Imaginez-vous en train de marcher tranquillement dans les rues de Dijon un samedi soir… et soudain, trois silhouettes surgissent, vous poursuivent, vous plaquent au sol devant un bar bondé, vous rouez de coups et vous embarquent de force dans un véhicule. Tout cela parce que vous auriez, selon eux, ruiné leurs économies avec une fausse promesse de gains en cryptomonnaies. C’est exactement ce scénario digne d’un thriller qui s’est déroulé début janvier 2026 dans la capitale bourguignonne.
Depuis plusieurs mois, la France est devenue le théâtre d’une inquiétante montée en puissance des violences physiques directement liées à l’univers crypto. Entre rançons exigées en Bitcoin, home-jackings nocturnes et maintenant cette tentative de justice expéditive, le milieu des cryptomonnaies semble attirer une criminalité de plus en plus brutale.
Quand l’arnaque crypto provoque sa propre vengeance violente
Le 4 janvier 2026, trois jeunes hommes âgés d’une vingtaine d’années ont décidé de passer à l’action contre un certain Maxence, un individu qu’ils accusaient d’avoir organisé une arnaque aux investissements cryptos. Selon les premiers éléments de l’enquête rapportés par le journal local Le Bien Public, deux des trois protagonistes auraient déjà investi (et perdu) de l’argent auprès de cet homme qui se présentait comme un trader talentueux.
Ce fameux Maxence était connu dans certains milieux festifs dijonnais pour son train de vie ostentatoire : bouteilles de champagne hors de prix en boîte de nuit, générosité affichée, stories Instagram remplies de captures d’écran de portefeuilles gonflés… Le profil classique de celui qui veut faire croire qu’il a percé grâce aux cryptomonnaies.
Ce que l’on sait des faits du 4 janvier :
- Les trois jeunes croisent Maxence dans la rue
- Ils le prennent en chasse à pied
- Il se réfugie dans un bar
- Malgré la présence de témoins et du personnel, ils parviennent à l’extraire de force
- Quelques coups sont portés dans la précipitation
- La scène est filmée (probablement pour faire pression)
- Maxence est finalement relâché assez rapidement
Si la violence physique reste relativement mesurée comparée à d’autres affaires récentes, l’intention derrière cet acte est extrêmement grave : il s’agit bien d’une séquestration, même de courte durée, avec usage de violences volontaires et séquestration en bande organisée selon la qualification pénale retenue.
Une justice expéditive qui se retourne contre ses auteurs
Le 16 janvier 2026, soit douze jours seulement après les faits, les trois jeunes hommes comparaissaient devant le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Dijon pour demander leur remise en liberté en attendant leur procès, fixé au 27 février 2026.
Le magistrat a refusé. Les trois suspects restent donc incarcérés en détention provisoire. Une décision lourde qui montre à quel point les juges prennent très au sérieux ce type d’affaires, même lorsque les auteurs se présentent comme des victimes.
« La justice ne peut tolérer que des particuliers se fassent justice eux-mêmes, même lorsqu’ils estiment avoir été gravement lésés. L’État de droit ne s’arrête pas aux portes des arnaques en cryptomonnaies. »
Juge des libertés et de la détention – Dijon, janvier 2026
Cette citation résume parfaitement la position actuelle des tribunaux français face à la multiplication de ce genre de dossiers.
La France, nouveau terrain de chasse des violences crypto ?
Malheureusement, l’affaire de Dijon n’est pas isolée. En moins de 48 heures, deux autres dossiers très médiatisés ont fait surface :
- une séquestration avec demande de rançon en Bitcoin en Haute-Savoie
- une agression violente visant à soutirer des clés privées à Manosque
La semaine précédente, trois autres faits divers du même type avaient déjà défrayé la chronique. En comptant large, on dépasse donc la dizaine d’affaires graves en moins de trois semaines impliquant directement des cryptomonnaies.
