Et si la prochaine publication des chiffres de l’inflation américaine venait tout simplement renverser la table sur les marchés ? Alors que beaucoup d’investisseurs commençaient à s’habituer à l’idée d’un cycle d’assouplissement monétaire tranquille en 2026, une note récente de Goldman Sachs vient rappeler une réalité tenace : l’inflation n’a pas encore dit son dernier mot. Et dans cet univers où les cryptomonnaies fonctionnent comme un baromètre ultra-sensible de la politique monétaire, les conséquences pourraient être explosives.
Depuis plusieurs mois, la communauté crypto oscille entre espoir et prudence. Les baisses de taux successives de la Fed ont redonné de l’oxygène à Bitcoin et aux altcoins, mais chaque donnée macroéconomique majeure reste capable de provoquer de violents soubresauts. La dernière note de Goldman Sachs, relayée par plusieurs médias spécialisés, met précisément le doigt sur ce point sensible : un indice des prix à la consommation (CPI) plus élevé que prévu vendredi pourrait suffire à faire basculer la Fed vers une posture nettement plus restrictive.
Quand l’inflation rappelle qui commande
Les économistes de Goldman Sachs Asset Management ne mâchent pas leurs mots. Selon Kay Haigh, analyste respectée au sein de la firme, la résilience exceptionnelle de la croissance américaine oblige la Réserve fédérale à garder un œil beaucoup plus attentif sur les pressions inflationnistes que sur le ralentissement du marché du travail.
Les créations d’emplois restent solides, même si elles ralentissent légèrement en surface. Le dernier rapport sur les non-farm payrolls a surpris positivement et les révisions massives des mois précédents montrent que le marché du travail américain est loin d’être en récession. Dans ce contexte, c’est l’inflation qui redevient le principal sujet de préoccupation pour les membres du FOMC.
« Avec une économie qui continue de surpasser les attentes, l’attention du FOMC va se reporter sur la situation inflationniste. »
Kay Haigh – Goldman Sachs Asset Management
Cette phrase résume parfaitement le basculement qui pourrait intervenir très rapidement. Tant que les données sur l’emploi restaient molles, la Fed pouvait se permettre d’envisager plusieurs baisses de taux sans trop s’inquiéter. Mais dès que l’inflation repart à la hausse, même modérément, le narratif change du tout au tout.
Scénario de base vs scénario cauchemar
Dans son scénario central, Goldman Sachs continue de tabler sur deux baisses de taux supplémentaires au cours de l’année 2026. C’est déjà une prévision relativement prudente par rapport à certains analystes qui tablaient sur trois, voire quatre mouvements de 25 points de base. Mais l’équipe de Kay Haigh ajoute immédiatement un gros bémol : un CPI surprise à la hausse pourrait tout faire dérailler.
Si les prix à la consommation grimpent plus vite que prévu, la probabilité d’un atterrissage en douceur s’effrite. La Fed pourrait alors décider de maintenir ses taux plus longtemps, voire – scénario le plus redouté – de reprendre un ton clairement hawkish lors de sa prochaine conférence de presse. Dans ce cas, les marchés financiers, et surtout les actifs risqués, risquent de subir une correction violente.
Ce qui pourrait arriver vendredi si le CPI déçoit :
- Probabilité de deux baisses de taux 2026 chute fortement
- Rendements obligataires à 10 ans repartent vers le haut
- Actions technologiques et small caps sous pression
- Cryptomonnaies perdent leur prime de risque macro
- Retour de la corrélation BTC / Nasdaq à des niveaux élevés
Ce tableau n’est pas une prédiction gravée dans le marbre, mais il illustre bien la sensibilité extrême des marchés actuels à la moindre surprise inflationniste.
Les cryptos, baromètre amplifié de la politique monétaire
Bitcoin n’est plus seulement une réserve de valeur ou un actif spéculatif. Depuis 2023-2024, il est devenu un véritable proxy macro sur les anticipations de politique monétaire américaine. Quand les taux baissent ou que le marché anticipe un pivot dovish, BTC monte. Quand la Fed durcit le ton ou que l’inflation surprend à la hausse, Bitcoin corrige – souvent plus violemment que les indices boursiers traditionnels.
La raison est simple : la crypto reste un actif à très haut bêta. Elle amplifie les mouvements du marché actions, et encore plus ceux liés aux taux d’intérêt réels. Un relèvement des anticipations de taux directeurs fait grimper les rendements réels, ce qui rend les actifs sans rendement (comme BTC, ETH ou SOL) beaucoup moins attractifs par comparaison.
