Imaginez un instant : vous détenez un ETF Ethereum en bourse, comme on achète des actions Apple ou Tesla, mais au lieu de simplement espérer une hausse du cours, votre placement vous verse chaque mois une partie des récompenses de staking, comme un dividende technologique. Ce scénario, encore inimaginable il y a quelques mois pour la plupart des investisseurs classiques, pourrait devenir réalité beaucoup plus vite que prévu. La raison ? Une acquisition stratégique annoncée fin février 2026 qui fait trembler le paysage des actifs numériques institutionnels.
Bitwise, déjà devenu un poids lourd de la gestion d’actifs crypto avec plus de 15 milliards de dollars sous gestion, vient de racheter Chorus One, l’un des acteurs les plus respectés et les plus techniques du staking multi-chaînes. Ce n’est pas une simple opération de croissance externe : c’est un signal clair envoyé à toute l’industrie et surtout aux régulateurs. Le staking arrive dans les ETF grand public, et Bitwise compte bien être en pole position.
Une acquisition qui change la donne pour le staking institutionnel
Quand on parle de staking aujourd’hui, beaucoup pensent encore à des validateurs techniques gérés par des passionnés ou des petits fonds spécialisés. Pourtant, depuis plusieurs années, le staking s’est professionnalisé à une vitesse impressionnante. Chorus One, créé en 2018, fait partie des pionniers qui ont su transformer cette activité en infrastructure sérieuse, sécurisée et scalable. En absorbant cette société, Bitwise ne se contente pas d’acheter une équipe : il intègre une machine qui sécurise déjà plus de 2,2 milliards de dollars d’actifs répartis sur une trentaine de blockchains différentes.
Parmi ces réseaux, on retrouve évidemment Ethereum, mais aussi Solana, Avalanche, Sui, Cosmos et bien d’autres. Cette diversité technique est cruciale : elle permet à Bitwise de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier et de proposer des solutions agnostiques aux institutionnels qui veulent diversifier leur exposition au staking.
Les chiffres clés de l’opération qui parlent d’eux-mêmes :
- Plus de 50 employés de Chorus One rejoignent directement Bitwise Onchain Solutions
- Une infrastructure avec 8 ans d’historique sans slashing majeur
- Capacité de validation sur plus de 30 blockchains
- 2,2 milliards de dollars d’actifs déjà stakés sous gestion
- Intégration prévue dans les produits institutionnels existants de Bitwise
Ces éléments ne sont pas anodins. Dans un monde où une simple erreur de configuration peut entraîner des pénalités financières importantes (le fameux slashing), posséder en interne une équipe qui maîtrise des dizaines de protocoles différents représente un avantage compétitif énorme.
Pourquoi le staking devient la nouvelle obsession des gestionnaires d’actifs
Pendant longtemps, les ETF crypto se sont contentés d’offrir une exposition passive au prix spot d’un actif. C’était déjà une révolution par rapport aux années où il fallait gérer soi-même un wallet, des clés privées et des nœuds. Mais cette approche avait une limite majeure : elle privait totalement l’investisseur des rendements natifs du réseau.
Sur Ethereum par exemple, le staking rapporte actuellement entre 3 et 4 % par an en moyenne (variable selon le nombre de validateurs actifs). Sur Solana, on peut dépasser les 6-7 % dans certaines conditions. Ce sont des rendements qui, dans un environnement de taux bas ou moyens, deviennent extrêmement attractifs pour des allocations institutionnelles.
« Le staking n’est plus une option technique réservée aux geeks de la blockchain. C’est désormais l’une des opportunités de rendement les plus solides et les plus prévisibles du monde des actifs numériques. »
Hunter Horsley, PDG de Bitwise
En internalisant l’infrastructure via Chorus One, Bitwise ne dépend plus d’un tiers pour capturer ces récompenses. Il contrôle la chaîne complète : custody, validation, distribution des rewards. C’est exactement ce que recherchent les grands fonds de pension, family offices et assureurs qui commencent à allouer des tickets de plusieurs dizaines voire centaines de millions dans les cryptos.
Vers des ETF Ethereum qui versent des rendements ?
C’est la grande question que tout le monde se pose depuis l’annonce. Techniquement, Bitwise dispose désormais de tous les ingrédients pour proposer un produit qui intègre le staking dans un ETF coté en bourse. Reste la partie réglementaire, toujours la plus délicate aux États-Unis.
