Imaginez un marché financier où les salles des marchés, autrefois bruyantes et frénétiques, se sont soudainement transformées en véritables cathédrales du silence. C’est exactement ce qui se passe actuellement dans l’univers des cryptomonnaies. En ce début d’année 2026, les volumes d’échanges sur les plateformes centralisées comme sur les échanges décentralisés ont atteint des niveaux que l’on n’avait plus observés depuis l’été 2023.
Cette chute spectaculaire n’est pas passée inaperçue. Alors que le Bitcoin consolide autour de niveaux encore historiquement élevés, l’activité réelle du marché semble s’être évaporée. Est-ce simplement une pause bien méritée après plusieurs mois intenses ? Ou assiste-t-on aux prémices d’un changement structurel plus profond ?
Un effondrement des volumes qui fait date
Le constat est sans appel. Selon les données les plus fiables du secteur compilées par TheBlock, les volumes mensuels sur les exchanges centralisés (CEX) ont plongé à moins de 300 milliards de dollars en septembre 2025. Pour mettre ce chiffre en perspective, rappelons que début 2024, ces mêmes plateformes enregistraient régulièrement plus de 700 milliards de dollars de transactions chaque mois.
Une division par plus de deux en l’espace de douze à quinze mois. Une telle contraction n’avait plus été observée depuis le cœur du bear market de 2023, lorsque le marché crypto semblait avoir perdu tout espoir.
« Le recul de l’activité sur les CEX en décembre reflète la convergence de facteurs saisonniers, d’une volatilité atone et d’un positionnement de fin d’année, le nombre limité de catalyseurs ayant freiné la participation. »
Vincent Liu, CIO de Kronos Research
Cette citation résume parfaitement l’analyse dominante dans le milieu professionnel : la baisse actuelle serait avant tout conjoncturelle. Pourtant, lorsque l’on regarde les chiffres de plus près, plusieurs éléments incitent à la prudence.
Les causes multiples d’un désengagement massif
Plusieurs facteurs se combinent pour expliquer cette chute historique des volumes :
- Une volatilité extrêmement faible depuis plusieurs mois
- La fin de plusieurs cycles spéculatifs successifs (memecoins, AI tokens, etc.)
- Une saisonnalité traditionnellement calme en fin d’année
- Le positionnement prudent des institutionnels avant les annonces réglementaires majeures attendues en 2026
- La migration d’une partie significative des flux vers des venues d’exécution alternatives (OTC, dark pools crypto, DEX spécialisés)
- Une fatigue générale des investisseurs retail après deux années riches en émotions
Cette conjonction de facteurs crée un cocktail détonant pour l’activité de trading classique. Les grandes salles de marché crypto, autrefois animées 24h/24, connaissent aujourd’hui des périodes de quasi-vide impressionnantes.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
- Janvier 2024 → plus de 750 milliards $ de volume mensuel
- Juillet 2025 → environ 420 milliards $
- Septembre 2025 → moins de 300 milliards $
- Décembre 2025 → probablement sous les 280 milliards $ (estimation)
Une trajectoire descendante constante et assez implacable qui force l’ensemble de l’écosystème à se poser des questions fondamentales.
La DeFi n’échappe pas à la tendance générale
Si les exchanges centralisés souffrent, les plateformes décentralisées ne sont pas en reste. Les volumes agrégés sur les principaux DEX (Ethereum, Solana, Arbitrum, Optimism, Polygon, BSC) ont eux aussi touché un point bas historique récent.
En septembre 2025, on ne recensait plus que 118 milliards de dollars de volume sur l’ensemble de ces réseaux, contre plus de 300 milliards en début d’année. Là encore, il faut remonter à juin 2023 pour retrouver des niveaux aussi faibles.
Cette synchronisation parfaite entre CEX et DEX est relativement rare. Habituellement, lorsque les volumes baissent sur les plateformes centralisées, une partie des traders migre vers la DeFi pour chercher plus de confidentialité ou de meilleurs prix. Cette fois-ci, le mouvement semble global.
Que nous disent ces faibles volumes sur l’état réel du marché ?
C’est LA grande question que se posent actuellement les analystes les plus sérieux du secteur. Car derrière ces chiffres bruts se cache une réalité potentiellement plus complexe.
