Imaginez un instant : la société la plus valorisée au monde, celle qui incarnait encore hier le rêve absolu de la révolution de l’intelligence artificielle, voit soudain son cours plonger de plus de 20 % en quelques semaines seulement. Nous parlons bien de Nvidia, le géant incontesté des puces graphiques et de l’IA. À ses côtés, Palantir, autre étoile montante de la tech, ne parvient pas non plus à échapper à la tempête. Que se passe-t-il réellement sur les marchés en ce début février 2026 ?
Ce n’est pas une simple correction passagère. Nous assistons à un phénomène bien plus profond : une rotation massive des investisseurs, qui délaissent progressivement les valeurs de croissance au profit des valeurs value. Un mouvement qui rappelle les grands changements de paradigme observés en 2000 ou en 2022. Mais cette fois, l’enjeu est encore plus colossal : il touche au cœur même de la bulle IA qui a porté les marchés depuis 2023.
La grande rotation croissance → value s’accélère en 2026
Depuis plusieurs semaines, les signaux s’accumulent. Les ETF value comme le Vanguard Value ETF ou le Schwab U.S. Dividend ETF affichent des performances annualisées proches de +10 %, tandis que les grands noms de la tech growth reculent fortement. Nvidia a officiellement basculé en bear market technique après avoir perdu plus de 20 % depuis son plus haut historique. Palantir, de son côté, a plongé jusqu’à 130 $.
Ce basculement n’est pas anodin. Il traduit une prise de conscience collective : après deux années d’euphorie autour de l’IA générative, les investisseurs commencent à se poser des questions très concrètes sur la rentabilité réelle des investissements massifs consentis par les hyperscalers (Amazon, Microsoft, Google, Meta…).
Pourquoi Nvidia chute-t-elle si violemment ?
Plusieurs facteurs se combinent pour expliquer la faiblesse actuelle de Nvidia :
- Inquiétudes sur le ralentissement des dépenses en IA par les hyperscalers
- Concurrence croissante des ASIC maison (TPU Google, Trainium Amazon, etc.)
- Risques réglementaires persistants sur les ventes en Chine
- Valorisation encore très élevée malgré la correction
- Formation d’un pattern technique baissier majeur
Le dernier point technique est particulièrement parlant. Sur le graphique journalier, Nvidia a formé un head and shoulders (tête et épaules) très net, dont le neckline (ligne de cou) a été cassée à la baisse. Le titre évolue désormais sous la moyenne mobile 50 jours, sous le Supertrend et sous le retracement Fibonacci 23,6 %. Les analystes techniques les plus pessimistes visent désormais la zone des 150 $, soit le niveau du retracement de 50 % de la hausse précédente.
« Nous sommes passés d’une phase d’euphorie irrationnelle à une phase de doute rationnel. Les marchés ne croient plus aveuglément que l’IA va tout révolutionner demain matin. »
Trader anonyme sur X – février 2026
Palantir : la victime collatérale de la « SaaSpocalypse » ?
Palantir n’échappe pas à la tourmente. Le titre, qui avait connu une ascension fulgurante grâce à ses contrats gouvernementaux et à l’engouement pour ses plateformes d’analyse de données dopées à l’IA, subit désormais une correction sévère. Plusieurs raisons expliquent cette faiblesse :
- Crainte que les agents IA autonomes remplacent progressivement les logiciels traditionnels
- Valorisation jugée excessive même après la chute
- Rotation sectorielle qui touche particulièrement le logiciel d’entreprise
- Doutes sur la capacité à maintenir une croissance explosive
Pourtant, certains analystes comme Dan Ives de Wedbush restent très confiants à long terme. Selon lui, il s’agit d’une « vente de garage » temporaire sur le secteur logiciel. Les entreprises ne vont pas abandonner du jour au lendemain leurs systèmes critiques pour des agents IA encore immatures.
Les survivants potentiels selon Wedbush
- Palantir
- Microsoft
- Snowflake
- Salesforce
- CrowdStrike
Les hyperscalers vont-ils vraiment réduire leurs dépenses IA ?
C’est LA grande question qui hante actuellement Wall Street. Après des années de dépenses records en infrastructures IA, les géants du cloud montrent des signes de ralentissement. Le dernier rapport trimestriel de Microsoft a particulièrement marqué les esprits : la croissance de sa division cloud Azure a décéléré, faisant plonger le titre de 27 % depuis son sommet.