La SEC a historiquement été très frileuse sur tout ce qui touche aux rendements générés par des protocoles décentralisés. La crainte principale reste la qualification en « security » et les risques de manipulation ou de mauvaise gestion des fonds. Pourtant, plusieurs signaux récents laissent penser que le vent tourne :
- Les ETF Bitcoin spot ont été approuvés sans trop de difficultés en 2024
- Plusieurs dossiers ETF Ethereum sont déjà en attente depuis longtemps
- La pression politique et l’arrivée de nouvelles équipes à la SEC sous l’administration 2025-2029
- La concurrence internationale (Hong Kong, Suisse, certains pays européens) qui proposent déjà des produits avec staking
Si la SEC donne son feu vert, un ETF Ethereum avec staking pourrait offrir aux investisseurs particuliers ce que seuls les gros acteurs institutionnels pouvaient obtenir jusqu’ici : une exposition au prix + un rendement passif régulier, le tout dans un produit réglementé et accessible via n’importe quel courtier classique.
Les implications pour les autres blockchains proof-of-stake
Ethereum reste la star incontestée du staking, mais Bitwise ne s’arrête pas là. Grâce à l’expertise multi-chaînes de Chorus One, la firme peut désormais envisager des produits similaires sur Solana, Avalanche, Sui, Near, Aptos et d’autres réseaux à haute performance.
Certains observateurs estiment même que les ETF Solana pourraient arriver plus rapidement que prévu précisément parce que le staking y est plus rémunérateur et que la concurrence y est moins rude qu’autour d’Ethereum. Bitwise a déjà déposé plusieurs demandes pour des ETF spot Solana ; l’intégration du staking pourrait devenir l’argument décisif pour convaincre les régulateurs.
Comparatif rapide des rendements moyens annuels estimés (février 2026) :
- Ethereum : 3,2 – 4,1 %
- Solana : 6,1 – 7,8 %
- Avalanche : 7,5 – 9,2 %
- Sui : 4,8 – 6,5 %
- Cosmos : 9 – 14 % (selon les zones)
Ces chiffres fluctuent bien sûr en fonction de l’inflation du réseau, du nombre de validateurs et des conditions économiques globales, mais ils montrent à quel point le staking peut transformer la rentabilité d’un produit passif.
Que va faire la concurrence ?
BlackRock, Fidelity, Grayscale, Ark Invest… tous les grands noms suivent cette actualité de très près. Personne ne veut se faire distancer sur ce qui pourrait devenir la nouvelle norme des produits crypto cotés.
Certains pourraient choisir de développer en interne leurs propres solutions de staking. D’autres préféreront passer par des partenariats ou des acquisitions plus petites. Mais une chose est sûre : l’annonce de Bitwise crée une course à l’armement invisible dans les coulisses de Wall Street appliqué aux cryptos.
« Posséder l’infrastructure de staking, c’est comme posséder les pipelines quand on vend du pétrole. On ne se contente plus de trader la matière première, on capture toute la chaîne de valeur. »
Analyste anonyme d’un grand fonds crypto
Pour l’investisseur particulier, cela signifie que les mois à venir seront riches en annonces, en dépôts de prospectus modifiés (S-1, S-3) et probablement en débats animés lors des périodes de commentaires publics de la SEC.
Les risques et les points de vigilance
Malgré l’enthousiasme légitime, plusieurs obstacles demeurent :
- La SEC pourrait refuser ou reporter les demandes d’ETF avec staking pendant encore 12 à 24 mois
- Des slashing events imprévus sur une blockchain majeure pourraient faire peur aux régulateurs
- La fiscalité des récompenses de staking reste floue dans de nombreux pays (y compris aux États-Unis)
- La concentration du pouvoir de validation entre quelques gros acteurs pose des questions de décentralisation
Ces points ne doivent pas être balayés d’un revers de main. Ils font partie intégrante du débat qui va s’intensifier dans les prochains trimestres.
Conclusion : un tournant historique pour les cryptos institutionnelles
L’acquisition de Chorus One par Bitwise n’est pas seulement une opération financière parmi d’autres. Elle symbolise le passage d’une industrie encore jeune et fragmentée vers une maturité institutionnelle assumée. En contrôlant directement l’infrastructure de staking, Bitwise ne se positionne plus comme un simple gestionnaire d’actifs : il devient un véritable opérateur de couche infrastructure.
Pour les investisseurs particuliers, cela ouvre la perspective de produits beaucoup plus attractifs que les ETF spot classiques. Pour les régulateurs, c’est un test grandeur nature de leur capacité à encadrer l’innovation sans l’étouffer. Et pour l’ensemble de l’écosystème, c’est la preuve que le staking n’est plus une fonctionnalité marginale : c’est en train de devenir le cœur de la rentabilité des blockchains proof-of-stake.
Les prochains mois s’annoncent donc passionnants. Surveillez les dépôts SEC de Bitwise, les réactions des concurrents et les premiers commentaires des analystes institutionnels. L’histoire des ETF avec staking est peut-être en train de s’écrire sous nos yeux, et 2026 pourrait bien être l’année où le rendement natif des blockchains arrive enfin dans le portefeuille de M. Tout-le-monde.
À suivre de très près.
