Imaginez un instant : le Bitcoin vient de plonger à son plus bas niveau depuis plus d’un an, les portefeuilles tremblent, les réseaux sociaux bruissent de panique… et pendant ce temps, Michael Saylor annonce calmement qu’il vient d’acheter 1 142 Bitcoin supplémentaires. Une nouvelle acquisition à près de 90 millions de dollars, alors que l’entreprise qu’il dirige affiche déjà des pertes latentes colossales. Folie ? Stratégie visionnaire ? Ou simple entêtement ?
Depuis plusieurs années, Michael Saylor et sa société Strategy (anciennement MicroStrategy) incarnent une des approches les plus radicales et les plus commentées du monde crypto. Alors que la majorité des entreprises préfèrent rester à l’écart ou se contenter de petites positions, Strategy continue d’empiler des bitcoins à un rythme soutenu, même quand le marché plonge. Décryptons ensemble ce dernier mouvement et ce qu’il révèle sur l’état d’esprit actuel du marché.
Strategy ne plie pas : encore 1 142 BTC dans la besace
Le 9 février 2026, Michael Saylor a publié un message clair et net sur son compte X : Strategy vient d’acquérir 1 142 Bitcoin pour environ 90 millions de dollars, soit un prix moyen d’achat de 78 815 $ par BTC. Cette opération porte le total détenu par l’entreprise à 714 644 bitcoins, acquis pour un montant cumulé d’environ 54,35 milliards de dollars, soit un coût moyen de 76 056 $ par unité.
À la date de l’annonce, avec un cours du Bitcoin oscillant autour de 69 000 $, cela représente une perte latente de l’ordre de 5 milliards de dollars. Un chiffre qui donne le vertige. Pourtant, loin de ralentir, Strategy maintient sa politique d’accumulation agressive.
« Strategy a acquis 1 142 BTC pour environ 90 millions de dollars à un prix moyen de 78 815 $. Au 8 février 2026, nous détenons 714 644 BTC acquis pour ~54,35 milliards de dollars à ~76 056 $ par bitcoin. »
Michael Saylor – 9 février 2026
Cette dernière opération s’inscrit dans une stratégie de dollar-cost averaging (DCA) institutionnelle à très grande échelle. Peu d’entreprises au monde osent adopter une telle posture face à la volatilité extrême du Bitcoin.
Comment expliquer une telle obstination ?
Pour Michael Saylor, le Bitcoin n’est pas un actif spéculatif parmi d’autres. Il le présente comme la propriété la plus rare et la plus résistante à l’inflation jamais créée par l’humanité. Selon lui, dans un monde où les monnaies fiduciaires perdent constamment du pouvoir d’achat, accumuler du Bitcoin revient à protéger la valeur de l’entreprise sur le très long terme.
Cette vision tranche radicalement avec la majorité des trésoriers d’entreprise qui préfèrent placer les liquidités excédentaires dans des obligations d’État, des fonds monétaires ou des actions à dividendes. Strategy a fait un pari totalement différent : transformer une grande partie de sa trésorerie en Bitcoin.
Quelques chiffres clés sur la position Bitcoin de Strategy (février 2026) :
- Total BTC détenus : 714 644
- Coût d’acquisition total : ~54,35 milliards $
- Prix moyen d’achat : ~76 056 $
- Valeur marchande actuelle : ~49,3 milliards $
- Pertes latentes estimées : ~-5 milliards $
- Pourcentage du flottant mondial Bitcoin détenu : ~3,4 %
Ces chiffres montrent l’ampleur inédite de la position. Strategy est aujourd’hui le plus gros détenteur corporate de Bitcoin au monde, loin devant Tesla, Block ou Marathon Digital.
Quand les pertes comptables s’accumulent
La politique d’accumulation a un coût visible dans les comptes. Au dernier trimestre publié, Strategy affichait une perte opérationnelle de plus de 17,4 milliards de dollars et une perte nette de 12,4 milliards. Des montants astronomiques pour une société dont l’activité principale (logiciels d’analyse de données) génère environ 500 millions de dollars de revenus annuels.
Ces pertes proviennent essentiellement de la dépréciation comptable du Bitcoin lors des périodes baissières. Contrairement à d’autres actifs, les normes comptables américaines obligent les entreprises à constater les moins-values latentes sur les cryptomonnaies sans pouvoir comptabiliser les plus-values tant qu’elles ne sont pas réalisées.
Résultat : quand le Bitcoin baisse fortement, les pertes apparaissent massivement dans le compte de résultat, même si l’entreprise n’a vendu aucun BTC. Une aberration selon Michael Saylor qui milite depuis plusieurs années pour une évolution des normes comptables (notamment via le FASB).
