Imaginez-vous découvrir un matin que votre portefeuille contenant des millions en cryptomonnaies a été vidé sans laisser de trace apparente. C’est exactement ce qui est arrivé à un important wallet multisignature sur Ethereum fin 2025. Le pirate, loin de se contenter de son butin, joue désormais avec le feu en blanchissant progressivement les fonds tout en spéculant sur le marché. Une affaire qui illustre parfaitement les risques persistants dans l’univers de la finance décentralisée.
Un hack spectaculaire sur un wallet multisig Ethereum
Le 18 décembre 2025, un wallet de type Gnosis Safe, réputé pour sa sécurité renforcée grâce à la multisignature, a été complètement siphonné. Près de 27 millions de dollars en ethers (ETH) ont disparu en quelques transactions. Ce type de portefeuille nécessite plusieurs approbations pour valider une opération, ce qui le rend théoriquement très résistant aux attaques. Pourtant, le pirate a réussi à contourner ces protections.
Les experts en cybersécurité estiment que l’exploitation a probablement reposé sur une compromission d’une des clés privées ou sur une ingénierie sociale sophistiquée. Dans le monde des cryptomonnaies, même les outils les plus sécurisés ne protègent pas contre l’erreur humaine ou les failles inattendues.
Le pirate ne se précipite pas pour blanchir
Ce qui rend cette affaire particulièrement intéressante, c’est le comportement du hacker après le vol. Au lieu de transférer immédiatement l’intégralité des fonds vers des mixers pour effacer les traces, il a adopté une stratégie plus patiente et… spéculative.
Dès les jours suivants le hack, le pirate a déposé une partie importante des ethers volés sur le protocole Aave. Il a ouvert une position longue à effet de levier sur ETH contre du DAI. En d’autres termes, il parie sur une hausse du cours de l’ether en utilisant ses propres fonds volés comme collatéral.
Cette manœuvre est audacieuse. Elle montre que le hacker ne se contente pas de voler : il cherche à maximiser ses gains en profitant de la volatilité du marché crypto.
Le pirate contrôle toujours une position longue à effet de levier d’environ 9,75 millions de dollars : 20,5 millions en ETH contre 10,7 millions en DAI empruntés.
Blanchiment progressif via Tornado Cash
Le 6 janvier 2026, les analystes on-chain de PeckShield ont détecté un nouveau mouvement. Le hacker a retiré 1 000 ETH de sa position sur Aave pour les envoyer directement vers Tornado Cash, le célèbre mixer qui permet de rompre le lien traçable entre les adresses.
Cette opération porte à 6 300 ETH le total des fonds blanchis depuis le vol, soit environ 19,4 millions de dollars au cours actuel. Le pirate procède par lots, probablement pour éviter d’attirer trop l’attention et pour optimiser le timing avec les variations de prix.
État actuel des fonds volés (janvier 2026) :
- Vol initial : 27,3 millions de dollars en ETH
- Fonds blanchis via Tornado Cash : 6 300 ETH (~19,4 millions $)
- Position active sur Aave : ~20,5 millions $ en collatéral ETH
- Emprunt associé : ~10,7 millions $ en DAI
- Fonds restants non blanchis : environ 8 millions $
Cette stratégie progressive complique le travail des enquêteurs. Chaque transfert vers Tornado Cash rend la traçabilité presque impossible au-delà du mixer.
Pourquoi Tornado Cash reste un outil privilégié
Malgré les sanctions imposées par les États-Unis en 2022 et les nombreuses arrestations liées à son utilisation, Tornado Cash continue d’être largement employé pour le blanchiment dans l’écosystème crypto. Son fonctionnement basé sur des preuves à connaissance nulle (zk-proof) garantit un haut niveau d’anonymat.
Les hackers nord-coréens du groupe Lazarus, notamment, l’ont utilisé massivement pour blanchir des centaines de millions issus de vols sur des protocoles DeFi. Dans ce cas précis, rien ne permet d’attribuer le hack à un groupe étatique, mais la méthode employée est similaire.
Les développeurs de Tornado Cash ont été poursuivis aux Pays-Bas et aux États-Unis, mais le protocole reste actif grâce à sa nature décentralisée. Il tourne sur des smart contracts immuables sur Ethereum.
Les wallets multisig : sécurisés mais pas infaillibles
Gnosis Safe est aujourd’hui la référence en matière de wallets multisignatures sur Ethereum et les chaînes compatibles EVM. Des milliers de DAO, projets DeFi et entreprises l’utilisent pour gérer des trésors importants.
La multisignature ajoute une couche de sécurité : une transaction nécessite l’approbation de M clés parmi N (par exemple 3 sur 5). Cela protège contre le vol d’une seule clé. Cependant, si plusieurs signataires sont compromis ou si une faille existe dans la configuration, le portefeuille devient vulnérable.
Ce hack rappelle celui de plusieurs trésoreries de projets en 2022 et 2023. La vigilance reste de mise, même avec les meilleurs outils.
- Vérifier régulièrement les signataires autorisés
- Utiliser des hardware wallets pour chaque clé
- Mettre en place des limites de retrait journalier
- Réaliser des audits de sécurité externes
- Éviter de concentrer trop de fonds sur un seul wallet
La DeFi toujours sous pression des hackers
2025 a été une année particulièrement difficile pour la sécurité dans la finance décentralisée. Des centaines de millions ont été volés sur divers protocoles. Les attaques par flash loans, les exploits de smart contracts et les compromissions de clés privées se multiplient.
Les équipes de sécurité comme PeckShield, Chainalysis ou CertiK jouent un rôle crucial en traquant les fonds volés. Elles alertent la communauté en temps réel et parfois permettent la récupération partielle des actifs.
Cependant, une fois les fonds passés par un mixer efficace, les chances de récupération deviennent infimes. Les exchanges centralisés renforcent leurs contrôles KYC et AML, mais les DEX et les protocoles décentralisés restent des portes d’entrée pour les fonds illicites.
Quelles leçons tirer de cette affaire ?
Ce hack illustre plusieurs réalités du monde crypto en 2026. D’abord, la sécurité absolue n’existe pas : même les outils les plus robustes peuvent être contournés. Ensuite, les hackers deviennent de plus en plus sophistiqués, combinant vol, trading et blanchiment dans une même stratégie.
Pour les utilisateurs et les projets, l’hygiène de sécurité doit être irréprochable. La diversification des stockages, l’utilisation de solutions institutionnelles et la souscription à des assurances DeFi (comme Nexus Mutual) deviennent indispensables pour les gros montants.
Enfin, cette affaire pose une nouvelle fois la question de la régulation des mixers d’anonymat. Tant que des outils comme Tornado Cash seront disponibles, les hackers conserveront un avantage significatif.
La sécurité dans la crypto n’est jamais acquise. Elle demande une vigilance constante et une adaptation permanente aux nouvelles menaces.
En conclusion, ce vol de 27 millions de dollars et son blanchiment progressif marquent les esprits en ce début 2026. Ils rappellent brutalement que derrière la promesse de décentralisation et de liberté financière se cache une réalité parfois impitoyable. Restez prudents, diversifiez vos risques et n’oubliez jamais : dans la crypto, la sécurité commence par soi-même.
(Article mis à jour le 6 janvier 2026 avec les dernières données on-chain disponibles)
