Imaginez un instant : une entreprise cotée en bourse, spécialisée dans les cryptomonnaies, voit son action plonger de plus de 27 % en quelques jours seulement. Derrière cette chute brutale ? Des accusations graves de déclarations trompeuses sur sa stratégie phare en finance décentralisée. C’est exactement ce qui arrive à DeFi Technologies en cette fin 2025, avec une action collective fédérale qui fait trembler tout le secteur. Et si ce n’était que le début d’une vague de litiges qui pourrait redéfinir les règles de transparence pour toutes les firmes crypto ?
Ce cas n’est pas anodin. Il met en lumière les risques croissants liés à la détention et à la gestion active d’actifs numériques au sein des trésoreries d’entreprises. Alors que le marché des cryptos continue de mûrir, les investisseurs exigent plus que jamais une communication claire et honnête. Plongeons dans les détails de cette affaire qui pourrait marquer un tournant.
Le procès contre DeFi Technologies : un signal d’alarme pour l’industrie crypto
DeFi Technologies Inc., une société cotée au Nasdaq sous le ticker DEFT, fait face à une class action en valeurs mobilières déposée par Linkedto Partners LLC. La période concernée s’étend du 12 mai au 14 novembre 2025. Les plaignants reprochent à la direction, dont l’ancien CEO Olivier Roussy Newton et le CFO Paul Bozoki, d’avoir induit en erreur les investisseurs sur la viabilité de leur stratégie proprietary baptisée DeFi Alpha, centrée sur l’arbitrage en DeFi.
Concrètement, l’entreprise aurait minimisé les retards dans l’exécution de ces opérations d’arbitrage, sous-estimé la concurrence féroce des autres sociétés gérant des trésoreries en actifs numériques (les fameuses Digital Asset Treasury ou DAT), et maintenu des prévisions de revenus irréalistes. Résultat : quand la vérité a éclaté lors des résultats du troisième trimestre, le couperet est tombé.
Le 13 novembre 2025, DeFi Technologies annonce une baisse de près de 20 % de ses revenus par rapport aux attentes, et révise drastiquement à la baisse ses guidance annuelles : de 218,6 millions à environ 116,6 millions de dollars. Motif invoqué ? Des délais dans les opportunités d’arbitrage DeFi Alpha dus à la prolifération des DAT et à une consolidation des prix des actifs numériques. Le cours dégringole alors de 0,40 dollar, soit plus de 27 % en deux sessions, clôturant autour de 1,05 dollar.
Ce n’est pas un cas isolé, c’est un déclencheur. Cette affaire réunit tous les ingrédients pour inspirer des litiges en série : un actif sous-jacent volatile, un modèle économique complexe à expliquer, et un écart majeur entre les attentes des investisseurs et la réalité chiffrée.
Jason Bishara, expert en gouvernance
Cette citation résume parfaitement l’enjeu. Des experts comme Jason Bishara, spécialiste en risques chez NSI Insurance Group, alertent sur une tendance émergente : les plaintes pour manque de transparence sur les stratégies crypto vont se multiplier.
Qu’est-ce qui rend les entreprises crypto vulnérables à ce type de poursuites ?
Le cœur du problème n’est pas tant la détention de cryptos en elle-même, mais la façon dont elle est communiquée. Beaucoup d’entreprises présentent leur exposition aux actifs numériques comme un atout majeur, sans détailler suffisamment les risques associés.
Dans le cas de DeFi Technologies, les investisseurs estiment avoir été bernés par des déclarations optimistes sur les rendements “fiables” de DeFi Alpha, alors que la concurrence et les conditions de marché rendaient ces promesses intenables. Le manque de clarté sur les mécanismes d’arbitrage, les contreparties ou les scénarios de perte a créé un terrain fertile pour les avocats des plaignants.
Les principaux facteurs de vulnérabilité identifiés :
- Surévaluation des performances passées ou futures sans mise en garde adéquate
- Sous-estimation des risques de volatilité, liquidité ou contrepartie
- Descriptions vagues des stratégies (arbitrage, staking, lending) laissant place à l’interprétation
- Absence de mises à jour rapides en cas de changement matériel (baisse de rendement, concurrence accrue)
Ces pratiques, autrefois tolérées dans un marché euphorique, sont désormais scrutées à la loupe par les régulateurs et les tribunaux.
Les bonnes pratiques de gouvernance pour éviter le piège
Face à cette menace grandissante, les conseils d’administration des entreprises exposées aux cryptos doivent agir vite. La clé ? Une transparence “au niveau stratégique” sans révéler les secrets commerciaux.