Dilution massive des actionnaires
Pour financer ses achats massifs de Bitcoin, Strategy utilise principalement deux leviers :
- Émissions d’actions ordinaires (dilution)
- Émissions de titres préférentiels convertibles (STRK)
Conséquence directe : le nombre d’actions en circulation est passé d’environ 77 millions en 2021 à plus de 300 millions aujourd’hui. Chaque nouvel achat de Bitcoin dilue donc mécaniquement la part des actionnaires existants.
Strategy dispose encore de capacités importantes :
- 7,9 milliards $ d’actions ordinaires autorisées non émises
- Plus de 20 milliards $ de titres préférentiels STRK disponibles
Cette structure financière permet théoriquement de continuer l’accumulation pendant encore plusieurs années, même en cas de poursuite de la baisse du Bitcoin.
Wall Street reste étonnamment haussier sur MSTR
Malgré les pertes comptables massives et la dilution, les analystes financiers traditionnels restent majoritairement très positifs sur le titre MSTR. Voici un aperçu des dernières cibles publiées :
- Cantor Fitzgerald : Overweight – objectif 192 $
- BTIG : objectif 250 $
- Canaccord Genuity : objectif 185 $
- Mizuho : objectif 403 $
- Truist Financial : objectif 268 $
- Consensus MarketBeat : 347 $ (+176 % par rapport au cours actuel)
Ces valorisations très élevées s’expliquent par un raisonnement simple : le cours de l’action MSTR est devenu une sorte de proxy amplifié du Bitcoin. Quand BTC monte, MSTR monte encore plus fort. Quand BTC baisse, MSTR baisse également plus fort. Cette bêta élevée (volatilité supérieure au marché) attire les investisseurs qui veulent une exposition démultipliée au Bitcoin sans détenir directement la cryptomonnaie.
Exemple concret : fin janvier 2026, alors que le Bitcoin rebondissait de 60 000 $ à plus de 70 000 $, le titre MSTR gagnait près de 30 % en une seule séance.
Et si le pari de Saylor finissait par payer ?
Les détracteurs de la stratégie de Strategy soulignent souvent les risques :
- Risque de faillite en cas de krach prolongé et de besoin de lever des fonds à perte
- Dilution massive qui réduit la part des actionnaires historiques
- Dépendance extrême à un seul actif extrêmement volatil
- Perte de crédibilité auprès des clients traditionnels de l’activité logiciel
Mais les partisans avancent plusieurs arguments :
- Le Bitcoin est encore jeune. Une adoption institutionnelle massive reste probable d’ici 2030-2035
- Strategy détient environ 3,4 % de l’offre totale de Bitcoin – une position qui deviendrait stratégique en cas de rareté accrue
- Le prix moyen d’achat reste inférieur aux plus hauts historiques
- La société dispose encore de marges de manœuvre financières importantes
Si le Bitcoin devait un jour atteindre 200 000 $, 500 000 $ ou même plus, la position accumulée par Strategy deviendrait monumentale et pourrait transformer radicalement la capitalisation de l’entreprise.
Quel avenir pour la stratégie Bitcoin des entreprises ?
Strategy reste un cas extrême, mais elle n’est plus totalement isolée. Plusieurs sociétés cotées ont commencé à intégrer de petites positions Bitcoin dans leur trésorerie :
- Tesla (revend une partie en 2022 mais conserve encore des BTC)
- Block (ex-Square)
- Marathon Digital, Riot Platforms et autres mineurs
- Quelques sociétés plus petites aux États-Unis et au Canada
Avec l’arrivée potentielle de nouvelles normes comptables plus favorables (fair value au lieu de dépréciation uniquement), le nombre d’entreprises qui envisagent d’adopter une stratégie similaire pourrait augmenter dans les prochaines années.
Conclusion : une expérience historique en cours
Ce que fait Michael Saylor avec Strategy depuis 2020 est en train de devenir une des expériences financières les plus fascinantes et les plus polarisantes de notre époque. Jamais une entreprise cotée n’avait autant misé sur un seul actif numérique, et jamais avec une telle constance face aux baisses de marché.
Dans cinq, dix ou quinze ans, on saura si cette stratégie était visionnaire ou déraisonnable. En attendant, chaque nouveau tweet de Michael Saylor continue de faire trembler les marchés crypto et les forums financiers traditionnels.
Une chose est sûre : tant que Michael Saylor restera aux commandes, Strategy continuera probablement d’acheter du Bitcoin, coûte que coûte, hausse ou baisse. Le pari le plus audacieux de Wall Street sur la révolution Bitcoin est loin d’être terminé.
Et vous, que pensez-vous de cette stratégie ? Pari génial ou folie dangereuse ?
