 janvier 2026, un post particulièrement alarmiste commence à tourner en boucle dans la sphère francophone et anglophone. Le message est clair et choquant : Solana aurait perdu 84 % de ses validateurs en l’espace d’une année. De quoi alimenter immédiatement les éternels débats sur la fameuse centralisation du réseau.
Très rapidement, les comparaisons les plus assassines fleurissent : « Solana n’est plus une blockchain mais une base de données centralisée », « c’est la fin de la décentralisation sur Solana », etc. La mayonnaise prend. Très bien même.
« Solana est en train de devenir exactement ce contre quoi nous nous sommes tous battus : une blockchain contrôlée par quelques acteurs. »
Commentaire anonyme très partagé le 18/01/2026
Mais quand la fumée commence à se dissiper, une voix bien connue se fait entendre. Et pas n’importe laquelle.
Anatoly Yakovenko sort du silence
Le cofondateur et figure historique de Solana, Anatoly Yakovenko, ne pouvait pas laisser passer une telle approximation sans réagir. Il publie donc plusieurs messages très clairs :
Les faits selon Anatoly Yakovenko :
- La baisse réelle du nombre de validateurs actifs est plutôt de l’ordre de 20 % sur les 12 derniers mois
- Cette diminution s’explique principalement par la fin naturelle du programme de délégation de la Solana Foundation
- Il existe une différence fondamentale entre validateurs et full nodes
- Solana compterait actuellement environ 5 000 full nodes, contre 8 300 pour Ethereum
Cette mise au point change considérablement la perspective. On passe d’une chute catastrophique à une diminution mesurée et expliquée.
Le programme SFDP : l’explication principale
Le programme de délégation de la Solana Foundation (SFDP) a été lancé en 2024 comme une initiative temporaire destinée à aider les petits validateurs à couvrir leurs frais de vote pendant la phase de croissance du réseau.
Concrètement, la fondation déléguait des SOL à ces validateurs pour qu’ils puissent voter sans que cela ne leur coûte trop cher. Une sorte de subvention à la participation.
Quand ce programme s’est terminé, beaucoup de petits validateurs qui n’étaient pas encore rentables économiquement ont tout simplement cessé leur activité. C’est la mécanique classique de tout écosystème crypto en phase de maturation : la fin des incitations artificielles fait le tri entre les participants occasionnels et ceux qui sont là pour durer.
Validateurs ≠ Full Nodes : la distinction cruciale
Voici sans doute l’un des points les plus mal compris dans le débat actuel.
Dans l’écosystème Solana, on distingue très clairement :
- Les validateurs : ils produisent des blocs, votent sur le consensus, gagnent des récompenses et ont besoin d’une certaine quantité de stake pour être rentables
- Les full nodes (nœuds complets) : ils synchronisent toute la blockchain, vérifient toutes les transactions et blocs, mais ne participent pas au consensus et ne gagnent pas de récompenses
La majorité des critiques se focalisent uniquement sur les validateurs (qui sont bien moins nombreux), oubliant que la sécurité et la résilience du réseau reposent aussi (et surtout) sur le nombre de full nodes.
Comparaison rapide (janvier 2026) :
- Solana → ~5 000 full nodes
- Ethereum → ~8 300 full nodes
- Market cap Ethereum ≈ 4× market cap Solana
Quand on rapporte le nombre de full nodes à la capitalisation, Solana apparaît même plutôt bien positionné.
Combien ça coûte vraiment de faire tourner un validateur Solana ?
Les chiffres les plus souvent cités dans la communauté oscillent énormément selon le type d’infrastructure choisie :
- Hardware seul : entre 800 € et 8 000 € selon la qualité des composants
- Hébergement cloud (AWS, Hetzner, etc.) : 400–1 800 € / mois
- Frais de vote : environ 1 à 1,5 SOL par jour (≈ 130–200 €/jour au cours actuel)
- Coût annuel moyen réaliste (infrastructure + vote) : 50 000 € à 180 000 € par an
Autant dire que sans un minimum de stake (généralement plusieurs dizaines voire centaines de milliers de dollars), il est très difficile d’être rentable en tant que validateur solo aujourd’hui.
Et la décentralisation dans tout ça ?
La vraie question que tout le monde devrait se poser n’est pas : « Combien y a-t-il de validateurs ? » mais plutôt : « Est-ce que le réseau reste suffisamment décentralisé pour résister à différentes formes d’attaques ? »
Plusieurs éléments permettent de répondre par l’affirmative :
- Le stake est réparti sur plusieurs centaines de validateurs différents
- Le Nakamoto Coefficient (nombre minimum d’entités nécessaires pour contrôler 66 % du stake) se situe généralement entre 25 et 35 selon les périodes
- Il n’existe pas d’acteur unique qui contrôle plus de 15–18 % du stake total
- La géographie des nœuds est relativement diversifiée (Amérique du Nord, Europe, Asie principalement)
« La décentralisation n’est pas un concours de nombre absolu de nœuds. C’est une question de distribution du pouvoir économique et technique. »
Anatoly Yakovenko – janvier 2026
Cette citation résume assez bien la philosophie actuelle de l’équipe Solana.
Les prochaines évolutions qui pourraient changer la donne
Plusieurs chantiers importants sont en cours et pourraient sensiblement modifier le paysage des validateurs dans les 12–24 prochains mois :
- Arrivée progressive des validateurs sur matériel grand public (projet Firedancer + optimisations)
- Amélioration du modèle économique des petits validateurs via les MEV et les Jito bundles
- Développement de solutions de staking liquide plus décentralisées
- Transition progressive vers des validateurs plus légers (light clients avancés)
- Arrivée de nouvelles solutions d’hébergement mutualisé très compétitives
Tous ces éléments devraient contribuer à rendre l’accès à la validation plus abordable et donc plus distribué à moyen terme.
Ce que les chiffres nous disent vraiment sur Solana en 2026
Si on regarde au-delà du nombre brut de validateurs, plusieurs métriques restent très solides :
- Volume DEX quotidien : toujours dans le top 3 mondial
- Nombre de transactions par seconde en conditions réelles : 800–2 000 TPS soutenus
- Coût moyen d’une transaction : < 0,001 $
- Temps de finalisation : ~400–600 ms
- Nombre d’applications actives : plusieurs milliers
- Écosystème DeFi TVL : toujours dans le top 4 malgré le bear de 2025
Ces chiffres rappellent que la santé d’une blockchain ne se mesure pas uniquement au nombre de validateurs, mais à l’usage réel qu’en font les développeurs et les utilisateurs.
Conclusion : la fin des idées reçues ?
La polémique autour des 84 % de validateurs perdus aura au moins eu le mérite de remettre sur la table plusieurs questions essentielles :
- Quelle est la différence entre validateur et full node ?
- Comment mesurer sérieusement la décentralisation ?
- Quels sont les vrais coûts économiques d’exploitation d’un validateur ?
- La fin des subventions est-elle forcément une mauvaise nouvelle ?
Pour l’instant, malgré ses imperfections et son modèle économique encore exigeant, Solana continue de démontrer qu’elle peut supporter une charge colossale tout en maintenant une décentralisation acceptable pour la majorité des usages actuels.
Reste à voir si les améliorations en cours permettront de faire passer le réseau dans une nouvelle dimension de décentralisation tout en conservant ses performances hors normes. Le match est loin d’être terminé.
Et vous, que pensez-vous de cette nouvelle passe d’armes autour de la décentralisation de Solana ?