Regardons les niveaux actuels : Bitcoin oscille autour de 68 000 $, après avoir flirté avec les 70 000 $ en séance. Ethereum stagne péniblement au-dessus des 2 000 $, tandis que Solana et XRP montrent des signes de faiblesse évidents. Cette nervosité n’est pas le fruit du hasard : elle traduit exactement l’anxiété croissante face à la publication du CPI.
Pourquoi les altcoins souffrent encore plus
Si Bitcoin reste relativement résilient grâce à son statut d’actif refuge dans l’univers crypto, les altcoins n’ont pas cette chance. Solana, par exemple, est souvent considérée comme une version dopée à la bêta de l’écosystème. Quand les conditions de liquidité se tendent, SOL chute plus vite et plus fort que BTC.
XRP, malgré les victoires juridiques passées, reste très sensible aux flux institutionnels et à la perception globale du risque. Une Fed plus hawkish = moins d’appétit pour les actifs spéculatifs = ventes massives sur les altcoins de second rang.
- Solana : souvent utilisée comme proxy liquidité → très exposée
- Ethereum : moins volatile que SOL mais toujours corrélé
- XRP : sensible aux nouvelles macro et réglementaires
- Meme coins : premières victimes en cas de risk-off
En résumé, plus on s’éloigne de Bitcoin dans la hiérarchie des capitalisations, plus l’impact d’un choc hawkish sera dévastateur.
Historique : les précédents CPI qui ont tout changé
Pour mieux comprendre ce qui pourrait se passer, il est utile de revenir sur quelques épisodes marquants des dernières années.
En février 2022, un CPI surprise à 7,9 % avait envoyé Bitcoin plonger de plus de 8 % en une seule séance. Quelques mois plus tard, en juin 2022, le chiffre à 9,1 % avait marqué le début de l’un des bear markets les plus violents de l’histoire récente des cryptos.
Plus récemment, en janvier 2025, un CPI légèrement plus chaud que prévu avait provoqué une correction de 12 % sur Bitcoin en moins de 72 heures. Les marchés ont la mémoire longue, et les traders institutionnels scrutent ces publications avec une attention particulière.
« Les cryptos ne pardonnent pas les surprises inflationnistes. »
Trader anonyme sur X – février 2026
Cette citation résume bien l’état d’esprit actuel : personne n’a envie de se retrouver positionné long juste avant un CPI qui fait dérailler le narratif dovish.
Et maintenant ? Stratégies face à l’incertitude
Face à un tel risque, plusieurs approches s’offrent aux investisseurs crypto :
- Rester en cash ou stablecoins jusqu’à la publication du CPI
- Réduire fortement l’exposition aux altcoins à fort bêta
- Hedger via des positions short sur les contrats futures BTC
- Attendre la réaction du marché post-CPI pour se repositionner
- Privilégier les stablecoins yield-bearing en attendant plus de clarté
Aucune de ces stratégies n’est infaillible, mais elles permettent au moins de limiter les dégâts si le scénario hawkish se réalise.
La psychologie des marchés en 2026
Ce qui rend la situation particulièrement délicate en ce début février 2026, c’est le positionnement record des investisseurs. Beaucoup de fonds ont parié gros sur la poursuite du cycle baissier de taux. Les liquidations en cascade observées ces derniers jours sur Bitcoin et Ethereum montrent que les leviers sont importants et que la marge d’erreur est faible.
Si le CPI vient confirmer les craintes de Goldman Sachs, on pourrait assister à un véritable flush : une vague de ventes forcées qui fait tomber les prix bien plus bas que ne le justifierait la seule détérioration des fondamentaux macro.
Signaux à surveiller dans les 48h avant le CPI :
- Évolution du rendement du 10-year US Treasury
- Volatilité implicite sur les options BTC et ETH
- Flux sur les ETF Bitcoin spot
- Positionnement net des traders retail sur les exchanges
- Écart BTC/ETH (ratio souvent indicateur de risk-on/risk-off)
Ces indicateurs donnent souvent des indices précieux sur le positionnement global du marché juste avant une publication majeure.
Conclusion : vigilance maximale
La note de Goldman Sachs n’est pas une simple opinion parmi d’autres. Elle provient d’une des institutions les plus influentes de Wall Street et elle tombe à un moment où les marchés sont particulièrement vulnérables. Un CPI plus chaud que prévu vendredi matin pourrait marquer un tournant décisif pour la trajectoire des taux en 2026… et par ricochet pour l’ensemble de l’écosystème crypto.
Dans cet environnement, la prudence reste de mise. Ne pas être trop exposé, garder de la poudre sèche, et surtout ne pas sous-estimer la capacité de l’inflation à reprendre le dessus sur le narratif dominant. Les prochains jours s’annoncent tendus, mais aussi riches en opportunités pour ceux qui sauront lire correctement les signaux envoyés par les données macroéconomiques.
La partie ne fait que commencer.
