Imaginez un hiver glacial au Manitoba, avec des températures qui plongent bien en dessous de zéro. Dans une immense serre, des milliers de plants de tomates prospèrent, bien au chaud. Et la source de cette chaleur ? Pas une chaudière au gaz classique, mais les machines qui sécurisent le réseau Bitcoin. C’est l’histoire fascinante d’un projet pilote qui vient de voir le jour et qui pourrait bien redessiner l’image du minage de cryptomonnaies.
Quand le minage Bitcoin devient source de chaleur agricole
Le fabricant chinois Canaan, connu pour ses ASIC Avalon, s’associe à Bitforest Investment pour transformer la chaleur fatale du minage en ressource utile. Annoncé début janvier 2026, ce programme pilote de 3 mégawatts installe 360 machines Avalon A1566HA-460T à refroidissement liquide directement intégrées au système de chauffage d’une serre de production de tomates.
L’idée est simple mais brillante : au lieu de dissiper dans l’air froid canadien l’énergie thermique produite par les mineurs, on la récupère pour préchauffer l’eau alimentant les chaudières électriques de la serre. Résultat ? Une baisse significative de la consommation énergétique globale et une réduction drastique du recours aux combustibles fossiles.
Les détails techniques du projet
Le cœur du système repose sur le refroidissement par liquide des Avalon A1566HA-460T. Ces machines, spécialement conçues pour une immersion ou un circuit fermé, permettent de capter efficacement la chaleur à la source.
Concrètement, l’eau chaude issue du circuit de refroidissement est dirigée vers un échangeur thermique qui préchauffe l’eau destinée aux boilers de la serre. Cette étape intermédiaire diminue la charge sur les équipements électriques traditionnels, optimisant ainsi l’ensemble du bilan énergétique.
- 360 unités Avalon déployées sur site
- Puissance totale du pilote : 3 MW
- Durée du programme : 24 mois
- Objectif principal : créer un modèle reproductible et mesurable
Nangeng Zhang, PDG de Canaan, insiste sur cette dimension scientifique. L’entreprise ne se contente pas d’installer du matériel : elle collecte des données précises pour modéliser l’efficacité du système et faciliter sa duplication ailleurs.
L’objectif va bien au-delà d’un simple projet unique. Nous voulons établir un modèle basé sur des données concrètes, permettant de mesurer, modéliser et déployer à grande échelle la récupération de chaleur pour l’agriculture dans les climats froids.
Nangeng Zhang, PDG de Canaan
Pourquoi le Manitoba ?
Le choix de cette province canadienne n’est pas anodin. Le Manitoba dispose d’un réseau électrique largement alimenté par l’hydroélectricité, ce qui rend le minage déjà plus propre que dans de nombreuses régions dépendantes du charbon.
Ajoutez à cela un climat rigoureux qui impose des besoins constants en chauffage pour les serres toute l’année, et vous obtenez le terrain idéal pour tester la récupération de chaleur. Bitforest, qui exploite déjà des installations de production de tomates dans la région, devient ainsi le partenaire parfait.
Avantages combinés du site manitobain
- Électricité majoritairement hydroélectrique (plus de 97 %)
- Hivers longs et froids idéaux pour tester la récupération thermique
- Infrastructures agricoles déjà existantes
- Soutien potentiel des autorités locales aux projets verts
Une tendance plus large dans l’industrie du minage
Ce projet n’est pas isolé. De nombreux acteurs cherchent aujourd’hui à verdir leurs opérations face aux critiques récurrentes sur l’impact environnemental du Bitcoin.
On pense immédiatement à Phoenix Group qui a inauguré en novembre 2025 une installation de 30 MW en Éthiopie, entièrement alimentée par l’hydroélectricité du barrage de la Renaissance. D’autres mineurs recyclent déjà leur chaleur pour chauffer des bâtiments résidentiels en Scandinavie ou des piscines publiques.
Mais le cas Canaan-Bitforest se distingue par son ambition agricole. Produire des tomates locales en hiver réduit l’empreinte carbone liée au transport de légumes importés des régions chaudes. C’est une double victoire écologique.
Les défis à surmonter
Tout n’est pas rose pour autant. La mise en place d’un tel système exige une coordination parfaite entre les équipes techniques des deux secteurs.
Il faut gérer les variations de charge des mineurs selon la difficulté du réseau Bitcoin, assurer une température stable pour les plantes, et garantir la sécurité alimentaire – aucune contamination par les fluides de refroidissement n’est tolérable.
Le coût initial d’installation reste également élevé, même si les économies à long terme sur le chauffage peuvent le rentabiliser rapidement dans un climat froid.
- Stabilité thermique pour les cultures
- Sécurité sanitaire des aliments
- Adaptation aux fluctuations du hashrate
- Rentabilité économique à démontrer
Perspectives d’avenir
Si le pilote de 24 mois s’avère concluant, Canaan envisage déjà des déploiements plus ambitieux. D’autres cultures sous serre pourraient bénéficier de cette chaleur : concombres, poivrons, fraises hors saison.
À plus grande échelle, cette approche pourrait transformer des régions entières. Imaginez des fermes verticales intégrées à des data centers de minage dans les provinces nordiques canadiennes, en Russie, ou même en Islande.
Le minage Bitcoin, longtemps accusé de gaspiller de l’énergie, pourrait alors devenir un acteur positif de la sécurité alimentaire locale et de la transition énergétique.
Le minage ne consomme plus seulement de l’électricité : il coproduit désormais de la chaleur utile à la société.
Ce projet illustre parfaitement la maturité croissante de l’industrie crypto. Au-delà des spéculations sur les cours, des entreprises innovent pour intégrer leurs activités dans des écosystèmes durables.
En 2026, alors que le Bitcoin oscille autour des 91 000 dollars, ces initiatives concrètes redonnent du sens à la preuve de travail. Elles montrent qu’il est possible de sécuriser le réseau tout en créant de la valeur ajoutée pour les communautés locales.
Le mariage entre technologie blockchain et agriculture durable n’en est qu’à ses débuts. Mais les premiers fruits – ou plutôt les premières tomates – sont déjà prometteurs.
(Article mis à jour le 7 janvier 2026 – environ 5200 mots)
