Imaginez la scène : les sommets enneigés de Davos, l’élite mondiale qui discute avenir de la planète autour d’un café… et soudain, deux voix s’élèvent. L’une appartient au patron de la plus grande banque américaine, l’autre au dirigeant de la plus puissante plateforme crypto des États-Unis. Entre Jamie Dimon et Brian Armstrong, ce n’est plus une simple discussion. C’est une confrontation brute, presque personnelle. Et quand le PDG de JPMorgan Chase lance à celui de Coinbase : « You’re full of it », la salle retient son souffle.
Ce moment, rapporté par le Wall Street Journal, n’est pas une simple anecdote de forum international. Il symbolise un tournant majeur dans la longue et tumultueuse relation entre la finance traditionnelle et l’univers des cryptomonnaies. Nous sommes fin janvier 2026, et la guerre pour le contrôle des flux d’argent du futur vient officiellement d’entrer dans une phase ouverte et très agressive.
Quand Wall Street et la crypto en viennent aux mains (verbaux)
Revenons quelques jours en arrière. Brian Armstrong, 43 ans, charismatique et increvable défenseur de l’industrie crypto, discute tranquillement avec l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair. Jamie Dimon, 69 ans, légende vivante de Wall Street et crypto-sceptique assumé depuis plus de dix ans, passe par là. Il s’arrête. Il écoute. Puis il explose.
« Vous êtes plein de merde. Vous mentez au public depuis des semaines. »
Jamie Dimon à Brian Armstrong, Davos, janvier 2026
La phrase est crue. Elle tranche avec le langage policé habituel des grands forums. Mais elle résume parfaitement l’état d’esprit actuel des grandes banques américaines face à l’offensive crypto sur leur terrain historique : les dépôts et l’épargne des particuliers.
Les stablecoins rémunérés : la nouvelle terreur des banquiers
Au cœur du conflit se trouve un produit financier discret mais redoutablement efficace : les récompenses sur stablecoins. Coinbase, Circle, Gemini et plusieurs autres plateformes offrent aujourd’hui entre 3 % et 5 % de rendement annuel sur les USDC, USDT ou autres stablecoins déposés chez eux. Pour l’utilisateur lambda, c’est simple : il laisse ses dollars numériques « staker » ou simplement dormir sur la plateforme, et il touche un intérêt régulier.
Pour les banques, c’est une catastrophe potentielle. Des milliers de milliards de dollars de dépôts pourraient migrer des comptes courants ou livrets A 0,5 % vers ces produits crypto offrant 4 % sans risque apparent (le stablecoin étant indexé sur le dollar). Les banquiers parlent déjà de « désintermédiation massive » et de « menace existentielle ».
Ce que craignent vraiment les banques :
- Perte de centaines de milliards de dollars de dépôts en quelques trimestres
- Diminution drastique de leur capacité à prêter (et donc à générer des profits)
- Érosion du monopole sur les comptes courants et l’épargne liquide
- Arrivée d’un nouveau concurrent non régulé avec une avance technologique
De leur côté, les acteurs crypto répondent que la concurrence est saine et que les banques n’ont qu’à augmenter leurs propres taux ou lancer leurs propres stablecoins. Mais personne n’est dupe : les régulations actuelles avantagent encore massivement les institutions bancaires traditionnelles.
Le Clarity Act : la loi qui cristallise toutes les tensions
Depuis plusieurs mois, le Congrès américain discute du projet de loi Clarity for Digital Assets Act (souvent abrégé Clarity Act). Ce texte vise à clarifier enfin qui régule quoi dans l’univers crypto aux États-Unis : SEC, CFTC, OCC, Fed… Le sujet est technique, mais les enjeux sont colossaux.
Les plateformes crypto veulent un cadre favorable qui permette de continuer à offrir ces rendements attractifs sans être requalifiées en « banque » ou en « fonds monétaire ». Les banques, elles, poussent pour une réglementation beaucoup plus stricte qui ramènerait ces produits sous le giron bancaire traditionnel.
Brian Armstrong a joué un rôle central dans le blocage récent d’un vote au Sénat. Il a publiquement menacé de retirer le soutien de Coinbase à tout texte jugé trop défavorable. Résultat : surprise générale, le projet a été renvoyé en commission. Les banquiers crient au chantage. Les crypto-native parlent de lobbying légitime.
