Imaginez le géant mondial de la sneaker, celui qui fait rêver des générations entières avec ses Air Jordan et ses collaborations mythiques, décider du jour au lendemain de tourner le dos à l’un des secteurs les plus futuristes et les plus spéculatifs de ces dernières années : les NFT. Et pourtant, c’est exactement ce qui vient de se produire. En décembre 2025, Nike a vendu RTFKT, sa filiale dédiée aux produits numériques et aux NFT, dans une opération menée dans la plus grande discrétion. Une décision qui résonne comme un coup de tonnerre dans un marché déjà à l’agonie.
Ce n’est pas seulement une entreprise qui change de mains. C’est tout un chapitre de l’histoire récente du Web3 qui semble se refermer. Quand Nike avait racheté RTFKT en 2021 pour la modique somme de plusieurs dizaines de millions de dollars, le monde entier y avait vu le signal fort que les grandes marques traditionnelles validaient enfin les NFT. Aujourd’hui, ce même géant semble dire : « merci, mais non merci ».
Le crépuscule silencieux d’un rêve numérique
RTFKT n’était pas n’importe quelle startup. Fondée par des artistes et des technophiles visionnaires, elle incarnait la fusion parfaite entre mode streetwear, gaming et blockchain. Ses sneakers virtuels s’échangeaient à prix d’or sur OpenSea, et ses collaborations avec des artistes comme Fewocious faisaient le buzz. Nike avait vu là une opportunité en or : pénétrer le métavers, créer une nouvelle source de revenus et surtout, rajeunir son image auprès des Gen Z et des gamers.
Mais entre l’euphorie de 2021-2022 et la réalité glaciale de fin 2025, il y a un fossé abyssal. Le marché des NFT a perdu plus des deux tiers de sa capitalisation en un an seulement. Les volumes s’effondrent mois après mois. Même les plus optimistes commencent à parler de « crypto winter » qui n’en finit plus.
« Les NFT n’étaient pas un simple effet de mode. C’était une nouvelle couche de valeur ajoutée à la mode et au sport. Mais quand la spéculation s’essouffle, il ne reste que la vraie utilité… et elle est encore très limitée. »
Un investisseur anonyme du secteur mode-Web3
Dans ce contexte, la décision de Nike n’est pas vraiment une surprise. Elle est même logique. Mais la façon dont elle a été menée — sans communiqué officiel, sans annonce tonitruante — dit beaucoup sur la gêne actuelle du géant américain face à ce pari raté.
Retour sur l’acquisition qui avait fait rêver le Web3
Fin 2021, l’ambiance est à l’euphorie totale. Les ventes NFT battent des records. Bored Ape Yacht Club domine l’actualité. Nike, qui jusqu’alors observait de loin, décide de plonger tête la première. Le rachat de RTFKT est perçu comme une validation ultime : si la marque au swoosh y croit, alors le secteur est sérieux.
Les premières collections post-rachat font exploser les compteurs. Clone X, en partenariat avec Takashi Murakami, devient l’une des collections les plus chères de l’histoire des NFT mode. Les holders reçoivent même des sneakers physiques correspondants à leurs avatars numériques. Le rêve est total : posséder un bien virtuel qui débouche sur un produit réel.
Les moments forts de RTFKT sous Nike :
- Lancement de Clone X – 20 000 avatars vendus en quelques heures
- Première sneaker NFT physique liée à un drop virtuel
- Collaborations gaming avec des titres AAA
- Création du studio « Nikeland » dans Roblox
- Ventes record lors du bull run 2021-2022
Mais très vite, les fissures apparaissent. Les promesses de métavers se heurtent à une réalité technique et économique compliquée. Le coût des transactions Ethereum explose. Les utilisateurs se lassent des promesses non tenues. Et surtout : la bulle spéculative éclate.
2025 : l’année où tout s’effondre
Janvier 2025 marque un tournant. Nike annonce officiellement la fin des services Web3 de RTFKT et la pause des drops NFT. Officiellement, l’entreprise explique vouloir se concentrer sur les wearables gaming et les collaborations in-game. Mais dans les faits, c’est un enterrement de première classe.