Il s’agit de décrire clairement : les actifs détenus, l’objectif (réserve de valeur ou stratégie opérationnelle), les mécanismes de génération de rendements, les scénarios de vente forcée, et les contrôles internes. Sans entrer dans les détails tactiques comme les timings précis ou les contreparties.
- Documenter la stratégie à l’écrit au niveau du board : objectifs, limites, besoins de liquidité
- Aligner tous les messages publics : earnings calls, communiqués, présentations investisseurs
- Expliquer en langage simple ce que le modèle est… et ce qu’il n’est pas
- Préparer un playbook pour les événements matériels : grosses transactions, shifts stratégiques
Ces mesures simples peuvent faire la différence entre une défense solide et une exposition coûteuse en justice.
Vers des standards de divulgation informels pour les trésoreries crypto ?
Même sans nouvelle régulation formelle, ce type de litiges crée des précédents. Les entreprises observent quels discours ont tenu la route et quels ont valu des plaintes. Progressivement, des normes de facto émergent : descriptions plus précises des stratégies, explications claires sur la génération de rendements, gouvernance renforcée.
Les auditeurs posent plus de questions pointues, les assureurs ajustent leurs couvertures D&O (Directors & Officers), et les investisseurs attendent des disclosures consistantes. À terme, on pourrait voir une “rulebook informelle” pour les sociétés avec trésorerie en actifs numériques.
Si les tribunaux donnent raison aux plaignants, cela élève de facto la barre sur la discipline des prévisions, la communication des risques et la supervision des boards pour les stratégies en actifs numériques.
Et cela, même avant toute intervention réglementaire explicite.
Les erreurs courantes à éviter dans les communications publiques
Certaines formulations reviennent souvent dans les plaintes. Traiter l’exposition crypto comme un simple argument marketing, utiliser des termes vagues comme “rendement faible risque” sans explication, ou ne pas actualiser le marché lors de changements significatifs : voilà des pièges classiques.
Les dirigeants doivent se rappeler : dès que vous détenez des cryptos au bilan, vous êtes dans l’obligation de divulgation permanente. Mieux vaut communiquer des fourchettes, des scénarios et des règles de décision plutôt que des promesses absolues.
Exemples d’erreurs fatales observées :
- Présenter l’arbitrage comme “prévisible” sans mentionner la dépendance aux écarts de prix
- Omettre l’impact potentiel de la concurrence sur les opportunités
- Ne pas signaler rapidement une dégradation des conditions de marché
- Utiliser un langage hype sans contrebalancer par les downside
L’assurance et les hedges : une protection en hausse ?
Avec ces risques judiciaires qui montent, on peut s’attendre à une demande accrue pour des couvertures spécifiques. Les polices D&O traditionnelles pourraient être revues pour mieux inclure les risques liés aux disclosures crypto.
Certains envisagent aussi des riders assurance, des politiques de hedging, ou des buffers de liquidité. Mais la meilleure “hedge” reste une gouvernance et une communication irréprochables dès le départ.
Quelles leçons pour les autres entreprises du secteur ?
Des sociétés comme MicroStrategy, avec sa massive trésorerie Bitcoin, ou d’autres qui pratiquent staking, lending ou arbitrage, sont potentiellement dans le viseur. Toute entreprise cotée avec exposition significative aux cryptos devrait auditer ses disclosures actuelles.
Si vous n’avez pas encore formalisé votre stratégie crypto, c’est le moment. Expliquez ce que vous faites, pourquoi, et surtout quels sont les risques. Les investisseurs d’aujourd’hui ne tolèrent plus l’opacité.
- Rédiger une politique claire sur l’utilisation des actifs numériques
- Former le board et la direction aux meilleures pratiques de disclosure
- Anticiper les questions des analystes et régulateurs
- Considérer une revue externe par des experts en gouvernance crypto
En conclusion, le procès contre DeFi Technologies n’est probablement pas un épiphénomène. Il reflète la maturation forcée d’un secteur qui passe de l’euphorie spéculative à une exigence accrue de professionnalisme. Les entreprises qui sauront s’adapter à cette nouvelle réalité de transparence sortiront renforcées. Les autres risquent de payer cher leur manque de prudence.
Le monde crypto évolue vite, et les règles du jeu avec lui. Restez informés, car 2026 pourrait bien être l’année où la disclosure devient le nouveau standard incontournable pour toute trésorerie numérique.
(Article basé sur des événements publics au 3 janvier 2026. Les procédures judiciaires sont en cours et aucune culpabilité n’est établie à ce stade.)