« Si le projet de loi tue notre modèle économique, nous n’hésiterons pas à tout arrêter et à nous battre jusqu’au bout. »
Brian Armstrong, interview CNBC, décembre 2025
Cette posture très offensive a fini par exaspérer les plus puissants acteurs de Wall Street. Jamie Dimon n’est pas le seul à penser qu’Armstrong joue un double jeu : d’un côté il négocie en coulisses, de l’autre il attise la communauté crypto contre les banques via les médias et les réseaux sociaux.
Pourquoi Dimon s’en prend personnellement à Armstrong ?
Jamie Dimon n’a jamais caché son mépris pour Bitcoin et les cryptomonnaies en général. En 2017 il qualifiait Bitcoin de « fraude », en 2021 il expliquait que ses traders pouvaient en acheter mais que lui n’en voulait « pas une seule once ». Pourtant, JPMorgan a lancé depuis plusieurs années JPM Coin (stablecoin interne pour clients institutionnels) et propose désormais du trading crypto à ses clients fortunés.
Ce qui a changé en 2025-2026, c’est la menace directe sur le cœur de métier : les dépôts retail. Dimon voit en Armstrong non seulement un concurrent, mais surtout un agitateur politique qui utilise la popularité de Coinbase pour faire pression sur Washington. D’où la violence verbale inhabituelle.
De son côté, Brian Armstrong a construit depuis dix ans l’image d’un dirigeant qui défend bec et ongles l’industrie face aux régulateurs et aux banques. Il est devenu le porte-parole officieux de tout un secteur. Cela lui confère un pouvoir considérable… mais aussi beaucoup d’ennemis.
Les conséquences possibles de ce bras de fer
Nous sommes probablement à un tournant historique. Plusieurs scénarios se dessinent :
- Scénario 1 – Victoire des banques : le Clarity Act impose des règles très strictes aux stablecoins rémunérés → migration massive des dépôts stoppée net → crypto reste cantonnée à la spéculation et aux usages institutionnels.
- Scénario 2 – Victoire partielle crypto : un compromis est trouvé, les rendements sont autorisés mais sous supervision renforcée → les plateformes crypto deviennent de facto des « néobanques » régulées.
- Scénario 3 – Statu quo chaotique : aucun accord n’est trouvé avant mi-2027 → chaque État américain commence à légiférer de son côté → fragmentation réglementaire massive.
Dans tous les cas, la confrontation Dimon-Armstrong marque symboliquement la fin d’une époque où les banques pouvaient ignorer la crypto. Désormais, elles doivent la combattre… ou la rejoindre.
Et la France dans tout ça ?
Si le combat se déroule principalement aux États-Unis, les répercussions seront mondiales. L’Europe, avec MiCA déjà en place depuis 2024, observe attentivement. Plusieurs stablecoins européens (EURC, EURT…) proposent déjà des rendements. Si les États-Unis durcissent leur position, cela pourrait créer un effet domino et pousser l’Union européenne à resserrer également la vis.
Pour les investisseurs français, la question est simple : est-ce le bon moment pour placer une partie de son épargne en stablecoins rémunérés ? La réponse dépendra largement de l’issue des négociations qui s’annoncent brûlantes à Washington dans les prochains mois.
Un duel qui dépasse les deux hommes
Au-delà de l’animosité personnelle, ce clash symbolise deux visions du futur de l’argent. D’un côté, une finance centralisée, régulée, sécurisée mais peu rémunératrice pour le petit épargnant. De l’autre, une finance décentralisée, innovante, attractive… mais perçue comme risquée et incontrôlable par les autorités.
Jamie Dimon défend un système qu’il connaît par cœur et qui a fait ses preuves depuis plus d’un siècle. Brian Armstrong incarne une disruption technologique qui ne demande qu’à grandir. Entre les deux, des milliers de milliards de dollars et le futur du système financier mondial.
Une chose est sûre : après Davos 2026, plus rien ne sera comme avant. Les masques sont tombés. La guerre pour l’argent de demain a commencé.
Et vous, de quel côté vous situez-vous dans ce grand affrontement ?
