Imaginez une entreprise qui achète du Bitcoin en empruntant dans une monnaie qui perd de la valeur chaque année. À chaque hausse du cours du BTC, non seulement elle gagne sur l’actif, mais elle rembourse sa dette avec des yens qui valent de moins en moins. Cette situation, presque trop belle pour être vraie, est pourtant la réalité quotidienne de Metaplanet, la société japonaise qui fait parler d’elle dans l’univers des trésoreries corporate en Bitcoin.
Alors que les géants américains comme MicroStrategy se financent en dollars à des taux élevés, Metaplanet profite d’un avantage structurel lié à la faiblesse chronique du yen. Cet avantage transforme une simple stratégie d’accumulation en véritable machine à compounder les gains. Plongeons dans les mécanismes qui rendent cette approche si particulière.
L’avantage caché du yen faible sur les trésoreries Bitcoin
Depuis plusieurs années, le Japon traverse une période de dépréciation continue de sa monnaie. Les raisons sont bien connues : un endettement public colossal dépassant 250 % du PIB, une politique monétaire ultra-accommodante et des taux d’intérêt maintenus proches de zéro. Résultat ? Le yen perd du terrain face au dollar… et surtout face au Bitcoin.
Cette dépréciation n’est pas anodine pour les entreprises japonaises qui choisissent de détenir du Bitcoin. Quand on mesure la performance du BTC en yens depuis 2020, les chiffres donnent le tournis : plus de 1 700 % de gain, contre environ 1 160 % en dollars. Près de 50 % de performance supplémentaire simplement grâce à la monnaie de référence.
Le retour du Bitcoin est bien plus élevé en yens qu’en dollars, car la monnaie japonaise s’est énormément affaiblie. Ratio dette/PIB du Japon à 250 % – impressionnant ! Retour BTC en USD depuis 2020 : 1 159 %. En JPY : 1 704 %. Une différence massive…
Adam Livingston, analyste Bitcoin – Janvier 2026
Cette citation d’Adam Livingston, investisseur et observateur attentif des trésoreries crypto, résume parfaitement la situation. Pour une entreprise japonaise, chaque satoshi acheté coûte moins cher en termes réels au fil du temps, tandis que sa valeur explosera davantage lors des phases haussières.
Comment Metaplanet exploite concrètement cet avantage
Metaplanet a compris très tôt l’opportunité. La société finance ses achats de Bitcoin principalement via des instruments en yens : obligations perpétuelles préférentielles, émissions d’actions ou dette à taux fixe souvent inférieur à 5 %. Ces engagements sont libellés dans une monnaie qui se déprécie, ce qui réduit mécaniquement le coût réel du service de la dette.
En parallèle, les Bitcoin accumulés prennent de la valeur non seulement face au dollar, mais encore plus face au yen. Le résultat ressemble à un carry trade moderne : emprunter dans une monnaie faible pour investir dans un actif dur qui s’apprécie contre toutes les fiat.
Les trois piliers de la stratégie de Metaplanet
- Financement en yens à taux bas et fixe
- Accumulation continue de Bitcoin quel que soit le cycle
- Remboursement d’une dette qui perd de la valeur relative
Cette boucle vertueuse crée un effet de levier naturel bien plus puissant que celui des entreprises américaines, obligées de se financer en dollars à des taux souvent supérieurs et dans une monnaie plus résistante.
Metaplanet vs MicroStrategy : une comparaison instructive
MicroStrategy reste le leader incontesté des trésoreries Bitcoin corporate avec plus de 250 000 BTC détenus fin 2025. Mais son modèle repose sur des émissions de dette convertible en dollars, souvent à des taux compris entre 6 % et 8 %, voire plus lors des dernières levées.
Metaplanet, avec ses 35 000 BTC, est beaucoup plus petite en volume absolu. Pourtant, son coût du capital est structurellement inférieur grâce au yen. Quand le Bitcoin monte de 50 %, MicroStrategy gagne 50 % sur ses actifs. Metaplanet gagne ces mêmes 50 % plus la dépréciation supplémentaire du yen sur la période, qui peut facilement ajouter 10 à 20 % de gain relatif.
À l’inverse, lors des corrections, la douleur est moindre pour Metaplanet : la dette à rembourser perd aussi de la valeur. C’est une forme d’asymétrie rarement vue dans les stratégies de trésorerie traditionnelles.
