Imaginez un marché si tendu que le moindre coup de vent peut transformer une petite correction en véritable tempête. C’est exactement la situation dans laquelle se trouve Ethereum en ce 11 février 2026. Les murs de liquidation s’élèvent de part et d’autre du prix actuel, prêts à libérer près d’1,4 milliard de dollars de positions forcées. Shorts et longs se regardent en chiens de faïence, et personne ne veut être le premier à cligner des yeux.
Un marché Ethereum sous haute tension
Le prix d’Ethereum oscille actuellement autour de 1 936 à 1 970 dollars selon les plateformes. Une fourchette étroite, presque irrespirable. Au-dessus, à partir de 2 057 dollars, les shorts risquent de perdre collectivement jusqu’à 928 millions de dollars. En dessous, dès 1 863 dollars, ce sont les positions longues qui s’exposent à 454 millions de dollars de liquidations forcées. L’asymétrie est frappante : les vendeurs à découvert sont deux fois plus vulnérables.
Cette configuration n’est pas anodine. Quand un marché présente une telle concentration de leviers mal placés, la probabilité d’un mouvement violent augmente exponentiellement. Peu importe la direction prise, une fois le premier mur franchi, la mécanique s’enclenche : les liquidations automatiques génèrent des ordres massifs dans le sens de la cassure, ce qui alimente encore plus le mouvement initial.
Comprendre les murs de liquidation
Les murs de liquidation, ou liquidation walls en anglais, représentent les niveaux de prix où le total des positions à effet de levier risque d’être liquidé par les exchanges. Ces données proviennent principalement de plateformes comme Coinglass qui agrègent les informations des plus gros acteurs centralisés (Binance, Bybit, OKX, etc.).
Quand le prix approche un mur important, deux scénarios se dessinent :
- Le prix rebondit avant d’atteindre le mur → les positions se délestent progressivement, le mur s’amincit.
- Le prix perce le mur → cascade de liquidations → amplification brutale du mouvement.
Dans le cas présent, le mur haussier est nettement plus épais. Cela signifie que les market makers et les algorithmes de couverture devront acheter beaucoup plus agressivement pour hedger leurs expositions si ETH casse les 2 057 $. À l’inverse, une chute sous les 1 863 $ déclencherait certes des ventes, mais d’une ampleur moindre.
« Si ETH casse les 2 057 $, les liquidations cumulées de shorts sur les principales plateformes atteindront 928 millions de dollars. »
Données Coinglass relayées par ChainCatcher – 11 février 2026
Pourquoi tant de shorts se sont-ils accumulés ?
Depuis plusieurs semaines, Ethereum peine à transformer ses rebonds en tendance haussière durable. Chaque tentative de dépasser les 2 100 $ s’est soldée par un rejet assez net. Les traders institutionnels et retail ont donc progressivement construit des positions vendeuses, anticipant un retour vers les 1 800 $ voire plus bas.
Mais le marché crypto adore punir les consensus trop évidents. Plus les shorts s’accumulent, plus le carburant potentiel pour un short squeeze augmente. Et quand le marché est déjà nerveux à cause du contexte macro, le cocktail devient explosif.
Facteurs qui renforcent la nervosité actuelle :
- Bitcoin stagne sous les 68 000 $ après avoir perdu le momentum haussier.
- Les annonces macroéconomiques (emploi US, discours de la Fed) restent dans le radar.
- Le volume spot et dérivés reste élevé mais sans direction claire.
- La corrélation BTC-ETH reste très forte (> 0,92 sur 30 jours).
Que se passe-t-il quand un mur est percé ?
Prenons l’exemple haussier. Imaginons qu’une bonne nouvelle macro (baisse surprise des taux réels, annonce institutionnelle, etc.) pousse ETH à 2 060 $. Les premiers shorts commencent à être liquidés. Pour couvrir ces liquidations, les exchanges vendent des contrats spot ou achètent des ETH pour équilibrer leurs books. Cela crée une pression acheteuse supplémentaire.
Plus le prix monte vite, plus les liquidations s’enchaînent rapidement. C’est ce qu’on appelle un short squeeze en cascade. Le mouvement peut facilement gagner 8 à 15 % en quelques heures dans un marché sous-liquide comme celui des cryptos en soirée/week-end.
À l’inverse, une mauvaise nouvelle macro ou une liquidation en chaîne sur Bitcoin peut suffire à faire plonger ETH sous les 1 863 $. Les longs sont alors forcés de vendre, accentuant la chute. Mais comme le mur baissier est deux fois moins important, la violence du mouvement devrait être moindre… sauf si le marché entre en véritable panique généralisée.
Le rôle central des exchanges centralisés
Il est important de souligner que ces chiffres concernent principalement les CEX (centralized exchanges). Les positions sur les exchanges décentralisés (dYdX, GMX, Perpetual Protocol, etc.) sont beaucoup plus difficiles à agréger en temps réel et représentent une part moindre du levier total sur Ethereum.
Cependant, quand un CEX majeur (Binance en tête) commence à liquider en masse, l’effet se propage très rapidement vers les DEX et les autres plateformes. La contagion est quasi instantanée en 2026 grâce à l’interconnexion des market makers et des algorithmes de trading.
