Imaginez une plateforme interdite aux Américains il y a trois ans, sanctionnée d’une amende à sept chiffres, qui revient aujourd’hui en fanfare avec la bénédiction du régulateur qui l’avait chassée. C’est exactement ce qui vient de se produire avec Polymarket.
Le 25 novembre 2025, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) a officiellement autorisé Polymarket à opérer comme plateforme de trading intermédée aux États-Unis. Un retournement de situation aussi spectaculaire qu’inattendu.
Polymarket : du banissement total à l’approbation fédérale
Retour en 2022. La CFTC accusait alors Polymarket d’offrir des options binaires sur événements sans enregistrement. Résultat : 1,4 million de dollars d’amende et obligation de bloquer tous les utilisateurs américains. La plateforme continuait d’exister… mais uniquement pour le reste du monde.
Trois ans plus tard, le même régulateur valide l’entrée de Polymarket dans le club très fermé des marchés régulés américains. Comment est-ce possible ?
Une nouvelle structure 100 % conforme
Pour obtenir cette autorisation, Polymarket a complètement revu sa copie. La plateforme s’appuie désormais sur deux entités acquises récemment : QCX (l’exchange) et QC Clearing (la chambre de compensation). Ces structures permettent de respecter à la lettre le Commodity Exchange Act.
Concrètement, les utilisateurs américains passeront par des futures commission merchants (FCM), ces courtiers traditionnels déjà régulés. Fini le far-west : garde des fonds, reporting, surveillance de marché… tout suit désormais les standards des grandes bourses américaines.
« Les gens font confiance à Polymarket parce que nous apportons de la clarté là où il y a confusion et de la responsabilité là où il y a ambiguïté. Cette approbation nous permet d’opérer selon la maturité et la transparence exigées par le cadre réglementaire américain. »
Shayne Coplan, fondateur de Polymarket
Un lancement déjà en cours… en beta
La plateforme n’a pas attendu l’annonce officielle pour remettre un pied aux États-Unis. Depuis début novembre 2025, une version beta permet à certains utilisateurs sélectionnés de parier avec de l’argent réel sur des contrats live.
Shayne Coplan l’avait confirmé il y a quelques semaines : « L’exchange US est déjà live et opérationnel, des utilisateurs sont onboardés. C’est une phase de test. » Ce que beaucoup prenaient pour une rumeur est devenu réalité.
Ce que change concrètement l’approbation CFTC :
- Accès direct pour les résidents américains via courtiers régulés
- Custody classique (plus de wallets auto-gérés obligatoires)
- Surveillance de marché renforcée et reporting Part-16
- Intégration possible par des institutions financières traditionnelles
- Statut de designated contract market en cours de finalisation
Kalshi et Polymarket : la guerre des titans régulés
Polymarket n’est pas seul. Son grand rival Kalshi a obtenu une approbation similaire plus tôt. Les deux plateformes se livrent désormais une bataille acharnée pour dominer le marché américain des event contracts – ces paris sur des événements réels (élections, résultats sportifs, météo…).
Mais Polymarket possède un atout majeur : sa notoriété mondiale et ses volumes records pendant la campagne présidentielle 2024. Même bloqué aux USA, le site avait captivé l’attention avec des marchés à plusieurs centaines de millions de dollars sur l’élection américaine.
Pourquoi la CFTC a changé d’avis
Plusieurs facteurs expliquent ce revirement spectaculaire.
D’abord, le changement de majorité politique à Washington. L’arrivée d’une administration pro-crypto (avec même Donald Trump Jr. au conseil consultatif de la CFTC selon certaines sources) a clairement joué. Ensuite, la maturité démontrée par Polymarket : infrastructure de compliance renforcée, dialogue constant avec le régulateur, volonté affichée de jouer dans les règles.
Enfin, la reconnaissance croissante de l’utilité des marchés de prédiction. Pendant l’élection 2024, Polymarket s’est révélé plus précis que la plupart des sondages traditionnels. Les régulateurs commencent à voir ces plateformes comme des outils d’information plutôt que comme du jeu pur.
Vers une intégration web3 malgré la régulation ?
Paradoxalement, cette régulation stricte pourrait accélérer l’adoption crypto.
Des rumeurs insistantes font état de discussions avancées entre Galaxy Digital et les deux géants (Polymarket et Kalshi) pour du market-making institutionnel. D’autres sources parlent d’intégration future de blockchains pour le règlement ou la tokenisation de certains contrats.
Shayne Coplan ne s’en cache pas : l’objectif reste d’utiliser la technologie web3 là où elle apporte de la valeur, même dans un cadre régulé. Le mariage entre finance traditionnelle et crypto semble plus proche que jamais.
Ce que ça change pour vous, utilisateur
Pour l’instant, l’accès reste limité à la beta. Mais quand la plateforme ouvrira grand ses portes :
- Vous pourrez enfin parier légalement depuis les États-Unis
- Les institutions financières traditionnelles proposeront probablement des produits Polymarket
- La liquidité devrait exploser avec l’arrivée des gros poissons
- Les frais pourraient augmenter (compliance a un coût)
- La sélection des marchés sera plus encadrée (exit les sujets trop sensibles)
Le pari osé de Shayne Coplan – transformer une plateforme crypto rebelle en institution régulée – est en train de payer. Polymarket ne sera peut-être plus jamais aussi « sauvage » qu’avant… mais il vient de gagner sa légitimité définitive sur le marché le plus important du monde.
Et quelque part, c’est peut-être le début d’une nouvelle ère : celle où la crypto n’a plus besoin de fuir la régulation… mais apprend à la dompter.