Les investisseurs s’interrogent désormais sur le retour sur investissement réel de ces milliards investis dans les GPU Nvidia. La peur est simple : et si l’IA générative ne générait pas les revenus escomptés aussi rapidement que prévu ? Dans ce scénario, les hyperscalers pourraient être tentés de ralentir leurs commandes de puces, ce qui aurait un impact direct et violent sur Nvidia.
Le spectre chinois continue de planer
Autre sujet sensible : la Chine. Malgré les restrictions américaines, plusieurs médias ont rapporté que ByteDance, Tencent et Alibaba auraient reçu l’autorisation d’acheter plusieurs centaines de milliers de puces H200. Cependant, la nouvelle administration Trump semble vouloir durcir encore davantage les restrictions sur les ventes de technologies avancées à l’empire du Milieu.
Pour Nvidia, la Chine représente toujours un marché colossal. Toute nouvelle mesure restrictive pourrait avoir un impact significatif sur ses perspectives de croissance future.
Les concurrents maison deviennent une menace réelle
Longtemps considérée comme un risque théorique, la concurrence des puces développées en interne par les hyperscalers devient de plus en plus concrète :
- Google → TPU v5p et Ironwood
- Amazon → Trainium 2 et Inferentia
- Microsoft → Maia
- Meta → MTIA
- OpenAI → potentielle puce sur mesure
Ces initiatives pourraient, à moyen terme, réduire la dépendance des géants du cloud envers Nvidia et donc peser sur sa domination actuelle du marché des accélérateurs IA.
Perspectives financières : Nvidia peut-elle encore surprendre ?
Malgré la correction actuelle, les attentes financières restent très élevées. Les analystes anticipent un chiffre d’affaires trimestriel proche de 67 milliards de dollars, soit une croissance toujours supérieure à 50 % sur un an. À plus long terme, plusieurs maisons de courtage visent même un chiffre d’affaires annuel supérieur à 500 milliards de dollars d’ici 2027-2028.
La prochaine publication de résultats sera donc scrutée avec une attention toute particulière. Un « beat » massif pourrait relancer la dynamique haussière. À l’inverse, le moindre signe de ralentissement des commandes serait très mal perçu.
Que faire face à cette rotation ?
Face à ce changement de régime, plusieurs stratégies se dessinent :
- Diversifier son portefeuille en augmentant l’exposition aux secteurs value et dividendes
- Conserver une poche technologique mais en privilégiant les noms ayant déjà corrigé fortement
- Attendre un point bas technique clair sur Nvidia avant d’envisager un rachat
- Surveiller attentivement les prochaines publications trimestrielles des hyperscalers
- Considérer des ETF thématiques value ou dividend aristocrats
Bien entendu, chaque investisseur doit adapter sa stratégie à son profil de risque, son horizon de placement et sa conviction sur l’avenir de l’IA.
Conclusion : la fin d’une ère ou simple pause ?
Il est encore trop tôt pour affirmer que la grande bulle IA est définitivement terminée. Nvidia reste de très loin le leader incontesté du marché des GPU pour l’entraînement et l’inférence des grands modèles. Cependant, force est de constater que le marché est passé en quelques mois d’une euphorie totale à un scepticisme grandissant.
Ce qui est certain, c’est que nous vivons actuellement un changement de régime majeur sur les marchés actions. La rotation croissance → value pourrait encore durer plusieurs trimestres, voire plusieurs années, comme ce fut le cas après l’éclatement de la bulle internet en 2000-2002.
Dans ce contexte, la prudence reste de mise, surtout sur les valeurs ayant le plus profité de la folie IA ces dernières années. Nvidia et Palantir en font clairement partie.
Reste une question essentielle : l’intelligence artificielle va-t-elle réellement transformer l’économie mondiale au point de justifier les valorisations astronomiques observées en 2024-2025 ? La réponse à cette question déterminera probablement la direction des marchés technologiques pour les années à venir.
En attendant, une chose est sûre : l’année 2026 commence avec une volatilité extrême et un repositionnement massif des flux d’investissement. Les prochains mois s’annoncent passionnants… et potentiellement très douloureux pour ceux qui n’auraient pas vu venir ce changement de tendance.