Contexte macro : pourquoi le marché est si fragile
Bitcoin se négocie autour de 67 000 $ après avoir perdu environ 2,5 % en 24 heures. Solana évolue près de 80-81 $, en baisse de 4 %. L’ensemble du marché crypto se comporte comme un actif à très fort bêta vis-à-vis du sentiment macro global.
Les investisseurs institutionnels continuent de traiter les cryptos comme la classe d’actifs la plus sensible aux variations des taux réels, à l’inflation et aux discours de politique monétaire. Dans ce contexte, Ethereum – avec son exposition aux DeFi, aux L2 et aux NFT – amplifie encore plus ces mouvements.
« Les cryptos restent l’actif le plus pur pour jouer le risque macro. »
Observation récurrente des desks de trading institutionnels – février 2026
Quand le marché actions tousse, Bitcoin éternue, Ethereum fait une crise d’asthme. C’est caricatural, mais statistiquement très juste depuis 2022.
Scénarios probables à court terme
Plusieurs trajectoires se dessinent pour les prochaines 48 à 96 heures :
- Compression latérale prolongée – le prix reste entre 1 900 et 2 050 $. Les deux murs s’érodent lentement via des liquidations partielles et des ajustements de delta. Scénario le plus calme, mais aussi le plus frustrant pour les traders directionnels.
- Cassure haussière violente – un catalyseur positif (macro ou crypto-spécifique) pousse ETH au-dessus de 2 057 $. Short squeeze → probable accélération vers 2 200-2 300 $ en quelques heures.
- Flush baissier – Bitcoin perd les 66 000 $ et entraîne ETH sous 1 863 $. Liquidations longues → possible test des 1 750-1 800 $ avant stabilisation.
- Fake-out suivi d’inversion – classique en crypto : cassure d’un mur puis retour immédiat dans la range. Très douloureux pour les late followers.
Le scénario 2 (cassure haussière) semble statistiquement le plus asymétrique en termes de reward/risk pour les traders agiles, mais il demande un timing parfait et des nerfs d’acier.
Comment se positionner face à ce setup ?
Face à une telle configuration, plusieurs philosophies s’opposent :
- Attendre la cassure confirmée + volume → stratégie la plus prudente, mais rate souvent le meilleur prix d’entrée.
- Anticiper le squeeze haussier → achat spot ou call options / perpetuals longs avec stop serré sous 1 900 $.
- Vendre de la volatilité → vente de strangles ou straddles → profiter du theta si le marché reste range-bound.
- Scalping des ranges internes → trading très court terme entre 1 930-1 980 et 1 980-2 030.
- Position directionnelle inverse → shorter le squeeze anticipé → très risqué mais payoff énorme si le marché piège les bulls.
Quelle que soit la stratégie choisie, la gestion du risque reste la variable la plus importante. Avec un levier ×10, une mauvaise lecture de 3 % peut anéantir un compte en moins de 60 secondes.
Leçons des précédents squeezes ETH
Retour en arrière rapide :
- Novembre 2024 : ETH passe de 1 820 $ à 2 480 $ en 9 jours après avoir liquidé 780 M$ de shorts.
- Mars 2025 : flush baissier de 3 950 $ à 2 900 $ en 36 heures → 1,1 milliard $ de longs liquidés.
- Septembre 2025 : double fake-out autour de 2 600 $ → piège haussier puis piège baissier en moins de 72 h.
À chaque fois, le mouvement final a été bien plus violent que ce que la plupart des analystes anticipaient. La seule constante : ceux qui attendaient la confirmation du volume ont capturé moins de mouvement que ceux qui ont anticipé… mais ils ont aussi subi beaucoup moins de faux signaux.
Ethereum et son rôle dans l’écosystème 2026
Au-delà du trading pur, Ethereum reste la colonne vertébrale de la DeFi, des NFT, des L2 et de la majorité des stablecoins. Une cassure haussière violente aurait des répercussions positives sur l’ensemble de l’écosystème : TVL en hausse, volume DEX en explosion, frais L1/L2 qui repartent à la hausse.
À l’inverse, un flush baissier prolongé pourrait déclencher une nouvelle vague de capitulation dans les protocoles les plus endettés et les collections NFT les plus spéculatives.
Dans les deux cas, la volatilité réalisée serait bien supérieure à la volatilité implicite actuelle → opportunité pour les vendeurs d’options… et cauchemar pour les acheteurs de calls/puts mal timés.
Conclusion : le calme avant la tempête ?
Ethereum se trouve actuellement dans une des configurations les plus tendues observées depuis le début de l’année 2026. Les murs de liquidation asymétriques, la corrélation macro toujours très forte et l’absence de catalyseur directionnel clair créent un mélange détonnant.
Les prochaines heures et jours seront décisifs. Soit le marché choisit de punir les vendeurs trop confiants, soit il rappelle brutalement aux acheteurs que rien n’est jamais acquis dans crypto. Dans tous les cas, la probabilité d’un mouvement à très forte amplitude est nettement plus élevée que celle d’une continuation sage et progressive.
Une seule certitude : quand 1,4 milliard de dollars de positions sont assises sur un fil aussi fin, personne ne sort indemne… ni les bulls, ni les bears, ni les observateurs. Seul le marché décidera qui paiera l’addition.
Et vous, de quel côté du mur vous situez-vous aujourd’hui ?