Profil type des victimes / cibles récentes (janvier 2026) :
- Personnes affichant un train de vie supérieur à leurs revenus officiels
- Traders ou influenceurs crypto locaux
- Propriétaires de portefeuilles contenant plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’euros
- Personnes ayant déjà été condamnées ou mises en cause pour escroquerie
- Victimes de home-jacking qui ont révélé publiquement détenir des cryptos
Cette recrudescence n’est pas un hasard. Elle coïncide avec plusieurs phénomènes concomitants :
- La forte hausse des cours depuis fin 2024 (Bitcoin > 90 000 $)
- L’augmentation massive du nombre de Français qui détiennent des cryptomonnaies
- L’effet d’aubaine pour les malfaiteurs : des actifs dématérialisés, difficiles à tracer une fois transférés, et dont la valeur explose
- La médiatisation des grosses plus-values qui incite certains à croire que « tout le monde roule sur l’or en crypto »
- Une porosité croissante entre petites escroqueries et criminalité organisée plus violente
Pourquoi l’auto-justice est une très mauvaise idée
Certains internautes, sur les forums et réseaux sociaux, ont parfois tendance à « comprendre » les agresseurs quand la victime est elle-même un escroc connu. Pourtant, juridiquement et pratiquement, ce raisonnement est extrêmement dangereux.
D’abord, parce que l’on ne peut pas se faire justice soi-même dans un État de droit. Ensuite, parce que les peines encourues pour enlèvement et séquestration sont extrêmement lourdes (jusqu’à 30 ans de réclusion criminelle en bande organisée).
Enfin, parce que dans la très grande majorité des cas, les auteurs finissent par être identifiés grâce :
- aux caméras de vidéosurveillance omniprésentes
- aux témoignages directs
- aux réseaux sociaux où les victimes potentielles sont souvent très visibles
- aux historiques de transaction blockchain qui peuvent être recoupés avec des données bancaires
Comment se protéger quand on évolue dans l’univers crypto ?
Même si la responsabilité première incombe aux criminels, certaines habitudes peuvent malheureusement attirer l’attention des mauvaises personnes. Voici quelques recommandations pragmatiques qui reviennent très souvent chez les personnes qui ont traversé ce genre d’épreuve.
- Ne jamais afficher publiquement sa réussite financière, surtout pas avec des captures d’écran de wallets
- Utiliser des pseudos cohérents et cloisonner sa vie réelle et sa vie crypto
- Préférer les hardware wallets conservés dans un endroit sûr plutôt qu’un hot-wallet sur téléphone
- Éviter les stories géolocalisées montrant des lieux de vie ou des soirées fastueuses
- Ne jamais divulguer le montant exact détenu, même à des « amis »
- En cas de menace réelle, contacter immédiatement les forces de l’ordre plutôt que de chercher à régler la situation seul
Ces conseils ne sont pas une garantie absolue, mais ils permettent de fortement réduire le risque d’être ciblé.
Et maintenant ? Perspectives pour 2026
Les autorités françaises semblent prendre très au sérieux cette nouvelle vague de criminalité. Plusieurs cellules d’enquête spécialisées dans les cryptomonnaies travaillent désormais en lien étroit avec la gendarmerie et la police judiciaire.
Parallèlement, la prise de conscience collective progresse : de plus en plus de détenteurs de cryptos comprennent que la discrétion reste la meilleure protection dans un pays où le patrimoine crypto n’est pas encore culturellement perçu comme « normal ».
Reste que tant que les cours continueront de monter fortement et que l’adoption progressera, le différentiel de richesse affiché par certains détiendra une part importante de risque d’envie… et donc de passage à l’acte violent.
L’affaire de Dijon, aussi choquante soit-elle, pourrait paradoxalement servir d’électrochoc : elle montre que même les « gentils escrocs » qui se font justice eux-mêmes finissent derrière les barreaux, parfois plus longtemps que leurs propres victimes présumées.
La boucle est bouclée. L’univers crypto, qui devait incarner la liberté financière et l’autonomie, révèle aujourd’hui aussi ses ombres les plus sombres.
Et dans cette France de 2026, entre record historique du Bitcoin et faits divers glaçants, chacun doit désormais apprendre à naviguer avec prudence entre rêve d’indépendance financière et réalité parfois très brutale.