Quelques mois plus tard, en décembre 2025, la vente est finalisée. Aucun nom d’acheteur, aucun montant communiqué. RTFKT disparaît des radars corporate de Nike aussi vite qu’elle y était entrée.
Et ce n’est pas un cas isolé. Le même mois, Converse, autre marque iconique du groupe, annonce une chute de 30 % de ses ventes au quatrième trimestre 2025. Les rumeurs de cession ou de restructuration profonde commencent à circuler. Nike serait-il en train de faire un grand ménage dans ses activités « expérimentales » ?
« Nike a toujours été une marque qui suit les tendances… mais qui sait aussi les abandonner quand elles ne rapportent plus. »
Un ancien cadre marketing de la marque
La coïncidence des dates est troublante. Vente de RTFKT + chute de Converse + recentrage affiché sur le sport et le wholesale sous la direction d’Elliott Hill. Le message est clair : Nike revient à ses fondamentaux. Le Web3, c’était une parenthèse.
Le marché NFT en 2026 : un cimetière de promesses
Si Nike jette l’éponge, il n’est pas le seul. Le marché NFT dans son ensemble est en chute libre. Selon les données agrégées par plusieurs agrégateurs, la capitalisation totale a perdu plus de 67 % en un an. Les ventes mensuelles s’effondrent depuis novembre 2025.
- OpenSea annonce un pivot majeur : moins d’exclusivité NFT, plus de trading multi-actifs (tokens, goods physiques, etc.)
- X2Y2 ferme purement et simplement son activité NFT pour se tourner vers l’intelligence artificielle
- Rarible instaure un nouveau système de récompenses après avoir jugé l’ancien modèle « non viable »
Même les événements physiques payent le prix fort. NFT Paris et RWA Paris, deux des plus gros salons européens, sont annulés à quelques semaines de leur édition 2026. Motif officiel : « conditions de marché défavorables ».
Signes les plus visibles du downturn NFT fin 2025 :
- Chute de 67 % de la market cap globale
- Annulation de NFT Paris 2026
- Pivot stratégique de OpenSea
- Fermeture de X2Y2 NFT
- Ventes mensuelles au plus bas depuis 2020
Dans ce paysage apocalyptique, la sortie de Nike apparaît moins comme une trahison que comme une confirmation : le modèle économique des NFT grand public n’a pas tenu ses promesses. Du moins, pas encore.
Et maintenant ? Les leçons d’un échec annoncé
Pour les observateurs du secteur, cette sortie est loin d’être anodine. Nike était l’un des rares mastodontes traditionnels à avoir mis un vrai pied dans le Web3. Son départ est perçu comme un signal fort : même les plus gros joueurs n’y croient plus… ou du moins, plus de la même façon.
Mais cela ne veut pas dire que tout est fini. Plusieurs analystes estiment que les NFT « utilitaires » (billetterie, accès communautaires, récompenses gaming) pourraient survivre là où la pure spéculation s’est écroulée. Nike lui-même continue d’ailleurs certaines collaborations in-game. La porte n’est pas totalement fermée.
Reste que pour le grand public, l’image est abîmée. Les holders de collections RTFKT se sentent abandonnés. Des accusations de « rug pull institutionnel » circulent sur les réseaux. Même si techniquement ce n’en est pas un, le sentiment est là.
Conclusion : un au revoir qui sonne comme un avertissement
En se séparant de RTFKT, Nike ne ferme pas seulement une filiale. Il envoie un message à l’ensemble de l’écosystème Web3 : les grandes marques ne resteront pas indéfiniment dans un secteur qui ne parvient pas à prouver sa viabilité économique à grande échelle.
Pour les passionnés de NFT, c’est un coup dur. Pour les investisseurs, un rappel brutal. Et pour les observateurs, une page qui se tourne. 2026 s’annonce comme l’année où le Web3 devra soit se réinventer profondément, soit accepter de n’être qu’une niche parmi d’autres.
En attendant, le swoosh retourne à ses fondamentaux : le cuir, la semelle, la sueur et les cris de victoire sur les terrains. Le rêve numérique, lui, attendra des jours meilleurs… s’ils arrivent un jour.
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