Les chiffres impressionnants de l’accumulation 2025
L’année 2025 a marqué un tournant pour Metaplanet. La société a accéléré ses achats, notamment au quatrième trimestre avec une acquisition de 451 BTC qui a porté son total au-delà des 35 000 BTC. Elle dépasse ainsi ses objectifs internes et se hisse à la quatrième place mondiale des trésoreries corporate, derrière MicroStrategy, Tesla et Marathon Digital.
Cette performance place Metaplanet comme le plus gros détenteur corporate d’Asie, un symbole fort dans une région où l’adoption institutionnelle reste encore timide comparée aux États-Unis.
- Fin 2024 : environ 10 000 BTC
- Mi-2025 : passage à 20 000 BTC
- Fin 2025 : plus de 35 000 BTC
- Classement mondial : 4e position
- Classement asiatique : 1re position
Cette croissance rapide n’a pas été sans heurts. Certaines émissions d’actions pour financer les achats ont temporairement pesé sur le cours de bourse, et les pertes latentes lors des corrections du Bitcoin ont fait parler. Mais la direction est restée fidèle à sa vision long terme.
Les risques et les critiques de la stratégie
Toute médaille a son revers. La dépendance au yen faible expose Metaplanet à un risque majeur : un retournement brutal de la politique monétaire japonaise. Si la Banque du Japon décidait enfin de normaliser ses taux, le yen pourrait se renforcer rapidement, augmentant le coût réel de la dette.
Autre critique récurrente : la dilution actionnariale. Pour financer ses achats sans trop s’endetter, Metaplanet a régulièrement émis de nouvelles actions, ce qui a parfois frustré les actionnaires existants malgré la hausse globale du Bitcoin par action diluée.
Enfin, comme toutes les trésoreries Bitcoin, Metaplanet reste exposée à la volatilité extrême du marché. Les périodes de bear market font apparaître des pertes comptables importantes, même si la stratégie est pensée sur un horizon de plusieurs années.
Principaux risques identifiés
- Renforcement soudain du yen (changement de politique monétaire)
- Dilution actionnariale via émissions répétées
- Volatilité du Bitcoin et pertes latentes temporaires
- Pression réglementaire accrue au Japon
Pourquoi cet avantage pourrait perdurer
Les analystes qui suivent Metaplanet s’accordent sur un point : la faiblesse du yen n’est pas un phénomène conjoncturel, mais structurel. Avec une dette publique record et une démographie défavorable, le Japon a peu de marge pour durcir sa politique monétaire sans risquer une crise budgétaire.
Tant que ce contexte perdure – et les projections vont jusqu’à 2030 au moins –, Metaplanet conserve un coût du capital avantageux. Certains estiment même que l’entreprise pourrait continuer à distancer ses concurrents occidentaux lors de la prochaine grande phase haussière du Bitcoin.
De plus, la notoriété croissante de Metaplanet attire désormais des investisseurs institutionnels étrangers, comme en témoigne la prise de participation majeure par le fonds américain Capital Group en 2025.
Vers une diversification des stratégies de trésorerie Bitcoin ?
L’exemple de Metaplanet pourrait inspirer d’autres entreprises dans des pays à monnaie faible ou à forte inflation. On pense notamment à la Turquie, à l’Argentine ou à certains pays d’Amérique latine où la dépréciation monétaire est encore plus marquée.
Aux États-Unis et en Europe, où les monnaies restent relativement fortes, les entreprises devront probablement continuer à innover avec des instruments plus complexes (dette convertible, options, etc.) pour rester compétitives dans la course à l’accumulation.
Ce qui est certain, c’est que la stratégie de Metaplanet met en lumière une vérité souvent oubliée : dans le monde du Bitcoin, la monnaie dans laquelle on mesure et finance ses positions peut changer radicalement la donne.
Conclusion : un modèle appelé à faire école
Metaplanet démontre qu’une stratégie de trésorerie Bitcoin ne se résume pas à acheter et hodler. Le choix de la monnaie de financement, le contexte macroéconomique local et la structure de capital jouent un rôle déterminant dans la performance finale.
En profitant intelligemment de la faiblesse du yen, la société japonaise s’est offert un avantage compétitif durable qui pourrait lui permettre de continuer à grignoter des parts dans le classement mondial des trésoreries corporate.
Dans un monde où le Bitcoin devient progressivement une réserve de valeur reconnue, les entreprises qui sauront exploiter les divergences monétaires locales pourraient bien être celles qui accumuleront le plus efficacement. Metaplanet nous montre la voie, et le secteur regarde avec attention.
