Imaginez un monde où votre patrimoine entier – actions, obligations, fonds d’investissement, voire immobilier – tient dans un simple portefeuille numérique sur votre téléphone. Plus de multiples comptes bancaires, plus d’intermédiaires lents et coûteux, juste des tokens sur une blockchain qui s’échangent, se prêtent et se règlent en quelques secondes. C’est exactement la vision que Franklin Templeton, l’un des géants mondiaux de la gestion d’actifs, est en train de construire activement en ce début d’année 2026.
Le 3 février 2026, lors du prestigieux Ondo Summit à New York, les dirigeants de la firme ont levé un coin du voile sur leur stratégie de long terme. Une stratégie qui ne se contente plus de surfer sur la vague des ETF crypto, mais qui ambitionne carrément de redessiner les contours de la finance personnelle et institutionnelle.
Vers un écosystème 100 % wallet-native
Sandy Kaul, responsable de l’innovation chez Franklin Templeton, ne mâche pas ses mots : le futur de la gestion de patrimoine passera par des portefeuilles numériques natifs. Selon elle, ces wallets deviendront bientôt le centre unique où s’orchestrera la totalité de la vie financière d’un individu.
« Les portefeuilles numériques vont contenir la totalité de la vie financière d’une personne : c’est la prochaine grande étape. »
Sandy Kaul – Head of Innovation, Franklin Templeton
Cette affirmation n’est pas une simple projection futuriste. Elle s’appuie sur plusieurs années de travaux concrets menés par l’équipe via leur plateforme propriétaire Benji. L’objectif affiché est clair : faire migrer des classes d’actifs traditionnels massives vers la blockchain, tout en conservant la confiance et la régulation qui caractérisent un acteur comme Franklin Templeton.
Benji : la rampe d’accès vers la tokenisation de masse
Lancée initialement pour gérer des fonds monétaires tokenisés, la plateforme Benji a rapidement élargi son champ d’action. Aujourd’hui, elle permet déjà de tokeniser :
- des actions cotées en bourse
- des obligations classiques et high-yield
- des parts de fonds privés
- des produits structurés divers
Contrairement à de nombreux projets crypto qui restent cantonnés à des actifs purement numériques, Franklin Templeton mise sur la tokenisation d’actifs du monde réel (RWA – Real World Assets) déjà existants et fortement régulés. Cette approche « pont » entre finance traditionnelle et blockchain est jugée essentielle pour attirer les institutionnels les plus prudents.
Avantages concrets promis par la tokenisation via Benji :
- Règlement en temps réel (T+0 au lieu de T+2 ou T+3)
- Collateralisation instantanée pour les prêts
- Réduction drastique des coûts opérationnels
- Transparence totale sur la chaîne
- Accès 24/7 même pour des actifs traditionnels
Les chiffres avancés lors du sommet sont impressionnants : jusqu’à 82 % de réduction des coûts de traitement back-office selon certaines études du secteur citées par les intervenants.
Des ETF crypto déjà lancés… et une expansion multi-chaînes prévue
Franklin Templeton n’est pas un nouvel arrivant dans l’univers crypto. La société gère déjà plusieurs ETF spot très suivis :
- ETF Bitcoin spot
- ETF Ethereum natif
- produit diversifié sur plusieurs actifs numériques
Mais l’ambition va bien au-delà. Roger Bayston, responsable des actifs numériques chez Franklin Templeton, a confirmé lors du sommet que la plateforme Benji allait s’étendre à plusieurs blockchains de couche 1 et couche 2 :
- BNB Chain
- Solana
- Arbitrum
Ces déploiements visent un objectif stratégique majeur : toucher des centaines de millions d’utilisateurs de wallets déjà existants sur ces réseaux. En rendant les produits tokenisés accessibles directement depuis des adresses Metamask, Phantom ou Trust Wallet, Franklin Templeton espère créer un effet de réseau massif.
La firme parle ouvertement de placer des centaines de milliards de dollars d’actifs sur des blockchains publiques dans les prochaines années. Un chiffre qui, même s’il reste ambitieux, devient crédible quand on connaît la taille du bilan de Franklin Templeton (plus de 1 500 milliards de dollars sous gestion en 2025).
Pourquoi les institutionnels parient autant sur la tokenisation en 2026 ?
Le mouvement ne concerne pas seulement Franklin Templeton. Lors du même Ondo Summit, des représentants de Fidelity, State Street et WisdomTree ont confirmé que la tokenisation était passée du stade de « proof-of-concept » à celui d’infrastructure opérationnelle réelle.