Plusieurs écoles s’opposent :
- L’école saisonnière : « C’est juste la fin d’année, ça arrive tous les ans »
- L’école de la maturité : « Le marché se professionnalise, les volumes de trading spéculatif diminuent naturellement »
- L’école du désintérêt : « L’engouement retail est retombé, les institutionnels attendent de vrais catalyseurs »
- L’école du shadow trading : « L’activité réelle existe toujours… mais elle a migré vers des canaux non visibles (OTC, dark pools, exchanges privés) »
- L’école du bear market caché : « La faiblesse des volumes cache en réalité une distribution silencieuse par les gros porteurs »
Chacune de ces théories possède ses arguments et ses contre-arguments. Ce qui est certain, c’est que le marché crypto de 2026 ne ressemble plus à celui de 2021 ou même de 2024.
Impact sur les différents acteurs du marché
Cette chute des volumes n’affecte pas tout le monde de la même manière :
- Les exchanges centralisés voient leurs revenus baisser drastiquement (frais de transaction en berne)
- Les market makers souffrent énormément : faible volatilité + faible volume = très peu d’opportunités de spread
- Les projets DeFi voient leur TVL relativement stable mais leur activité réelle s’effondrer
- Les trading bots tournent au ralenti, beaucoup passent en mode veille prolongée
- Les sollicitations d’airdrop deviennent de plus en plus compliquées à rentabiliser
- Paradoxalement, certaines niches (perps à faible levier, options complexes) résistent mieux
En clair : la majorité des business models qui reposaient sur un volume élevé et une forte rotation spéculative sont aujourd’hui en grande difficulté.
Et pour 2026, quelles perspectives ?
Malgré le tableau plutôt sombre dressé jusqu’ici, plusieurs éléments permettent d’envisager un scénario plus optimiste à moyen terme :
- L’arrivée attendue de nouvelles régulations claires aux États-Unis pourrait déclencher un regain d’intérêt institutionnel massif
- Plusieurs halving cycles indirects (Litecoin, etc.) pourraient créer des effets de rareté renouvelés
- De nombreux projets d’infrastructure lancés en 2024-2025 arrivent à maturité en 2026
- La fin de la période d’incertitude politique majeure (post-élections US) pourrait libérer des capitaux bloqués
- Les ETF crypto continuent d’attirer de nouveaux entrants même avec des volumes faibles
Beaucoup d’observateurs estiment que nous sommes dans une phase de « digestion » après l’euphorie de 2024-2025. Une phase nécessaire avant une nouvelle jambe haussière potentiellement plus saine et plus durable.
Comment naviguer dans ce marché de faible volume ?
Pour les traders et investisseurs actifs, cette période demande une adaptation complète des stratégies habituelles :
- Réduire fortement l’effet de levier (le marché peut rester longtemps dans des ranges étroits)
- Privilégier les stratégies de mean-reversion plutôt que les trend-following
- Se concentrer sur les écarts de prix entre différentes plateformes (arbitrage CEX/DEX)
- Accumuler patiemment lors des zones de survente profondes
- Être extrêmement sélectif sur les nouveaux projets (seulement les narratifs les plus solides)
- Augmenter considérablement la taille moyenne des positions (faible volatilité = besoin de plus de capital pour le même rendement)
Ceux qui arriveront à traverser cette période de disette en préservant leur capital seront probablement très bien positionnés pour profiter du prochain vrai cycle d’euphorie.
Conclusion : patience et adaptation seront les maîtres-mots
Le marché crypto a toujours fonctionné par cycles d’expansion brutale suivis de longues périodes de consolidation. Nous sommes probablement au cœur d’une de ces phases de consolidation, mais à un niveau de prix historiquement très élevé.
La baisse des volumes n’est donc pas nécessairement un mauvais signe en soi. Elle peut même être interprétée comme le signe que le marché devient plus mature, plus institutionnel, moins spéculatif… en un mot : plus sérieux.
Reste à savoir si cette maturation se fera sans douleur supplémentaire ou si elle s’accompagnera d’un dernier test baissier violent. Dans tous les cas, 2026 s’annonce comme une année charnière, entre digestion du précédent bull run et préparation du prochain.
Une chose est sûre : ceux qui sauront rester patients et disciplinés pendant cette période de faible activité seront probablement les grands gagnants du prochain chapitre de l’histoire crypto.
À suivre de très près.