« Nous ne parlons plus de théorie. Les systèmes tournent, les actifs sont tokenisés et les flux commencent à circuler. »
Dirigeant anonyme d’un grand custodian présent au sommet
Plusieurs facteurs expliquent cette accélération en 2026 :
- La maturité technique des blockchains publiques (vitesse, finalité, coûts)
- La normalisation réglementaire autour des security tokens aux États-Unis et en Europe
- La demande croissante pour des rendements alternatifs dans un contexte de taux élevés mais volatils
- L’arrivée massive de capitaux institutionnels dans le Bitcoin et l’envie de diversifier vers d’autres actifs tokenisés
- La pression concurrentielle : les retardataires risquent de perdre des parts de marché
Jenny Johnson, CEO de Franklin Templeton, l’a martelé : 2026 sera l’année où les institutionnels dépasseront le seul Bitcoin pour investir massivement dans des véhicules tokenisés diversifiés, notamment le private equity et le crédit structuré.
Les implications pour l’investisseur particulier
Si vous êtes un investisseur crypto « retail », cette évolution pourrait changer votre quotidien plus vite qu’on ne le pense. Demain, au lieu d’acheter un ETF actions via votre courtier traditionnel, vous pourriez directement détenir des tokens d’actions ou d’obligations dans votre wallet Phantom ou Rabby.
Avantages attendus pour le particulier :
- Accès à des classes d’actifs autrefois réservées aux fortunés (private equity, dette privée…)
- Frais de gestion et de transaction nettement inférieurs
- Possibilité d’utiliser ces actifs comme collatéral pour emprunter en stablecoins
- Portabilité totale : vos tokens vous suivent partout, sans dépendre d’un custodian centralisé
- Transparence absolue sur la composition et la propriété
Bien sûr, des défis subsistent : KYC/AML intégré aux wallets, fiscalité complexe des security tokens, volatilité des blockchains sous-jacentes, risques smart-contract… Mais les géants comme Franklin Templeton avancent justement pour construire des garde-fous institutionnels qui rendront ces produits acceptables pour le grand public.
Un pont entre TradFi et DeFi : la vraie convergence ?
Pendant longtemps, TradFi et DeFi se sont regardés en chiens de faïence. D’un côté des acteurs régulés mais lents, de l’autre des protocoles ultra-rapides mais parfois anarchiques. La stratégie de Franklin Templeton illustre parfaitement la troisième voie qui semble s’imposer en 2026 : utiliser l’infrastructure publique blockchain tout en conservant une couche de conformité et de confiance institutionnelle.
Comparaison rapide TradFi vs Wallet-native (selon Franklin Templeton) :
- Settlement : T+2 → T+0
- Coûts opérationnels : élevés → jusqu’à -82 %
- Disponibilité : heures de marché → 24/7
- Collateralisation : lente et manuelle → instantanée
- Accessibilité : intermédiaires multiples → wallet unique
Cette convergence pourrait bien être le narratif dominant des trois à cinq prochaines années dans la finance.
Et la concurrence dans tout ça ?
Franklin Templeton n’est pas seul sur ce terrain. BlackRock a déjà tokenisé des fonds monétaires sur Ethereum, WisdomTree travaille sur des baskets d’actifs tokenisés, tandis que des acteurs purement crypto comme Ondo Finance, Centrifuge ou Maple grandissent très vite sur le segment RWA.
La différence ? Les géants traditionnels apportent :
- des milliards sous gestion déjà existants
- une crédibilité réglementaire mondiale
- des relations historiques avec les grands émetteurs et custodians
Cela leur donne un avantage considérable pour capter les flux institutionnels les plus massifs. Mais les natifs crypto répondent par plus d’agilité, des frais encore plus bas et une intégration native avec la DeFi.
Que retenir pour 2026 et au-delà ?
La présentation de Franklin Templeton à l’Ondo Summit marque un tournant symbolique. Les plus grosses institutions financières mondiales ne se contentent plus d’observer ou d’investir passivement dans le Bitcoin : elles construisent activement l’infrastructure qui pourrait remplacer une partie significative du système financier actuel.
Pour l’investisseur individuel, cela signifie que les opportunités (et les risques) vont se multiplier rapidement. Les portefeuilles self-custody pourraient devenir le nouveau standard de gestion de patrimoine d’ici 2030.
Reste une question essentielle : êtes-vous prêt à voir votre PEA, votre assurance-vie et votre compte-titres fusionner dans un unique wallet sécurisé par une clé privée ?
La réponse que Franklin Templeton semble apporter est claire : non seulement vous allez y venir… mais vous n’aurez probablement pas le choix.
La course à la tokenisation de masse ne fait que commencer.
